La pinasse à voile est plus qu'un simple bateau ; c'est un symbole vivant du Bassin d'Arcachon, intimement lié à l'histoire, à la culture et à l'économie de cette région unique. Embarcation traditionnelle par excellence, elle a su évoluer au fil des siècles tout en conservant son identité propre.
Origines et Étymologie
L'origine exacte de la pinasse du Bassin d'Arcachon ne fait pas l'unanimité chez les historiens. Le terme « pinasse » lui-même renvoie au pin maritime, bois abondant dans la région et principal matériau utilisé pour sa construction. Dès le XIIIe siècle, des embarcations similaires apparaissent en Espagne, avant d'être adoptées par les Anglais au XVe siècle à des fins militaires. Au XVIe siècle, on retrouve des pinasses en Biscaye, à Bayonne, et dans la flotte de Philippe II d'Espagne, sous la forme de grands navires à rames. Richelieu en fait construire au XVIIe siècle pour secourir l'île de Ré.
Au-delà de ces filiations incertaines, il est admis que des pinasses existaient déjà dans le Marensin et le Born au temps de Louis XIV, armées pour la pêche à la senne. Des documents administratifs du début du XVIIIe siècle décrivent une technique de pêche identique à celle que nous connaissons aujourd'hui, pratiquée jusque dans les années 1970-1980.
Évolution et Usages au Fil du Temps
Dès 1708, des documents attestent de l'usage de la pinasse par les habitants du Bassin d'Arcachon pour la pêche et l'ostréiculture. Elle devient alors un pilier de l'économie locale. Fine, allongée, à fond plat et construite en bois léger (souvent du pin des Landes), elle est parfaitement adaptée aux eaux peu profondes et mouvantes du Bassin. À l'origine sans quille ni gouvernail, elle se propulse à l'aviron ou à la voile, permettant de se faufiler entre les parcs à huîtres et les bancs de sable, même à marée basse.
Au XIXe siècle, la pinasse évolue avec l'ajout de mâts inclinables et de gouvernails. L'arrivée du chemin de fer à La Teste en 1841 favorise l'essor du tourisme, et la pinasse devient également un bateau de plaisance. L'expansion massive de l'ostréiculture dans la deuxième moitié du XIXe siècle entraîne une construction effrénée de pinasses, malgré l'apparition d'autres types de bateaux de service. La pinasse reste l'embarcation préférée des riverains, car son coût est inférieur à celui des autres types, le pin ne manque pas, et elle peut être construite par le marin du cru. Son faible tirant d'eau lui permet de manœuvrer au-dessus des bancs, et sa légèreté permet de la mettre à sec facilement.
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Au début du XXe siècle, le moteur à pétrole est adopté, transformant la pinasse en "pétroleuse". La finesse de l'embarcation permet à des moteurs de faible puissance de la propulser à bonne vitesse. Le clin est abandonné pour la sole, et le rivetage en cuivre devient prépondérant. Après la Première Guerre mondiale, de nombreuses grandes pinasses à moteur sont construites pour l'ostréiculture, la pêche et la plaisance.
Caractéristiques Techniques et Variantes
La pinasse traditionnelle présente des caractéristiques spécifiques :
- Coque : Effilée, avec un fond plat adapté aux eaux peu profondes.
- Matériaux : Construction en bois, principalement du pin maritime.
- Propulsion : Initialement à l'aviron ou à la voile, puis motorisée.
- Absence de quille : Pour faciliter la navigation dans les zones peu profondes.
- Étrave haute : Fonctionnelle face aux vagues.
Il existe différentes tailles de pinasses :
- La plus petite, la pinassotte (6,50 mètres), sans gouvernail, se dirige à la rame.
- La pinasse ordinaire (7,5 à 8 mètres).
- La bâtarde (8 à 9 mètres).
- La pinasse de côte (9 à 14 mètres).
L'arrivée du moteur a révolutionné la structure de la pinasse, avec l'ajout d'une quille, d'un safran articulé et d'un bordage à feuillure.
Aujourd'hui, on distingue plusieurs types de pinasses :
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- Les pinasses historiques, restaurées avec soin, conservant leurs lignes d'origine.
- Les pinasses traditionnelles, respectant la construction et l'esthétique d'autrefois, avec des aménagements modernes discrets.
- Les pinasses d'inspiration, reprenant le design général de la pinasse avec une touche de modernité et de confort.
La Pinasse Aujourd'hui : Tourisme et Tradition
Aujourd'hui, la pinasse est principalement utilisée comme bateau de plaisance pour les promenades touristiques sur le Bassin d'Arcachon. Les professionnels de la mer proposent des excursions permettant de découvrir l'Île aux Oiseaux, la Dune du Pilat et le Banc d'Arguin. La location de pinasses est une activité prisée, offrant une expérience authentique de la navigation traditionnelle.
Parallèlement, la pinasse reste un symbole de l'identité culturelle du Bassin d'Arcachon. On l'utilise lors de fêtes maritimes et de régates, et des associations se consacrent à sa sauvegarde et à la transmission des savoir-faire liés à sa construction et à son utilisation. L'amicale des pinasseyres œuvre pour la mémoire et la conservation de cet héritage.
Cependant, l'avenir de la pinasse n'a pas toujours été assuré. Après la Seconde Guerre mondiale, les régates à voile tombent en désuétude. En 1962, une régate à Lanton marque la fin de ces manifestations. Dans les années 1980, une tentative de coupe sous les huées relance l'intérêt pour la pinasse. Des passionnés se mobilisent pour construire de nouvelles pinasses et défendre cet héritage.
Anecdotes et Traditions
La pinasse est associée à de nombreuses anecdotes et traditions locales. Autrefois, les pinasses du Marensin et du Born étaient financées par des villageois aisés qui recevaient en retour une partie du poisson capturé. Les équipages étaient composés de métayers, de résiniers et d'ouvriers, commandés par un pilote expérimenté. Le pilote convoquait l'équipage au son de la burne (une conque marine) pour la pêche.
La côte landaise étant dépourvue de port, la pinasse était portée à l'épaule jusqu'au rivage, ou tirée sur une remorque. La pêche à la senne était une activité économique importante pour les populations locales, qui y trouvaient un complément de ressources. Le souvenir de ce passé reste vivace dans la mémoire collective.
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Aujourd'hui, certaines traditions perdurent, comme l'omelette pascale, où les pinassayres se réunissent chaque lundi de Pâques.