Dès son lancement à la foire internationale du jouet de New York, le 9 mars 1959, la poupée Barbie crée une petite révolution. Contrairement aux apparences, Barbie se veut une femme inspirante, voire émancipatrice. Loin des jouets concurrents de l’époque - tels que les poupons à langer - renvoyant les femmes au rôle assigné des mères au foyer, la vision de sa créatrice Ruth Handler était de permettre aux petites filles de rêver à toutes les carrières et à tous les rôles possibles. En effet, "L'idée que je me faisais de Barbie était qu'à travers la poupée, la petite fille pouvait devenir qui elle voulait. Barbie a toujours incarné une femme qui a le choix", avait expliqué Ruth Handler. Cette philosophie fondatrice a façonné l'évolution de la poupée au fil des décennies, la menant vers une incursion précoce et déterminante dans le monde du sport.
Les Premiers Pas Sportifs de Barbie : Du Ballet au Court de Tennis
Rapidement, Barbie se met au sport, mais pas n'importe lesquels. L'histoire sportive de Barbie débute de manière emblématique en 1961, lorsque Mattel lance la Barbie ballerine, vêtue d’un tutu, les cheveux bruns noués sous une couronne et le visage fardé. Cette première incursion dans l'activité physique marque le début d'une longue série de représentations sportives pour la poupée. Les premières Barbie pratiquent des sports connotés féminins : le tennis, la danse, l'équitation ou encore le ski, qui se développe dans les années 60, avec les sœurs Goitschel, championnes olympiques. Ces choix initiaux reflétaient les perceptions de l'époque concernant les activités considérées comme appropriées pour les femmes, mais ils posaient déjà les jalons d'une diversification future.
L'engagement de Barbie dans le sport prend une dimension plus globale en 1976, alors que la poupée participe aux Jeux Olympiques de Montréal. Un événement très populaire depuis qu’il est télévisé dans les années 60, il offre à Barbie une plateforme mondiale. La poupée de 29 cm porte alors la flamme et remporte même la médaille d’or dans toutes les disciplines ouvertes aux femmes, symbolisant ainsi la capacité des femmes à exceller dans le domaine sportif. Cette période marque une étape significative dans l'affirmation de Barbie comme une figure sportive et inspirante, capable de briser les stéréotypes. En 1975, elle est skieuse de descente, et en 1988, elle embrasse le rôle de joueuse de tennis, consolidant sa présence sur les courts.
Barbie et l'Émancipation Féminine dans le Sport
Dans les années 80 et 90, Mattel suit cette émancipation des femmes, notamment dans le milieu du sport. Toutefois, les projections parentales genrées ont encore beaucoup de poids. Marion Philippe détaille que "la pratique sportive des femmes a toujours été sous-tendue à l’acceptation du chef de famille." Dans les foyers américains, l’enjeu est commercial, le père va offrir la Barbie de son sport préféré à sa fille, ce qui commence à légitimer l'idée que les filles peuvent, elles aussi, s'identifier à des sportives.
L'engagement de Barbie dans le sport est vaste et diversifié. Depuis sa naissance, en 1959, elle a pratiqué 50 disciplines, démontrant une polyvalence impressionnante. En plus du tennis, elle devient coach d'aérobic en 1984, intègre la WNBA en 1998 et la Coupe du monde de football en 1999, avec une publicité dans laquelle surgit la star du soccer Mia Hamm. Sans compter que, elle qui fait les JO depuis 1976 s'est mise aux cinq sports intégrant le programme des Jeux de Tokyo en 2021 : surfer, faire du skate, de l'escalade, du softball et du karaté. Plus récemment, elle s’est même mise à pratiquer les cinq nouveaux sports intégrés aux JO de Tokyo en 2021 (escalade, karaté, baseball/softball, surf et skateboard). Barbie est très sportive, incarnant une nageuse, une basketteuse, une footballeuse, une beach-volleyeuse, et elle sourit en jouant au hockey sur glace comme en faisant de la boxe. Elle se met en tailleur pour faire du yoga et en justaucorps lamé pour faire de la GR, elle fait le grand écart sur la poutre et elle saute des haies, elle fait des aces avec une raquette rose et des triples axels avec un costume rose, elle a une combinaison rose foncé pour faire du para-ski et un surf rose clair pour faire du snowboard.
