Pénurie de Maîtres-Nageurs-Sauveteurs : Causes et Solutions

La pénurie de maîtres-nageurs-sauveteurs (MNS) en France est un problème croissant qui suscite de vives inquiétudes, particulièrement à l'approche des Jeux olympiques de 2024. Cette situation, exacerbée par divers facteurs, menace la sécurité des baigneurs et la capacité des collectivités à assurer la surveillance des plages et des piscines. Face à cette crise, il est impératif d'identifier les causes profondes de cette pénurie et de mettre en œuvre des solutions concrètes et efficaces.

Un Problème Préoccupant et Multiforme

Les intervenants des États généraux de l’encadrement et de la surveillance dans la filière aquatique (Egesfa), qui se sont tenus le 10 février 2023 à Paris, ont été unanimes : la pénurie de maîtres-nageurs-sauveteurs (MNS) est très préoccupante. Les élus locaux, qui peinent à recruter du personnel pour surveiller les piscines, au point d’être parfois contraints de fermer des bassins, s’en inquiètent régulièrement depuis plusieurs années. Et le problème prend une ampleur inédite avec les Jeux olympiques de l’été 2024, le ministre de l’Intérieur ayant annoncé qu’il supprimait la fonction de surveillance des plages des CRS/maîtres-nageurs-sauveteurs. Alors que Gérald Darmanin renvoie aux compétences des collectivités la surveillance des plages et le secours dans le cadre des activités de baignade pendant les J.O., il devient urgent d’augmenter le nombre de maîtres-nageurs-sauveteurs (MNS).

Axel Lamotte, membre du Syndicat national professionnel des maîtres nageurs sauveteurs (SNPMNS), s’alarme en faisant l’état des lieux de la profession alors que les beaux jours ont d’ores et déjà pointé le bout de leur nez. Selon lui, il manquerait « 5.000 postes, tout au long de l’année » pour assurer la sécurité des baigneurs alors qu’en France on a déploré 1.480 noyades en 2021, dont 27 % ont entraîné un décès selon Santé publique France.

Mme Anne Le Hénanff appelle l'attention de M. le ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative sur la pénurie de maîtres-nageurs sauveteurs (MNS). Chaque année, 1 000 décès sont causés par des noyades accidentelles, dont la moitié a lieu pendant la période estivale, soit 4 noyades par jour. La sécurité des baigneurs que ce soit dans les piscines municipales, sur le littoral, dans les campings, les hôtels, aux abords des lacs et étangs est assurée par les maîtres-nageurs sauveteurs (MNS). Or selon plusieurs fédérations professionnelles du secteur, il manquerait entre 4 000 et 5 000 MNS afin d'assurer convenablement la sécurité des baigneurs. Un manque de surveillants de baignade et sauveteurs aquatiques est aussi à déplorer. Il ne s'agit hélas pas d'un phénomène nouveau, mais qui s'aggrave d'année en année et dont la cause est multifactorielle. D'une part, il a été constaté une baisse de l'acquisition de l'apprentissage de la natation au niveau scolaire, de l'autre des difficultés à former et à fidéliser les MNS.

Le constat est implacable : il manque 5 à 6 000 maîtres-nageurs en France. La FFMNS, la Fédération des maîtres-nageurs sauveteurs tire la sonnette d'alarme, après l'avoir déjà tirée l'année dernière, et l'année d'avant. En 2023, la fédération comptait un trou dans la raquette de 5 000 maîtres-nageurs sauveteurs (MNS). Pourtant, Jean-Pierre Gomez l'assure : en Centre-Val de Loire, il y a une pénurie de 40% de maîtres-nageurs. Et l'on en forme de moins en moins. Pour Jean-Pierre Gomez, la profession est "sur le déclin", déclin qu'il impute en particulier au décret du 3 juin 2023.

