Les océans recouvrent 71% de la surface de notre planète, une immensité bleue qui, pourtant, demeure un monde largement méconnu. Seule une infime partie a été explorée, laissant une grande part de ses profondeurs enveloppée de mystère. On connaît aujourd'hui plus de détails de la surface de Mars ou de la Lune que du fond de l'océan, un constat qui souligne l'ampleur du défi de l'exploration sous-marine et l'étendue des merveilles qui s'y cachent et restent à découvrir. C'est pour mettre en lumière ce monde extraordinaire et plein de surprises que le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris a inauguré l'exposition "Océan, une plongée insolite", invitant les visiteurs petits et grands à s'embarquer dans un voyage à la découverte de la biodiversité cachée sous la surface, ainsi que des enjeux cruciaux qui pèsent sur elle.
Cette exposition, qui s'est tenue initialement à la Grande Galerie de l’Évolution au Jardin des Plantes, à quelques encablures de la Seine, a offert un aperçu rare et fascinant des océans, loin des images traditionnelles de la faune marine la plus populaire. L'exposition événement a témoigné une fois encore auprès du grand public de la richesse et de la complexité des relations entre la nature et l'homme. Le Muséum, avec cette initiative, a cherché à rompre avec les idées reçues sur le milieu marin, proposant une approche différente, plus "mystérieuse, un peu étrange", selon les mots de Bruno David, ancien président du MNHN. L'objectif profond de cette démarche est "d'émerveiller pour instruire", en créant une connexion émotionnelle avec ces écosystèmes pour mieux comprendre la nécessité de leur protection.
Le Défi de l'Exploration et la Richesse d'une Vie Inattendue
L'exploration de l'océan, bien qu'il occupe la plus grande surface de notre planète, reste un véritable défi pour l'être humain. Son immensité, ses pressions extrêmes et l'obscurité quasi-totale des abysses ont longtemps limité notre accès. Pourtant, depuis 150 ans, les explorations scientifiques dans ses profondeurs nous en dévoilent les mystères, suscitant d’énormes surprises comme la découverte d’oasis sous-marines nichées au cœur des chaînes de montagnes qui sillonnent les profondeurs. Ces avancées ont été rendues possibles grâce à de multiples outils et techniques mis en œuvre depuis l'Antiquité, et qui continuent d'évoluer.
L'exposition a proposé aux visiteurs de comprendre la grande aventure de l'exploration des fonds marins et a mis en lumière une biodiversité insolite et inattendue. Loin du littoral et des figures marines familières, les spécimens présentés étaient choisis pour leur caractère moins populaire et plus surprenant.
Plongée au Cœur du Plancton : Le Monde Invisible des Origines
Le voyage de l'exposition a débuté par une immersion dans la vie microscopique au sein du plancton, cet ensemble d'organismes ballotés au gré des courants. La vie marine est en effet essentiellement microscopique, avec plus de 95 % de la biomasse de l’océan constituée d’organismes invisibles à l’œil nu, dont la plupart font partie du plancton. C'est l'occasion de faire connaissance avec des créatures qui ne mesurent que quelques dizaines de millimètres mais affichent des anatomies aussi diversifiées que fascinantes. Une magnifique série de photographies a préparé le terrain pour une immersion totale au milieu du plancton, grâce à un cyclorama à 360°. Assis au milieu de ce ballet, c'est comme si les visiteurs évoluaient dans une goutte d'eau à la même échelle que ces créatures minuscules voire microscopiques. Cette expérience immersive a constitué une belle entrée en matière avant de descendre plus en profondeur, soulignant l'incroyable diversité de formes et de fonctions de ces êtres. Un dessin animé interactif, "En route petites larves !", a même permis au jeune public de suivre les aventures mouvementées de quatre petites larves d’oursin, expliquant comment le plancton regroupe une diversité d’organismes qui dérivent tous au gré du courant.
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Cependant, ce monde fragile est menacé. L’océan absorbe un quart du CO2 émis par les activités humaines, mais cette quantité toujours croissante de CO2 entraîne une acidification qui constitue une menace pour le plancton, puis pour l’ensemble du réseau alimentaire. L'exposition a interpellé les visiteurs, les invitant à "pédaler pour découvrir quelques pistes de solutions !" et à lutter contre l'acidification.
