L'univers de la plongée sous-marine, riche en innovations et en évolutions techniques, doit beaucoup à des esprits inventifs et des observateurs attentifs de son histoire. Parmi eux, Philippe Rousseau, dont le parcours éclectique s'étend de la création littéraire à l'enseignement universitaire, s'intéresse également aux racines technologiques qui garantissent aujourd'hui la sécurité et le confort des plongeurs. Son analyse permet de retracer l'histoire fascinante de composants essentiels, tels que le joint torique, et des équipements pionniers comme les régulateurs Rouquayrol-Denayrouze, éléments fondamentaux de notre pratique actuelle.
Philippe Rousseau : Un Parcours Multiforme
Auteur de théâtre, de chansons, de poésies et de carnets de voyage dits "immersifs", Philippe Rousseau est également professeur associé à l’Université de Bordeaux-Montaigne. Son engagement dans le monde universitaire est notable : professionnel associé entre 2005 et 2017 à l’Université de Bordeaux-Montaigne, il est, depuis 2009, responsable des Relations Internationales de la filière Théâtre et de la Licence Culture Scientifique et Humaniste, ce qui l'a mené à de nombreux séjours à l’étranger en Russie, en Roumanie, en Espagne, en Angleterre, au Canada et en Tunisie. Il anime par ailleurs des ateliers d’écriture dans divers types de structures culturelles, éducatives et sociales.
En tant qu'interprète au cinéma et au théâtre, il performe aussi ses propres textes, caractérisés par une écriture sonore et rythmique. Metteur en scène, il a signé une quinzaine de spectacles avec des coproductions notables telles que le TNBA (Bordeaux), le CDN de Limoges, l’OARA, l’IDDAC, les festivals de Blaye ou Novart, et le TNT (Bordeaux). Son œuvre littéraire comprend des titres comme « Mes joies iront d’elles-même faire un printemps », paru dans le recueil « désirer / résister » aux éditions le Trouve Feuille en 2021, « La personne qui te harrr » aux Editions Non-Verbal en septembre 2020, texte ayant reçu l’aide du dispositif Écritures Théâtrales en Chantier (E.T.C.). « Je suis riche de mes vols », également publié aux Editions Non-Verbal en septembre 2020, a bénéficié de l’aide de la Maison des Écritures et des Écritures Transmédias (M.E.E.T.) - HYPOLIPO. Il a aussi exploré le format du carnet de voyage en maison de retraite. Son monologue poétique « Je me souviens mon père » a été édité à Bordeaux en 2003. D'autres œuvres incluent « Feintes Attentes », un dialogue érotique et poétique, et « Mes pas captent le vent », un carnet de voyage poétique issu du texte « Passeport pour Une Russie ».
Ses communications et performances académiques témoignent de son approche multidisciplinaire, abordant des thèmes comme la construction de soi par le texte et le théâtre (musical) avec Karen Ferreira-Meyers (University of Eswatini) lors d'une communication à l'University of British Columbia (Vancouver, Colombie-Britannique, Canada) en juin 2019. Il a également exploré l'influence de l'expérience interculturelle sur l'écriture de « Passeport pour une Russie » dans le cadre d'un colloque international interdisciplinaire à Sfax en mars 2017, ainsi qu'une représentation de l’érotisme lors d'un colloque à l'Université Bordeaux Montaigne en février 2017. La performance de s’en remettre au présent a été le sujet d'une communication associée à une performance lors d'un colloque international à l'Université du Québec à Chicoutimi en septembre 2016.
En dehors de ses activités artistiques et universitaires, Philippe Rousseau a également été impliqué dans différentes sphères professionnelles, comme en témoignent plusieurs mentions publiques le concernant : des officiers de la Gendarmerie Nationale, des membres des conseils de section du Groupement national interprofessionnel des semences, graines et plants (GNIS), ainsi que des nominations dans l'armée active (Gendarmerie Nationale, Marine Nationale) et les cadres des officiers de réserve (Armée de Terre, Services Communs, Service de Santé des Armées pour le Corps des pharmaciens chimistes). Il est aussi mentionné concernant les concours ouverts en 2002 pour l'admission à l'École nationale supérieure des ingénieurs des études et techniques d'armement, et l'obtention du diplôme d'État de psychologie scolaire à la session de juin-juillet 1996.
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L'Héritage de la Plongée à Travers le Regard de Philippe Rousseau
L'intérêt de Philippe Rousseau pour l'histoire de la plongée transparaît notamment dans un article publié le 2 mars 2022 dans le numéro 301 de Subaqua. Cet extrait fournit des éclairages précieux sur des innovations passées qui continuent d'influencer notre pratique moderne. Il souligne que les régulateurs de plongée actuels conservent le même principe général de fonctionnement (à la demande et à la pression ambiante) que les régulateurs Rouquayrol-Denayrouze, dont la fabrication débuta dès 1865. Ces derniers étaient complétés par des demi-casques de scaphandriers en cuivre et en bronze, placés devant le visage, que nous qualifierions aujourd'hui de masques faciaux, à l'image de ceux employés depuis une cinquantaine d’années en plongée industrielle off-shore.
