L'histoire de la piscine olympique Alfred Nakache

Introduction

La piscine olympique Alfred Nakache est un symbole fort, incarnant à la fois l'excellence sportive et la résilience face à l'adversité. Son histoire est intimement liée à celle d'Alfred Nakache, nageur exceptionnel dont le parcours a été marqué par les triomphes sportifs et les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Cet article explore l'histoire de cette piscine, en mettant en lumière son importance dans le paysage sportif français et son lien indissoluble avec la vie d'Alfred Nakache.

Genèse du Cercle des Nageurs de Marseille

Le 20 avril 1921, des passionnés de natation, parmi lesquels Eugène Tisson et son fils Philippe, Fernand David et Louis Navarre, se réunissent à la Brasserie Alsace-Loraine, rue Fabre, pour fonder le Cercle des Nageurs de Marseille. S'inspirant des statuts du Cercle des Nageurs de Nice, créé en 1912, ils jettent les bases d'un club qui deviendra un haut lieu de la natation française.

Marius Blanc, propriétaire des Grands Bains des Catalans, offre généreusement une première cabine au club, qui servira de vestiaire. En contrepartie de la création d'une section dédiée à la préparation militaire, le club obtient l'autorisation de construire une passerelle en bois le long de la côte pour faciliter l'accès à la mer.

Le 21 mai 1922, l'inauguration des installations du Cercle des Nageurs prend la forme d'une grande fête sportive, avec une compétition de water-polo et des épreuves de natation dans un plan d'eau délimité par des radeaux. Les premiers membres affluent, l'adhésion étant conditionnée par le parrainage d'un membre actif du club.

Les entraînements en mer sont souvent perturbés par les conditions météorologiques, obligeant les nageurs à se replier sur le bassin du Carénage, près du Vieux-Port, ou sur le bassin d'eau douce des Trois-Lucs. Ils ont également la possibilité de s'entraîner une fois par semaine dans la piscine d'eau chaude des thermes du Cours Sextius à Aix-en-Provence. Malgré ces difficultés, les nageurs du Cercle remportent des succès sur le plan national et se distinguent également au niveau international.

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Construction du premier bassin et premiers succès

L'assemblée générale du Cercle des Nageurs prend une décision importante le 11 avril 1931 : la construction d'un bassin de 25 mètres. Les travaux sont en grande partie réalisés par les membres du cercle eux-mêmes. Le bassin est mis en eau le 30 avril 1932 grâce à un système de pompe centrifuge électrique, permettant un débit de 150 m3 par heure. L'eau est puisée à l'aide d'un tuyau immergé à 5 mètres sous le niveau de la mer. Cependant, en hiver, les entraînements continuent à Aix-en-Provence.

Malgré le recrutement d'un premier entraîneur hongrois, Istvan Szabo, en juin 1935 par le président Jean Alézard, le palmarès reste modeste, se limitant le plus souvent au niveau régional.

La guerre et l'occupation

Dès octobre 1938, alors que la menace de la guerre se fait de plus en plus sentir, le plan de défense établi pour la ville de Marseille conduit l'armée à réquisitionner une partie du Cercle. Le bassin est interdit aux membres et des armes anti-aériennes y sont installées.

Après la défaite et la signature de l'armistice le 22 juin 1940, le bassin retrouve sa fonction première et accueille des compétitions dès le mois de septembre 1940. En juillet 1941, le record du monde du 200m brasse-papillon y est battu par Alfred Nakache, l'un des meilleurs nageurs de l'époque, qui sera déporté à Auschwitz deux ans plus tard, en novembre 1943.

À ce moment-là, la zone sud est envahie par l'armée allemande. L'occupant s'installe sur le site du Cercle, contraignant les nageurs à trouver d'autres lieux d'entraînement. Déjà endommagé par le cantonnement militaire, le club subit également des dégâts importants lors des bombardements qui accompagnent la libération de Marseille en août 1944.

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Reconstruction et nouveaux records

Dès 1946, un plan de travaux est établi. La grande terrasse est déblayée, de nouvelles cabines et vestiaires sont aménagés, et l'on envisage de construire un bassin d'hiver. Le bassin extérieur reste toutefois propice aux performances. Alex Jany y bat plusieurs records d'Europe sur 100 m, 200 m et 400 m nage libre et améliore ses propres performances.

Le bassin d'hiver est inauguré en 1956, en présence du maire Gaston Defferre. La municipalité soutient le club, qui devient de plus en plus la vitrine sportive de Marseille aux côtés de l'Olympique de Marseille.

L'essor du Cercle des Nageurs

Alors que le sport se démocratise et se diffuse plus largement, le palmarès du Cercle des Nageurs s'étoffe à partir des années 1950-1960. Robert Christophe, Jean-Pierre Moine et Alain Mosconi sont quelques-uns des noms qui marquent l'histoire du club. Cette période est faste pour le Cercle des Nageurs, qui ne cesse de transformer et de moderniser ses installations.

Une piscine olympique est inaugurée le 20 décembre 1968, peu de temps après la médaille de bronze olympique remportée par Alain Mosconi à Mexico. Cette première médaille pour le Cercle et l'inauguration du bassin olympique installent le Cercle des Nageurs au plus haut niveau de la natation française.

