Le Statut du Voile Devant le Beau-Père en Islam : Clarifications et Principes Fondamentaux

En matière de jurisprudence islamique, les relations familiales et les interactions entre hommes et femmes sont régies par des principes précis, particulièrement en ce qui concerne le port du voile. La question du voile devant un beau-père, souvent sujette à interrogation, trouve des réponses claires dans les textes sacrés et les interprétations des savants musulmans. Ce statut est intrinsèquement lié à la notion de « Mahram », un concept fondamental qui détermine les limites de l'intimité et de la proximité permises au sein de la famille élargie.

Comprendre la Notion de Mahram en Islam : Une Fondation Essentielle

La désignation d’une personne comme « Mahram » revêt une importance capitale en Islam, car elle établit une interdiction matrimoniale perpétuelle entre une femme et certains hommes, rendant ainsi superflu le port du voile devant eux. Cette relation de Mahram autorise une plus grande liberté d’interaction et d’apparence, différente de celle exigée avec un homme « étranger » (non-Mahram). Les exégètes s’accordent à dire que les Mahrams d’une femme parmi les hommes sont ceux déclarés par les versets coraniques ou auxquels il a été fait allusion, ainsi que ceux établis par la Sunna prophétique.

Il est permis à la femme musulmane d’ôter son hijab devant ses Mahrams. Les savants de fiqh (fuqahâ) ont explicitement déclaré que la partie du corps de la femme à cacher (awrah) en face de ses proches parents (Mahram) est ce qui se situe entre le nombril et les genoux. Cette règle s'applique qu’il s’agisse de proches parents, en vertu de la lignée, de l’allaitement, ou du mariage. Cette distinction est cruciale pour comprendre les droits et les devoirs de la femme musulmane dans ses interactions quotidiennes. Le concept de Mahram assure la protection et la dignité de la femme tout en facilitant les liens familiaux.

Le Beau-Père : Un Mahram par Alliance Incontestable

Concernant spécifiquement le beau-père, c’est-à-dire le mari de la mère, le droit islamique est catégorique. Louange à Allah. Le beau-père, avec lequel le mariage de la mère a été consommé, est un Mahram pour la fille de sa femme, issue d'un précédent mariage. Allah, exalté soit-Il, dit citant les femmes interdites en mariage : « […], les belles-filles qui sont dans votre giron et nées de vos femmes avec qui vous avez consommé le mariage ; […] » (Coran 4/23). Ce verset établit de manière explicite le statut de Mahram par alliance pour le beau-père vis-à-vis de sa belle-fille. Ainsi, pour la belle-fille, c’est le beau-père qui lui est Mahram. Les pères et les fils des maris sont les Mahrams d’une femme par alliance. Allah, le Très-Haut, les a mentionnés avec les pères et les fils de la femme pour les placer sur un même pied d’égalité en ce qui concerne l’exhibition des parures devant eux.

Cette relation est donc une interdiction matrimoniale perpétuelle, ce qui signifie que le port du voile, tel qu'il est exigé devant les hommes étrangers, n'est pas une obligation en sa présence. La belle-fille peut se présenter devant lui sans voile, car il fait partie des Mahrams avec lesquels elle a des liens de parenté par alliance. Cette règle est établie pour préserver la cohésion familiale et faciliter la vie quotidienne au sein du foyer, en reconnaissant une forme d'intimité et de confiance réciproque au sein de ces liens familiaux particuliers.

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Le Statut du Mahram Non-Musulman : Une Clarté Jurisprudentielle

Une question fréquemment posée est de savoir si le statut de Mahram est affecté par la religion de l'individu. La réponse des savants est unanime : le fait que le mari de la mère soit un non-musulman ne signifie pas qu'il n’est pas un Mahram. Il vous est donc permis de vous présenter devant lui sans voile parce qu'il fait partie des Mahram avec lesquels vous avez des liens de parenté.

Le fait que le proche parent soit musulman ou non ne crée aucune différence quant à son statut de Mahram. Cette position a été confirmée par de nombreux érudits au fil des siècles. Par exemple, Shaykh Nuh Keller, qu’Allâh le préserve, interrogea Sheykh Habib Zain b. En 1996, il lui envoya une istifta (demande de Fatwa), lui demandant si oui ou non il est permis à la femme de dévoiler sa tête en face de son beau-père ou de sa belle-mère s’ils ne sont pas musulmans. Sheykh Zain b. Sumayt, surnommé par ses disciples « le gardien du savoir des prédécesseurs » et reconnu comme un juriste Shafé’ite formé à Hadramout au Yéman, répondit par l'affirmative. Il est bien connu que le père du mari de la femme est l’un des proches parents (Mahram) à travers un lien de mariage (musaharah). Si c’est le cas avec un proche parent de sexe masculin, comme le père du mari, alors a fortiori c’est le cas également avec un proche parent de sexe féminin, comme la mère du mari.

