Les Commandos Marine, surnommés les "Bérets Verts", représentent l'élite des forces spéciales de la Marine nationale française. Ils constituent les forces d'opérations spéciales (FOS) de la Marine et opèrent sous le commandement des opérations spéciales (COS), rattachés à la Force maritime des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO), l'une des quatre forces principales de la Marine française. Ces unités d'élite se distinguent par leur expertise dans les opérations maritimes, les assauts depuis la mer vers la terre, et les missions spéciales à l'intérieur des terres. Leur rôle est crucial dans la protection des intérêts français et la lutte contre les menaces contemporaines, faisant d'eux des acteurs majeurs sur la scène internationale.
L'engagement au sein des Commandos Marine est bien plus qu'une simple carrière militaire ; c'est un véritable choix de vie, exigeant un dévouement total et une résilience exceptionnelle. Avant même d'aborder les aspects spécifiques de la formation ou des missions, il est essentiel de comprendre que cet engagement implique une immersion profonde dans un quotidien rythmé par l'entraînement constant, la préparation opérationnelle, et une disponibilité permanente, façonnant ainsi un individu au-delà de ses compétences techniques.
Origines Historiques : La Genèse d'une Force d'Élite
L'histoire des Commandos Marine est ancrée dans les tumultes de la Seconde Guerre mondiale, marquant la naissance d'une tradition d'excellence et de bravoure. Le premier commando marine est créé le 12 novembre 1942, sous l'impulsion du capitaine de corvette Philippe Kieffer. Ce dernier avait su défendre l'intérêt stratégique de disposer d'une unité capable de mener des actions amphibies et d'assaut en mer, une vision qui allait s'avérer déterminante pour l'effort de guerre.
Les premiers marins français destinés à ces unités furent formés outre-Manche, auprès des Britanniques qui détenaient déjà une expertise reconnue dans le domaine des commandos, ayant eux-mêmes fondé leurs propres unités en 1940. C'est ainsi qu'un ensemble de soldats et de volontaires français fut constitué pour s'intégrer aux forces britanniques. Ces volontaires venaient de divers services, principalement des fusiliers marins (forces de protection), d'autres spécialités de la Marine, et même de l'Armée. Ils furent entraînés au célèbre Commando Training Centre d'Achnacarry en Écosse, rejoignant le No. 10 (Inter-Allied) Commando en tant que 1ère et 8ème Troops françaises.
La 1ère compagnie de fusiliers marins commandos voit ainsi le jour en 1942 et combat aux côtés des militaires anglo-saxons pendant la Seconde Guerre mondiale. L'unité se distingue particulièrement le 6 juin 1944, lors du débarquement de Normandie à Ouistreham. Sous les ordres du lieutenant-colonel Philippe Kieffer, 177 commandos écrasent les défenses allemandes sur la plage de Sword. Leurs pertes furent nombreuses, témoignant de l'intensité des combats, mais jamais ils ne renoncèrent, forgeant ainsi la légende des "Kieffer". Le 1er BFMC (Bataillon de Fusiliers Marins Commandos) participa également à la campagne des Pays-Bas, toujours associé au No. 4 Commando.
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À la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les unités de commandos britanniques furent dissoutes, les deux troupes françaises (formant le 1er BFMC) furent rapatriées en France. Bien que la plupart des commandos aient été démobilisés ou soient retournés à leurs services d'origine, le commandant Philippe Kieffer a plaidé auprès du ministère de la Marine pour la nécessité d'un corps de commandos, une capacité jugée essentielle pour faire face à la guérilla en Indochine.
L'évolution des Commandos Marine ne se limite pas à l'héritage britannique. Une autre branche importante provient d'une unité de reconnaissance navale créée en décembre 1944, la Compagnie NYO. Formée de volontaires de différentes parties de la Marine, principalement des fusiliers marins et de l'artillerie navale, cette unité, rebaptisée plus tard Compagnie Merlet (du nom de son fondateur et commandant, le Lieutenant de vaisseau Jean Merlet), a combattu en Italie avant de s'embarquer pour l'Indochine en septembre 1945. Le commandant Pierre Ponchardier et son bataillon SAS-B (surnommé les "Tigers Commandos"), créé début 1945, ont également combattu en Indochine jusqu'en 1946 avant que le bataillon ne soit dissous. Ponchardier était un visionnaire des forces d'opérations spéciales modernes. Bien qu'il ne fût pas subordonné à une chaîne de commandement des fusiliers marins, il a mené des opérations de grande envergure en conjonction et avec le soutien de la Compagnie Merlet/Jaubert et du 1er RFM.
