Piscine André Martin: Histoire et Architecture des Bains Parisiens

La tradition des bains à Paris a connu une évolution fascinante, passant des simples aménagements rudimentaires aux complexes nautiques sophistiqués. Cet article explore l'histoire et l'architecture des piscines à Paris, en se penchant sur les aspects sociaux, hygiéniques et esthétiques qui ont façonné ces lieux de rassemblement.

L'évolution des Bains Parisiens: Des Eaux Vives aux Écoles de Natation

Depuis plus de trois siècles, la baignade dans la Seine à Paris a été interdite. Au fil du temps, les installations de baignade ont évolué, passant de structures éphémères à des aménagements permanents, régulés par les autorités publiques. Initialement, de simples piquets plantés dans le lit de la rivière et recouverts de toiles tendues servaient de cabines de fortune. Ces installations ont rapidement été remplacées par des structures plus élaborées, constituées de pontons flottants délimitant un bassin central. Par la suite, des vestiaires et des équipements annexes ont été construits sur les quais, avant que les bassins eux-mêmes ne soient maçonnés et intégrés à la rive pour faciliter l'épuration de l'eau.

À la fin du XVIIIe siècle, la baignade en eau vive, motivée par un regain d'intérêt pour l'hygiène, a cédé la place aux écoles de natation. Hommes et femmes fréquentaient des établissements séparés, conformément aux conventions sociales de l'époque, pour se rafraîchir, entretenir leur santé, pratiquer un sport, ou se retrouver entre amis. Les jeunes profitaient de ces lieux pour s'adonner à des jeux audacieux. Les habitants de la région parisienne, privés d'accès à la mer, appréciaient particulièrement ces plages fluviales, où la séparation des sexes était parfois moins stricte. La région parisienne comptait des dizaines de ces établissements. Les plus luxueux offraient des services tels qu'un hôtel, un casino, un restaurant ou une salle de danse pour attirer une clientèle toujours plus nombreuse.

L'attrait des Bains en Eau Vive: Nature, Hygiène et Sociabilité

Les établissements de bains situés sur l'eau présentaient un avantage certain par rapport à ceux construits dans les villes. L'illusion de la nature était difficile à recréer dans les jardins artificiels et exigus des villes. Si la baignade en milieu naturel est une pratique ancestrale, la construction d'installations spécifiques sur les rives des cours d'eau et des lacs ne remonte qu'à environ trois siècles.

Dans les civilisations antiques et arabes, les bains publics étaient courants, avec des édifices dédiés au cœur des villes, tels que les thermes romains et les hammams orientaux. Cependant, en Occident, la tradition du bain avait disparu, à l'exception des bains thérapeutiques prescrits occasionnellement. La religion chrétienne désapprouvait la nudité et imposait des règles de pudeur strictes. Le thème mythologique de Vénus au bain servait de prétexte aux artistes pour représenter le corps féminin nu dans un paysage champêtre, conformément à la tradition classique.

Lire aussi: Eau de piscine verte : solutions naturelles

Au XIIIe siècle, de rares étuves étaient installées le long de la Seine à Paris, mais leurs caractéristiques architecturales sont mal connues. Elles disparurent à la Renaissance, lorsque l'utilisation de pommades et d'onguents venus d'Italie devint la norme en matière de toilette. Pour ceux qui appréciaient l'eau, il ne restait que la baignade en rivière. Des illustrations datant du XVe siècle montrent des baigneurs se rafraîchissant dans la Juine, près d'Étampes. Le roi Henri IV était connu pour apprécier les bains froids qu'il prenait à Saint-Germain, tandis que Louis XIV se baignait également à Valvins.

À partir du XVIIe siècle, de plus en plus de Parisiens se baignèrent dans la Seine, motivés à la fois par le souci de l'hygiène et par le plaisir rafraîchissant de l'eau pendant les beaux jours. Leur nudité perturbant l'ordre public, la nécessité d'installations spécifiques s'imposa, tandis que la baignade sauvage restait la norme dans les lieux isolés. Les établissements de bains se multiplièrent au XVIIIe siècle, le naturel et l'exercice physique étant mis en avant par les nouvelles théories des Lumières, et les médecins se montrant de plus en plus favorables aux bains. Ces institutions proposaient des baignoires et des bassins collectifs, mais il fallut attendre la fin du siècle pour voir apparaître les premières écoles de natation.