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L'icône de Mattel a même posé en une du « swimsuit issue » de Sports Illustrated pour les 50 ans du magazine et ses 55 ans à elle, en 2014, soulignant son statut de figure emblématique au-delà du simple jouet. Cette évolution montre que "jouer sur les attributs de féminité est un moyen de légitimer la pratique sportive en la rendant désirable," comme l'indique Mélie Fraysse, sociologue du genre.
Des Barbie à l'Effigie de Championnes : Inspirer la Prochaine Génération
Le but de Barbie est d'être inspirante. Pour la journée internationale des droits des femmes et pour la journée de la petite fille, des Barbie à l'effigie de femmes sont présentées pour servir de modèles. Mattel s'est engagé dans le programme Dream Gap, lancé en 2018, pour combattre « le plafond des rêves », ce phénomène qui fait que, dès 5 ans, les petites filles commencent à perdre confiance en leurs capacités et intègrent l'idée qu'elles sont moins bonnes que les garçons.
Neuf athlètes féminines auront bientôt leur propre Barbie, et parmi elles, des figures majeures du sport. La star du tennis Venus Williams a aussi droit à une Barbie à son image. La joueuse de tennis américaine, Venus Williams, rejoint la collection « Femmes d’Exception ». Remportant sept titres de Grand Chelem, dont cinq à Wimbledon et deux à l’US Open, Venus Williams a marqué l’histoire, et notamment l’histoire du tennis. Venus Williams a travaillé tout au long de cette création avec la marque afin de réaliser une poupée fidèle à son apparence et à son style. Elle a déclaré : "En grandissant, on m’a appris très tôt que tout est possible grâce au travail acharné et à la persévérance. Cette conviction m’a guidée pour briser les barrières et utiliser ma voix afin de défendre des causes comme l’égalité salariale - pas seulement pour moi, mais aussi pour celles et ceux qui me succéderont. Être mise à l’honneur par la collection Femmes d’Exception est un immense privilège." Après Rosa Parks, Frida Kahlo, Amelia Earhart, Maya Angelou et Billie Jean King, elle est une nouvelle sportive choisie pour rejoindre cette collection prestigieuse. Son combat inébranlable pour l’égalité des primes dans le tennis professionnel a changé à jamais le jeu, ouvrant la voie à de futures générations pour rêver plus grand.
Une Canadienne, Christine Sinclair, originaire de la Colombie-Britannique, est également parmi les athlètes honorées. Elle est considérée comme l’une des meilleures joueuses de soccer de tous les temps, avec 190 buts marqués à l’international, un record inégalé pour un homme ou une femme. Elle a aussi aidé l’équipe canadienne à décrocher l’or aux derniers Jeux olympiques, à Tokyo, et sa poupée porte d’ailleurs la médaille dorée.
La footballeuse Amandine Henry, alors capitaine de l'équipe de France de foot, est la troisième Française à avoir sa poupée, après Laure Manaudou et la cheffe Hélène Darroze. Dans le documentaire Et Dieu créa Barbie, elle raconte une anecdote révélatrice : "Moi, je l'utilisais plutôt pour jouer au foot, j'en faisais mes poteaux de but ! Je n'étais pas trop attirée par Barbie, elle représentait trop la princesse. J'aimais me rouler dans la boue, j'avais du mal à me retrouver dans Barbie." Cependant, elle se souvient qu'à l'école, lorsqu'elle disait qu'elle voulait être footballeuse, on lui répondait que ce n'était pas possible. Elle ajoute : "Une Barbie footballeuse, ça m'aurait évité d'avoir des réflexions disant que le foot c'est pas pour les filles. J'en aurais pris onze et j'aurais fait mon équipe !" Cette déclaration illustre parfaitement le rôle inspirant que Barbie peut jouer.
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D'autres sportives "barbiefiées" incluent la gymnaste américaine Simone Biles, la joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka, la demi-fondeuse australienne en fauteuil Madison De Rozario, la sauteuse allemande Malaika Mihambo, la skateboardeuse anglaise Sky Brown, la joueuse de para-badminton indienne Manasi Joshi, et la snowboardeuse américaine Chloe Kim. Certaines poupées sont même pionnières en matière de diversité, comme l'escrimeuse américaine Ibtihaj Muhammad, la première Barbie voilée, Melodie Robinson, ex-internationale de rugby et journaliste sportive en Nouvelle-Zélande, première Barbie maorie, et Kristina Vogel, championne de cyclisme sur piste allemande devenue paralysée, première Barbie en fauteuil roulant. "Pourtant ce sont des domaines où les femmes sont peu nombreuses, c’est là qu’on retrouve le rôle inspirant revendiqué par Barbie," précise Marion Philippe. Ces initiatives montrent que "ces dernières années, la place des femmes dans le sport a nettement évolué, portée par des personnalités inspirantes."
