Le voile, souvent appelé hijab, est un sujet de débat passionné et d'interprétations variées au sein de l'Islam et au-delà. Loin des polémiques actuelles, cet article se penche sur les fondements scripturaux et les interprétations diverses concernant l'obligation du voile en Islam. L'objectif n'est pas de trancher de manière définitive, mais d'explorer les différentes perspectives et de comprendre les arguments qui les sous-tendent.
Introduction : Le voile, entre piété, politique et identité
Nous ne débattrons pas de la brûlante actualité autour du voile ; en la matière le voile montre plus qu’il ne cache… Quoi qu’il en soit, notre démarche n’est pas en prise avec les évènements, elle s’intéresse à ce que le Coran dit, propos intemporels et universels. Depuis les années 80, le voile est devenu progressivement un quasi-pilier de l’Islam post-moderne, mouvement de réislamisation qui dès l’origine est de nature politique. Voile islamiste donc, et voile islamique par suite. Selon une logique identique, certains pouvoirs séculiers ont compris tout l’intérêt, faute de mieux, qu’ils avaient à agiter ce bout de chiffon dans l’arène politique, ne nous voilons pas la face. Entre ces luttes d’hommes, les femmes sont doublement prises en otages, consentantes ou pas. De fait, le voile peut être à l’heure actuelle l’expression d’une piété sincère, l’affichage d’un certificat d’islamité, une mode identitaire ou une revendication militante.
La question du voile est complexe, car elle est à la fois religieuse, culturelle et politique. Pour certaines femmes, le voile est un acte de foi sincère, une manière d'exprimer leur piété et leur soumission à Dieu. Pour d'autres, il s'agit d'une affirmation identitaire, un moyen de se distinguer de la culture occidentale et de revendiquer leur appartenance à la communauté musulmane. Enfin, pour d'autres encore, le voile est une revendication militante, un symbole de résistance contre l'oppression et la discrimination.
Le verset clé : S24.V31 et ses interprétations
Pour l’Islam, le port du voile est une obligation divine/farḍ, c’est-à-dire dictée par voie de révélation et le segment-clef du verset référent est connu de tous, en voici la traduction standard : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile/khumur sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris… », S24.V31. Le message est censé être aussi explicite qu’indiscutable : une obligation divine faite aux femmes de se voiler, c’est-à-dire de recouvrir leur chevelure. Cependant, l’on notera dès à présent que selon cette traduction même, pourtant d’obédience wahhabite, il serait seulement ordonné aux femmes de rabattre « leur voile sur leurs poitrines » ! Ceci a du reste amené ces traducteurs, qui se veulent pourtant littéralistes, à ajouter une note de bas de page destinée à plier la lettre du texte coranique à leurs intentions, nous citons : « Sur leurs poitrines : de même que leurs têtes et leurs cous » ! Le sens de ce passage semble donc quelque peu voilé, et ceci explique sans aucun doute qu’en réalité la position de l’Islam sur le voile a varié dans le temps.
Le verset 31 de la sourate 24, An-Nur (La Lumière), est souvent cité pour justifier l'obligation du voile. Cependant, son interprétation est loin d'être unanime. Une lecture attentive du verset soulève plusieurs questions :
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- Que signifie "baisser leurs regards" ? S'agit-il simplement d'éviter les regards concupiscents, ou d'une injonction à l'effacement social des femmes ?
- Que sont les "atours" (zina) qu'il est permis de montrer ? Certains interprètes estiment qu'il s'agit du visage et des mains, tandis que d'autres prônent une dissimulation complète.
- Que signifie "rabattre leur voile (khumur) sur leurs poitrines (juyub)" ? Le terme khumur désigne-t-il nécessairement un voile de tête, ou peut-il s'agir d'un vêtement plus large destiné à couvrir la poitrine ?