Diversification et succès contemporains

Avec le développement des pratiques sportives de loisirs, le Cercle des Nageurs s'oriente vers les activités de forme et de loisir dans les années 1980. Cependant, le club reste attaché à la natation de haut niveau. Il remporte 12 fois les championnats de France interclubs masculins entre 1970 et 2009. Frédéric Delcourt décroche l'argent sur 200 m dos aux Jeux olympiques 1984 de Los Angeles, et le Cercle est nommé centre permanent d'entraînement et de formation pour le sport de haut niveau l'année suivante.

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Dans les années 2000, les nageurs du Cercle s'illustrent à nouveau au plus haut niveau international. Alain Bernard, avant de rejoindre le club d'Antibes et de décrocher l'or olympique sur 100 m nage libre à Pékin en 2008, est champion d'Europe alors qu'il est licencié au Cercle. Le club marseillais attire les champions, à l'image de Laure Manaudou. Camille Lacourt et Frédéric Bousquet sont des figures de proue d'une natation française triomphante. Ces succès font le prestige d'un club tourné vers la compétition.

Dans un contexte local marqué par un déficit structurel d'équipements, le Cercle des Nageurs ouvre assez largement son école de natation aux plus jeunes. Il n'en reste pas moins que les membres parrainés, qui trouvent au Cercle un espace agréable de loisirs et de sociabilité, appartiennent pour beaucoup aux catégories sociales les plus privilégiées de la ville.

L'hommage à Alfred Nakache

La piscine olympique du Cercle des Nageurs de Marseille est intimement liée à la figure d'Alfred Nakache. Son nom est un hommage à ce nageur exceptionnel, dont le parcours a été marqué par les triomphes sportifs et les horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

Le parcours exceptionnel d'Alfred Nakache

Alfred Nakache est né à Constantine, en Algérie, le 18 décembre 1915, dans une famille juive de 11 enfants. Adolescent, il surmonte sa phobie de l'eau et devient champion de natation d'Afrique du Nord. En 1933, il arrive à Paris et décroche son premier titre de champion de France.

Il participe aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, sans remporter de médaille. Déchu de sa nationalité par le régime de Vichy en 1940, il rejoint la France libre et s'installe à Toulouse avec sa femme, où il reprend l'entraînement au TOEC (Toulouse Olympique Employés Club). Rapidement, il est interdit des bassins par les nazis.

En décembre 1943, il est finalement raflé. Sa déportation commence en janvier 1944 à Auschwitz avec sa femme Paule et sa fille Annie, âgée de deux ans. Elles seront toutes les deux tuées sur place, comme il l'apprendra plus tard.

Surnommé le nageur d'Auschwitz, les nazis le reconnaissent et il est victime d'humiliations supplémentaires. Les officiers SS jetaient leurs poignards au fond d'un bassin de rétention d'eau et l'obligeaient à aller les chercher avec les dents.

Malgré l'horreur, Alfred Nakache survit à Auschwitz. De retour en France, il reprend la compétition avec succès. Le 8 août 1946, à la piscine des Tourelles (renommée depuis Georges Vallerey), il devient champion de France et recordman du monde 3 × 100 m trois nages, avec Georges Vallerey et Alex Jany.

Alfred Nakache participe également aux Jeux olympiques de Londres en 1948, douze ans après ses premières olympiades à Berlin et après avoir survécu à Auschwitz. Il ne remporte aucune médaille, mais participe à la compétition en mémoire de tous les déportés, de sa fille et de sa femme.

Alfred Nakache décède d'une crise cardiaque en 1983, alors qu'il nageait dans le port de Cerbère.

L'héritage d'Alfred Nakache

Alfred Nakache est un symbole de résilience, de courage et de dépassement de soi. Son parcours exceptionnel a inspiré de nombreuses personnes et continue de le faire aujourd'hui. Son nom est associé à plusieurs piscines en France, dont celle du Cercle des Nageurs de Marseille, en hommage à sa carrière sportive et à son courage face à l'adversité.

En 2019, Alfred Nakache est intronisé au Panthéon de la natation, le prestigieux International Swimming Hall of Fame de Fort Lauderdale, en Floride.

Autres piscines portant le nom d'Alfred Nakache

Outre la piscine du Cercle des Nageurs de Marseille, d'autres piscines en France portent le nom d'Alfred Nakache, témoignant de l'hommage rendu à ce grand nageur :

  • La piscine Nakache à Toulouse: Construite en 1931 par l'architecte Jean Montariol et l'ingénieur Charles Baruteaud sur l'île du Ramier, cette piscine de style Art déco a été baptisée Nakache en 1943, alors qu'on le croyait mort. Elle est aujourd'hui un lieu de baignade et de détente très fréquenté par les Toulousains. C'est également dans cette piscine que s'entraînent les Dauphins du TOEC, club où a grandi le champion Léon Marchand.
  • La piscine Alfred Nakache à Paris: Située dans le 20e arrondissement, cette piscine innovante a été inaugurée en 2009.
  • Des piscines à Montpellier et Nancy portent également le nom d'Alfred Nakache.

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