L'Évolution de la Représentation Corporelle et la Qualité de Fabrication
La légende dit que Barbie est un mélange de Jayne Mansfield et Marilyn Monroe. Sur une photo de Marilyn prise par Philippe Halsman en 1952, elle est en plein travail des pecs sur un banc de muscu. Le photographe a raconté : « Au sol, il y avait deux haltères, je lui ai demandé si elles les utilisaient. Elle a répondu "oui, je me bats contre la gravité" ». Barbie n'a pas ce souci, être une poupée en plastique de 29 cm donne ce genre d'avantage. Inutile de rappeler ses proportions impossibles, sa blondeur éclatante et ses grands yeux. Sa taille, par exemple, ferait 46 cm sur une vraie femme, encore plus fine que les mensurations généralement attendues des mannequins. L'allure parfaite de Barbie a cependant exaspéré et ses ventes ont connu un essoufflement. Ce qui a poussé Mattel à commercialiser en 2016 quatre silhouettes aux formes et proportions plus réalistes.
Malgré ces avancées, Mélie Fraysse, sociologue du genre, analyse que "Il y a des avancées, mais on garde quand même la charte Barbie, les corps qui ressemblent aux mannequins des années 2000." Elle regrette que les avancées "suivent les modèles de la société mais ne sont pas novateurs. […] Le football féminin est quand même très répandu. C'est bien que ce ne soit pas seulement Ken qui ait l'attirail du foot, que les petites filles qui y jouent puissent se retrouver dans une Barbie qui porte des crampons, mais Barbie ne fait pas de rugby, par exemple." Il est vrai que Barbie ne lance pas le marteau et n'a pas l'air de soulever des masses à l'épaulé-jeté. Cependant, des efforts ont tout de même été faits. Les muscles sont dessinés sur les bras de Madison de Rozario. La skateuse des JO de Pékin est en formes. Et la poupée de l'escrimeuse américaine Ibtihaj Muhammad a un peu de cuisses, montrant une tentative d'inclusion de différentes morphologies. La poupée Barbie fitness, par exemple, est conçue avec 22 articulations pour permettre une large gamme de mouvements et s'adapter aux diverses compétences physiques réclamées par les disciplines sportives.
La société américaine Mattel définit les normes de sécurité des jouets pour enfants grâce à une science des matériaux précise. Les concepteurs appliquent, lors de la fabrication, des alliages de zinc et des polymères sûrs sans phtalates, ce qui garantit que l'ensemble du portefeuille respecte pleinement la norme EN 71. En analysant les poupées et accessoires populaires, on constate un accent clair sur la durabilité. Les corps sont formés en PVC non toxique avec des articulations flexibles en plastique ABS renforcé qui résistent à des milliers de flexions sans rupture du matériau. Les fibres capillaires en matériau Saran sont insérées directement dans la tête sous pression, ce qui leur permet de supporter une charge de traction de 2 kilogrammes sans se détacher.
Le jeu des tout-petits nécessite une approche de sécurité différente. Les jouets pour les plus petits sous la marque Fisher-Price sont fabriqués en polystyrène résistant (HIPS), qui ne se fissure pas et ne crée pas d'éclats tranchants lors de tests de chute directe depuis 90 centimètres sur un sol dur. La motricité fine et la prise en main des enfants plus âgés sont ensuite entraînées par des jeux de construction en plastique, dont les pièces s'emboîtent mécaniquement avec une tolérance précise de 0,1 millimètre. La logique et la mémoire sont ensuite entraînées en famille à travers des jeux de société.
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Pour l'entretien des jouets, il est important de noter que les parents nettoient les jouets sonores et lumineux uniquement avec un chiffon humide en microfibre et une solution au pH neutre. Les verrous en polypropylène des circuits conservent 95 % de leur résistance mécanique même après 500 cycles de connexion et de déconnexion physiques. Concernant les fibres capillaires des poupées, elles supportent mal le traitement thermique ; les fibres synthétiques Saran et Kanekalon fondent physiquement à une température de 160 degrés Celsius. Les parents nettoient et coiffent donc les cheveux des poupées uniquement avec de l'eau tiède jusqu'à 30 degrés et un peignage doux. L'application de chaleur directe d'un sèche-cheveux brûle immédiatement la fibre plastique et la déforme de manière permanente.