La Transat Café L'OR, autrefois connue sous les noms de Transat Jacques-Vabre ou Route du Café, est une course emblématique qui rassemble l’élite de la course au large. Elle propose une traversée intense de l’Atlantique, reliant Le Havre en Normandie à Fort-de-France en Martinique. Cette compétition en double, mettant en scène les meilleures équipes de voile, est un événement majeur du calendrier des courses océaniques, où les skippers affrontent les éléments et les défis de la mer. C'est dans ce contexte de haute compétition que Jérôme Délire et Caroline Dieu, un couple de skippers belges, se sont lancés à bord de leur monocoque Class40, baptisé Innova Group - XLG, pour ce qui était leur toute première course au large. Partis du Havre, ils naviguaient dans le Golfe de Gascogne, faisant face aux conditions exigeantes de l'océan, lorsque leur parcours a été brutalement interrompu par un événement inattendu et dramatique, soulevant des questions sur la sécurité et les interactions entre navigation maritime et aérienne.
La Mésaventure en Mer : Un Spinnaker Dévasté dans le Golfe de Gascogne
Mercredi 29 octobre, alors qu'ils naviguaient dans le Golfe de Gascogne, les skippers belges Jérôme Délire et Caroline Dieu, à bord de leur Class40 Innova Group - XLG, ont vécu une situation des plus critiques. Leur voile principale à l'avant du bateau, le spinnaker (spi), s'est déchirée, transformée en lambeaux, à cause d’un avion qui se serait approché de manière excessivement proche de leur monocoque. La mésaventure s'est déroulée quelques jours seulement après le départ de la Transat Café l’OR, qui relie Le Havre à la Martinique, mettant en péril la suite de leur course. Selon leurs dires, ils avaient passé la pointe bretonne dans la nuit de mardi à mercredi et venaient tout juste d'entrer dans le Golfe de Gascogne, se dirigeant vers les côtes espagnoles. Bien qu'ils se trouvaient plutôt en queue de peloton dans leur catégorie Class40, ils maintenaient leur cap et leur engagement dans la course jusqu'à cet incident.
La scène a été d'une violence inattendue. Jérôme Délire a relaté avec force : "Avec la force du souffle, le bateau s'est couché instantanément, en une demi-seconde." Il ajoute, décrivant la conséquence immédiate : "Quand la voile est dans l'eau, le bateau reste couché." Les skippers ont affirmé n'avoir "pas vu arriver" l'avion, car "ça va tellement vite", et l'ont aperçu "au dernier moment". Les turbulences générées par le passage de l'appareil ont eu un effet dévastateur. "La rafale nous a fait partir au tas [quand le voilier perd le contrôle de sa direction]. Le spi s'est retrouvé sous la quille et le voici en lambeaux", a expliqué Jérôme Délire, montrant ce qu'il restait de la voile déchirée. Caroline Dieu a également partagé son désarroi, déclarant en larmes : "Notre spi est en lambeaux, tout ça parce que quelqu'un, dans un avion privé, a voulu faire une belle photo de notre bateau." Elle a ajouté que si leur monocoque est peut-être très beau, il était désormais "incapable de continuer la course".
Dans un premier temps, les deux marins ont accusé un avion privé de s'être approché dangereusement près de leur embarcation, dans le but de prendre des photos, causant ainsi ce problème majeur. Jérôme Délire, sans être "un expert de l'aviation", a décrit l'appareil comme étant "un avion du style Falcon 50, un jet privé". Selon les skippers, l'avion aurait effectué trois passages au-dessus de leur voilier, le dernier étant fatal à la voile. "Clairement, le pilote sait ce qu'il fait, c'est sûr", a affirmé Jérôme Délire. Il a également noté : "Ça n'a pas duré une demi-seconde que le bateau s'est couché." Ce n'était pas la première fois que leur bateau était survolé, mais jamais d'aussi près. "C'est la première fois qu'un avion passe aussi proche de nous. Ça nous était déjà arrivé d'être survolés par des avions qui voulaient prendre des photos, mais ils passaient plus haut, plus loin, là il nous a survolés tout à fait contre le bateau." L'appareil a ensuite disparu et n'avait, pour l'heure, pas encore été identifié, laissant les skippers dans une situation de grande détresse et d'incertitude quant à la suite de leur course.
La Course au Large : La Transat Café L'OR et ses Défis
La Transat Café L'OR 2025, héritière de la mythique Transat Jacques Vabre, est une course océanique en double qui réunit l'élite de la voile. Au départ du Havre, les concurrents s'élancent sur un parcours transatlantique exigeant, à destination de la Martinique. Cette 17e édition, qui a débuté le samedi 25 octobre, n'a pas ménagé les skippers cherchant à rallier la Martinique, accumulant déjà son lot d'épreuves. Engagés sur cette course, Jérôme Délire et Caroline Dieu se trouvaient à bord de leur Class40 Innovad Group - XLG. La catégorie Class40 est réputée pour ses monocoques de taille modeste, mais performants, conçus pour la course au large. Le dimanche précédent le 29 octobre, le couple avait pris le départ du Havre, s'apprêtant à affronter les défis de l'Atlantique pour leur première transatlantique.
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Outre l'incident aérien, les participants à la Transat Café L'OR doivent composer avec des contraintes spécifiques et des conditions météorologiques parfois extrêmes. Les Class40, dont fait partie le monocoque de Jérôme Délire et Caroline Dieu, sont notamment contraints de marquer un arrêt. En effet, en raison d'une dépression significative annoncée sur la côte Atlantique, ces petits monocoques doivent faire escale à La Corogne, en Espagne. Cette obligation ajoute une couche de complexité stratégique et logistique à une course déjà physiquement et mentalement éprouvante. Le jeudi matin suivant l'incident, Jérôme Délire et Caroline Dieu se positionnaient à la 39e place dans la catégorie Class40, et ils étaient encore relativement éloignés du port espagnol où l'escale technique était prévue.