Analyse littérale et contextuelle du verset
Puisque nous avons entraperçu la difficulté soulevée par l’interprétation type de S24.V31, c’est-à-dire le point de vue de l’Exégèse classique ou islamiste, voici une première approche littérale de ce verset référent : « [Ô Muhammad !] Dis aux croyantes qu’elles refrènent certains regards/abṣâr et qu’elles soient chastes. Qu’elles ne montrent de leur beauté/zîna que ce qui peut en paraître et qu’elles couvrent de leurs étoffes/khumur leurs décolletés/juyûb. Qu’elles ne montrent de leur beauté/zîna qu’à leurs maris, leurs parents, leurs beaux-parents, leurs enfants, leurs beaux-enfants, leurs frères, les enfants de leurs frères et ceux de leurs sœurs, aux femmes, à leurs esclaves, aux domestiques mâles demeurés et aux jeunes enfants qui ne s’intéressent pas à la nudité des femmes. Du fait des enjeux autour des mots-clefs que nous avons transcrits : abṣâr, zîna, khumur, juyûb, l’Analyse littérale de ce verset reposera essentiellement sur l’Analyse lexicale et l’Analyse sémantique. Néanmoins, l’Analyse contextuelle soulignera que notre verset est inscrit dans une sourate entièrement centrée sur les rapports moraux, que ce soit dans la société, le couple, la famille.[3] Ce verset comporte donc six recommandations adressées aux musulmans et aux musulmanes au nom de leur foi en Dieu. L’ensemble de ces conseils constitue un cadre moral cohérent en dehors duquel la “question du voile” ne peut donc se comprendre. Nous disons “recommandations”, car le seul ordre en ce verset est donné au Prophète : « [Ô Muhammad !] Dis/qul », ordre de transmettre ce verset et non pas ordre adressé aux musulmanes. D’emblée, nous noterons que cette absence de marqueurs traduisant l’ordre ou la prescription impérative s’oppose à l’Islam qui affirme ici une obligation divine/farḍ. L’idée de recommandation est donc ce qui est le plus cohérent et juste puisque le propos de ce verset relève de la prise de conscience morale qui, s’il elle devait être imposée, impliquerait en certains cas l’hypocrisie. Or, tel ne peut être l’objectif du Coran qui, toujours, cherche à amener les croyants à adopter volontairement et sincèrement son message, ceci au nom de leur foi comme l’indique la conclusion du verset : « revenez à Dieu, tous, ô croyants ; puissiez-vous être bienheureux !
Une approche littérale du verset met en évidence l'importance de la pudeur et de la chasteté, tant pour les hommes que pour les femmes. Le verset invite les croyantes à "refréner certains regards" (abṣâr), suggérant une maîtrise des intentions et des désirs plutôt qu'une simple interdiction de regarder. De même, l'expression "qu'elles ne montrent de leur beauté que ce qui peut en paraître" (zîna) peut être interprétée comme une invitation à la discrétion et à la modestie, plutôt qu'une obligation de dissimulation totale.
L'analyse contextuelle révèle que ce verset s'inscrit dans une sourate axée sur les rapports moraux au sein de la société, du couple et de la famille. Il fait partie d'un ensemble de recommandations adressées aux musulmans et aux musulmanes, visant à promouvoir la chasteté, la pudeur et le respect mutuel. Il est important de noter que le verset ne contient pas d'ordre direct adressé aux femmes, mais plutôt une injonction au Prophète de transmettre ces recommandations.
Les enjeux lexicaux et sémantiques
Du fait des enjeux autour des mots-clefs que nous avons transcrits : abṣâr, zîna, khumur, juyûb, l’Analyse littérale de ce verset reposera essentiellement sur l’Analyse lexicale et l’Analyse sémantique.
- Abṣâr : Le mot abṣâr est le pluriel de baṣar, qui signifie regard. L'utilisation du pluriel et de l'article partitif "min" (de/certains) suggère qu'il s'agit de maîtriser certains regards, ceux qui sont impudiques ou concupiscents.
- Zîna : Le terme zîna désigne la beauté ou les ornements. L'expression "ce qui peut en paraître" (mâ ẓahara min-hâ) est ambiguë et a donné lieu à des interprétations divergentes. Certains y voient une autorisation de montrer le visage et les mains, tandis que d'autres estiment que seule la beauté involontaire, comme la démarche ou la voix, peut être visible.
