Avec ses cordes tendues à plat et ses pédales chromatiques, la Pedal Steel Guitar est bien plus qu’un instrument : c’est une machine à émotion. Instrument emblématique de nombreux genres musicaux, elle incarne le rêve ultime du guitariste : ne jamais rompre la ligne du son. Son accordage n’est pas fixe, son expression est infinie, offrant une palette sonore unique, caractérisée notamment par un "crying tone", un son chantant, presque humain. Cet article se propose d'explorer en profondeur l'histoire fascinante, le fonctionnement complexe et l'impact culturel de cet instrument exigeant et polyvalent.
Les Racines Hawaïennes de la Steel Guitar : De la Lap Steel à l'Électrification
L'histoire de la Pedal Steel commence à Hawaï, où la lap steel fut inventée dans les années 1910. L'arrivée des guitares espagnoles dans les îles hawaïennes à la fin du XIXe siècle, apportées par les marins européens et les "vaqueros" mexicains, a marqué un tournant. Les Hawaïens n'ont pas adopté l'accordage standard de la guitare tel qu'il était utilisé à l'époque de son introduction. Au lieu de cela, ils ont réaccordé les guitares pour qu'elles produisent un accord majeur lorsque les six cordes étaient jouées simultanément, une technique désormais connue sous le nom d'"open tuning" ou "accordage ouvert". Le terme utilisé pour cette pratique est "slack-key", car certaines cordes étaient "détendues" pour obtenir cet effet. Pour changer d'accord, les musiciens utilisaient un objet lisse, généralement un morceau de tuyau ou de métal, qu'ils faisaient glisser sur les cordes jusqu'à la quatrième ou cinquième position, permettant de jouer facilement une chanson à trois accords. Il était physiquement difficile de maintenir une barre d'acier contre les cordes tout en tenant la guitare contre le corps. C'est pourquoi les Hawaïens ont posé la guitare sur leurs genoux et en jouaient assis, donnant naissance à la "lap steel".
À partir de sa première utilisation à Hawaï au XIXe siècle, le son de la steel guitar est devenu populaire aux États-Unis durant la première moitié du XXe siècle, donnant naissance à une famille d'instruments conçus spécifiquement pour être joués avec la guitare en position horizontale, également connue sous le nom de "style hawaïen". Le premier instrument de cette chronologie fut la guitare hawaïenne, aussi appelée lap steel. Cependant, les lap steels hawaïennes n'étaient pas assez puissantes pour rivaliser avec d'autres instruments, un problème que de nombreux inventeurs cherchaient à résoudre.
Dans les années 1920, à Los Angeles, un joueur de steel guitar nommé George Beauchamp a découvert des inventions qui ajoutaient un pavillon, comme un mégaphone, aux steel guitars pour les rendre plus sonores. Intrigué, Beauchamp s'est rendu dans un atelier près de chez lui pour en savoir plus. L'atelier appartenait à un réparateur de violons nommé John Dopyera. Dopyera et son frère Rudy ont montré à Beauchamp un prototype qui ressemblait à un grand pavillon de Victrola fixé à une guitare, mais qui n'a pas eu de succès. Leur tentative suivante a abouti à un certain succès avec un cône résonateur, ressemblant à un grand haut-parleur métallique, fixé sous le chevalet de la guitare. Forts de leur succès, Beauchamp s'est associé aux frères Dopyera pour former une entreprise afin de développer leur invention. La nouvelle invention du résonateur a été promue lors d'une somptueuse fête à Los Angeles et démontrée par le célèbre joueur de steel hawaïenne Sol Hoopii. Une usine a été construite pour fabriquer des guitares à corps métallique dotées des nouveaux résonateurs. Des problèmes financiers et des désaccords ont suivi, et les Dopyera ont gagné une bataille juridique contre Beauchamp concernant l'entreprise, puis ont fondé la "Dobro Corporation", "Dobro" étant un acronyme de DOpyera et BROthers.