Par une décision du ministère de la Marine datée du 19 mai 1947, cinq unités "Commando Marine" furent créées, organisées et conçues sur le modèle des anciens commandos britanniques. La Marine nationale transforma plusieurs compagnies de fusiliers marins déjà engagées en Indochine (dont la Compagnie Jaubert) ou basées à bord de destroyers français (pour devenir les Commandos Trépel et de Penfentenyo). Leurs personnels furent progressivement renouvelés par des recrues qualifiées commando après l'ouverture du Centre Siroco (cours commando). Les Commandos François et Hubert furent, quant à eux, formés à partir de zéro. L'École des fusiliers marins commandos est créée à Sirocco, en Algérie, afin de dispenser le certificat commando et le certificat amphibie.
Bien que le Commando Jaubert fût déjà entraîné aux opérations parachutistes et aéroportées, le Commando Hubert devint l'unité commando parachutiste officielle de la Marine française. Le Commando Hubert est également devenu officiellement une unité de nageurs de combat le 30 mars 1953, intégrant des nageurs de combat de la Marine et de l'Armée (SDEC, service secret). Il est d'ailleurs à noter que Jacques-Yves Cousteau, officier de marine durant la Seconde Guerre mondiale, a contribué à la mise en place des nageurs de combat français.
Les Commandos Marine ont un insigne distinctif porté à gauche, composé d'un écu au centre duquel figure un brick (un navire à deux mâts) naviguant sur des vagues, un poignard commando et une croix de Lorraine. Ils se distinguent des autres commandos également par la couleur de leur béret vert, tiré à droite avec l'insigne en bronze à gauche, une exception unique au sein des forces armées françaises, héritée de la tradition d'Achnacarry.
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Organisation et Missions Spécialisées
Les Commandos Marine sont structurés pour couvrir un large éventail de missions de forces spéciales. L'unité compte environ 721 personnels autorisés (chiffre de 2017) et est principalement basée à Lorient, en Bretagne. La Force maritime des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO) dans son ensemble, qui englobe les Commandos Marine, compte environ 2 300 personnels, militaires et civils, répartis au sein de 18 unités implantées sur 10 sites en France. La spécialité de fusilier marin est au cœur de cette force.
Parmi les sept commandos marine, on distingue cinq unités de combat et deux unités de soutien :
- Unités de combat : Jaubert, Trépel, de Montfort, de Penfentenyo, Hubert.
- Unités de soutien : Kieffer et Ponchardier.
Les cinq commandos de combat détiennent des capacités communes en combat, en renseignement et en infiltration (terrestres, nautiques et aéronautiques). Chacun possède cependant des spécialisations qui les rendent complémentaires et polyvalents :
- Commando Hubert : C'est l'unité des nageurs de combat, réputée pour ses opérations sous-marines et amphibies. Leurs capacités militaires sont plus larges que les seules opérations de nageurs de combat. Ils sont connus du public comme une unité de mission spéciale supportant la lutte antiterroriste, à l'instar du GIGN (comme en témoignent des événements tels que l'affaire de la grotte d'Ouvéa ou l'intervention sur le MS Pascal Paoli). Ils représentent la "pointe de l'épée" de l'organisation générale des Commandos Marine.
- Commando Jaubert : Spécialisé dans les assauts en mer, les opérations de contre-terrorisme maritime et la libération d'otages. Le commandant François Jaubert était un officier de marine, commandant la flottille fluviale en Indochine, gravement blessé lors d'une opération conjointe avec la Compagnie Merlet, le SAS-B de Ponchardier et le 1er RFM et sa flottille.
- Commando Trépel : Orienté vers les missions de reconnaissance spéciale, la neutralisation à longue portée (SKIT) et l'appui-feu. Le capitaine Charles Trépel était un officier de l'Armée (artillerie), des Forces Françaises Libres ; commandant de la 8ème Troop (française), No. 10 Commando (Interallié).