- Khumur : Le mot khumur est le pluriel de khimâr, un terme dont la signification a évolué au fil du temps. À l'origine, il désignait tout ce qui sert à couvrir ou à cacher. Al-Isfâhânî, un lexicographe du Ve siècle de l'Hégire, précise que l'usage postérieur au Coran lui a donné le sens de ce qui couvre la tête des femmes.
- Juyûb : Le terme juyûb est le pluriel de jayb, qui signifie décolleté ou ouverture du vêtement au niveau de la poitrine.
L'interprétation du khimar à travers l'histoire
À titre d’illustration de cette réalité historique, rappelons que le plus ancien traité de Droit musulman, al-muwattâ’ de l’Imam Malik, décédé vers la fin du IIe siècle de l’Hégire, n’aborde pas le sujet. Ceci alors même qu’il traite de ce que doit être la pudeur de la femme, et l’on en trouve encore la définition deux siècles plus tard : « la femme lorsqu’elle sort ne doit pas porter de vêtements trop fins qui montreraient ses formes ».[1] En ces temps-là, la pudeur musulmane ne passait donc pas par le voile. Est-ce à dire pour autant que les musulmanes ne portaient pas le voile ou autres tenues plus ou moins intégrales ? Sans doute pas, bien que cela ne dut relever que d’habitudes vestimentaires empruntées plus aux coutumes des juifs et des chrétiens qu’à celles des Arabes.
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L'interprétation du terme khimâr est au cœur du débat sur l'obligation du voile. Si l'on considère que khimâr désigne spécifiquement un voile de tête, alors le verset peut être interprété comme une injonction à couvrir les cheveux et le cou. Cependant, si l'on adopte une définition plus large, englobant tout vêtement destiné à couvrir, le verset peut être compris comme une invitation à la modestie vestimentaire, sans nécessairement imposer le port d'un voile de tête.
Il est intéressant de noter que le plus ancien traité de Droit musulman, al-muwattâ’ de l'Imam Malik (mort vers la fin du IIe siècle de l'Hégire), n'aborde pas la question du voile, alors qu'il traite de la pudeur féminine. Cela suggère que, à cette époque, la pudeur musulmane ne passait pas nécessairement par le voile.
Diversité des opinions et des pratiques
La question du voile a suscité et continue de susciter une grande diversité d'opinions et de pratiques au sein de l'Islam. Certaines écoles juridiques considèrent que le voile est une obligation stricte, tandis que d'autres adoptent une position plus souple, insistant sur l'importance de la modestie et de la discrétion, sans nécessairement imposer le port du voile.
Les arguments des partisans du voile obligatoire
La majorité des savants musulmans déduisent en se basant sur ce verset que les femmes musulmanes doivent couvrir leurs cheveux par un khimar et ne laisser paraître que leur visage et leurs mains. Le verset se veut clair et prescrit, de même, que les femmes ne devraient montrer leurs atours qu’en présence d’hommes qui n’ont pas de rapport de parenté ou de sang direct avec elles. Les parties de la femme qui doivent être couvertes varient selon le madhab suivi. Une minorité des savants appartenant à l’école Hanbalite, par exemple, présume que les femmes doivent se couvrir entièrement et que même les mains et le visage doivent être dissimulés. Il a même été ordonné au femme du prophète - paix et bénédiction sur lui - d’être complètement couvertes, tout comme il a été rapporté que d’autres femmes suivaient cet exemple. Le Coran est bien clair et demande aux femmes de cacher leurs têtes sans et de faire descendre leur voile. Est-ce que celui-ci doit descendre en passant sur le visage ou en le contournant. Ce n’est pas ici que nous trancherons sur cette divergence.
Les partisans du voile obligatoire s'appuient sur une interprétation littérale du verset 31 de la sourate 24, ainsi que sur certains hadiths (paroles et actions du Prophète). Ils estiment que le terme khimâr désigne spécifiquement un voile de tête et que l'injonction de le rabattre sur la poitrine implique de couvrir les cheveux, le cou et la gorge. Ils soulignent également que le voile est un moyen de préserver la pudeur et de protéger les femmes des regards concupiscents.
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Certains savants, notamment au sein de l'école Hanbalite, vont jusqu'à préconiser la dissimulation complète du corps, y compris le visage et les mains, en se basant sur une interprétation stricte des textes et sur l'exemple des femmes du Prophète.