L'Évolution des Systèmes d'Étanchéité : Du Joint Plat au Joint Torique
La question de l'étanchéité dans les équipements de plongée a connu une révolution majeure avec l'introduction du joint torique. Pourtant, peu de plongeurs actuels connaissent l'histoire de cette invention et de son créateur, Nils Christensen. Avant l'apparition des joints toriques dans le matériel de plongée, au début des années 1960, l'étanchéité entre les robinetteries des bouteilles et les détendeurs était assurée par des joints plats, nécessitant un serrage très fort à l'aide d'une clé. À cette époque, les rares moniteurs de plongée étaient aisément identifiables : ils portaient autour du cou une garcette à laquelle était accrochée une clé de serrage en bronze moulé à 6 pans.
Les robinetteries des bouteilles haute-pression, le plus souvent à filetage conique, impliquaient que l'étanchéité relative métal sur métal (laiton chromé sur acier ou sur aluminium) ne pouvait se réaliser que sur un ou deux tours seulement. Pour pallier cet inconvénient, l'étanchéité était améliorée par l'application de fines bandes de téflon sur les filetages mâles. Avant l'existence des bandes de téflon dans les matériaux de plomberie, l'étanchéité s'effectuait avec de l'étoupe entre les filetages mâle et femelle. Un exemple de cette ingénierie ancienne est le clapet anti-retour situé à l’entrée du cylindre-réservoir horizontal du régulateur original de type « ROUQUAYROL - DENAYROUZE » en cuivre, une pièce classée au titre des « monuments historiques » par Arrêté ministériel en date du 2 octobre 2006 et conservée au Musée du Scaphandre à Espalion (Aveyron). Ce clapet a été réalisé à l'époque selon la méthode « métal sur métal ». Philippe Rousseau a personnellement assuré pendant une quinzaine d'années l'entretien et la révision avec réglages périodiques de cette pièce d'exception afin de la maintenir en état de plonger. Plus d’un siècle après sa fabrication, l’étanchéité de ce clapet anti-retour métal sur métal était toujours absolument parfaite, témoignant de la qualité de la conception initiale.
Le joint torique a ensuite solutionné de nombreux problèmes délicats d'étanchéité dans le matériel de plongée subaquatique, devenant un élément ne coûtant que quelques centimes à produire, mais rendant de si grands services.
Les Pionniers du Joint d'Étanchéité Rond : Edison et Christensen
La toute première évocation d’un joint d’étanchéité rond comme pièce accessoire secondaire dans un brevet d’invention remonte à la seconde moitié du 19ème siècle. C'est à un esprit inventif incroyable, Thomas Edison (1847 - 1931), industriel américain ayant déposé plus de 1 000 brevets d’inventions durant sa vie et dont les usines employèrent jusqu’à 35 000 personnes, que nous devons cette idée. Nous lui devons, entre autres, le télégraphe, l’ampoule électrique à filament et, surtout, le phonographe, capable d’enregistrer la voix dès 1877. Dans l’un de ses brevets déposé en 1882, consacré à son invention de la lampe à incandescence, il mentionne la nécessité d’un joint de caoutchouc rond entre le verre de la lampe et la partie métallique du culot afin de conserver le vide nécessaire dans l’ampoule. Son idée sera d’ailleurs reprise dans un autre dépôt de brevet d’invention suédois datant du 12 mai 1896.
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Cependant, la paternité du joint torique tel que nous le connaissons est attribuée à Niels Anton Christensen. Né en 1865 dans une ferme à Tørring-Uldum (Danemark), il fait ses études à l’Institut Technique de Copenhague (actuelle Faculté des Sciences de Copenhague). En 1891, à l’âge de 26 ans, il émigre aux États-Unis pour un emploi de dessinateur industriel au sein de la société « FRASER & CHALMERS » à Chicago (Illinois), qui fabriquait des machines pour les mines, des chaudières, des pompes, etc. Il n’y restera que quelques années avant de concevoir lui-même des matériels et de devenir un expert en systèmes de freinage à air comprimé, notamment pour les tramways. Il crée sa propre entreprise, l’imposante « CHRISTENSEN Engineering Company », implantée à Milwaukee (Wisconsin). Au tout début du 20ème siècle, il y fabrique des moteurs électriques, puis, avant la 1ère Guerre Mondiale, des moteurs à essence.
Les années passent, et Niels Christensen ne perd pas son attrait pour la recherche de solutions techniques innovantes. En 1933, il travaille dans le sous-sol de sa maison sur le principe d’un joint d’étanchéité capable de se déformer légèrement pour épouser les formes des portées de joint. Il effectuera d'innombrables essais, taillant lui-même les joints à tester. Ce travail personnel durera quatre années. Son brevet général concerne précisément la prévention d’éventuelles fuites de liquides hydrauliques grâce à des joints de section ronde.
Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate, le Gouvernement américain décide d’utiliser un certain nombre d’inventions techniques récentes au bénéfice de l’industrie de l’armement et de l’aéronautique. Sans demander son accord à Niels Christensen, les premiers joints toriques seront installés sur des mécanismes équipant des avions militaires américains. En 1942, il recevra un dédommagement symbolique de 75 000 dollars. Après la guerre, Niels Christensen déposera plainte et engagera des procédures judiciaires à l’encontre du Gouvernement américain pour l’utilisation abusive et sans son accord des joints toriques qu’il avait inventés. Les procès s’éterniseront, et Niels Christensen décédera le 5 octobre 1952, à l’âge de 87 ans, sans en voir la fin.
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