La question du port du voile dans le sport en France suscite de vives polémiques et divise le monde politique et sportif. Une proposition de loi visant à interdire les signes religieux ostensibles dans les compétitions sportives a été adoptée par le Sénat le 18 février 2025, ravivant un débat récurrent. Ce texte doit encore être discuté à l'Assemblée nationale.
Proposition de loi : interdire le voile dans le sport ?
La proposition de loi, portée par le sénateur LR Michel Savin, vise à renforcer le principe de laïcité dans le sport. Elle stipule que « lors des compétitions départementales, régionales et nationales organisées par les fédérations sportives délégataires, leurs organes déconcentrés, leurs ligues professionnelles et leurs associations affiliées, le port de tout signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique ou religieuse est interdit aux acteurs de ces compétitions ».
Le sénateur Savin justifie sa proposition en soulignant que les arbitres se retrouvent souvent face à des situations difficiles à gérer en raison de la présence de personnes portant des signes religieux, notamment le voile. Il précise que son texte concerne toutes les religions et vise à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport.
Un principe de laïcité détourné ?
Pour certains spécialistes de la laïcité, ce texte de loi représente un dévoiement de la loi de 1905, faite pour étendre les droits et non pour les limiter. Ils estiment que les religions devraient pouvoir s'exprimer dans l'espace public. Le sociologue et philosophe Raphaël Liogier s’inscrit en contre. « [La loi de 1905] a été faite pour étendre les droits, pas pour les limiter. Les religions sont censées pouvoir s’exprimer dans l’espace public.
Le port du voile : une discrimination qui ne dit pas son nom ?
De nombreuses voix s'élèvent contre cette proposition de loi, dénonçant une discrimination à l'égard des femmes musulmanes portant le voile. Elles soulignent que cette interdiction les priverait de l'épanouissement personnel et collectif que procure le sport. Elles s'inquiètent également des conséquences néfastes sur la féminisation du sport et sur la pérennité des clubs sportifs.
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Djénéba Tandjan, ex-handballeuse professionnelle et athlète voilée, estime que cette loi est une discrimination qui ne dit pas son nom et qu'elle vise directement les musulmanes. Elle rappelle qu'en décembre 2022, lors d'un match à l'extérieur, elle s'est vu refuser sa présence sur le parquet par un arbitre en raison de son couvre-chef sportif.
Le gouvernement divisé
Au sein du gouvernement, la proposition de loi suscite des tensions. Si le Premier ministre François Bayrou s'est déclaré favorable à l'interdiction du port du voile dans les compétitions sportives, la ministre des Sports, Marie Barsacq, a exprimé des réserves et mis en garde contre les "confusions" et les "amalgames".
La situation actuelle : un patchwork de réglementations
Actuellement, chaque fédération sportive est libre de fixer son propre règlement en matière de port de signes religieux. Ainsi, le football interdit le port du voile en compétition, tandis que le handball et l'athlétisme l'autorisent. Cette absence d'harmonisation est une source de discussion entre les dirigeants sportifs.
Les sportifs s'expriment
Le débat sur le port du voile dans le sport divise également les sportifs. Teddy Riner, quintuple médaillé d'or olympique de judo, a appelé au calme et à la bienveillance, estimant qu'il faut penser à l'égalité plutôt que de s'acharner sur une seule religion.
En revanche, l'ancien champion du monde de boxe Mahyar Monshipour s'est opposé au port du voile, considérant qu'il est le symbole d'un système patriarcal et liberticide. Il estime que permettre à des jeunes filles d'être couvertes dans le sport, au motif qu'elles attiseraient la convoitise des hommes, c'est tuer leur liberté.
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Les compétitions internationales : un modèle d'inclusion ?
De nombreuses institutions internationales, comme le Comité International Olympique (CIO) et la FIFA, autorisent le port du voile dans les compétitions, prouvant qu'une réglementation inclusive peut coexister avec des standards élevés de sécurité et d'équité.
Vers une exception française ?
L'adoption de cette proposition de loi aggraverait une exception française remarquée lors des Jeux Olympiques et Paralympiques, où la France était le seul pays à interdire le port du voile à ses athlètes.
Des ligues "safe" pour contourner l'interdiction
Face à la volonté de faire disparaître les femmes voilées des compétitions officielles, de nouvelles ligues dites "safe" proposent des tournois non officiels accessibles à tous. Ces ligues permettent aux femmes voilées de pratiquer leur sport en toute liberté et de se challenger sans limites.
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