L’Océan, le Surf et le Risque : Réflexions sur la Coexistence en Australie

L’immensité de l’océan Pacifique, avec ses vagues puissantes et ses écosystèmes complexes, est le théâtre permanent d’une interaction entre l’homme et la faune sauvage. En Australie, cette relation est profondément ancrée dans l’identité nationale, particulièrement le long du littoral de la Nouvelle-Galles du Sud. Cependant, la nature sauvage impose ses propres règles, parfois tragiques, comme l’a tristement illustré la perte de Mercury Psillakis sur la plage de Dee Why, non loin de Sydney. Figure locale de Long Reef, Mercury Psillakis, 56 ans, a perdu la vie en tentant de sauver ses amis lors d’une attaque de grand requin blanc sur « sa » plage de Dee Why. Cet événement dramatique, au-delà de la douleur qu'il inflige à une communauté entière, soulève des questions fondamentales sur la sécurité, l'efficacité des dispositifs de protection et notre compréhension du comportement des prédateurs marins.

Le portrait d’un enfant de l’océan

À Dee Why, tout le monde connaissait Mercury « Merc » Psillakis. Champion du Long Reef Boardriders Club, passionné de surf et de taekwondo (ceinture noire, il avait atteint un haut niveau de compétition locale dans les années 1990), il vivait une existence rythmée par deux passions : l’océan et les plantes. Chaque matin, il fonçait vers la plage en courant, plaisantant avec tous. « C’était une âme solaire, généreuse, avec ce sourire qui effaçait vos soucis », témoigne un ami dans « The Greek Herald », le quotidien australien de la communauté grecque. Né en 1977 à Sydney, Mercury « Merc » Psillakis vient d'une famille originaire de l’île de Symi, dans le Dodécanèse grec. Il grandit avec son frère jumeau Mike, son « âme miroir », surfeur lui aussi et l’un des shapers les plus respectés d'Australie. Dans un post sur Instagram, Mike écrit : « Nous étions le Yin et le Yang. Spirituellement connectés. Nous pouvions communiquer sans parler. Mon frère était mon âme jumelle. »

Cette double identité, gréco-australienne, nourrissait sa personnalité. Fier de ses racines helléniques, il s’imposait aussi comme un enfant de l’océan Pacifique, toujours entre deux mondes. Sa disparition laisse un grand vide dans la communauté des surfeurs qui « pleure le fils de Long Reef », écrit son club, le Long Reef Boardriders Club, dans un post sur Instagram. « Merc était un surfeur exceptionnel, champion du club, qui a connu une carrière junior remarquable et a surfé avec passion pour Longy dans de nombreuses compétitions par équipe TAG. » Dans l'histoire de Long Reef, aucune famille n'a des racines plus profondes. Papa Nikita, le pêcheur, maman Elefteria, la force. Merc et Mike ont passé plus de temps dans l'océan ici que n'importe qui d'autre sur la planète. Merc a parcouru le monde à la poursuite de son amour des vagues, notamment en Indonésie, en France, en Espagne, au Portugal et dans les Samoa.

La tragédie au cœur de l’action

Samedi matin, les conditions étaient idéales sur les Northern Beaches de Sydney. À Long Dee Why, Mercury Psillakis, un des piliers de la communauté locale de surf, surfait avec des amis depuis environ une demi-heure lorsqu’il a aperçu un grand requin blanc à une centaine de mètres du rivage. Il venait de prendre quelques vagues quand le squale, estimé entre 3,4 et 3,6 mètres, a surgi. « Merc avait été le premier à repérer le requin, il a alerté les autres surfeurs dans l'eau, leur demandant de se regrouper et d'essayer de regagner la côte en toute sécurité », raconte l’ancien surfeur professionnel Toby Martin à la chaîne de télévision ABC, présent non loin lors de l'accident. « Il était à l’arrière du groupe, essayant toujours de rassembler tout le monde lorsque le requin l’a pris dans sa ligne de mire. Il [le requin] est arrivé droit par-derrière, a fondu sur Merc et s’est jeté sur lui. C’était le pire scénario. D’habitude, ils arrivent par le côté, mais celui-ci est arrivé droit par derrière. C’était tellement rapide. »

Il n'a songé qu’à sécuriser ses compagnons, et a été grièvement blessé aux jambes et aux bras. Ramené en urgence sur la plage par quatre ou cinq surfeurs, les équipes de secours ont tenté en vain de le ranimer. Cet acte de bravoure souligne la solidarité qui unit les membres de cette communauté. « Cependant, la façon dont vous êtes jugé en tant que personne au sein de votre communauté et de la société en général est bien plus importante. Mercury était aimé de tous. C'était un mari, un père, un fils, un frère et un ami passionné, attentionné, loyal et aimant pour tout le monde. Tous ceux qui ont passé du temps avec lui (et vous êtes nombreux) ont une histoire particulière à raconter à son sujet. On se souviendra toujours de ses encouragements aux jeunes surfeurs (…) de sa façon de célébrer toutes les bonnes choses de la vie et de ses paroles réconfortantes dans les moments difficiles. » Sa disparition aura un impact considérable sur notre communauté du surf et sur la communauté au sens large.

