L'Oreille du Plongeur : Préserver l'Audition Face aux Défis de la Profondeur et de l'Otospongiose

Les adeptes de la plongée sous-marine savent que les oreilles sont des points ultra-sensibles. Il est courant que, un jour ou l'autre, chacun ait été confronté à un problème auditif empêchant de réaliser une belle plongée, voire même de plonger tout simplement. La plongée est un sport qui nécessite de prendre certaines précautions, particulièrement en ce qui concerne l’oreille. En effet, l’oreille est un organe fragile et nécessaire à notre vie de tous les jours. Nous ne pouvons pas risquer, au travers de notre activité de loisir, de l’abîmer. Les forts changements de pression que l'on rencontre en immersion peuvent potentiellement endommager les structures auditives. Alors que la plongée nous fait rêver et offre des expériences uniques, elle n’est pas sans dangers, et l'impact sur le conduit auditif est une considération primordiale. L'otospongiose, une maladie moins connue affectant l'oreille moyenne, ajoute une couche de complexité à ces préoccupations auditives, imposant une vigilance accrue aux plongeurs qui en sont atteints.

Les Mécanismes de la Pression Sous l'Eau et Leurs Effets sur l'Oreille

Lorsqu'un plongeur entame sa descente dans l'eau, une pression significative et rapide s’exerce sur ses tympans. La membrane tympanique est comprimée et une sensation de gêne, souvent décrite comme une oreille bouchée, voire une douleur, peut être ressentie. Pour limiter ce phénomène désagréable d’oreilles bouchées, il est impératif de comprendre et de maîtriser les techniques d'équilibrage de la pression. L'équilibre des pressions ne peut pas toujours se faire naturellement dans l’oreille moyenne lors de l’immersion, ce qui crée une dépression susceptible de provoquer la déformation du tympan. En se tendant fortement, le tympan peut se congestionner et venir congestionner à son tour la trompe d’Eustache, rendant alors difficile, voire impossible, d'équilibrer la pression dans les oreilles. Le barotraumatisme, défini comme la variation de pression trop importante à l'origine de lésions du système auditif, est un accident courant qui peut survenir. Il est à noter que les risques les plus importants se situent entre 0 et 10 mètres de profondeur, soulignant l'importance d'une vigilance constante dès les premiers mètres de descente.

Les Barotraumatismes de l'Oreille : Causes et Conséquences

Le barotraumatisme de l'oreille est un problème fréquemment rencontré en plongée. Il touche environ 30% des plongeurs lors de leur première immersion et concerne encore 10% des plongeurs expérimentés. Cette lésion survient lorsque la différence de pression entre l'oreille moyenne et le milieu extérieur n'est pas correctement compensée. Les conséquences peuvent être diverses et variées.

La perforation du tympan est une des complications les plus douloureuses d'un barotraumatisme non maîtrisé. Impossible de ne pas se rendre compte d’une perforation du tympan ; la douleur est aiguë et parfois accompagnée de saignements. Elle survient lorsque la pression devient trop forte sur le tympan, au point de le déchirer. Un autre type de barotraumatisme, le barotraumatisme de l’oreille interne, est dix fois moins fréquent que celui de l’oreille moyenne, mais ses conséquences peuvent être graves, incluant notamment une surdité brusque. En dehors des barotraumatismes directs, d'autres accidents et lésions peuvent concerner les différentes parties de l'oreille, car cet organe est particulièrement sollicité en plongée. On peut citer les accidents de décompression touchant l’oreille interne, la surdité brusque, le traumatisme acoustique, et les otites externes et moyennes aiguës. Toutes ces lésions sont largement évitables si les précautions nécessaires sont prises avant la plongée et sont souvent traitables facilement si elles sont rapidement identifiées par un professionnel de la santé.

Techniques d'Équilibrage : Maîtriser l'Art de la Compensation

Afin d'éviter les problèmes d'oreilles en plongée, il est crucial de ne pas attendre que la gêne ou la douleur arrive. Au contraire, il est recommandé de pratiquer rapidement une méthode d’équilibrage de la pression. La manœuvre de Valsalva est une technique fondamentale et essentielle pour équilibrer les oreilles. Elle consiste à pincer les deux narines entre le pouce et l’index et à souffler délicatement un peu d’air par le nez, comme si l'on voulait se moucher. On doit alors entendre un «ploc» au niveau des oreilles, signe que le tympan est à nouveau équilibré. Il est vital de réitérer ce geste régulièrement pendant la descente, dès le premier mètre, et de ne jamais laisser la douleur s'installer. Pour prévenir les troubles de l’audition liés à la plongée sous-marine, il est indispensable de suivre les recommandations de sécurité et de parfaitement maîtriser la manœuvre de Valsalva. Cependant, cette manœuvre ne doit être pratiquée qu’à la descente et non lors de la remontée, sous peine d’entraîner une perforation du tympan.