Beauchamp s'est retrouvé sans emploi. Il avait réfléchi à une "guitare électrique" pendant des années, et une partie du différend avec les Dopyera venait du fait qu'il passait trop de temps sur l'idée de l'électrification et pas assez à améliorer la guitare résonatrice. Beauchamp s'est inscrit à des cours d'électronique et, pour sa première tentative, il a fabriqué une guitare à une seule corde à partir d'une pièce de bois de 2x4 et a expérimenté des micros de phonographe, sans succès. Le déclic est venu lorsqu'il l'a connectée à un amplificateur électronique et à un haut-parleur : cela a fonctionné. Il a fait appel à un artisan qualifié pour façonner un manche et un corps de guitare à connecter à son dispositif. La construction finale, selon lui, ressemblait à une poêle à frire, d'où le surnom de l'instrument. L'invention du micro de guitare électrique en 1934 a permis aux steel guitars d'être entendues au même titre que les autres instruments. En 1931, la Grande Dépression était à son paroxysme, et les gens n'achetaient pas de guitares ; de plus, le bureau des brevets a retardé l'approbation de la demande, en partie parce qu'il n'avait pas de catégorie pour l'invention - s'agissait-il d'un instrument de musique ou d'un appareil électrique ? Les concurrents d'Electrostring ont enfreint le brevet, mais les propriétaires n'avaient pas l'argent pour intenter des poursuites. Les premières lap steels avaient un corps plus petit, mais conservaient toujours une forme de guitare. Les fabricants d'instruments ont rapidement commencé à les transformer en un bloc de bois rectangulaire avec un micro électrique, le précurseur de la pedal steel.
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L'Ascension des Consoles Multi-Manches et la Quête des Pédales
Le problème suivant à résoudre était la nécessité de jouer avec différentes sonorités (ou "voicings") sur la même guitare, c'est-à-dire différentes manières d'accorder les cordes. La seule façon d'y parvenir à l'époque était d'ajouter un manche et des cordes supplémentaires sur le même instrument, accordés différemment. Les musiciens ont continué à ajouter des manches, allant jusqu'à quatre. Cela a conduit à un instrument plus grand et plus lourd, désormais appelé "console", qui nécessitait d'être posé sur un support ou des pieds plutôt que sur les genoux du musicien. Noel Boggs, un joueur de lap steel avec Bob Wills, a reçu la première steel guitar fabriquée par Leo Fender en 1953. Fender s'appuyait sur des interprètes éminents pour tester ses instruments sur le terrain. Boggs a été l'un des premiers joueurs à passer à un manche différent pendant un solo. Leon McAuliffe, connu pour son adaptation de "Steel Guitar Rag" de Sylvester Weaver, a également joué avec Bob Wills et a utilisé une guitare steel multi-manches.
Le coût de fabrication de plusieurs manches sur le même instrument les rendait inabordables pour la plupart des musiciens, et une solution plus sophistiquée était nécessaire. À ce stade, l'objectif était simplement de créer une pédale qui changerait la hauteur de toutes les cordes à la fois pour émuler un second manche. En 1939, une guitare appelée "Electradaire" était dotée d'une pédale contrôlant un solénoïde, déclenchant un appareil électrique pour modifier la tension des cordes. Cette tentative n'a pas été couronnée de succès. La même année, le chef d'orchestre Alvino Rey a travaillé avec un machiniste pour concevoir des pédales afin de changer la hauteur des cordes, mais sans succès. Les frères Harlan d'Indianapolis ont créé le "Multi-Kord" avec une pédale universelle qui pouvait être configurée assez facilement pour ajuster la hauteur de n'importe quelle corde ou de toutes les cordes, mais elle était extrêmement difficile à enfoncer lors de la tension de toutes les cordes simultanément. La Gibson Guitar Company a introduit l'"Electraharp" en 1940, qui comportait des pédales orientées radialement à partir d'un seul axe sur le pied arrière gauche de l'instrument. L'entrée dans la Seconde Guerre mondiale a joué un rôle dans le manque de demande. Après la Seconde Guerre mondiale, Gibson a repensé et réintroduit l'Electraharp, et Bud Isaacs en a utilisé un sur la chanson "Big Blue Diamonds" pour King Records.
