Depuis plusieurs années maintenant, la plongée en respirant des mélanges suroxygénés est devenue une pratique de plus en plus courante, offrant des avantages significatifs par rapport à la plongée à l'air. Au-delà du simple fait de plonger plus sereinement, de nombreux adeptes ont pu constater les effets bénéfiques de cette pratique sur leur propre organisme. En effet, nos plongées sont souvent limitées par la saturation, la narcose ou la fatigue. Les mélanges, tels que le Nitrox et le Trimix, apportent une solution élégante et efficace à ces contraintes, augmentant le plaisir et la sécurité de l'exploration sous-marine. Cette approche ne se limite plus à une poignée d'experts ; elle est à la portée de toutes et tous, et elle peut transformer la manière de plonger en ouvrant les portes à une exploration plus confortable et mieux maîtrisée.
Qu'est-ce que le Nitrox et les Mélanges Gazeux en Plongée ?
Dans la plongée loisir, on distingue principalement deux types de mélanges gazeux : les mélanges binaires et les mélanges ternaires. Les mélanges binaires sont composés de deux gaz, comme le Nitrox, qui est une combinaison d'azote et d'oxygène. Les mélanges ternaires, en revanche, sont composés de trois gaz, à l'instar du Trimix, qui intègre de l'hélium, de l'azote et de l'oxygène. Habituellement, nous respirons de l’air composé de 21% d’oxygène et 79% d’azote. Le Nitrox est un mélange enrichi en oxygène. Dès que le mélange respiré contient plus de 21% d’oxygène, il est considéré comme du Nitrox.
L'utilisation de ces types de mélanges apporte des avantages majeurs en termes de sécurité et de performance pour le plongeur. Bien que leur utilisation demande une formation spécifique, ils ouvrent la voie à une plongée plus technique, plus confortable et mieux maîtrisée. Le Nitrox, en particulier, est un mélange suroxygéné qui révolutionne la pratique de la plongée loisir. Pour le comprendre simplement, le Nitrox, c’est un peu comme passer d’un moteur diesel classique à une version hybride plus propre et plus confortable : on respire mieux, on reste plus longtemps et/ou on fait moins de paliers, et enfin, on sort de l’eau plus frais.
Les Avantages Fondamentaux de la Plongée Nitrox
L’utilisation du Nitrox présente trois avantages majeurs pour le plongeur moderne. Premièrement, il permet d’augmenter la durée de plongée sans paliers, offrant ainsi plus de temps d'exploration sous l'eau. Deuxièmement, il renforce considérablement la sécurité des plongées. Troisièmement, il procure un meilleur confort à l’issue des décompressions, avec moins de fatigue, comparé aux plongées classiques à l’air.
Respirer du Nitrox, c'est respirer un gaz enrichi en oxygène et, de ce fait, appauvri en azote. Ainsi, le plongeur est moins soumis à l'effet narcotique de l'azote et est moins exposé à la narcose, également appelée ivresse des profondeurs. Contrairement à certaines idées reçues, respirer du Nitrox ne permet pas de plonger plus profond, mais de réduire significativement la quantité d’azote absorbée par l’organisme lors d’une plongée. À temps d’immersion égal avec une plongée à l’air, la saturation en azote de l’organisme est moindre. Par conséquent, la désaturation en azote après la plongée est plus courte, et le plongeur se sent également moins fatigué après l'immersion.
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Lors de plongées successives, une pratique courante lors de stages de formation ou de séjours sous les tropiques, utiliser du Nitrox réduit considérablement la quantité d’azote accumulée et permet de réduire l’intervalle de surface entre les plongées. Cette caractéristique est particulièrement intéressante quand on fait un stage de plongée de plusieurs jours ou lors de croisières où les immersions multiples sont la norme. Un exemple concret des bienfaits du Nitrox a été observé lors d'une première croisière en Mer Rouge en 2007, où des plongeurs ayant opté pour le Nitrox ont clairement ressenti une différence par rapport à ceux plongeant à l'air.
