Alors que la France adhère à la laïcité, le Royaume-Uni adopte une approche très différente, qui reconnaît et respecte la liberté d'expression des convictions religieuses, y compris en matière vestimentaire. Cette approche se manifeste dans la législation et dans la vie quotidienne, où le port du voile est une pratique courante et acceptée.
La religion et l'État au Royaume-Uni
Contrairement à la France, où la laïcité est un principe constitutionnel, le Royaume-Uni a une Église d'État, l'Église anglicane. Bien que l'Église anglicane ne reçoive pas de subventions directes de l'État, elle conserve un statut privilégié, hérité de la Réforme initiée par Henri VIII au XVIe siècle. Le monarque britannique est le chef spirituel de l'Église anglicane, et plusieurs évêques siègent de droit à la Chambre des Lords. Les nominations épiscopales sont validées par le Premier ministre, après consultation de la Couronne.
Cette relation entre l'État et la religion se traduit par une plus grande tolérance à l'égard des expressions religieuses dans l'espace public. Les écoles publiques peuvent s'affirmer comme confessionnelles, et le port de signes religieux, tels que le voile, le turban, la croix ou la kippa, y est autorisé.
Un cadre juridique favorable à la liberté religieuse
Le Race Relations Act de 1976, renforcé par l'Equality Act de 2010, oblige les établissements scolaires à respecter la liberté religieuse. Cette législation protège les droits des individus à manifester leur appartenance religieuse, y compris par le port de vêtements, dans les écoles, les administrations et les entreprises privées.
Au Royaume-Uni, un mariage peut être célébré soit civilement, soit religieusement, et être reconnu légalement dans les deux cas, à condition que la cérémonie respecte certaines conditions définies par la loi. En France, seul le mariage civil a une valeur légale.
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Des instances religieuses peuvent intervenir dans le règlement de certains litiges, dans un cadre bien défini. C'est dans ce contexte que des tribunaux islamiques, tels que le Muslim Arbitration Tribunal ou l'Islamic Sharia Council, ont vu le jour. Ils statuent principalement sur des questions de divorce, d'héritage ou de médiation familiale.
L'acceptation du voile dans la société britannique
Au Royaume-Uni, il est fréquent de croiser un policier coiffé d'un turban ou une fonctionnaire arborant un hijab, voire un niqab. Cette visibilité du voile dans l'espace public témoigne d'une acceptation sociale de la diversité religieuse.
En 2005, une lycéenne âgée de 15 ans a obtenu le droit de se rendre à l'école avec le hijab, marquant le début d'une vague d'autorisations. En 2006, une avocate a été autorisée à se rendre au tribunal avec son hijab, à la seule condition d'être audible. Ces décisions reflètent le respect du choix des femmes en matière de pudeur.
De nombreuses femmes musulmanes occupent des postes importants dans la société britannique, portant fièrement leur voile. Parmi elles, on compte des juges, des pompiers, des maires, des journalistes et des avocates. En 2015, Nadiya Hussain a remporté l'émission "The Great British Bake Off" et est devenue l'une des 100 femmes britanniques les plus influentes selon la BBC.
Le voile intégral : un sujet de débat
Bien que le Royaume-Uni soit généralement tolérant à l'égard du port du voile, le voile intégral (niqab et burqa) suscite des débats. Certains responsables politiques ont exprimé des réserves quant au port du voile intégral dans certains lieux publics, tels que les tribunaux, les contrôles aux frontières ou les écoles.
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En janvier 2016, le gouvernement britannique a laissé entendre que le voile intégral pourrait ne plus être toléré dans les écoles. La ministre de l'Éducation, Nicky Morgan, a déclaré que les établissements scolaires avaient le droit de décider eux-mêmes s'ils toléraient le voile intégral, une règle qui devrait s'appliquer aux élèves comme aux enseignants.
Malgré ces débats, le Royaume-Uni n'a pas interdit le voile intégral. Le gouvernement a précisé qu'il était à l'aise avec l'expression des convictions, que ce soit le port du turban, du hijab ou de la kippa. Il considère cette diversité comme une partie importante de l'identité nationale et l'une de ses forces.
Les défis et les critiques
Malgré son approche multiculturelle, le Royaume-Uni est confronté à des défis liés à l'intégration des communautés musulmanes. Une étude menée par le Comité des femmes et de l'égalité de la Chambre des communes du Parlement britannique a révélé que les femmes musulmanes sont trois fois plus au chômage ou en recherche d'emploi que les femmes en général.
Certains observateurs estiment que le port du voile est le signe d'une "retraditionalisation" d'une partie de la population issue de l'immigration. Ils craignent que cela n'entraîne des dérives communautaristes et une fragmentation de la société britannique.
L'essayiste Fatiha Boudjahlat dénonce "la naïveté anglaise" face à l'avancée du communautarisme outre-Manche. Elle souligne l'activisme du prince Charles et sa fascination pour l'islam et la culture islamique, ainsi que la réalité démographique avec des personnes venues de sociétés tribales très fortes, comme les Pakistanais ou les Bangladeshis.
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Selon une enquête du Times, Londres serait devenue la "capitale européenne" de la charia. Les musulmans se tourneraient vers des "tribunaux" informels, dans lesquels seraient rendues des décisions religieuses sur le mariage et la vie de famille et qui se substitueraient au droit britannique.
L'attrait du Royaume-Uni pour les femmes voilées
Malgré les défis et les critiques, le Royaume-Uni reste un pays attractif pour les femmes voilées qui souhaitent vivre et travailler librement. De nombreuses femmes musulmanes françaises choisissent de s'installer au Royaume-Uni, où elles se sentent plus acceptées et respectées.
Lydia, une étudiante française musulmane, témoigne : "En France, je me sens observée comme dans un zoo. En Angleterre, le maître-mot est l'acceptation. En France, on t'accepte si tu ressembles à la majorité."
Aziza, une chercheuse en faculté de médecine, s'est installée à Bristol en 2007, "au moment où le climat délétère en France commence". Elle explique qu'en Angleterre, "on nous voit comme une chance, comme des modèles pour les jeunes étudiants issus des minorités."
Pour ces femmes, le Royaume-Uni offre la possibilité de se défaire d'une charge mentale omniprésente et de s'épanouir professionnellement sans avoir à renoncer à leur identité religieuse.
Comparaison avec la France
La situation du port du voile au Royaume-Uni contraste fortement avec celle de la France. En France, le voile est interdit dans les écoles publiques depuis 2004 et le voile intégral est interdit dans l'espace public depuis 2010. Ces interdictions sont justifiées par le principe de laïcité, qui garantit la neutralité de l'État et des services publics en matière religieuse.
La France considère que le port du voile est incompatible avec les valeurs de la République, telles que l'égalité des sexes et la liberté de conscience. Les partisans de l'interdiction du voile estiment qu'il est un symbole d'oppression et de soumission des femmes.
Au Royaume-Uni, en revanche, la liberté religieuse est considérée comme une valeur fondamentale. Le pays estime que chacun a le droit de manifester sa religion, y compris par le port de vêtements, tant que cela ne porte pas atteinte à l'ordre public ou aux droits d'autrui.