L'Ère des Pédales et Leviers : Les Contributions Fondamentales
Le système de pédales le plus réussi parmi les différents prétendants fut conçu vers 1948 par Paul Bigsby, un contremaître d'atelier de motos et coureur qui a également inventé le cordier vibrato de guitare espagnole, qui connut un succès commercial. Bigsby a placé des pédales sur un support entre les deux pieds avant de la steel guitar. En 1953, Bud Isaacs a reçu l'une des nouvelles créations de Bigsby, une steel double-manche qui comportait des pédales pour changer la hauteur de seulement deux cordes. Isaacs a été le premier à appuyer sur la pédale pendant que les notes résonnaient encore, introduisant ainsi une nouvelle dimension expressive. Toujours dans les années 1950, Zane Beck, membre du "Steel Guitar Hall of Fame", a ajouté des leviers au genou à la pedal steel guitar, capables de faire descendre les notes. Le joueur peut bouger chaque genou vers la droite, la gauche ou le haut (selon le modèle), déclenchant différents changements de hauteur.
Buddy Emmons a entendu la performance d'Isaacs sur la chanson "Slowly", et a demandé à Bigsby de configurer sa guitare de manière à diviser la fonction de la pédale unique d'Isaacs en deux pédales, chacune contrôlant une corde différente. Cela a offert l'avantage de créer des accords sans avoir à incliner ou déplacer la barre, par exemple, des accords mineurs et suspendus. Jimmy Day, un autre éminent joueur de steel de l'époque, a fait la même chose, mais a inversé les cordes affectées par les deux pédales. Cela a incité les futurs fabricants à demander aux clients s'ils souhaitaient une configuration "Day" ou "Emmons". Ces innovations ont transformé l'instrument, faisant des pionniers comme Buddy Emmons, Jimmy Day, Bud Isaacs, Zane Beck et Paul Bigsby des figures centrales dans son développement.
La Pedal Steel Guitar est une console steel guitar dotée de pédales et de leviers au genou qui modifient la hauteur de certaines cordes, permettant de jouer une musique plus variée et complexe qu'avec d'autres conceptions de steel guitar. L'ajout de pédales à une lap steel guitar en 1940 a permis à l'interprète de jouer une gamme majeure sans déplacer la barre et aussi d'appuyer sur les pédales tout en frappant un accord, faisant glisser ou monter les notes de passage en harmonie avec les notes existantes.
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Anatomie et Maîtrise d'un Instrument Complexe
Un modèle standard de Pedal Steel Guitar possède généralement 8 pédales au pied et 4 leviers au genou. Chaque pédale ou levier modifie la tension d'une ou plusieurs cordes, permettant de changer d'accord instantanément. Le musicien contrôle simultanément le bar (la barre d'acier), les pédales, le volume (souvent avec une pédale d'expression) et les doigts, rendant l'exécution de cet instrument particulièrement exigeante.
La différence fondamentale entre une Pedal Steel et une Lap Steel Guitar réside dans ce système mécanique. La Lap Steel se joue sur les genoux avec un steel bar, sans pédales ni leviers. La Pedal Steel, en revanche, ajoute un système mécanique qui modifie la hauteur des cordes en temps réel, offrant ainsi beaucoup plus de possibilités harmoniques et mélodiques. Comme toutes les steel guitars, elle peut produire des glissandi illimités (notes glissées) et des vibrati profonds - des caractéristiques qu'elle partage avec la voix humaine, contribuant à son fameux "crying tone". Jouer de la pedal steel nécessite une coordination simultanée des deux mains, des deux pieds et des deux genoux (les genoux actionnent des leviers sur les côtés médial et latéral de chaque genou) ; le seul autre instrument présentant des exigences similaires est l'orgue à anches américain.
La Pedal Steel rappelle que la justesse n’est pas seulement une note juste sur un accordeur. Sur guitare, cette idée change beaucoup de choses, car l'absence de frettes exige une oreille précise et une maîtrise subtile de la hauteur des notes via la barre et les mécanismes. Bien accorder son instrument est un point de départ essentiel, mais progresser à la guitare demande ensuite des repères clairs sur ce qu’il faut travailler, particulièrement avec la Pedal Steel où la flexibilité de l'accordage et de l'intonation est primordiale.
