Des profondeurs au sommet de son volcan, Saint-Eustache regorge de trésors pour les voyageurs, offrant une immersion complète dans une histoire riche et une nature préservée. Dans les Caraïbes, cette petite île néerlandaise fait la part belle à l'histoire, sur terre comme en mer, se distinguant comme une destination de choix pour les amateurs de plongée et les explorateurs culturels. Surnommée Statia par ses 3 500 habitants, elle abrite un plus grand nombre de sites historiques sous-marins et terrestres au kilomètre carré que tout autre État des Caraïbes.
Saint-Eustache, la Perle Méconnue des Caraïbes : Un Sanctuaire Marin et Terrestre
Saint-Eustache, ou plutôt Statia, est une petite île de 21 km² nichée au nord de l’arc antillais, à seulement 20 minutes d'avion de l’île de Saint-Martin (qui appartient pour moitié à la France et pour moitié aux Pays-Bas). Située à quelques kilomètres au nord-ouest de la célèbre Saint-Kitts-et-Nevis, cette île est une merveille naturelle et historique condensée. Avec un parc marin plus étendu que sa propre superficie, l'île de Saint-Eustache est l'une des destinations de plongée les plus spectaculaires de la région. Ce parc marin, créé tout autour de l’île depuis 1996, assure une préservation exceptionnelle des fonds marins, ce qui se traduit par des plongées réputées parmi les plus belles des Antilles.
Côté terre, Saint-Eustache affiche une nature luxuriante. Les contours de cette île volcanique sont croqués par les falaises et les plages de sable noir, un important site de nidification pour les tortues de mer en danger d'extinction. Au sud, le parc national Quill/Boven offre un refuge aux oiseaux rares, notamment le phaéton à bec rouge, et abrite 17 espèces d'orchidées. L'île est dominée par le Quill, un volcan inactif parcouru par huit sentiers de randonnée, dont un traversant le cratère et sa forêt. Cette nature encore intacte est une véritable chance, comme le souligne Celford Gibbs, guide de randonnée sur l'île, qui observe Sint Marteen et les autres Îles-Sous-le-Vent envahies par le tourisme, les hôtels et les casinos, et réalise le retard de Statia en matière de développement, qu'il considère comme une bonne chose permettant d'apprendre des erreurs des autres.
Les Épaves de Saint-Eustache : Plongée au Cœur de l'Histoire Maritime
Le parc marin national de Saint-Eustache, qui encercle l'île, offre de nos jours l'opportunité d'admirer les vestiges du passé de Statia à travers ses 36 sites de plongée. Les eaux de St Eustache abritent de nombreuses épaves datant d’époques différentes. Les plus anciennes, dont on ne retrouve que les ancres, remontent au XVIIe siècle, leur densité tout autour de l’île témoignant du riche passé du port de Statia dans les échanges maritimes. « Grâce aux sources historiques, comme les journaux et la correspondance du gouvernement, nous savons que des centaines de navires ont fait naufrage tout autour de l'île à l'époque coloniale, » indique Ruud Stelten, archéologue et directeur du Shipwreck Survey, une école de fouilles en archéologie sous-marine qui étudie les différentes épaves des environs de l'île. Il ajoute : « Il nous en reste beaucoup à trouver. »
Parmi les plongées mythiques de Statia, on retrouve l'épave du Charles L. Brown, un ancien câblier américain de 100 mètres de long, construit en 1954 en Italie par la société AT&T pour la pose des câbles sous-marins. Cette épave est l'une des plus grandes des Caraïbes. Elle fut coulée en 2003 pour servir de récif artificiel et repose sur le flanc à 31 mètres de profondeur sur un fond sablonneux. Le Charles L. Brown est désormais une plongée incontournable à St Eustache et est coloré par les coraux, notamment du corail noir, le rendant très bien concrétionné. Lors de plongées, on peut se retrouver à seulement trois plongeurs avec un guide sur cette impressionnante épave.