Architecture et Évolution des Équipements de Baignade

Les évolutions techniques et architecturales des équipements de baignade étaient étroitement liées à leurs évolutions fonctionnelles. Les premières structures rudimentaires se sont perfectionnées pour garantir davantage de sécurité aux nageurs, en régulant le courant et en créant des fonds artificiels en pente douce. Elles offraient également plus de confort, avec des vestiaires individuels, la location de serviettes et de costumes, des services complémentaires tels que des espaces de repos, des restaurants, des salons privés ou des salles de danse, ainsi que des aménagements ludiques comme des plages, des toboggans ou des plongeoirs.

Les établissements flottants, installés pour la saison estivale et remisés l'hiver, côtoyaient ceux qui devenaient permanents au fur et à mesure que leurs équipements se développaient, que les rivages étaient aménagés ou que les constructions en béton remplaçaient les premiers bains en bois. Paris, pionnière en matière de baignade en rivière, fut peu à peu distancée par les nombreuses installations des rivages franciliens, suscitées par la mode des sorties à la campagne le dimanche. Dans l'entre-deux-guerres, les baignades, de plus en plus sophistiquées, devinrent de véritables établissements nautiques polyvalents, rivalisant avec les établissements balnéaires attirant la haute société dans des lieux de villégiature luxueux.

Alors que les premiers bains en eau vive étaient nés d'une réhabilitation de l'eau dans l'hygiène et la santé corporelles, la nudité des corps dans l'espace urbain ainsi que la sécurité des baigneurs constituaient des problèmes récurrents pour les pouvoirs publics, contraints de réglementer et de surveiller strictement les baignades.

Lire aussi: Piscine tubulaire : le filtre à sable est-il un bon choix ?

Il est intéressant de noter qu'aucun terme spécifique ne désignait les dispositions permettant les bains en eau vive, dits froids. On y pratiquait la natation dans ce que les textes mentionnaient successivement ou alternativement comme des bains, des écoles de natation, des baignades, des plages ou des piscines. L'absence de définition précise pour ce lieu dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse (1866) est symptomatique et témoigne du caractère récent de l'encadrement de la baignade.

Selon la dernière édition du Grand Robert de la langue française (2001), la piscine est définie comme « un grand bassin où l'on se baigne en commun » (l'expression « piscine de natation » apparaissant en 1865) ; le bain est défini entre autres comme « l'action d'entrer dans l'eau pour le plaisir et éventuellement dans l'intention d'y séjourner, de nager », tandis que la baignade « est à la fois l'action de se baigner en mer, en lac ou en rivière et l'endroit d'un cours d'eau ou d'un lac où l'on peut se baigner ». Cette dernière définition sous-entend que la baignade se pratique en plein air mais dans des lieux qui ne sont cependant pas nécessairement aménagés pour cet usage.

Les techniciens décrivent ces lieux plus précisément. Selon eux, les baignades sont des bassins naturels ouverts, des plages aménagées en bordure des rivages de la mer ou englobant des portions de cours d'eau, ou bien encore utilisant des lacs et des étangs naturels. Les bassins constituent des établissements de natation que l'eau traverse en circuit ouvert, partiellement naturel et partiellement artificiel. Enfin, les piscines comportent un bassin en plein air ou couvert et sont un aménagement totalement artificiel, fonctionnant en circuit fermé. Ainsi, aujourd'hui encore en Île-de-France, on se baigne en rivière dans quelques lieux plus ou moins façonnés par l'homme, de la crique naturelle dégagée de ses herbages aux installations techniques plus sophistiquées.

L'Encyclopédie explique que les bains sont un terme d'architecture correspondant à de grands et somptueux bâtiments. Elle distingue les bains artificiels de ceux dits naturels qui sont, ou chauds, comme ceux des eaux minérales, ou froids, comme l'eau des rivières.