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L’efficacité controversée des filets anti-requins

La mort tragique d’un surfeur de 57 ans sur une plage du nord de Sydney a ravivé la controverse autour de l’efficacité des filets anti-requins en Australie. Ces dispositifs, installés chaque été le long des côtes de Nouvelle-Galles du Sud (NSW), sont censés réduire les risques d’attaques de requins. Mais après ce drame, le gouvernement a suspendu un projet pilote visant à retirer certains filets, le temps d’évaluer leur rôle réel dans la protection des baigneurs et surfeurs. Alors que la population est sous le choc, experts et autorités s’interrogent sur l’avenir de ce système centenaire. Les filets anti-requins sont une technologie ancienne, introduite pour la première fois en 1922 à Coogee, avant d’être généralisée en 1937. Aujourd’hui, 51 plages de la côte de NSW en sont équipées.

Contrairement à une idée reçue, ils ne créent pas une barrière continue. Généralement longs de 100 à 150 m et installés à environ 500 m du rivage, ils mesurent six mètres de haut mais laissent un espace libre sous la surface. Ainsi, les requins peuvent nager par-dessus, en dessous ou autour. Environ 40 % des requins capturés avaient déjà franchi le filet et se sont retrouvés piégés en tentant de regagner le large. Le professeur Robert Harcourt, spécialiste en écologie marine à l’Université Macquarie, rappelle que ces filets fonctionnent en réalité comme des filets de pêche. "Ils sont conçus pour tuer, explique-t-il au Guardian. Mais chaque année, un grand nombre d’animaux marins non ciblés y sont piégés, comme des raies, tortues ou dauphins. En 2024, 90 % des prises concernaient des espèces non visées, et plus de la moitié ont péri." Pour limiter ces captures accidentelles, certains filets sont équipés d’alarmes et d’émetteurs sonores pour repousser les mammifères marins. Pourtant, selon Harcourt, ces dispositifs restent peu efficaces.

Vers de nouvelles stratégies de surveillance

Malgré leur installation, il reste difficile de prouver l’efficacité réelle des filets, car les attaques de requins sont déjà très rares. Selon la base de données nationale australienne, la dernière décennie a enregistré en moyenne 20 blessés et moins de trois décès par an. Pour lui, leur rôle est limité et d’autres méthodes non létales se montrent plus efficaces. Parmi elles figurent les lignes de pêche intelligentes, qui permettent d’attraper les requins, de les marquer puis de les relâcher au large, ainsi que les drones de surveillance et les stations d’écoute sous-marines. En 2023-2024, ces technologies ont permis de détecter ou capturer plusieurs centaines de requins, contre seulement 15 piégés par les filets. Avant le drame, trois conseils municipaux, dont celui des Northern Beaches où s’est produite l’attaque, avaient accepté de participer à un test de retrait des filets. Mais ce projet est désormais suspendu. La maire de Northern Beaches, Sue Heins, a confié au Guardian Australia : "Toute la communauté est en deuil. Nous voulons comprendre s’il existe des informations supplémentaires sur ce qui aurait pu être fait".

L’accident dont a été victime le surfeur est d'autant plus choquant que, depuis février 2022, aucune attaque mortelle n’est survenue à proximité de Little Bay. Reste que l’État de Nouvelle-Galles du Sud, où se situe Sydney, ville toute proche, enregistre en moyenne cinq attaques par an, mortelles ou non. En 2023, on a recensé 69 attaques non provoquées dans le monde, dont 10 mortelles. D'où l’installation de dispositifs anti-requins. Le littoral de Sydney est équipé depuis des années de filets anti-requins et de drumlines (lignes munies d’hameçons appâtés permettant de localiser les squales et de lancer l’alerte). Or, ces dispositifs sont contestés : ils peuvent piéger dauphins et tortues et n’empêchent pas toujours les requins de franchir la zone. L’attaque de Mercury Psillakis l’a tragiquement rappelé.

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