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Une autre épave notable est celle du Chien Tong, un chalutier taïwanais également coulé en 2003. Il repose à 21 mètres de profondeur et est entièrement coloré. C'est désormais le refuge des tortues imbriquées la nuit et des tortues vertes le jour, elles y sont très nombreuses, faisant de cette plongée une expérience à ne pas manquer, surtout de nuit. Un autre récif artificiel est créé par plusieurs épaves, dont une grande barge posée à 18 mètres de fond. Même s’il ne reste pas grand-chose de ces épaves, les morceaux éparpillés servent de refuge à une multitude de juvéniles. C'est ici aussi que les rangers du parc marin viennent observer les espèces, et les coraux y sont superbes. On observe de nombreuses murènes, des poissons-trompettes, des diodons, des raies aigles et des anguilles jardinières sur les fonds sablonneux.
Au sud de l'île, Anchor Point figure parmi les points d'intérêt majeurs de ce sanctuaire marin : derrière d'immenses éponges en tonneau et un récif grouillant de vie, les plongeurs découvrent une ancre laissée à la merci du corail par un navire français en 1750. Parmi les autres sites, le Double Wreck présente les balastes de deux navires du XVIIIe siècle, petit à petit colonisés par le corail et les poissons. On y voit également les ancres de ces bateaux, dont l’une qui se détache sur le sable, suscitant l'interrogation quant à la manière dont elle tient. En 2017, les ouragans Irma et Maria ont révélé les restes d'un navire du 18e siècle baptisé Triple Wreck (ou SE-504), actuellement étudié par l'organisation de Ruud Stelten en collaboration avec le Center for Archaeological Research de Saint-Eustache. L'équipe a pour objectif de trouver et conserver les artéfacts afin d'aider les chercheurs à mieux comprendre l'histoire de l'île. Quiconque possédant un diplôme de plongée peut se joindre aux recherches qui ont lieu deux fois par an et explorent également d'autres sites de naufrage autour de l'île.
Les plongées à Saint-Eustache sont d’une extrême diversité, allant des jardins de corail très poissonneux aux très belles épaves. Des sites comme Grand Canyon, une très belle plongée où l'on "plonge" littéralement dans un canyon étroit jusqu'à 45 mètres, offrent des vues fabuleuses. Lors d'une première plongée sur ce site, l'observation d'un grand requin-nourrice se posant au fond du canyon peut être une expérience mémorable. Un autre site profond est le Drop off, atteignant 41 mètres.
Les Perles Bleues de Statia : Une Monnaie Historique et un Symbole Culturel
La plus belle histoire de Statia est sans doute celle des perles bleues (blue bead), la monnaie locale de Statia au XVIIe siècle. Particulièrement présentes dans les eaux de Saint-Eustache, ces éclats de cobalt constellent le sable du parc marin, et Blue Bead Hole (le gouffre des perles bleues) est un site de plongée populaire. D'après les chercheurs, ces perles auraient été façonnées dans les verreries néerlandaises avant d'être envoyées à Saint-Eustache et peut-être d'autres îles voisines. La célèbre Compagnie néerlandaise des industries occidentales utilisait ces perles pour échanger du tabac, du coton, du rhum… et des esclaves. Elles étaient utilisées comme monnaie dans le commerce et comme marqueur hiérarchique chez les esclaves.
Selon la légende locale, à l'abolition de l'esclavage en 1863, les esclaves auraient célébré leur liberté en jetant les perles dans l'océan. Certaines études penchent plutôt pour le naufrage d'un navire transportant ces perles à proximité de l'île, ce qui expliquerait leur accumulation à Blue Bead Hole. Quoi qu'il en soit, leur importance culturelle est mise à l'honneur dans l'histoire orale de Statia. Misha Spanner, guide au musée de la Fondation historique de Saint-Eustache, déclare : « Les perles bleues sont mon artéfact préféré, je les porte souvent avec beaucoup de fierté. Grâce à elles, je me sens plus proche de mes ancêtres. » Pour les locaux, trouver une perle bleue est un signe de bonne fortune. La plongée au site de Blue Bead, à la sortie du port sur un fond de sable noir, est empreinte de cette légende : ce ne sont pas les plongeurs qui trouvent les perles bleues, mais les perles qui les trouvent. Et si l'on a la chance d'être "trouvé", on reviendra à Saint-Eustache encore et encore. Il est important de noter que les blue beads sont les seuls objets qu'il est autorisé à ramasser et à emporter de l'île. La loi interdit en effet aux plongeurs de rapporter chez eux des artéfacts, à l'exception de ces perles.