Les Bains Parisiens au XIXe Siècle: Évolution Architecturale et Services Annexes

Au début du XIXe siècle, les bains établis sur la Seine à Paris étaient constitués de quatre à six pontons supportant une plateforme, des cabines et des portiques, formant une enceinte rectangulaire au milieu de laquelle on se baignait. Les espaces annexes se développèrent, comme aux premiers bains Deligny où « la rotonde », également appelée « l'amphithéâtre », permettait aux nageurs de se réunir et de discuter. À partir de 1830, le fond du bassin pouvait être constitué de planches de bois mobiles, permettant de modifier la profondeur et de créer une pente artificielle.

Lire aussi: Piscine Saint-François : Un lieu emblématique

En 1840, les frères Burgh, nouveaux propriétaires, reconstruisirent l'école de natation Deligny, la constituant de l'assemblage de plusieurs bateaux. Un bateau d'entrée abritait le bureau de recette, la lingerie, le logement du gérant et des cabines dans sa partie supérieure. Un bateau-rotonde, placé à la tête de l'école, contenait le café, sa cuisine et son divan. En aval, au bas de l'école, se trouvait un autre bateau-rotonde. Dix bateaux, rangés sur deux lignes, formaient l'enceinte de l'école. Un bateau séchoir servait de logement au gardien, et une buanderie flottante complétait l'ensemble. L'ensemble était décoré avec goût et luxe, reflétant la légèreté, la fantaisie élégante, les teintes vives, les nuances variées et les découpes de l'architecture orientale.

Trois cent quarante cabines étaient disposées le long des galeries du rez-de-chaussée et du premier étage, chacune étant meublée de glaces, de patères, de tapis et de chaises en frêne recouvertes de canne. Il y avait également six salons particuliers, loués à l'année, sept salles communes avec des cases pour les effets des baigneurs, six salles pour les pensions et six autres salles à l'étage supérieur. Les galeries étaient garnies d'un tapis de laine. Le fond de l'un des deux bassins avait été dragué pour supprimer toutes les aspérités du sol, tandis que l'autre bassin était muni d'un fond en bois, long de trente mètres, dont la profondeur variait de soixante centimètres à deux mètres. Devant le bateau-divan se trouvait un escalier en spirale à deux paliers, dont le second s'élevait à six mètres au-dessus de l'eau.

La Piscine de Roubaix: Un Exemple de Transformation Architecturale

La Piscine - Musée d'art et d'industrie André Diligent de Roubaix est un exemple remarquable de transformation architecturale. Ce haut lieu culturel abrite une collection d'œuvres d'art prestigieuse, allant de Picasso à Camille Claudel, en passant par Tamara de Lempicka et Léonard Foujita. La collection comprend des sculptures, des céramiques, des dessins, des peintures et des textiles, témoignant de l'histoire du lieu.

La Piscine de Roubaix, également appelée La Piscine des Champs en raison de son accès par la rue des Champs, a été construite entre 1927 et 1932 à la demande de Jean-Baptiste Lebas, maire de Roubaix, par l'architecte lillois Albert Baert. Ce dernier avait déjà construit deux autres piscines : les bains lillois, boulevard de la Liberté au début des années 1890, et les bains dunkerquois à cheval sur le XIXe et le XXe siècle. Proche d'une bourgeoisie industrielle progressiste, Albert Baert souhaitait réaliser l'œuvre majeure de sa carrière avec cette construction. Il adopta un style Art déco, notamment avec la mosaïque en forme de vague qui entoure le bassin, tout en ayant été formé à l'architecture éclectique de la fin du XIXe siècle. Les motifs de vagues se retrouvent à plusieurs endroits, inspirés de motifs maçonniques d'inspiration égyptienne.

Le bâtiment est conçu sur le modèle d'une abbaye cistercienne, avec un jardin central et des bâtiments disposés autour, le bassin correspondant à l'église. Albert Baert créa deux grandes verrières pour simuler le passage de la lumière d'est en ouest, donnant l'impression que le soleil se trouve à une extrémité du bâtiment.