Les Accordages Caractéristiques : E9, C6 et le "Copedent"
La pedal steel continue d'être un instrument en transition, avec différentes configurations d'accordage et de mécanismes qui évoluent. Les accordages E9 ou C6 représentent deux accordages distincts, chacun possédant un caractère sonore propre. Comprendre un accordage ou savoir l’utiliser est utile pour tout musicien. Aux États-Unis, le manche E9 est plus courant, mais la plupart des pedal steels possèdent encore deux manches pour la polyvalence qu'ils offrent.
L'accordage E9, souvent appelé "Nashville tuning", est le plus courant et le plus recommandé pour débuter. Il est idéal pour les lignes expressives, les glissés lyriques et les harmonies country. Cet accordage est couramment utilisé dans la musique country, le rock atmosphérique et permet d'explorer les glissés expressifs caractéristiques de l'instrument. Le manche E9 est plus souvent utilisé pour la musique country.
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Quant à l'accordage C6, il est privilégié pour les voicings jazz plus riches et est typiquement utilisé pour la musique western swing. Les différents manches, qu'il s'agisse du E9 ou du C6, ont des sonorités distinctement différentes. Certains joueurs préfèrent des configurations différentes concernant la fonction des pédales et des leviers, ainsi que l'accordage des cordes.
Au début des années 1970, le musicien Tom Bradshaw a inventé le terme "copedent" (prononcé koh-PEE-dənt), un mot-valise de "chord-pedal-arrangement", pour décrire l'ensemble complexe des configurations d'accordages, de pédales et de leviers qui sont uniques à chaque instrument et à chaque joueur. Il existe des partisans d'un "accordage universel" visant à combiner les deux accordages modernes les plus populaires (E9 et C6) en un seul manche de 12 ou 14 cordes qui englobe certaines caractéristiques de chacun. Cette approche a été développée par Maurice Anderson et modifiée plus tard par Larry Bell, reflétant la volonté constante d'innovation et d'expansion des possibilités expressives de l'instrument.
Le Son Distinctif et son Influence Culturelle
Le son de la pedal steel guitar, avec ses glissandi fluides et son vibrato profond, a eu un impact considérable sur diverses musiques. Le "crying tone", ce son chantant et presque humain, est immédiatement reconnaissable et est devenu une signature sonore. L'instrument a gagné en popularité auprès des musiciens de country et de western, attirés par sa sonorité unique et sa capacité à imiter la voix humaine. Au fur et à mesure que la steel guitar gagnait en popularité, elle a commencé à influencer d'autres genres musicaux également. Elle a trouvé sa place dans le jazz, le blues, le gospel et même le rock and roll.
Aux États-Unis, dans les années 1930, pendant la vague de popularité de la steel guitar, l'instrument a été introduit dans la "House of God", une branche d'une dénomination pentecôtiste afro-américaine, basée principalement à Nashville et Indianapolis. La sonorité n'avait aucune ressemblance avec la musique country américaine typique. La steel guitar a été adoptée par la congrégation et a souvent pris la place d'un orgue, démontrant sa versatilité et sa capacité à susciter l'émotion dans des contextes très variés. Aujourd'hui, la steel guitar demeure un instrument populaire dans divers genres musicaux. Elle est un pilier de la musique country, hawaïenne et Americana, et est souvent mise en vedette dans les performances live et les enregistrements, témoignant de sa pertinence continue.
Apprendre la Pedal Steel Guitar : Un Défi Gratifiant
La Pedal Steel Guitar est-elle difficile à apprendre ? C'est un instrument exigeant qui demande une coordination fine et simultanée entre le steel bar, les pédales, le volume et les doigts. L'absence de frettes nécessite une oreille précise et développée pour maîtriser l'intonation. Cependant, avec de la patience et de la persévérance, les bases s'acquièrent en quelques mois. Pour tout apprenti, bien accorder son instrument est un point de départ essentiel. Progresser à la guitare demande ensuite des repères clairs sur ce qu’il faut travailler, et la pedal steel ne fait pas exception, bien au contraire, elle en est un exemple éloquent de la profondeur technique et musicale qu'elle exige.
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