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L'Héritage Historique Terrestre : Au-delà des Épaves
L'histoire de Saint-Eustache ne se limite pas à ses fonds marins. Au 18e siècle, Saint-Eustache était un port franc, l'un des principaux centres de la traite des esclaves en Atlantique. À son apogée, plus de 3 000 navires jetaient l'ancre dans le port chaque année. L'économie florissante de l'île lui a permis de fournir des munitions aux États-Unis pendant la guerre d'indépendance, une alliance secrète révélée par l'arrivée d'un brick américain, l'Andrew Doria, à la fin de l'année 1776. À son entrée dans le port de Saint-Eustache avec à son bord une copie de la Déclaration d'indépendance, le navire reçut un salut officiel de 11 coups de canon, faisant des Pays-Bas le premier pays à reconnaître l'indépendance de l'Amérique.
Ce « Premier Salut » fut un véritable climax des tensions qui régnaient entre les Britanniques et les Néerlandais, un acte qui aboutira à la quatrième guerre anglo-néerlandaise. Depuis, le « Premier Salut » est célébré à Saint-Eustache à travers une reconstitution organisée chaque année le 16 novembre, pour Statia Day, l'une des fêtes les plus importantes de l'île après son carnaval. Chaque plongée permet également de lever une partie du voile recouvrant l'histoire de l'île, qui a été découverte par Christophe Colomb en 1493. Après avoir changé de mains plusieurs fois pendant plus de trois siècles, l’île est devenue, et est restée, un territoire néerlandais officiel depuis 1816.
À terre aussi, les fouilles archéologiques lèvent le voile sur les liens de Statia avec l'esclavage. En 2021, les archéologues ont découvert un cimetière du 18e siècle et une bac teintée de bleu sur le site du Golden Rock Dive & Nature Resort, un hôtel bâti sur une ancienne plantation. La cuve était probablement utilisée par les esclaves pour la confection d'une précieuse teinture bleu azur. Toujours en 2021, un autre cimetière a été mis au jour sur l'ancienne plantation de Golden Rock. Ces récentes découvertes ont ouvert la voie à une étude plus large de l'histoire de l'esclavage à Statia, notamment en impliquant les communautés locales, comme l'indique Gay Soetekouw, président du Center for Archaeological Research de Saint-Eustache. L'espoir est ici de faire la lumière sur une population dont les histoires personnelles n'ont jamais été documentées.
La Plongée aux Caraïbes : Une Diversité d'Épaves et de Sites
L'activité phare d’une croisière dans les Caraïbes, la plongée, offre une multitude d'expériences. Elle est accessible à tous les niveaux et tous les âges. On trouve plusieurs sites très intéressants à travers les Caraïbes. Le plus exceptionnel est Carriacou à La Grenade, sur le site des « Sisters ». À Sainte-Lucie, on peut plonger sur une très belle épave, le Lesleen M. Elle est localisée à Anse Cochon et se situe entre 12 et 22 mètres de fond. Ce navire de 55 mètres de longueur environ a été coulé en 1986 pour créer un récif artificiel.
À La Grenade, à la Pointe Molinière, on trouve un autre lieu atypique : un parc de sculptures sous-marines. Les récifs de ce site de plongée étaient très abîmés, et ce parc a été créé pour les rendre intéressants et plus attractifs. Un souvenir personnel de plongée remonte à 1992, à Barbuda (au nord d’Antigua, dans les Petites Antilles), où fut découverte une épave d’avion, dans douze mètres d’eau. Selon les autorités, il était impliqué dans un trafic de drogue. Voir quelque chose comme ça sous l’eau et se dire que pas grand monde y a accès, c’est extraordinaire. Un excellent souvenir est aussi gardé de la première plongée sur l'épave d'un énorme navire, qui a coulé en 1961 en face de Saint-Georges à La Grenade. À l’époque, c’était la plus importante épave des Antilles. On pouvait entrer dedans, visiter. Aujourd’hui, le temps a fait son œuvre, les lieux sont réduits, certains objets se dégradent, d’autres ont été emportés par les courants.
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D'autres destinations proposent également des expériences uniques. Les Saintes en Guadeloupe abritent un spot mondial de la plongée, le Sec Pâté, une montagne sous-marine de 13 mètres. À Marie-Galante, il est possible de plonger dans des contrées encore vierges avec éponges tubulaires et plateaux de pente douce (cayes) en compagnie de fascinantes murènes. La réserve naturelle marine de Saint-Barthélemy abrite près d’une vingtaine de sites de plongée.