Principes Techniques et Limites Spécifiques au Nitrox
Comme chacun sait, la pression subie par le plongeur, exprimée en bars ou en psi, augmente avec la profondeur. La pression partielle (Pp) de chaque gaz respiré augmente elle aussi. Pour l’oxygène, cette pression partielle ne doit pas dépasser 1,6 bars (1,4 bars en plongée loisir) afin d'éviter un accident de plongée appelé hyperoxie. En conséquence, le Nitrox limitera la profondeur maximale que l'on peut atteindre, connue sous le nom de MOD (Maximum Operating Depth), par rapport à une plongée réalisée avec de l’air atmosphérique. Plus le pourcentage d’oxygène sera élevé dans le Nitrox utilisé, plus la profondeur maximale de la plongée sera moindre. Par exemple, avec un Nitrox contenant 40% d’oxygène, la profondeur maximale de sécurité sera de 25 mètres. Cependant, la LND (Limite de Non Décompression) sera fortement augmentée. Ce risque d’hyperoxie impose une formation spécifique à l’utilisateur du Nitrox pour comprendre et gérer ces paramètres.
À une profondeur donnée, l'utilisation du Nitrox donne l'impression d'être moins profond, un concept connu sous le nom d'EAD (Equivalent Air Depth) ou « Profondeur Équivalente à l’Air ». Cela signifie que les temps de décompression sont calculés comme si le plongeur était à une profondeur moindre, réduisant ainsi les exigences de paliers ou augmentant la durée sans paliers. La connaissance et la maîtrise de ces principes, notamment le calcul des profondeurs équivalentes, le seuil hyperoxique, et l'utilisation des tables et ordinateurs de plongée Nitrox, sont des compétences fondamentales acquises lors de la formation.
Le Nitrox face aux Profondeurs : Comparaison avec le Trimix
Alors que le Nitrox permet d’augmenter le plaisir et la sécurité jusqu’à 40 mètres de profondeur, le Trimix ouvre la porte pour des plongées sereines à des profondeurs souvent inconfortables à l’air, en rendant la narcose prévisible et maîtrisable. L’utilisation du Trimix, un mélange de trois gaz (azote, oxygène et hélium), sort le plongeur du cadre de la plongée loisir pour l'emmener vers la plongée technique.
La narcose, ou ivresse des profondeurs, est due à une profondeur trop élevée (à partir de 30 mètres chez les sujets les plus sensibles) qui provoque une forte pression partielle d’azote dépassant 3,2 bars. L’hyperoxie, comme nous l’avons vu précédemment, est une élévation trop importante de la pression partielle d’oxygène dans l’organisme. En diminuant la proportion d’azote et d’oxygène dans le mélange respiré, et en y intégrant de l’hélium, on réduit ainsi ces risques. Quand on plonge au Trimix, une partie de l’azote est remplacée par de l’hélium, et la concentration en oxygène est éventuellement diminuée afin de pouvoir atteindre des profondeurs importantes tout en limitant le risque hyperoxique.
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Il est ainsi possible de plonger profond en toute sécurité dans la zone des 60 mètres avec une narcose totalement maîtrisée, comme le montre l'exemple d'un Trimix 19/35 (19% d'oxygène, 35% d'hélium, 46% d'azote). De même, la diminution du taux d’oxygène dans un mélange, tel que le Trimix 14/50 (14% d’oxygène, 50% d’hélium, 36% d’azote), permet d’atteindre des profondeurs très importantes, jusqu'à 90 mètres, avec une narcose ressentie comme à 35 mètres.
En France, la plongée à l’air est limitée à 60 mètres (ou 40 mètres selon les règles PADI). Utiliser du Trimix permet de dépasser ces profondeurs, avec une limite de 90 mètres pour les plongeurs qualifiés « Trimix normoxique » et 120 mètres pour les plongeurs qualifiés « Trimix hypoxique ». Cependant, les risques d'hyperoxie et de narcose restent présents, similaires à ceux rencontrés avec l'air et le Nitrox, mais gérés différemment grâce à la composition spécifique des mélanges.
L'utilisation du Trimix implique également des contraintes matérielles supplémentaires. Le matériel du plongeur est alourdi, souvent avec deux bouteilles de Trimix dans le dos pour une meilleure autonomie et une ou plusieurs bouteilles de décompression (Nitrox) sur le ventre, utilisées lors de la remontée vers la surface. Outre les problèmes de dos pouvant survenir lors de la mise à l’eau et de la sortie du plongeur, le risque d’essoufflement est accru lors des déplacements en immersion. Enfin, en cas d’incident en plongée, il est très difficile d’intervenir sur un plongeur suréquipé pour l’assister jusqu’au retour en surface. Pour cela, des formations sont indispensables afin de préparer au mieux le plongeur dans la planification de la plongée (préparation du mélange) et la gestion des risques inhérents.