Les arguments de ceux qui nuancent l'obligation
Il ne suffit pas qu’une règle soit dictée dans le Coran pour qu’elle devienne obligatoireSi cette analyse est importante, elle ne signifie pas qu’il suffit qu’une règle soit dictée dans le Coran pour qu’elle devienne obligatoire. En effet, les musulmans ne pratiquent pas toutes les recommandations coraniques. D’ailleurs, le verset 31 de la sourate 24, la Lumière, qui est présenté comme preuve que le voile est une prescription coranique indiscutable, mentionne aussi les esclaves et les eunuques à qui la femme peut montrer sa beauté. Or, l’esclavage et la castration sont deux pratiques qui sont abandonnées aujourd’hui.
D'autres savants et penseurs musulmans adoptent une position plus nuancée, mettant en avant l'importance du contexte et de l'intention. Ils estiment que le voile n'est pas une obligation absolue, mais plutôt une recommandation visant à promouvoir la modestie et la discrétion. Ils soulignent que l'essentiel est de se conformer aux valeurs morales de l'Islam, et que cela peut se traduire de différentes manières selon les cultures et les époques.
Ces voix critiques notent également que le Coran contient d'autres recommandations qui ne sont pas toujours suivies à la lettre par les musulmans, comme celles relatives à l'esclavage ou à la castration. Ils estiment donc qu'il est important de ne pas essentialiser la question du voile et de la replacer dans un contexte plus large de valeurs et de principes.
Le voile intégral : une question controversée
Le port du voile intégral, qu’on nomme aussi niqab et burqa, a souvent été et demeure encore, un sujet qui suscite des interrogations telles que : le voile est t’il obligatoire en islam ? Le statut du niqab en islam fait l’objet de divergences auprès des savants contemporains de l’Islam. En effet, certains d’entre eux comme Cheikh Ibn Baz رَحِمَهُ اللهُ et Salih Al Fawzan (qu’Allah le préserve) affirment que le voile intégral (niqab, burqa…) est obligatoire pour la musulmane. Ainsi, les savants ont donné comme explication que par le terme « rideau » il faut comprendre le vêtement qui couvre le visage ainsi que le corps de la femme en entier et que cela n’est possible qu’avec le voile intégral. En revanche, le savant Al Albani رَحِمَهُ اللهُ a expliqué dans son livre intitulé : « Le voile de la femme musulmane » qu’il n’était pas obligatoire pour la croyante de se couvrir le visage mais que cependant, cela était recommandé (que l’on dit en arabe : moustahab).
Le port du voile intégral (niqab ou burqa), qui dissimule entièrement le visage, est une question particulièrement controversée au sein de l'Islam. Certains savants le considèrent comme une obligation, s'appuyant sur une interprétation stricte des textes et sur l'idée que le visage est une source de tentation. D'autres, en revanche, estiment qu'il s'agit d'une pratique excessive, qui n'est pas justifiée par les textes et qui peut entraver la communication et l'intégration sociale.
Le voile, au-delà de la religion : identité, culture et politique
Si les islamistes donnent autant d’importance au voile, c’est parce qu’il représente un indice important, car visible, de la réussite de leur mouvement. Leur stratégie consiste à habituer les femmes à le porter. Le port du voile (qu’on dit « hidjab » en arabe) est devenu ces dernières années un sujet à controverse aussi bien dans les pays du Monde Musulman qu’ailleurs. Hélas, beaucoup de personnes, y compris les musulmans, s’interrogent quant à légitimité du port du voile au sein de l’Islam malgré des preuves tangibles telles que le hadith et le Noble Coran.
La question du voile ne se limite pas à une simple interprétation des textes religieux. Elle est également liée à des enjeux identitaires, culturels et politiques. Dans certains contextes, le voile peut être un symbole de résistance contre l'oppression et la discrimination, tandis que dans d'autres, il peut être perçu comme un signe d'aliénation et de soumission.
Il est important de tenir compte de ces dimensions non religieuses pour comprendre les débats et les controverses autour du voile. Le voile peut être une manière pour les femmes musulmanes de réaffirmer leur identité et leur appartenance à une communauté, de se protéger des regards masculins, ou de défier les normes sociales dominantes.