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Certains plongeurs expérimentés et professionnels soulignent que la manœuvre de Valsalva, bien que couramment enseignée, n'est pas toujours la meilleure, car elle force l’air à passer dans la trompe d’Eustache par une manœuvre non-physiologique. Il existe des méthodes plus douces pour éviter les problèmes d’oreilles en plongée. Par exemple, une technique consiste à pincer les narines tout en gardant la bouche ouverte (les dents sur le détendeur) et à placer la langue contre le palais en prononçant le son “KE”. Il s’agit d’une méthode douce pour "faire passer" ses oreilles. Le principe peut également consister à provoquer un bâillement volontaire en poussant la mâchoire vers l’avant. Une monitrice passionnée, ambassadrice DAN et photographe sous-marin, a notamment partagé son expérience, trouvant cette dernière technique la plus simple et l'utilisant régulièrement en plongée une fois les premiers mètres passés.

En plus de ces techniques, il existe deux manœuvres utilisables dans l’eau, même avec un détendeur en bouche, pour rétablir la fonction de la trompe d’Eustache : les manœuvres de Delonca et de Frenzel. La manœuvre de Delonca consiste à faire glisser la mâchoire inférieure vers l’avant. Quant à la manœuvre de Frenzel, elle consiste à pousser la langue vers l’avant contre les dents supérieures. Ces deux manœuvres agissent sur la musculature du voile du palais et facilitent l’ouverture de la trompe d’Eustache de manière plus physiologique.

Quelle que soit la technique choisie, il est essentiel de ne pas forcer ses oreilles pour tenter de suivre la vitesse des autres plongeurs. Si votre binôme ou votre moniteur descend trop vite pour vous, n’essayez pas de suivre son rythme. Il est important de garder son propre rythme et d'indiquer à la personne que l'on souhaite qu’elle ralentisse. En cas de difficultés, marquez une pause dans votre descente et remontez même légèrement. Il est crucial de se détendre, car le stress de ne pas y arriver peut crisper la mâchoire et contracter toute la zone, ce qui n’est pas idéal pour équilibrer. Si, malgré toutes ces précautions, la pression ne s’équilibre pas dans les oreilles, il faut mettre fin à la plongée. Il n'y a pas de panique à avoir, il y aura de nombreuses autres opportunités de plonger, alors que des oreilles, nous n’en avons que deux. Si les conditions le permettent, faire du snorkeling à la place ce jour-là est une alternative sage pour éviter de risquer d’avoir des problèmes d’oreilles en plongée.

Autres Troubles Auditifs Fréquents Chez les Plongeurs

Au-delà des barotraumatismes, les plongeurs peuvent rencontrer d'autres types de troubles auditifs, souvent liés à l'environnement aquatique ou à des facteurs physiologiques.

L'Oreille Bouchée Après la Plongée

Il arrive fréquemment d’avoir une sensation d’oreille bouchée ou d’eau dans les oreilles après une plongée. Les habitués des bassins de natation connaissent bien cet inconvénient. Il s'agit en réalité d’une accumulation d’eau dans le conduit auditif. Pour faire sortir cette eau, une technique simple consiste à secouer la tête en sautant sur place. Si cela ne suffit pas, on peut délicatement introduire un mouchoir en papier pour créer un effet buvard et absorber l'excès d'eau.

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Les Otites Externes : L'Oreille du Nageur

En plongée, nous évoluons souvent dans de l’eau chaude, pleine de bactéries et autres petits intrus qui peuvent venir enflammer le conduit auditif. Cette otite externe est très douloureuse et peut gâcher des vacances de plongée, surtout lors de croisières. Pour prévenir cette infection, il est parfois recommandé de mettre un peu d’huile d’amandes douces dans les oreilles avant l’immersion, pour créer une barrière protectrice.

Vertiges et Accidents de Décompression Auditifs

Les vertiges sont des symptômes qui peuvent survenir lors de la remontée, en particulier si celle-ci est trop rapide. Ce type de vertige, parfois appelé vertigo, peut être provoqué par la formation d'une bulle qui vient se coincer dans les oreilles, comme cela arrive dans d'autres accidents de décompression. Les symptômes associés peuvent inclure des nausées, des vomissements, en plus des vertiges. Tout comme pour les autres accidents de décompression, celui au niveau des oreilles peut se déclarer immédiatement après la plongée ou plusieurs heures plus tard, soulignant la nécessité d'une surveillance post-plongée.

Facteurs de Risque et Prévention Générale : Une Approche Globale

Pratiquer la plongée sous-marine en toute sécurité exige des conditions optimales et une bonne connaissance des facteurs de risque.

Contre-indications Médicales Temporaires et Permanentes

Il ne faut jamais plonger lors d’un rhume ou d’un encombrement des voies nasales. On ne le dira jamais assez, mais un rhume, une sinusite ou d'autres infections pouvant affecter les conduits de l’oreille interne sont des contre-indications formelles. Ces maladies bloquent les trompes d’Eustache et sont susceptibles d’empêcher un bon équilibrage entre la pression de l’oreille interne et la pression extérieure, ce qui décuple les risques de barotraumatisme. Il en va de même à la sortie d’un rhume ; il est conseillé de laisser quelques jours entre la fin des symptômes et la plongée afin de s’assurer que les conduits ne sont pas encore encombrés. Si vous avez habituellement les oreilles sensibles, il est recommandé de vous protéger en portant une cagoule.