La Formation Plongeur Nitrox Élémentaire : Accès et Compétences Clés
La bonne nouvelle est que les qualifications aux mélanges ne sont pas réservées à une poignée d’experts ; elles sont au contraire à la portée de toutes et tous. La formation de plongée Nitrox élémentaire est accessible dès le Niveau 1 pour de nombreux organismes et prend tout son sens lors de voyages où les plongées sont multiples et quotidiennes. L'âge minimum requis est généralement de 16 ans, avec une autorisation parentale pour les mineurs.
Bien qu'elle ne soit pas un brevet en soi mais une qualification complémentaire, la formation de Plongeur Nitrox est assurée par un moniteur Nitrox confirmé dans le cadre d'un stage ponctuel, comprenant généralement deux demi-journées de stage avec deux plongées en mer. Pour être qualifié plongeur Nitrox, il faut avoir effectué au minimum deux plongées au Nitrox. La qualification est validée par un moniteur Nitrox confirmé ayant assuré la formation.
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Les plongeurs titulaires de la qualification Plongeur Nitrox élémentaire pourront utiliser le mélange Nitrox le plus approprié, avec au maximum 40% d’oxygène. Ils conservent les mêmes prérogatives que celles définies dans la partie du Code du Sport correspondant à leur niveau de plongée.
La formation théorique est courte et très concrète, portant notamment sur l’utilisation de l’analyseur d’oxygène, le calcul des profondeurs maximales (MOD), et le paramétrage de l’ordinateur de plongée. L'équipe pédagogique accompagne les participants dans l’apprentissage de l’analyse du mélange et du réglage de leur ordinateur.
Les compétences clés acquises lors de cette formation comprennent :
- Gestion et Utilisation du Matériel : Identification du matériel Nitrox (marquage sur les blocs, détendeurs, PA et raccords aux normes oxygène), contrôle et vérification du mélange (établissement de la fiche, mesure du % d'O2 avant la plongée, vérification mutuelle au sein de la palanquée), entretien courant (interdiction de mélanger du matériel air et Nitrox), et conduite à tenir face aux pannes les plus fréquentes. Les connaissances succinctes des risques encourus lors de la manipulation des mélanges suroxygénés sont également abordées.
- Plongée au Nitrox : Parfaite maîtrise de la stabilisation à l'aide d'un gilet ou d'une bouée, organisation et conduite dans la palanquée, gestion du profil de plongée, du retour, des éventuelles plongées successives et consécutives, et connaissance de la profondeur plancher pour un Nitrox 40/60.
- Connaissances Théoriques : Différences entre l'air et le Nitrox (avantages et inconvénients), causes, symptômes, prévention et conduite à tenir pour l'ensemble des risques supplémentaires liés aux plongées Nitrox, facteurs favorisant la survenue d'un accident, compréhension du seuil hyperoxique, calcul des profondeurs équivalentes, exemples de courbes de sécurité au Nitrox, et utilisation des tables et ordinateurs de plongée Nitrox.
Il est important de noter que pour le niveau de base (Nitrox simple), le détendeur et le gilet habituels conviennent parfaitement. Les centres de plongée fournissent généralement les blocs spécifiques identifiés par des codes couleurs jaunes et verts. La formation Nitrox vise à plonger plus longtemps dans la zone des 20 ou 30 mètres en restant dans la courbe de sécurité (sans paliers).
Pour la certification « Plongeur Nitrox » spécifiquement délivrée par la FFESSM (ou équivalent), il suffit d’être certifié « Plongeur Niveau 2 FFESSM » (ou équivalent) en plus de la qualification « Plongeur Nitrox ».
Progression et Qualifications Avancées : Nitrox Confirmé et Trimix
Le Manuel de Formation Technique définit plusieurs qualifications qui viennent ajouter des compétences au plongeur. Les qualifications Nitrox sont assez aisées à obtenir, tandis que les qualifications Trimix nécessitent une plus grosse organisation et s'adressent spécifiquement aux plongeurs désireux de pratiquer la plongée très profonde.