Les Profondeurs Inexplorées et les Milieux Extrêmes
La suite du parcours a emmené les visiteurs dans un monde encore plus méconnu, un monde où les conditions sont bien différentes de celles que nous connaissons. Si les profondeurs ont longtemps été considérées comme désertes, on sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. L'espace a mis le cap vers des territoires particulièrement difficiles d’accès : les grands fonds et les eaux glacées de l’océan Austral. Longtemps considérés comme déserts, ces milieux abritent en réalité des formes de vie originales et singulières. Sarah Samadi, enseignante-chercheuse spécialisée en systématique moléculaire au MNHN, explique que "l'objectif de cette exposition est de montrer que les a priori que nous avons sur ces milieux sont totalement faux". Elle poursuit en affirmant : "On pense que ces milieux sont hostiles, homogènes, qu'il y fait froid et que ça n'y évolue pas vite mais c'est une idée fausse. Ils abritent en réalité toute une vie qui est très couplée à ce qui se passe à la surface."
Avez-vous déjà vu un cténophore à ventre sanglant ou encore un macropinna et sa drôle de tête transparente ? À travers des projections, des photos et même des spécimens de collections, c'est un bestiaire spectaculaire qui s'est dévoilé, illustrant la richesse de cette vie encore emplie de mystères. La spécialiste insiste : "Avec cette exposition, on veut aussi montrer qu'il reste beaucoup de choses à découvrir sur ces milieux et la biodiversité qui y vit."
Entre Mythe et Réalité : La Découverte de l'Inconnu
L'exploration de l'océan, c’est partir à la rencontre d’une incroyable biodiversité encore largement méconnue. À l'heure actuelle, environ deux millions d'espèces sont répertoriées sur terre et 235 000 dans l'océan. Cependant, on estime que 7 à 10 millions d'espèces restent inconnues sur notre planète, dont 1,7 à 2,3 millions d'espèces marines. "Il en reste énormément à décrire et à découvrir parce que l’exploration qu’ont fait de ces milieux profonds est presque anecdotique", précise l'enseignante-chercheuse. C'est un paradoxe frappant : la majeure partie de la surface de la Terre est recouverte d’océans, contenant presque toute l’eau de la Terre, et pourtant, plus de la moitié de l’humanité habite à moins de 100 km de la mer, sans que l'océan ne soit majoritairement connu. Seulement 1 % du plancher océanique a été parcouru par l’humain, et sur les 2 millions d’espèces répertoriées par la science, seules 35 000 sont sous-marines.
L'océan, source de fascination, d’émerveillement ou de crainte, a suscité au fil des siècles la création de nombreux mythes et récits mettant en scène des créatures fabuleuses. La dernière partie de l’exposition a mené à la rencontre de trois animaux fascinants - le calmar géant, le cœlacanthe et le régalec - qui, bien que connus sur le plan scientifique, conservent une dimension mythique. L'exposition a donné des exemples de ces créatures qui sont longtemps restées au statut de mythe avant que les scientifiques ne parviennent à démontrer leur existence à l'instar du calmar géant, du cœlacanthe - le fameux "fossile vivant" - ou encore du régalec - le "poisson ruban". Le calmar géant de la Grande Galerie de l’Évolution a bénéficié, avec cette exposition, d'une nouvelle mise en lumière, invitant le public à pénétrer dans un monde entre imaginaire et réalité, reflétant la fascination que suscitent l’océan et les animaux qui le peuplent.
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Dans la lignée des premières expéditions naturalistes du XIXe siècle, le Muséum national d’Histoire naturelle organise des grandes campagnes océanographiques qui contribuent chaque année à la découverte de nombreuses espèces, offrant des échantillons photographiques pris au moment de la collecte.
L'Océan : Réservoir de Promesses et Impératif de Préservation
Immense réservoir de biodiversité, l’océan constitue aussi un vivier de molécules d’intérêt pour l’humanité, notamment sur le plan thérapeutique. Une grande projection interactive a invité à découvrir l’histoire de cinq molécules qui ont déjà révolutionné la biologie ou s’annoncent particulièrement prometteuses pour la recherche médicale. L'exposition a également mis en avant le concept de bioinspiration, où les formes, structures et matériaux du milieu marin offrent des solutions ingénieuses. Une table de jeu a proposé aux visiteurs, petits et grands, de se familiariser avec ce concept à travers des applications étonnantes, montrant comment l'océan inspire aujourd’hui des domaines très variés comme la santé ou l’architecture. La suite du parcours a sensibilisé à une approche plus respectueuse de la nature et a éclairé sur les ressources insoupçonnées du milieu marin.
Pourtant, ce géant méconnu n’est pas invulnérable. Il change, s’acidifie, se réchauffe et héberge de plus en plus de nos déchets. Si notre connaissance des mondes sous-marins est très limitée, l'impact de nos activités l'est beaucoup moins. Surpêche, acidification, pollution plastique, extraction des ressources, les océans sont aujourd'hui soumis à de nombreuses pressions qui mettent ces écosystèmes et leurs habitants en danger. Chaque année, entre 8 et 12 millions de tonnes de déchets se retrouvent dans les océans. Plus d'un million d'oiseaux marins et plus de 100 000 mammifères marins en sont victimes tous les ans. De plus, l'océan est à la fois fascinant et magnifique mais lorsqu'il se retire, il laisse aujourd'hui des traces, constituées de micro-plastique, algues et autres constituants polluants, en partie dues aux activités humaines telles que l'agriculture intensive ou encore la surpêche. Les coraux, milieux essentiels pour la biodiversité marine, sont malheureusement des animaux fragiles, victimes de l’acidification des océans. Ces constats représentent un autre message crucial que le Muséum a voulu véhiculer à travers son exposition.
Rappelons que nous ne serions rien sans l’océan qui absorbe nos excédents de chaleur, de dioxyde de carbone, qui régule les climats et nous fournit de nombreuses ressources. Il est d'une importance capitale pour notre survie, participant activement au cycle de l’eau douce à travers l’évaporation. Cependant, nous continuons à l’inonder de plastiques, de polluants, à puiser dans ses réserves jusqu’à envisager d’aller labourer les grands fonds dans notre quête insatiable de minerais et métaux.
L'Appel à l'Action et l'Engagement pour les Océans
Face à ces menaces, il est primordial de changer nos habitudes. L'exposition et ses partenaires ont mis en lumière l'urgence d'agir. Bruno David, qui a été entre 2015 et 2023 le Président du Muséum national d’Histoire naturelle et chercheur au CNRS, paléontologue et biologiste, a souligné l'importance de l'éducation : "Je pense que l'on ne peut pas protéger quelque chose que l'on ne connaît pas, que l'on ne comprend pas." Sa propre carrière, marquée par des recherches sur l'évolution de la biodiversité et des missions d’exploration en mer dans l’Océan Austral, la mer des Caraïbes et le Pacifique avec le submersible Nautile, témoigne de cette quête de connaissance.
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Parmi les actions concrètes envisagées, il est crucial d'exiger plus de surfaces marines protégées. La France, par exemple, possède le deuxième plus grand domaine maritime au monde après les États-Unis, avec près de 10,8 millions de kilomètres carrés. Seules 20% de ces zones sont actuellement protégées, et l'objectif était de passer à 30% d'ici 2022. Il est important de noter que 10% des récifs coralliens et 20% des atolls de la planète sont localisés dans les eaux françaises, et près de 10% de la diversité mondiale des espèces marines est présente en outre-mer. Il faut également demander de légiférer pour réduire les rejets polluants en rivière, car nos actions ont de l'importance.
Un autre point essentiel est de remettre en question notre monde du pétrole : la courbe du réchauffement climatique est directement corrélée à ce jour au nombre de véhicules en circulation dans le monde, chiffre qui pourrait être multiplié par deux en dix ans, de quoi réellement se faire peur sur une planète en surchauffe devenue invivable. Il est impératif d'enseigner aux nouveaux utilisateurs des mers et des océans leur importance et de faire de la prévention lors des formations de plongée sous-marine ou encore d’apnée. Préserver cette ressource si précieuse est urgent, mais il n'est pas trop tard.
Le groupe Macif, mécène exclusif de l'exposition "Océan, une plongée insolite", s'engage pleinement dans cette démarche. Groupe d’assurance multimétiers aux valeurs mutualistes et acteur majeur de l’économie sociale en France, la Macif réunit 5,3 millions de sociétaires et adhérents. Son engagement dans l’univers maritime débute en 1972 avec la proposition d'un contrat d’assurance pour les embarcations des plaisanciers. Par la suite, la Macif a créé le Macif Centre de Voile et est devenue partenaire des Sauveteurs en Mer (SNSM) en 1987, menant depuis plus de 30 ans de grandes campagnes de sensibilisation. Depuis 2008, elle s'engage dans la course au large, accompagnant des skippers talentueux comme François Gabart. Aujourd’hui, dans la continuité de ces actions et dans le cadre de sa politique RSE, la Macif est fière de s’engager en faveur de la protection des océans en soutenant cette exposition. À travers ce mécénat, le groupe souhaite révéler le monde de la mer, donner à voir et à savoir la vie cachée des océans, et sensibiliser le grand public aux enjeux environnementaux pour que chacun devienne acteur et ambassadeur de la protection des mers et des océans. Tout au long de l’année, sur la plateforme d’engagement solidaire Diffuz.com du groupe Macif, des défis environnementaux sont proposés pour se mobiliser en faveur des océans et plus largement du climat, tels que l’observation de la laisse de mer en Manche-Atlantique et la relève d’informations sur les fonds marins avec Ifremer.