- Commando de Montfort : Axé sur la neutralisation d'objectifs, la reconnaissance et les opérations en milieu terrestre complexe. Le lieutenant de vaisseau Louis de Montfort était un commandant de section de la Compagnie Merlet.
- Commando de Penfentenyo : Spécialisé dans le renseignement, la surveillance, l'acquisition d'objectifs et le guidage de frappes.
- Commando Kieffer : Unité de soutien spécialisée dans le cyberdéfense, le renseignement humain, les drones, les chiens d'attaque et d'autres expertises techniques. Les Commandos Hubert et Kieffer recrutent exclusivement en interne, ce qui signifie qu'un marin souhaitant les intégrer doit d'abord faire ses preuves au sein d'une autre unité commando. Le lieutenant Augustin Hubert était un officier de l'Armée (infanterie), des Forces Françaises Libres ; chef de section dans la K-Gun Troop (française) opérant en soutien des Troops 1 et 8 (françaises) intégrées pour le Jour J au No. 4 Commando.
- Commando Ponchardier : Spécialisé dans l'appui aux opérations spéciales, notamment le déploiement d'équipements lourds, la maintenance et le soutien logistique des autres unités.
Les missions des Commandos Marine sont variées et exigeantes :
- Action directe : Assaut en mer et sur terre, extraction rapide, combat rapproché en mer et sur terre.
- Reconnaissance et renseignement : Opérations de reconnaissance, collecte de renseignements, neutralisation à longue portée (SKIT), guidage terminal d'attaque (JTACs).
- Lutte contre le terrorisme et la piraterie : Libération d'otages, intervention en milieu hostile. En mai 2019, des commandos français ont ainsi libéré quatre otages détenus par des terroristes lors d'une opération au Burkina Faso, neutralisant un camp terroriste.
- Protection et défense : Protection de sites sensibles, de personnalités ou de navires.
Pour mener à bien ces missions, les commandos sont dotés d'équipements de pointe comme des lunettes de vision nocturne et des véhicules subaquatiques avancés. Ils disposent également de nombreux véhicules tels que des embarcations de transport rapide commando (ETRACO), des Zodiacs, des véhicules tactiques légers Land Rover Defender, des ACMAT VT4, des véhicules d'intervention cynotechnique, et des embarcations commandos à usage multiple embarquables de nouvelle génération (ECUME NG). Cet équipement de pointe, combiné à un entraînement rigoureux, leur permet d'opérer avec efficacité dans des environnements complexes et souvent hostiles.
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Un Parcours de Sélection et de Formation des Plus Exigeants
Rejoindre les rangs d'élite de la Marine est un parcours extrêmement exigeant. Pour intégrer l'élite de la Marine, la sélection est rude et le processus se veut l'un des plus difficiles et sélectifs au niveau mondial. Bien que la voie classique soit celle du fusilier marin, les candidats de toutes spécialités peuvent se présenter, à condition d'avoir réussi un stage de préparation et une pré-sélection. L'entraînement commando est la porte d'entrée aux forces d'opérations spéciales pour les fusiliers marins. Il est mené à l'École des fusiliers marins de Lorient, sur la côte atlantique, et donne, en cas de réussite, accès aux commandos et le droit de porter le béret vert.
Le processus de recrutement et de formation se déroule en plusieurs étapes rigoureuses :
- Candidature en ligne : Le parcours débute par une candidature en ligne via le site www.lamarinerecrute.gouv.fr.
- Entretien de Motivation : Un premier échange a lieu avec des marins pour discuter de la Marine nationale et évaluer la motivation du candidat.
- Tests d'aptitude médicale : Un examen médical complet est effectué pour évaluer l'état de forme et prévenir tout problème de santé.
- Commission de présélection : Le dossier du candidat est examiné par un jury qui, s'il est intéressé, souhaite en savoir plus.
- Tests d'admissibilité : Pour les candidats retenus, cette étape se déroule à l'École des fusiliers marins et commando à Lorient et comprend des tests psychotechniques, un entretien de motivation et psychologique, ainsi que des épreuves sportives spécifiques à la spécialité.