La Qualification Plongeur Nitrox Confirmé n'est pas non plus un brevet, mais une qualification complémentaire, délivrée par un moniteur Nitrox confirmé FFESSM après une formation en milieu naturel.Les conditions d'accès à cette formation sont plus exigeantes : être titulaire de la licence FFESSM en cours de validité, être âgé d'au moins 14 ans à la date de délivrance (ou 16 ans selon certaines conditions), être titulaire du niveau 2 de la FFESSM ou d'un brevet équivalent, et être titulaire de la qualification de Plongeur Nitrox FFESSM ou équivalente. Il est également requis de présenter son carnet de plongée attestant d'un minimum de 10 plongées à l'air dans la zone des 30 à 40 mètres et d'au moins 6 plongées Nitrox (dont 4 pendant la formation). Un certificat médical de non-contre-indication à la plongée subaquatique de moins d'un an est également nécessaire.Les plongeurs titulaires de la qualification Plongeur Nitrox Confirmé pourront utiliser tous les mélanges Nitrox couramment utilisés ainsi que l'oxygène pur en décompression. Ils ont les mêmes prérogatives que celles définies dans le Code du Sport, correspondant à leur niveau de plongée.Il est préconisé de ne passer cette qualification qu’après avoir obtenu le brevet de « Plongeur Niveau 3 FFESSM » ou la qualification de « Plongeur Autonome à 40 mètres » (PA40). L’usage du Nitrox en décompression en plongée encadrée n’a pas vraiment de sens, car le Guide de Palanquée gérera toujours une décompression de la palanquée allant dans le sens de la sécurité. Ainsi, l’autonomie acquise à 40 mètres ou au-delà rend l’utilisation d’une décompression Nitrox tout à fait idoine.
Les Qualifications Trimix s'adressent à des plongeurs encore plus aguerris. Elles étendent les prérogatives des plongeurs, permettant d'atteindre 70 mètres maximum pour les Trimix Élémentaire et 120 mètres pour le Trimix « confirmé ».
- Pour la qualification Plongeur Trimix Élémentaire, il faut être certifié « Plongeur Niveau 3 FFESSM » (ou équivalent), et avoir cette qualification (délivrée par la FFESSM exclusivement, les qualifications équivalentes n'étant pas reconnues). Cette qualification prend tout son sens pour des plongeurs Niveau 3 qui plongent régulièrement dans la zone 40-60 mètres sur des épaves, car sa mise en œuvre permet de profiter pleinement des bienfaits apportés par le Trimix.
- Les incursions dans la zone au-delà de 60 mètres (et jusqu’à 120 mètres) ne s’adressent qu’à des plongeurs confirmés, aguerris et entraînés. Durant ces formations, l’accent est vraiment mis sur la rigueur nécessaire, ainsi que le respect strict des procédures : un incident ou une erreur à une profondeur supérieure à 80 mètres n’a pas du tout les mêmes conséquences qu’un incident à 50 mètres, ce qui est déjà souvent très problématique. La plongée Trimix est aussi l’école de l’humilité, de la patience et de l’autonomie. La formation Plongeur Trimix se déroule à 80 mètres maximum. Les plongeurs certifiés n’atteignent la profondeur de 120 mètres seulement quelques années après l’obtention de leur diplôme : ils plongent régulièrement et descendent progressivement, beaucoup ne progressant « que » d’une dizaine de mètres par année de pratique.
Considérations Économiques et Écologiques des Mélanges Gazeux
L’utilisation des mélanges gazeux enrichis, notamment le Nitrox et le Trimix, a un impact sur le coût de la plongée. Alors que le Nitrox est devenu très développé et souvent inclus sans supplément dans certains pays comme l’Égypte, l'utilisation de mélanges plus complexes ou pour des besoins spécifiques peut entraîner des coûts additionnels.
Par exemple, si l'on effectue une plongée un peu plus engagée et que l'on souhaite se doter d'un bloc de décompression, comme un « pony » 6 litres gonflé à 200 bars avec un Nitrox 50/50 (50% d’oxygène et 50% d’azote), il faudra prévoir d’ajouter jusqu’à 50,00 € au coût de la plongée, si le pony était totalement vide.
Pour des plongées très profondes, l'impact financier est plus significatif. Si l'on prévoit une plongée dans la zone des 60 mètres et que l'on envisage d’utiliser un bloc 15 litres à 230 bars avec un Trimix 19/35 (19% d’oxygène, 35% d’hélium, 46% d’azote), la prestation de mise à disposition d’un tel bloc peut coûter jusqu’à 120,00 €.
Ces coûts sont en partie dus à la nature des gaz eux-mêmes. L’hélium, par exemple, est un gaz rare, également appelé gaz « noble », présent en faible quantité dans l’atmosphère. Il ne peut être produit à l’infini. Du fait de son utilisation à grande échelle, sa production est réalisée par distillation fractionnée du gaz naturel, qui peut en contenir jusqu’à 7%. Il est donc très lié à la consommation des énergies fossiles, ce qui en fait une ressource précieuse et coûteuse. La planification rigoureuse des plongées et la gestion efficace des gaz sont donc essentielles pour maîtriser le budget et l'impact environnemental.