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Alors que les températures estivales explosent, les piscines municipales, elles, restent désespérément closes. Le coupable ? Un déficit structurel de maîtres-nageurs, symptôme d’un modèle économique défaillant. L’été s’installe, les piscines devraient faire le plein… sauf que nombre d’entre elles ne peuvent même pas lever le rideau. La cause ? Une pénurie de maîtres-nageurs qui vire à la crise nationale.

Les Causes Multiples de la Pénurie

Cette pénurie de MNS est le résultat d'une combinaison de facteurs interdépendants :

Manque d'Attractivité du Métier

  • Rémunération Insuffisante : Le salaire moyen d’un maître-nageur tourne autour de 1.600 € nets mensuels. Une rémunération peu attractive, surtout face à la rigueur du poste : longues heures debout, amplitude horaire importante, et flexibilité imposée au gré des caprices météorologiques. Selon Axel Lamotte, le métier n’est pas assez reconnu financièrement et les contraintes de travailler en soirée ou les week-ends ne sont pas souvent prises en compte.

  • Conditions de Travail Difficiles : Des conditions de travail qui ne sont pas « en adéquation avec les responsabilités qu’endossent les maîtres nageurs » selon le responsable du syndicat. Les maîtres-nageurs doivent faire face à de longues heures de travail, des horaires irréguliers, et une forte responsabilité en matière de sécurité des baigneurs. Jean Claude SCHWARTZ est Président National de la FNMNS depuis 20 ans: les conditions de travail qui, avec un taux d’incivilités croissant, ne cessent de se dégrader.

  • Responsabilité Pénale Importante : « C’est à la fois civil et pénal, explique-t-il. Un maître nageur risque jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 € d’amende. » La responsabilité pénale de la surveillance est énorme, et les gens sont très procéduriers maintenant, avec une plainte au moindre pépin, abonde Jean-Pierre Gomez.

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Difficultés de Formation et de Recrutement

  • Formations Longues et Coûteuses : Les formations pour devenir MNS sont souvent longues, complexes et coûteuses, ce qui peut décourager certains candidats. Actuellement, les formations sont longues et complexes puisqu'elles se déroulent à temps plein, de septembre à mai et ne sont donc pas accessibles aux étudiants qui passent des examens. De même, d'autres professions ne peuvent y prétendre car il est difficile de se libérer pour une formation à plein temps.

  • Baisse de l'Apprentissage de la Natation : Il a été constaté une baisse de l'acquisition de l'apprentissage de la natation au niveau scolaire. Selon une enquête de la direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco), qui dépend du ministère de l'Éducation nationale, 33,7% des enfants entrent en 6e sans savoir nager.

  • Concurrence avec d'Autres Secteurs : Mathieu D. a délaissé ses palmes et son sifflet pour donner des cours de surf sur la côte landaise : « Je m’y retrouve beaucoup plus financièrement, si j’avais pu, j’aurais peut-être continué, mais le métier n’est pas assez valorisé. »

Impact des Mesures Récentes

  • Décret du 3 juin 2023 : Le décret du 3 juin 2023 relatif à la surveillance des baignades d'accès payant, qui permet désormais aux titulaires d'un brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA) d'exercer leur mission de surveillant sauveteur en autonomie. Jean-Pierre Gomez impute le déclin de la profession en particulier au décret du 3 juin 2023.

  • Recours aux BNSSA : « Aujourd’hui, je dirais que c’est près de 90 % des surveillants de plages qui sont titulaires du BNSSA, estime Axel Lamotte. Au départ, le Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique n’était censé former que des assistants aux maîtres-nageurs, aujourd’hui ils sont devenus la norme. La plupart du temps ce sont de jeunes étudiants qui cherchent à se faire un peu d’argent durant l’été et qu’on laisse en autonomie ». Jean Claude SCHWARTZ est Président National de la FNMNS depuis 20 ans: Nous étions opposés à la libéralisation totale des conditions d’emploi des BNSSA que permet dorénavant l’arrêté de juin 2023, compte tenu des risques que cela représentait pour les MNS. Toutefois, afin de mieux répondre aux besoins saisonniers, nous étions favorables à une extension de la durée de leur employabilité, notamment durant les congés scolaires et les weekends. Cette nouvelle réglementation ouvrant la voie à un recrutement permanent des BNSSA nous fait craindre de voir des employeurs, peu scrupuleux, n’embaucher que cette catégorie de surveillants sauveteurs à la place des actuels MNS.