- Commission d'admission : Le dossier passe devant une commission d'admission qui l'étudie minutieusement avant de rendre sa décision.
- Formation militaire initiale : En cas d'admission, le candidat débute sa formation militaire initiale rémunérée dans une des écoles de la Marine. La formation commence par six semaines au cours desquelles le jeune matelot apprend les "fondamentaux" du marin. La suite du cours est consacrée à des aspects plus spécifiques au métier de fusilier marin : sport, topographie, combat, protection-défense, etc. Une partie des élèves est écartée, principalement pour des raisons médicales, la formation étant particulièrement éprouvante moralement et physiquement.
- Affectation en unité : À l'issue de cette formation, les jeunes sont envoyés dans l'une des unités de fusiliers marins chargées de la protection des points sensibles de la Marine. C'est à partir de là qu'ils pourront potentiellement postuler pour le stage commando.
Le stage commando, ou STAC, est la phase la plus emblématique et la plus redoutée du parcours. Il est réputé pour être l'un des programmes les plus difficiles et exigeants au niveau mondial. En 2016, le Stage Commando affichait un taux d'attrition impressionnant de 82%. Chaque année, 180 à 200 candidats fusiliers marins sont admis aux tests commandos, répartis en deux sessions. La plupart des recrues doivent avoir achevé leur formation de base de fusilier marin et servi au moins neuf mois. Le STAC dure 20 semaines et se décompose comme suit :
- Une semaine de tests commandos : Le stage commando est précédé par deux jours de "tests commandos" que le candidat doit absolument réussir pour continuer. Ces tests physiques comportent des courses avec et sans sac à dos, une natation avec apnée et des exercices de type pompes, abdominaux et cordes. Seulement la moitié des candidats est ensuite admise à l'école des fusiliers marins. Ceux qui ont échoué à ces tests peuvent se présenter à une nouvelle évaluation s'ils le souhaitent.
- Six semaines de formation de sélection et préparatoire.
- Quatre semaines d'évaluation : Les trois premières semaines du stage sont appelées "évaluations" et constituent la partie la plus "physique" et la plus éprouvante. Elles se caractérisent par une succession d'épreuves de jour comme de nuit, en condition de fatigue, quels que soient le temps et la température, à terre et en mer. Durant cette période, toute erreur peut disqualifier instantanément le candidat.
- Sept semaines de cours SOF (Special Operations Forces) : Les séquences suivantes sont plus "formatrices" dans le domaine des savoir-faire techniques à maîtriser et du combat commando, mais elles n'en restent pas moins difficiles. Elles comprennent un entraînement spécialisé en matière de navigation, de natation, de tactiques de combat et de techniques de survie.
- Deux semaines de formation parachutiste.
L'objectif ultime de cette formation est de détecter les individus dotés du potentiel physique, intellectuel et psychologique nécessaire pour servir au sein des Commandos Marine. Les parcours d'obstacles présents sur le site de l'école sont directement inspirés des parcours écossais, et l'endurance y tient une place prépondérante dans la sélection. Les candidats sont constamment soumis au stress et à la pression des instructeurs, qui ne leur laissent aucun répit. Toutes les activités sont chronométrées et notées : marches de dizaines de kilomètres avec équipement et arme par tous les temps, parcours d'obstacles et exercices de navigation de nuit. La formation est ponctuée d'entraînements au tir avec des armes variées comme le Heckler & Koch USP, le Glock 17, le PAMAS G1 (copie sous licence française du Beretta 92), le Heckler & Koch MP5, le HK416 et le FAMAS (utilisé pour l'entraînement), de tactiques d'assaut, d'escalade et de rappel, de maniement d'embarcations, d'instruction sur les explosifs et de combat au corps-à-corps.
Seuls 10 à 20% des candidats réussissent cette formation, au bout de laquelle ils reçoivent leur brevet élémentaire commando et leur béret vert. Ils sont ensuite affectés dans l'une des unités commandos et poursuivront leur formation tout au long de leur carrière, car les équipements changent, les techniques évoluent, les compétences se modernisent, mais pour forger les valeurs et les qualités physiques du commando, l'esprit et la méthode de la sélection ont prouvé leur efficacité depuis de nombreuses décennies.