Dans le monde marin, la pieuvre, souvent appelée poulpe, est un animal fascinant et mystérieux. Sa capacité à nager, bien qu'elle ne soit pas sa méthode de déplacement principale, est un aspect intéressant de sa biologie et de son comportement. Cet article explore les différentes manières dont la pieuvre se déplace dans l'eau, en mettant en lumière les adaptations uniques qui lui permettent de survivre et de prospérer dans son environnement.
Méthodes de locomotion de la pieuvre
La pieuvre utilise plusieurs méthodes pour se déplacer, chacune adaptée à différentes situations et environnements.
Utilisation des tentacules
En général, les espèces de la famille des Octopodes utilisent leurs tentacules ainsi que leur entonnoir, une sorte de petit gouvernail, pour changer de direction. Ses tentacules, munis de ventouses, lui permettent de ramper sur le fond marin et de s'agripper aux rochers. Cette méthode est particulièrement utile pour explorer les environnements complexes et irréguliers, tels que les récifs coralliens et les fonds rocheux. Les tentacules sont également utilisés pour la chasse, permettant à la pieuvre de saisir rapidement ses proies.
Propulsion à réaction
Le poulpe utilise principalement la propulsion à réaction pour nager : il expulse de l'eau à partir de sa cavité palléale pour se projeter vers l'avant. La pieuvre peut expulser l'eau de sa cavité palléale à travers un siphon, créant ainsi une force de propulsion qui la pousse dans la direction opposée. Ce mécanisme lui permet de se déplacer efficacement, pour attraper une proie par exemple ou pour échapper à un prédateur. Cette méthode est particulièrement utile pour les déplacements rapides et les fuites d'urgence. En cas de danger, le mollusque peut se propulser sous l’eau à la vitesse de 45 km/h. À titre de comparaison, le recordman du monde du 100m Usain Bolt atteint une vitesse de pointe de 44,72 km/h.
La pieuvre Dumbo et ses "oreilles"
Certaines espèces de pieuvres, comme la pieuvre Dumbo (Grimpoteuthis), utilisent une méthode de nage unique. Contrairement aux autres preuves, elle ne possède ni silhouette élancée ni longs tentacules, mais se distingue par ses deux nageoires situées au-dessus des yeux. Le placement de ces nageoires donne l’illusion qu’il s’agit de deux oreilles que la pieuvre agite pour se déplacer. Ces nageoires, qui ressemblent à des oreilles, sont utilisées pour se propulser dans l'eau. Mais, ce n’est pas le seul élément qui lui permet de nager dans les fonds de l’océan Pacifique ! En effet, ses tentacules sont reliés entre eux par un voile très fin. Si elle se sent menacée, elle peut déployer ces "palmes" pour nager plus rapidement. Cette adaptation est particulièrement utile pour les espèces qui vivent dans les profondeurs marines, où la propulsion à réaction peut être moins efficace.
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Intelligence et adaptation de la pieuvre
La pieuvre est un animal d’une intelligence légendaire, elle est douée d’émotions et de sensibilité, selon des mécanismes encore mal connus des humains. Les pieuvres présentent une structure musculaire complexe qui leur offre une agilité hors du commun. Composé à 90% de muscles, l’organisme des poulpes leur permet de contracter leur corps avec une incroyable agilité. Les octopus peuvent ainsi se frayer un chemin dans des trous infiniment petits et leur puissance musculaire leur permet de briser les coquilles de mollusques et de crustacés. De plus, leurs tentacules munis de centaines de ventouses peuvent être déplacés indépendamment, permettant à l’animal de toucher, sentir et manipuler facilement des objets.
Camouflage
Les pieuvres et les seiches qui peuplent les eaux peu profondes et chassent de jour sont les championnes du monde de camouflage. Certes, cette caractéristique n'a rien d'inhabituel : de nombreuses créatures ont évolué jusqu'à prendre l'apparence de ce qu'elles ne sont pas. Elles semblent générer des images 3D des objets qui les entourent au moyen de leur peau. Mais comment font-elles ?
Le camouflage des pieuvres est composé de trois éléments principaux. Tout d'abord, la couleur. Un système de pigments et de réflecteurs permet aux pieuvres de générer les couleurs. Les pigments - généralement dans des teintes jaunes, brunes et rouges - se trouvent dans des milliers de sacs minuscules situés dans la couche supérieure de la peau. Fermés, ils ressemblent à de petites taches. Afin de libérer les pigments, la pieuvre contracte les muscles qui entourent la poche, provoquant ainsi son ouverture et révélant les couleurs. Selon les poches qu'elle ouvre ou ferme, elle peut se parer de motifs (des bandes, des rayures ou des taches) en une fraction de seconde. Les cellules réfléchissantes se divisent en deux catégories. Les premières renvoient la lumière qu'elles reçoivent : la peau est alors blanche sous une lumière blanche, rouge sous une lumière rouge, et ainsi de suite. Les secondes sont comme une bulle de savon vivante, qui reflète des couleurs différentes selon l'angle de vue. Cette combinaison de cellules réfléchissantes et de pigments permet aux pieuvres de se parer d'un spectre de couleurs et de motifs infini.