L'instrumentalisation politique du voile
Depuis les années 80, le voile est devenu progressivement un quasi-pilier de l’Islam post-moderne, mouvement de réislamisation qui dès l’origine est de nature politique. Voile islamiste donc, et voile islamique par suite. Selon une logique identique, certains pouvoirs séculiers ont compris tout l’intérêt, faute de mieux, qu’ils avaient à agiter ce bout de chiffon dans l’arène politique, ne nous voilons pas la face. Entre ces luttes d’hommes, les femmes sont doublement prises en otages, consentantes ou pas.
Le voile a souvent été instrumentalisé à des fins politiques, tant par les mouvements islamistes que par les pouvoirs séculiers. Les mouvements islamistes ont utilisé le voile comme un symbole de leur identité et de leur projet de société, cherchant à imposer une vision rigoriste de l'Islam. Les pouvoirs séculiers, quant à eux, ont parfois utilisé le voile comme un prétexte pour stigmatiser les musulmans et justifier des politiques discriminatoires.
Cette instrumentalisation politique du voile a eu des conséquences néfastes pour les femmes musulmanes, qui se sont retrouvées prises en otage entre des discours et des intérêts divergents. Il est donc essentiel de déconstruire ces instrumentalisations et de permettre aux femmes de choisir librement de porter ou non le voile, sans subir de pressions ni de discriminations.
Le voile, entre liberté et contrainte
Je souhaiterais terminer mon témoignage sur deux questions qui m’ont été posées, la première était de savoir si le voile ne pouvait pas être considéré comme une régression de la condition des femmes. En effet, par le passé, de nombreuses femmes ont milité pour pouvoir le retirer et être enfin libres, et me voilà ici, moi, en train de vous raconter que j’ai décidé de porter le foulard de mon propre chef. Cette situation peut paraître déconcertante au début, et je comprends tout à fait que l’on puisse se questionner. Cependant, il y a une différence fondamentale entre ces deux situations, et cette différence peut se résumer en un mot : la liberté. Ces femmes ont été forcées de se vêtir de la sorte, ce n’était pas un choix volontaire de leur part. Et à travers ce combat, c’est en réalité un combat encore plus noble qu’elles menaient, à savoir celui de disposer de leurs corps comme elles le souhaitaient, de pouvoir se vêtir comme elles l’entendaient sans que personne ne puisse venir leur imposer une manière de s’habiller. Et étrangement je revendique la même chose, je veux que l’on me laisse l’opportunité de me vêtir comme bon me semble, en l’occurrence ici, je souhaiterais qu’on me laisse porter le voile librement et surtout que les personnes comprennent que je ne suis soumise à personne et qu’il s’agit de ma liberté. Je me considère comme une féministe pro-choix. Je considère que chaque femme a le droit de jouir de son corps comme elle l’entend. Si une femme veut mettre une mini-jupe, qu’elle le fasse, si une autre décide de porter un pantalon qu’elle le porte, et il en va de même pour une femme voilée. Si cette dernière décide de le porter librement, alors ainsi soit-il. Cependant ces dernières années avec l’obsession médiatique sur la question du voile, l’idée de penser qu’une femme décide de se voiler librement et que l’on doit respecter sa décision, est une idée qui est de moins en moins compréhensible. On entend certaines personnes parler à notre place et nous expliquer que non, nous ne sommes pas libres de porter ce voile, que notre tenue n’est pas en accord avec les valeurs républicaines, ou encore que notre manière de nous vêtir ne serait pas non plus en accord avec les principes de la laïcité. Et peu à peu, on tombe dans ce que l’on peut appeler une forme de laïcisme2.
La question du voile est intimement liée à celle de la liberté individuelle. Pour certaines femmes, le voile est un choix libre et assumé, une manière d'exprimer leur identité et leur foi. Pour d'autres, il est une contrainte imposée par la famille, la société ou la religion.
Il est essentiel de respecter le choix de chaque femme, qu'elle décide de porter ou non le voile, sans la juger ni la stigmatiser. La véritable liberté consiste à pouvoir disposer de son corps et de son identité comme on l'entend, sans subir de pressions ni de discriminations.