La plongée au Nitrox en zone profonde : entre dogmes et réalités physiologiques

La question de la profondeur maximale en plongée au Nitrox suscite des débats passionnés au sein de la communauté des plongeurs, oscillant entre des règles strictes héritées de la prévention des risques et des retours d'expériences de terrain qui semblent parfois contredire les limites théoriques communément admises. Cet article se propose d'explorer, sous l'angle de la physiologie et de la pratique, les enjeux liés à l'utilisation du Nitrox pour des immersions dépassant les profondeurs habituelles, sans pour autant encourager la transgression des règles de sécurité en vigueur.

La réalité des limites : le seuil de 1,6 bar de PpO2

N'importe quel plongeur ou moniteur de plongée formé au Nitrox a ce chiffre bien en tête. Tremblez mes amis ! Dépassez cette limite et c'est la mort assurée ! Hyperoxie, voilà le maître mot des formations Nitrox. Cette limite est même ramenée à 1,4 au sein de certaines fédérations ou organismes de plongée. Côté réglementation, en France la plongée étant régie par le Code du Sport, tout comme rouler à 140 km/h sur l'autoroute, c'est effectivement illégal de dépasser 1,6 de PpO2 en plongée.

Pourtant, il est pertinent de se demander si, en restant en deçà de cette limite, nous nous privions d'effets bénéfiques pour notre sécurité. Cette limite d'une PpO2 de 1,6 bar ne nous vient pas de Monsieur Bert. En 1878, Paul Bert fut le premier à décrire la crise convulsive chez des oiseaux, mais ses expériences se situaient à des pressions bien supérieures. Les principales études sur le sujet datent des années 50 et ont été conduites principalement par la marine anglaise et américaine sur des plongeurs de combat en exercices intenses, respirant de l'oxygène à 100% sur des durées longues. Malheureusement, personne n'a encore étudié la toxicité de l'oxygène sur des plongeurs loisirs respirant du Nitrox à des PpO2 élevées pendant quelques minutes.

Facteurs déterminants de la tolérance à l'oxygène

Ce qu'il ressort des études de la Royal Navy et de l'US Navy est que le temps d'exposition à des PpO2 élevées est un facteur déterminant de la crise convulsive. Par ailleurs, il existe une variation individuelle pour la tolérance à l'oxygène, tandis que le milieu humide, le froid, l'exercice intense et la rétention de CO2 diminuent cette tolérance.

En 1991, pour des travaux sous-marins, la NOAA a publié une table de durées d'expositions en fonction de chaque PpO2. La PpO2 max de cette table est de 1,6 bar et vous autorise à rester à cette pression partielle pendant 45 minutes. En analysant de façon objective toutes ces études, on se rend compte que le "CNS Clock", donc la durée d'exposition à différentes PpO2, est bien plus déterminant que la PpO2 en elle-même. Un plongeur descendant à 60 mètres avec une mono bouteille 15 litres dans le dos et en respirant un Nitrox 32 ne va guère rester plus de 5 minutes à 2,24 de PpO2.

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Le paradoxe de l'oxygénothérapie hyperbare

Il est intéressant de noter qu'en oxygénothérapie hyperbare, on utilise des fortes PpO2 sur des séances qui durent généralement 90 minutes. Selon les indications, on fera respirer de l'oxygène à des PpO2 comprises entre 2,5 et 3 bars pendant 60 minutes, et tous les Caissons Masters vous le diront, il y a très peu de problèmes d'hyperoxie. Certes, c'est sous surveillance médicale et le milieu sec améliore la tolérance à l'oxygène, mais cela pose la question de la validité de nos seuils en milieu aquatique.

Nitrox et risques physiologiques : narcose, essoufflement et ADD

Il est crucial de dissiper certaines idées reçues. J'ai souvent entendu des moniteurs dire à leurs élèves qu'avec du Nitrox on était moins narcosé par rapport à la même plongée à l'air. C'est tout à fait inexact de dire cela, car certes dans un mélange Nitrox il y a moins d'azote que dans l'air, mais cet azote est remplacé par de l'oxygène, et personne n'a jamais démontré que l'oxygène était moins narcotique que l'azote.

Concernant l'essoufflement, à 60 mètres de profondeur, l'air est 7 fois plus dense qu'en surface, ce qui fatigue énormément les muscles respiratoires. L'oxygène ayant une densité légèrement supérieure à l'azote, ce risque est même un peu accentué avec du Nitrox. En revanche, sur le plan de l'accident de décompression (ADD), le Nitrox offre un avantage théorique indéniable. Toutes choses égales par ailleurs, plus on va profond, plus le risque d'accident de décompression est élevé. Mais avec du Nitrox 32, vous améliorez votre sécurité sur le plan du gradient d'azote par rapport à l'air.

L'usage pratique du Nitrox et la planification

Le Nitrox, ou air enrichi (EANx), est un gaz respirable enrichi en oxygène. Dès que votre mélange contient plus de 21% d'oxygène, vous respirez du Nitrox. Le prérequis pour pouvoir plonger au Nitrox est d'avoir obtenu la certification et de suivre la formation Enriched Air Nitrox. Vous apprendrez notamment les spécificités comme le marquage de votre bouteille ou le calcul de la profondeur maximale d'utilisation (PMU).

La table de PMU et de PEA (profondeur équivalente à l'air) permet de déterminer rapidement la profondeur plancher en fonction de la fraction d'oxygène (FO2) et de la limite de PpO2 choisie. L'usage de cette table nécessite une grande rigueur. Par exemple, avec un Nitrox 36% et une PpO2 max fixée à 1,4 bar, la PMU est de 28,9 mètres, ce qui équivaut à 21,5 mètres à l'air. Cette information de PEA reste pertinente pour les plongeurs souhaitant respecter une limite de profondeur fixée par un médecin pour des raisons de santé spécifiques, comme la présence d'un foramen ovale perméable (FOP).

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