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Solutions Proposées pour Sortir de la Crise

Face à cette situation alarmante, plusieurs pistes de solutions ont été avancées par les professionnels du secteur, les associations d'élus et les pouvoirs publics :

Revalorisation du Métier et Amélioration des Conditions de Travail

  • Augmentation des Salaires : Une revalorisation des salaires pourrait permettre de rendre plus attractive cette profession. Il est urgentissime de procéder à une revalorisation de ce métier, le MNS, sans laquelle le désintérêt pour ce métier ne cessera de croître.
  • Amélioration des Conditions de Travail : Il est essentiel de prendre en compte les contraintes du métier, telles que les horaires irréguliers et la pénibilité physique, afin d'améliorer les conditions de travail des MNS.

Simplification et Accélération des Formations

  • Réduction de la Durée des Formations : Le directeur de la Fédération des maîtres-nageurs sauveteurs (FMNS) plaide pour réduire l'étendue de la formation d'un an à un mois ainsi que son coût.
  • Diversification des Parcours de Formation : Il faudrait notamment que les titulaires du brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA) puissent, s’ils le souhaitent, devenir MNS par la formation continue et la valorisation des acquis de l’expérience professionnelle.

Valorisation du Rôle des BNSSA

  • Extension de la Durée de Dérogation : Il faudrait aussi allonger la durée de dérogation accordée aux collectivités, aujourd’hui de quatre mois, afin de pourvoir au manque de MNS en recourant à des BNSSA.
  • Autorisation de Surveillance Autonome : Outre le recentrage et la valorisation des missions du MNS vers l’enseignement, l’Andes pense qu’il conviendrait d’autoriser les BNSSA à surveiller de manière autonome, toute l’année, les activités scolaires et les piscines d’accès payant.

Actions des Pouvoirs Publics

  • Plan d'Action Gouvernemental : La ministre des sports a réuni, le 10 février dernier, les états généraux de l'encadrement et de la surveillance dans la filière aquatique, afin de poser les bases d'un plan d'action. Ce dernier s'articule autour de la réglementation, de la formation, des conditions de travail et de la valorisation du métier.

  • Campagne de Communication Nationale : En outre, je tiens à évoquer le lancement d'une campagne de communication nationale afin de promouvoir ce métier essentiel pour l'apprentissage de la natation dès le plus jeune âge et pour la lutte contre les noyades.

Autres Propositions

  • Filière Aquatique des MNS et BNSSA : L’association des élus en charge du sport (Andes) prône la création d’une filière aquatique des MNS et BNSSA, avec des passerelles entre les filières sportives et administratives au sein des collectivités. Objectif : favoriser leur évolution professionnelle. Elle estime aussi qu’il faudrait créer un concours d’éducateurs territoriaux des activités physiques et sportives (Etaps) spécifique pour les maîtres-nageurs-sauveteurs (MNS).

  • Formation dans un Parcours Scolaire : Selon France urbaine, la formation de maître-nageur-sauveteur (MNS) devrait être suivie dans un parcours scolaire plutôt que lors d’une formation professionnelle, et les diplômes devraient être simplifiés et fusionnés, avec un temps de stage doublé - qui passerait de 300 heures à 600. En outre, si les collectivités pouvaient devenir des organismes de formation, cela permettrait d’adopter des plans de formations consolidés sur plusieurs années, en direction des quartiers prioritaires de la ville, par exemple.

  • Plan d’Urgence d’Apprentissage de la Nage : Axel Lamotte a bien un plan en tête : « Ce qu’il faut, c’est un plan d’urgence d’apprentissage de la nage, et ça passe par la formation d’urgence de maîtres nageurs sauveteurs. »

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