Sheykh Al-Habîb Zayn Al-‘Abidîn Ibn Ibrâhîm Ibn Sumayt, né en 1942 en Indonésie, a consacré sa vie à l'étude et à la transmission des sciences islamiques, s'initiant à la jurisprudence, au Tajwid, à la grammaire arabe, à la rhétorique et au Tassawuf auprès de maîtres distingués. Après de longues années d'études et d'enseignement dans la ville d'Al-Bayda, il a rejoint le Centre d’étude Islamique « Ribat » de Médine. Son expertise et sa compréhension profonde des textes sacrés lui ont permis d'affirmer que le statut de Mahram est indépendant de la confession religieuse.

Il n’est pas interdit à la femme musulmane de se parer devant le père de son époux même s’il n’est pas musulman, car il n’est pas considéré comme un étranger par rapport à elle et il n’y a pas de distinction entre le musulman et le mécréant sur cette question. D’une façon générale, il est permis au père de l’époux de serrer la main de sa belle-fille, de voyager et de s’isoler avec elle s’il n’y a pas un empêchement qui le prive de ce droit. Cette clarté jurisprudentielle souligne la permanence des liens de Mahram, qui transcendent les différences religieuses dans le cadre des interactions permises.

Les Différentes Catégories de Mahrams : Au-delà du Beau-Père

Pour une compréhension exhaustive de la question du voile, il est essentiel de détailler les différentes catégories de Mahrams. Ces catégories sont établies soit par un lien de parenté directe (lignée), soit par un lien d'alliance (mariage), soit par l'allaitement.

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Les Mahrams par Lien de Parenté (Lignée)

Ces Mahrams sont des hommes avec lesquels il est perpétuellement interdit à une femme de se marier en raison de leur ascendance ou descendance commune. Premièrement, il y a les ascendants. Ce sont les ascendants de la femme de sexe masculin du côté de son père ou de sa mère, comme le grand-père paternel et le grand-père maternel. Deuxièmement, les descendants. Ce sont les descendants de la femme, et qui englobent les fils et les petits-fils qu’ils soient fils de la fille ou fils du fils, ainsi que toute leur descendance.

Troisièmement, les oncles paternels et maternels sont également des Mahrams. L’oncle paternel est parfois appelé "père" dans le Coran, comme Allah, le Très-Haut, dit : « Ou bien étiez-vous témoins quand la mort approcha Ya'qoub et quand il dit à ses fils : « Qu'adorerez-vous après moi » ? ils répondirent : « Nous adorerons ta divinité (Allah), la divinité de tes pères, Ibrahim, Isma’il et Ishaq… » (Coran : 2/133). Or Ismaïl était un oncle paternel pour les fils de Jacob, illustrant cette extension sémantique et la profondeur du lien.

Les Mahrams par Allaitement

L'état de Mahram peut aussi être établi par l'allaitement. À ce propos, on lit dans le Tafsir Al-Aloussi : « L’état de Mahram autorisant l’exhibition des parures peut être causé aussi bien par la parenté que par l’allaitement. Il est permis aux femmes d’exhiber leurs parures devant leur père et leurs fils par allaitement. Parce que l’état de Mahram causé par l’allaitement est comme celui causé par la parenté, dans la mesure où les deux entraînent une prohibition matrimoniale perpétuelle entre les parties concernées. »

Voilà à quoi l’imam Al-Djassas, puisse Allah lui accorder Sa miséricorde, a fait allusion quand il commentait le présent verset : « Quand Allah, le Très-Haut, a mentionné, à côté des pères, les Mahram qu’il est perpétuellement interdit aux femmes d’épouser, cela signifie que ceux qui leur sont assimilables dans l’interdiction partagent aussi avec eux le même statut. C’est le cas de la mère de l’épouse et des femmes prohibées [matrimonialement] par l’allaitement et consorts. » La Sunna prophétique dit : « Ce qui est prohibé [matrimonialement] à cause d’un lien de parenté l’est aussi à cause de l’allaitement. »

Un exemple célèbre de cette règle est rapporté dans le Sahih Al-Boukhari, puisse Allah lui accorder Sa miséricorde, d’après Aïcha, la mère des croyants, qu’Allah soit satisfait d’elle, qui a dit : « Aflah, le frère d’Abou Qou’eïs, qui est son oncle paternel par allaitement, lui avait demandé l’autorisation de lui rendre visite après l’instauration du voile, et j’ai refusée. » Le même hadith est rapporté par l’imam Muslim, puisse Allah lui accorder Sa miséricorde, en ces termes : « ’Ourwa, qu’Allah soit satisfait de lui, a rapporté d’après Aïcha, qu’Allah soit satisfait d’elle, qu’elle l’a informé que son oncle paternel par allaitement, qui s’appelait Aflah, lui avait demandé l’autorisation de lui rendre visite, mais elle ne lui a pas permis. Quand elle a informé le Prophète, Bénédiction et salut d'Allah soient sur lui, de son refus, il lui a dit : « Ne te voiles pas devant lui, car ce qui est prohibé [matrimonialement] à cause d’un lien de parenté l’est aussi à cause de l’allaitement. » Les Fouqahas se sont strictement appuyés sur le Coran et la Sunna pour déclarer nettement que ceux qui sont devenus Mahram pour une femme à cause de l’allaitement sont comme ceux qui le sont pour le lien de parenté.