Les eaux des Caraïbes sont telles que l’on voit de très belles choses, sans descendre trop profondément. Cependant, on voit de plus en plus certaines espèces alors qu’elles ne sont pas originaires des Caraïbes. Il est arrivé dans les eaux caribéennes il y a une trentaine d’années, sûrement déversé d’un aquarium. Il représente une telle menace pour les écosystèmes locaux que des chasses spéciales sont organisées. Des baptêmes de plongée sont possibles sur les itinéraires de croisières « yachting », qui sont aussi les plus intéressantes pour le niveau 1.
Plonger de Manière Responsable : Écotourisme et Conservation
Outre l'histoire, la conservation des aires naturelles reste une priorité aux Caraïbes, et particulièrement à Saint-Eustache. Les parcs nationaux de Saint-Eustache encouragent les voyageurs à s'intéresser de près à la faune et à la flore de l'île, en prenant un guide pour leurs randonnées ou en s'impliquant dans un projet de science participative au sein des trois zones protégées : le sanctuaire marin, le parc national Quill/Boven et le Jardin botanique Miriam C. Schmidt. L'un de ces programmes consiste par exemple à rassembler des bénévoles pour surveiller les sites de nidification des tortues sur la plage de Zeelandia, étudier les itinéraires empruntés par les baleines et les dauphins ou encore identifier des raies Mantas. Dans un autre programme axé sur la reforestation marine et terrestre, les recrues plantent des espèces endémiques, comme l'eucalyptus ou le raisin de mer, qui contribuent toutes deux à la biodiversité et apportent une protection contre les ouragans.
Alors que Statia est tournée vers l'avenir, Celford Gibbs, guide de randonnée, constate un intérêt grandissant pour veiller à ce que le tourisme profite aux communautés locales et aux écosystèmes. Cela implique de préserver l'héritage culturel de l'île au même titre que ses merveilles naturelles. Au détour d'une randonnée, Gibbs ramasse une léwisie à racine amère afin de préparer un thé médicinal tout en expliquant les bienfaits pour les dents des feuilles d'eucalyptus ; sa démarche découle d'un savoir ancestral. Saint-Eustache ne compte que trois guides locaux et Gibbs est l'un d'entre eux. C'est pourquoi il considère comme essentiel au devenir de l'île le fait de transmettre ce savoir aux générations futures et aux voyageurs. Il conclut : « Une fois goûté à la nature, on en veut toujours plus. »
Chez PONANT, on a l’habitude de dire que « l’on protège mieux ce que l’on connaît ». C’est d’autant plus vrai pour le milieu marin. Les instructeurs donnent des recommandations avant chaque sortie, avec des consignes très claires. Il faut que les passagers soient conscients que, même sans le vouloir, ils peuvent avoir un comportement dévastateur pour les fonds marins visités. Il ne faut rien casser, ne rien ramasser, ne pas s’accrocher aux récifs ou donner des coups de palmes incontrôlés. On leur fait prendre conscience que certaines espèces sont très fragiles. Il est également essentiel de sensibiliser les personnes à bord qui ne plongent pas.
Un séjour avec activité plongée aux Caraïbes promet de rêver les yeux grands ouverts au milieu d’une mer limpide dans un décor de rêve. Toutefois, pour que le rêve en reste bien un tant pour les plongeurs que pour les sites explorés, quelques précautions s’imposent. Tout d'abord, si la plongée dans les Caraïbes peut se pratiquer toute l’année, la période de septembre et octobre requiert plus de prudence puisqu’il s’agit de la saison des ouragans. Ensuite, il est crucial de veiller, au moment de concrétiser une plongée, à suivre précisément les règles énoncées par le moniteur pour garantir la sécurité. Il est également impératif de respecter et préserver le fragile équilibre des fonds marins parcourus, en s'assurant de ne laisser aucun déchet, de ne rien déplacer qui pourrait bouleverser l’écosystème des espèces marines qui fréquentent ces zones. Enfin, il est recommandé d'éviter de s’enduire d’écran solaire au moment de plonger ou de choisir un produit bénin pour l’environnement.