Deuxième élément derrière le camouflage : la texture de la peau. Selon les muscles contractés par les pieuvres, leur peau peut prendre une texture lisse ou épineuse. Les effets peuvent être poussés à l'extrême. Abdopus aculeatus, la « pieuvre aux algues », développe de temps à autre une fine texture clairsemée qui donne à l'animal l'apparence d'algues. La « pieuvre poilue », une créature qui doit encore être étudiée scientifiquement, a pris une apparence si fine qu'elle ressemble à s'y méprendre à une algue rouge.
Troisième élément essentiel à leur déguisement : leur posture. La position d'une pieuvre peut la rendre plus ou moins visible. À titre d'exemple, certaines pieuvres prendront la forme d'un corail et avanceront discrètement sur le fond marin avec deux de leurs tentacules, l'air de dire : « Non, non, vous n'y voyez que du feu… Je ne suis qu'un caillou… »
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Intelligence et système nerveux
Les 500 millions de neurones de la pieuvre commune (Octopus vulgaris) classent l'animal dans une tout autre catégorie, mieux pourvue qu'une souris (qui en possède 80 millions), qu'un rat (200 millions) et presque au niveau d'un chat (près de 700 millions). Si la majorité des neurones des vertébrés se situent dans leur tête, la pieuvre garde deux tiers de ses neurones dans ses tentacules. Les pieuvres ont besoin de 3 cœurs pour compenser la viscosité de leur sang qui contient de l'hémocyanine plutôt que de l'hémoglobine. Chacun présente une fonction spécifique : les 2 cœurs dits branchiaux servent à pomper le sang jusqu’aux branchies, tandis que le cœur principal (qualifié d’artériel ou de systémique), irrigue tout le corps de sang. Il faut savoir que les poulpes ont la capacité de réguler leur circulation sanguine au gré de leur activité physique. Ainsi, leur cœur principal peut ralentir ou s’arrêter complètement pendant qu’ils nagent, sans les empêcher de respirer ni de bouger.
Habitat et distribution
Les pieuvres sont présentes dans tous les océans du monde, des eaux tropicales aux eaux polaires. Elles vivent dans une variété d'habitats, notamment les récifs coralliens, les fonds rocheux, les herbiers marins et les profondeurs abyssales. Très difficiles à observer en milieu naturel, dans l’océan Pacifique ou Atlantique, ces animaux vivent en moyenne entre 500 et 5 000 mètres de profondeur et se camouflent dans les fonds marins. La pieuvre commune (Octopus vulgaris) évolue sur le fond de la mer, près des côtes, en solitaire attaché à son territoire, dont il chasse les intrus.
Alimentation de la pieuvre
Animal carnivore, Octopus vulgaris se nourrit essentiellement de crustacés (crabes ou langoustes), ainsi que d'autres mollusques comme les bivalves, et parfois, même, d'autres céphalopodes, ou plus rarement de poissons. M. J. Wells a minutieusement décrit l'attaque d'une proie : dès que celle-ci est en vue, la pieuvre lève la tête et fait face à l'intrus, puis elle s'en approche tout doucement, en changeant de couleur. La pieuvre peut piéger plusieurs crabes dans la membrane inter-brachiale qui relie les bras entre eux à leur base. Au centre de la couronne formée par les huit bras, le bulbe buccal, organe complexe doté d'une puissante musculature, actionne deux redoutables mandibules qu'on appelle « bec de perroquet ». Ce « bec » permet à la pieuvre de déchiqueter sa victime avant de l'avaler. Auparavant, elle l'a paralysée à l'aide de poisons sécrétés par ses glandes salivaires dans le compartiment clos constitué par la membrane reliant un bras à l'autre.
Reproduction et cycle de vie
La pieuvre est une espèce semelpare, c'est-à-dire qu’elle ne se reproduit qu’une seule fois dans sa vie. qu’elle accroche souvent sous des rochers. Les mères octopodes prennent grand soin de leur progéniture : elles les nettoient et les irriguent en permanence pour les maintenir à une certaine température jusqu’à leur éclosion. Leur dévouement est tel qu’elles cessent pratiquement de se nourrir pendant ce labeur qui dure 6 semaines. Après avoir perdu environ un tiers de leur poids, les femelles finissent par mourir d’épuisement peu de temps après l'éclosion. Les jeunes commencent par vivre de 5 à 12 semaines en pleine eau, en se nourrissant de larves de crevettes, avant de se poser sur le fond et d'adopter le mode de vie des adultes. La longévité de la pieuvre est de 12 à 24 mois pour les femelles, un peu plus sans doute pour les mâles.
Menaces et conservation
Bien que les pieuvres soient des créatures résilientes, elles sont confrontées à plusieurs menaces, notamment la surpêche, la pollution et le changement climatique. La surpêche peut réduire les populations de pieuvres, tandis que la pollution peut contaminer leur nourriture et leur habitat. Le changement climatique peut également affecter les pieuvres en modifiant les températures de l'eau et en acidifiant les océans.
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