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Les Mahrams par Alliance (Mariage)

Les Mahrams d’une femme pour raison d’alliance sont les personnes qu’il lui est perpétuellement interdit d’épouser en raison d’un lien matrimonial préexistant. Cela inclut, comme nous l'avons vu, le beau-père. Mais également d’autres relations : l’époux de la mère, le père de l’époux (le beau-père direct), le fils de l'époux (issu d'un autre mariage), la mère de l’épouse, et la fille de l'épouse. Les fils de leur mari, cités dans le saint verset, ils sont ceux issus d’un autre mariage. Le Mahram par alliance pour l’épouse du père c’est le fils de celui-ci issu d’un autre mariage. Toutes ces personnes bénéficient du statut de Mahram, impliquant les mêmes permissions concernant le voile.

Définition et Limites du Voile (Hijab) Devant les Non-Mahrams

Face aux hommes qui ne sont pas des Mahrams, les règles concernant le port du voile sont différentes et plus strictes. La femme doit se voiler toutes les parties du corps, sauf le visage et le poignet et la paume. La femme a le droit de montrer son visage et sa main (du poignet jusqu’à la fin des doigts) à un homme étranger à condition qu’elle ne veuille pas le faire tomber en péché. Le foulard doit également couvrir le menton entier. L'Imam Ibn Kathir, mort en 774 du calendrier hégirien, a dit : « Dans ce verset, Allah a ordonné aux femmes de se différencier des habitudes qu'avaient les femmes durant la Jahiliya. » Cela souligne l'importance du hijab comme marque d'identité et de piété.

Il est crucial de bien identifier qui sont les non-Mahrams. Au regard de la définition des Mahrams, nous voyons par exemple que le cousin de la femme n'est pas son Mahram, de même que son beau-frère ou encore le mari de sa tante. Tous les frères de l’époux, par exemple, ne sont pas des Mahrams de la femme de leur frère et toutes les règles qu’elle doit appliquer vis-à-vis des hommes qui lui sont étrangers s’appliquent à eux. D'après 'Orwa Ibn Zoubayr, 'Aicha, qu'Allah l'agrée, a dit : « Qu'Allah fasse miséricorde aux premières femmes mouhajirat ! » exprimant son admiration pour leur adhésion aux injonctions divines.

Remarque importante : Lorsqu'un homme étranger devient pubère, la femme doit forcément porter le voile devant lui. Mais le voile est-il obligatoire avant cela devant un jeune garçon étranger ? Et le moment où cela se produit est différent d'un enfant à un autre. La prudence veut qu'une femme se couvre devant un jeune garçon doué de discernement (mumayyiz), même s'il n'a pas encore atteint la puberté, car sa perception des choses peut déjà être influencée. Cela répond à la question concernant une mère s’étant mariée avec un homme ayant un fils de 11 ans qui est doué de discernement (mumayyiz) et une fille pubère. Dans ce cas, la fille pubère doit se voiler devant ce garçon.

Responsabilités et Recommandations : L'Appel à l'Islam

Outre les règles vestimentaires, l'Islam insiste sur l'importance de la Da'wah, l'appel à l'Islam, surtout envers les proches. Nous remercions Allah, le Tout Puissant, de vous avoir guidé vers l'Islam et nous L'implorons par Ses Beaux Noms et Ses Attributs Suprêmes de vous raffermir dans Sa religion et de vous accorder une fin heureuse.

Nous vous conseillons de veiller à appeler votre mère et son mari à l'Islam, par la bonne parole, la bienfaisance envers eux et en faisant preuve de piété filiale, en espérant que cela soit une raison pour qu'ils se convertissent à l'Islam et que vous soyez la cause de leur préservation de l’Enfer. C'est une noble mission et un devoir envers ceux qui nous sont chers. Allah, exalté soit-Il, nous guide : « Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car c'est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s'égare de Son sentier et c'est Lui qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés. » (Coran 16/125). Et également : « Et que ceux-ci ne te détournent point des versets d'Allah une fois qu'on les a fait descendre vers toi. Appelle les gens vers ton Seigneur et ne sois point du nombre des Associateurs. » (Coran 10/105).

Ces versets mettent en lumière l'approche douce et réfléchie que l'on doit adopter dans la Da'wah, en particulier avec les membres de sa propre famille. La patience, le respect et l'exemplarité sont des outils puissants dans cet appel spirituel.

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