L'irruption d'un avion si proche des voiliers est un événement considéré comme extrêmement rare, voire dangereux. Si au départ de la Transat, les hélicoptères survolaient les monocoques à des altitudes respectables afin de ne pas perturber les navigateurs, la proximité d'un "avion de tourisme" a été une surprise. En effet, il a été souligné que "L'avion, c'est 0,001 %" des risques majeurs en course au large, alors que "Dans cette Transat, trois bateaux ont déjà chaviré", illustrant des cas bien plus graves que la déchirure d'une voile. Ce contexte souligne l'imprévisibilité et la diversité des menaces que les skippers peuvent rencontrer sur un parcours aussi exigeant.
Le Dilemme du Spi de Rechange : Règlements et Logistique
Après le choc initial et la consternation, Jérôme Délire et Caroline Dieu ont dû faire face à une question primordiale pour la poursuite de leur aventure : comment continuer la course sans leur spi médium, essentiel pour des conditions de vent spécifiques ? "Sans spi médium, je ne sais pas comment on va rallier l'Espagne", s'est désolé Jérôme Délire, soulignant l'importance stratégique de cette voile. Le jeudi 30 octobre, le skipper belge a raconté, depuis son voilier Innovad Group-XLG, que l'incident s'était produit "dans le premier tiers du Golfe de Gascogne, en pleine mer". Il a décrit des conditions alors "belles, au portant (vent arrière, ndlr) sous spi, le bateau avançait vite, bien posé", un moment propice à la récupération pour l'équipage.
Quelques heures seulement après l'incident, les deux skippers ont réussi à trouver une solution temporaire, installant un nouveau spinnaker. Ce geste leur a permis de reprendre leur route, direction l'Espagne, bien que la colère les ait d'abord envahis. Malgré cette prouesse technique, la question de la voile médium restait en suspens, car elle est indispensable pour maintenir leur compétitivité et même la faisabilité de certaines étapes de la course. Le problème majeur est que leur spi médium de rechange se trouve à Dunkerque, à des centaines de kilomètres de leur position actuelle.
Le règlement de la Transat Café L'OR complique davantage la situation, car il stipule qu'il est "interdit de changer de voile lors des escales". Cette règle pèse lourdement sur les épaules des skippers, qui doivent pourtant faire une escale obligatoire à La Corogne en raison des conditions météorologiques. Jérôme Délire a lancé un appel à leur équipe, espérant qu'un membre puisse se rendre à Dunkerque pour récupérer la voile et la leur amener jusqu'en Espagne. "Il nous la faut pour prendre le départ, sinon on ne peut pas finir la Transatlantique", a-t-il précisé. La course contre la montre était lancée pour arriver à La Corogne ou Gijon avant la fermeture de la ligne d'arrivée de la première manche dans la catégorie Class40, prévue pour le vendredi à 15h. La capacité de finir la course sans cette voile de rechange restait une incertitude majeure pour les deux navigateurs.
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L'Identification de l'Appareil : Du "Jet Privé" à l'Avion de la Marine Nationale
La détresse des skippers belges Jérôme Délire et Caroline Dieu a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Leur récit, initialement centré sur l'hypothèse d'un "avion privé" cherchant à "faire une belle photo", a suscité une vive émotion. Cependant, l'identité de l'appareil incriminé a pris une tournure inattendue. Comme révélé par les confrères du Télégramme, le quotidien breton, l'avion qui a causé la polémique sur la Transat Café l'OR n'était finalement pas un appareil de plaisance privé. Il s'agissait en réalité d'un Falcon 50 appartenant à la Marine nationale française.
La Marine nationale a confirmé que l'un de ses Falcon 50 avait bien survolé le Class40 Innovad Group - XLG, le mercredi 29 octobre, au large du Golfe de Gascogne. Mais elle a nié que cet appareil soit le responsable de l'avarie de la voile des skippers. Selon les explications du Service d'informations et de relations publiques des armées (Sirpa), le Falcon 50 effectuait "une mission de surveillance" et avait également pour rôle de "porter assistance, si besoin, aux navires en difficulté". Le Sirpa a précisé qu'il s'agissait d'une "mission quasi quotidienne". L'équipage du Falcon 50 a détecté, mercredi midi, un écho radar sans signal AIS, c'est-à-dire sans signature. C'est ce qui l'a amené à identifier le voilier des skippers belges.
L'équipage du Falcon 50 a rapporté avoir observé que "le voilier qui gîtait de plus en plus, il partait au lof emporté par son spi". Le Sirpa a en outre affirmé que "le voilier est donc parti au lof avant le passage de l'avion", se dédouanant ainsi de toute responsabilité directe dans la déchirure de la voile. Pour s'assurer que l'équipage n'avait pas besoin d'assistance, le Falcon 50 a effectué un deuxième passage au-dessus du voilier. Selon le Sirpa, le survol a été réalisé "à 12 h 12", en "passant à 200 mètres de distance en latérale, selon la procédure opérationnelle standard". Après avoir vérifié l'absence de détresse, l'avion a repris sa mission, conformément "aux pratiques opérationnelles réglementaires". Cette explication de la Marine nationale contredit la version des skippers concernant l'intention du pilote (prendre des photos) et le nombre de passages (deux passages selon la Marine nationale contre trois selon les skippers).
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