Jean-Baptiste Lebas, maire socialiste de Roubaix, mit en place un programme ambitieux pour répondre aux besoins de la population, notamment en matière de santé. Il créa l'École de plein air à la campagne pour offrir aux enfants un environnement plus sain que la ville, alors touchée par la tuberculose.

La piscine de Roubaix se distinguait par son bassin de 50 mètres, une dimension rare pour l'époque. Dès son ouverture en 1932, le projet fut salué et соответствовал aux idées du Front Populaire. La piscine était équipée de cabines de déshabillage et de douches individuelles, désinfectées après chaque utilisation. Au premier étage, les cabines étaient réservées aux enfants des écoles et disposaient d'une douche commune. La ville fut l'une des premières à rendre la natation obligatoire pour les jeunes. Outre la piscine et le grand bassin, l'établissement proposait des salles de bain pour hommes, femmes et familles, ainsi que des bains médicaux pour les maladies de peau, des salons de coiffure et de manucure. Une laverie industrielle était installée au sous-sol pour traiter le linge pendant que les usagers se baignaient. Cette piscine était conçue dans l'esprit des bains antiques, offrant un lieu à la fois beau, propre et fonctionnel.

La piscine fonctionna jusqu'en novembre 1985, date à laquelle elle fut fermée en raison de problèmes de sécurité liés à la structure du bâtiment. Consciente de l'attachement des habitants de Roubaix à cette piscine, la municipalité réfléchit à des moyens de transformer les lieux. Différents projets furent envisagés, et finalement, dans les années 1990, l'idée de transformer l'ancienne piscine en musée fut retenue. Les travaux de transformation furent confiés à Jean-Paul Philippon, l'un des architectes du musée d'Orsay, et débutèrent en 1998 pour une ouverture en octobre 2001.

L'idée était de créer une sorte de jardin de sculptures au cœur du bassin, tout en conservant la mémoire de l'eau avec une fontaine et un bassin réduit. L'arche de Sandier trouva naturellement sa place dans cette salle, donnant l'impression qu'elle y avait toujours été. Le musée du textile fut également intégré à cet espace.

Le Stade Nautique Marlène-Peratou à Aubervilliers: Un Exemple d'Architecture Industrielle

Le stade nautique Marlène-Peratou à Aubervilliers est un autre exemple intéressant d'architecture de piscine. Construit dans les années 1960 et 1970, il témoigne d'une politique volontariste de l'État français en matière d'équipements sportifs. La conception de ce centre nautique coïncide avec une période où l'État encourageait la construction de piscines pour combler le déficit d'infrastructures sportives constaté après la Seconde Guerre mondiale.

Le maire communiste d'Aubervilliers, André Karman, s'engagea dans un vaste programme d'équipement de sa ville, notamment en matière de structures éducatives, socio-culturelles et sportives. Le projet du centre nautique d'Aubervilliers fut lancé peu avant l'opération nationale « Mille piscines », qui visait à construire des piscines économiques et industrialisées.

La construction du centre nautique d'Aubervilliers est le fruit d'une collaboration entre les architectes Jacques Kalisz et Jean Perrottet. Le projet repose sur l'invention d'une nouvelle « architecture industrialisée », associant création architecturale et processus industriel. Les architectes ont accordé une attention particulière aux éléments ornementaux, grâce aux interventions de l'architecte d'intérieur Annie Tribel et du peintre et coloriste Max Soumagnac. Annie Tribel s'est chargée des aménagements intérieurs et du choix du mobilier, tandis que Max Soumagnac a élaboré une polychromie ludique pour identifier les différents espaces de l'édifice.

La construction du centre nautique d'Aubervilliers témoigne des efforts déployés pendant les Trente Glorieuses pour transformer les communes situées en périphérie de la capitale. À l'instar d'autres réalisations de Jacques Kalisz et Jean Perrottet, telles que le Groupe scolaire Jean-Lolive à Pantin et l'École d'architecture de Nanterre, le stade nautique d'Aubervilliers s'inscrit dans une série d'édifices métalliques remarquables construits dans les années 1960 et 1970.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *