Les palourdes, membres de la famille des Veneridae, sont des bivalves prisés pour leur chair savoureuse et leur importance écologique. Cet article explore en profondeur la biologie et l'habitat de ces mollusques, en mettant l'accent sur les espèces présentes sur les côtes françaises et en abordant des aspects tels que la classification, la description, la reproduction, l'habitat et l'impact environnemental.
Classification Taxonomique
La classification de la palourde (Ruditapes philippinarum) selon le Catalogue of Life est la suivante :
- Règne: Animalia
- Embranchement: Mollusca
- Classe: Bivalvia
- Ordre: Veneroida
- Super-famille: Veneroidea
- Famille: Veneridae
- Genre: Ruditapes
Description Morphologique
La coquille de la palourde (Ruditapes philippinarum) est allongée et ovale, ornée de côtes radiales distinctes. Elle peut atteindre une taille de 7,5 cm de long et 3,5 cm de large. La coloration de la coquille est extrêmement variable, allant du grisâtre au verdâtre, en passant par le brunâtre, le jaune ou le chamois. Des motifs triangulaires, partant de l'umbo (la partie la plus ancienne de la coquille) et s'élargissant vers l'extérieur, sont souvent présents.
La corbicule, souvent confondue avec la palourde, est un petit coquillage de 2 à 4 cm de diamètre, de couleur brune à marron foncé, parfois presque noire. Sa forme est globalement triangulaire arrondie. La coquille est formée de deux parties (valves) symétriques, ce qui en fait un bivalve. Elle est striée (stries d’accroissement), solide et épaisse.
La coque, un autre bivalve, se distingue par des stries radiales sur sa coquille, contrairement aux palourdes qui présentent des stries concentriques. Des marques concentriques et foncées peuvent également être observées sur la coquille de la coque, indiquant son âge.
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Habitat et Distribution
Les palourdes, notamment Ruditapes philippinarum, sont originaires d'une vaste zone géographique s'étendant du sud de la Sibérie à la Chine. Elles ont été introduites avec succès sur la côte ouest de l'Amérique du Nord, où elles se trouvent de la Colombie-Britannique jusqu'en Californie.
En France, on rencontre principalement trois espèces de palourdes sur les estrans : la palourde européenne ou palourde croisée (Ruditapes decussatus), la palourde bleue ou palourde poulette (Venerupis pullastra) et la palourde japonaise (Ruditapes philippinarum). Cette dernière a été introduite en 1972.
Ces palourdes vivent dans la zone intertidale, dans les baies et les estuaires, enfouies dans la vase et le sable, généralement à une profondeur de 2 à 4 cm sous la surface. La palourde bleue affectionne les fonds de sable, de graviers et de boue vaseuse, tandis que la palourde européenne préfère les sables variables, sablo-vaseux à sables à graviers. La palourde japonaise, quant à elle, tolère une grande variété de substrats, sableux, vaseux et sablo-vaseux.
La corbicule, quant à elle, est présente dans tous les bassins hydrographiques français, notamment dans les fleuves et les cours d’eau de plaine où l’eau est bien oxygénée, mais aussi dans certains étangs et plans d’eau. Elle affectionne particulièrement les substrats sableux, du sable fin jusqu’au sable très grossier.
Reproduction
La reproduction de Ruditapes philippinarum a lieu pendant l'été. C'est une espèce gonochorique, ce qui signifie qu'il existe des individus mâles et femelles distincts. La fécondation est externe, et les larves se développent en pleine eau avant de se fixer sur le fond pour entamer leur vie benthique.
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La corbicule, elle, est une espèce hermaphrodite qui possède à la fois des organes mâles et femelles. Les larves qui résultent de la fécondation sont microscopiques et sont larguées lorsque la température dépasse 16°C. Ce relargage peut avoir lieu toute l’année si la température de l’eau le permet.
La coque, quant à elle, a un grand pouvoir de reproduction dans de bonnes conditions. Une femelle de 4 cm (environ 3 ans) peut pondre jusqu’à 60 000 ovules par an.
Alimentation
Les palourdes sont des filtreurs suspensivores. Elles se nourrissent en filtrant l'eau de mer pour en extraire le phytoplancton et d'autres particules organiques en suspension. Elles utilisent leurs branchies pour filtrer l'eau et leurs palpes labiaux pour trier les particules alimentaires.
La corbicule se nourrit principalement de phytoplancton. À l’aide de ses deux siphons, elle produit une circulation d’eau qui sera filtrée puis rejetée. Certains scientifiques s’interrogent même sur les conséquences de la surconsommation de ces dernières sur les biomasses de plancton.
Impact Environnemental
La présence de palourdes, en particulier de la palourde japonaise, peut avoir un impact significatif sur les écosystèmes côtiers. En raison de sa croissance rapide et de sa tolérance à une large gamme de conditions environnementales, elle peut devenir une espèce dominante et concurrencer les espèces indigènes pour la nourriture et l'espace.
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Les densités élevées de corbicules peuvent entraîner une clarification des cours d’eau, ce qui pourrait avoir pour conséquence un surcroît de lumière qui profiterait aux herbiers aquatiques. Cependant, l’explosion de ces bivalves n’est pas forcément bénéfique pour les écosystèmes.
De plus, les palourdes peuvent accumuler des polluants présents dans l'eau, tels que les métaux lourds et les toxines produites par les algues nuisibles. La consommation de palourdes contaminées peut donc présenter un risque pour la santé humaine.
Pêche et Aquaculture
Les palourdes sont pêchées à l'état sauvage et élevées en aquaculture dans de nombreuses régions du monde. En France, la pêche à pied des palourdes est une activité populaire, soumise à une réglementation spécifique définie par les Directions interrégionales de la mer. Cette réglementation fixe la taille minimale de capture, les quantités récoltées, les conditions d'emploi des engins de pêche, les modes et procédés, ainsi que les zones, les périodes, les interdictions et les arrêtés de pêche.
La palourde japonaise a été introduite en France en 1972 pour l'aquaculture. Sa croissance rapide et sa facilité d'élevage en ont fait une espèce très prisée par les conchyliculteurs. Le ramassage de Ruditapes philippinarum est alors devenu plus rentable que son élevage.
Réglementation de la pêche à pied
La pêche à pied des palourdes est soumise à une réglementation stricte afin de préserver les stocks et de garantir la sécurité sanitaire des consommateurs. Seule, la taille réglementaire minimale de capture est définie au niveau national. Le décret du 26 octobre 2012 a rehaussé la taille de la palourde japonaise à 4 cm (mesure dans la plus grande longueur).
En dehors de la récolte à la main, de nombreux pêcheurs se munissent d’un outil pour pouvoir pêcher plus facilement. Selon les réglementations régionales établies, on peut utiliser les mêmes outils que pour la pêche aux coques, à savoir une grapette ou une griffe à trois dents sur un manche d’une longueur inférieure à 80 cm et, à l’exception de la Vendée, un râteau non grillagé sur un manche de 80 cm maximum.
Dans de nombreuses régions et dans le cadre d’une gestion durable des stocks, un quota par pêcheur plaisancier et par sortie journalière est fixé. Il est variable selon les départements, voire les gisements.
Techniques de pêche
La technique de pêche employée est la pêche au trou : une fois localisées, les palourdes sont extraites à la main ou avec un couteau à palourdes puis sont placées dans des mannes-paniers. Celles-ci, en plastique ajouré, sont le plus souvent posées sur une sorte de luge traînée par le pêcheur sur la vasière.
Tous les pêcheurs à pied sont équipés d’un matériel adéquat. Ils portent des vêtements chauds pour lutter contre le froid et sont équipés de Waders ou chaussés de bottes ou bottes-cuissardes. Pour se déplacer sur les vasières, ils sont munis de patins à vase, attachés aux pieds et faits avec des planches de bois ou de plaques d’aluminium qui sont appelés « sabots-planches » dans le golfe du Morbihan et « mastouns » dans le bassin d’Arcachon.