L'Importance de la Consultation ORL

Si l'on n'arrive jamais à équilibrer la pression dans les oreilles malgré toutes les tentatives, il est impératif de consulter un ORL. Ce spécialiste vérifiera que tout est en ordre, notamment au niveau des trompes d’Eustache, et pourra même écarter d'autres problèmes comme un kyste ou une obstruction gênante en consultant également un dentiste.

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Tout barotraumatisme de l’oreille doit être traité en suivant l’avis d’un professionnel de la santé, qu'il s'agisse d'un médecin généraliste ou d'un spécialiste ORL. Selon les symptômes, des décongestionnants ou des antibiotiques pourront être prescrits. De plus, avant la première plongée, ou si l'on doit passer des brevets techniques ou s'engager dans des activités de compétition, une visite médicale auprès d’un ORL spécialisé est vivement conseillée. Cet examen mènera à des analyses plus pointues, comme le test de l’audition et une observation clinique de la fonction de la trompe d’Eustache, afin de rechercher les facteurs susceptibles de déclencher des lésions. Si la fonction de la trompe n’est pas optimale, un examen de la mobilité du tympan par tympanométrie est pratiqué. Cette fonction, pouvant être facilement modifiée par un simple rhume, doit être systématiquement contrôlée avant de s’immerger.

L'Otospongiose : Une Maladie Spécifique de l'Oreille Moyenne

L'otospongiose est une maladie assez peu connue, mais elle représente un enjeu particulier pour la santé auditive. Elle affecte l'oreille moyenne, entraînant une détérioration progressive de la régénération osseuse au fil du temps. Sa source se situe au niveau des os de l'oreille et est majoritairement causée par l'accumulation d'os de mauvaise qualité, ce qui crée un foyer otospongieux, une structure à tendance poreuse. L'otospongiose a pour conséquence de rétrécir la mobilité de l'étrier, l'os le plus interne des osselets, ce qui entrave la transmission du son.

Caractéristiques et Prévalence de l'Otospongiose

Cette maladie apparaît à l'âge adulte et concerne environ 3 personnes sur 1000 en France. Il est estimé que cette maladie touche principalement les femmes, en raison du rôle que les hormones peuvent jouer dans son développement. Les personnes de moins de 40 ans sont également plus concernées, contrairement à ce que l'on pourrait penser. L'otospongiose est une maladie insidieuse car elle évolue progressivement et de manière bilatérale, affectant souvent les deux oreilles, ce qui peut rendre le diagnostic assez tardif. Bien qu'elle ne touche que 3 personnes sur 1000, elle peut avoir un impact significatif sur le quotidien des personnes qui en sont atteintes.

Symptômes et Diagnostic Précis de l'Otospongiose

Les acouphènes sont les facteurs les plus importants dans l'apparition de l'otospongiose. Dans la majeure partie des cas, le patient ressent des bourdonnements plus ou moins aigus dans les oreilles. Parfois, des vertiges peuvent également se manifester, touchant environ 20% des cas.

Le diagnostic d'otospongiose est posé par un médecin ORL qui utilise un audiogramme pour évaluer le niveau de surdité du patient. Lorsque le patient consulte un spécialiste de l'audition, il est soumis à une batterie de tests, comprenant plus particulièrement trois diagnostics. L'otoscopie est un examen clinique de l'oreille externe. L'imagerie médicale, notamment un scanner de l'os du crâne, est utilisée pour visualiser les structures osseuses. Enfin, l'examen audiométrique est essentiel pour détecter le type de surdité. Une fois que l'expert de l'audition dispose de toutes ces informations, il peut établir un diagnostic précis et suggérer des solutions adaptées à la situation du patient.

Options Thérapeutiques pour l'Otospongiose

Il existe plusieurs solutions pour traiter efficacement l'otospongiose, dont le choix dépend de l'état d'évolution de la maladie et de la situation personnelle du patient.

Le professionnel de l'audition peut proposer une solution médicamenteuse, souvent composée de fluor, dans le but de stabiliser la maladie. Cependant, en pratique, l'intérêt de ce traitement est parfois remis en question par le corps médical.

Une autre possibilité est l'intervention chirurgicale. Elle est un traitement de la surdité de transmission, notamment en raison de l'ankylose de l'étrier. Lors de cette chirurgie, l'étrier est remplacé par un piston en Téflon ou en titane. La chirurgie est faite par anesthésie locale ou générale, selon la préférence du patient. Le médecin utilise un laser pour atteindre le conduit auditif avant de procéder au remplacement de l'étrier. Dans une grande partie des cas, la chirurgie est efficace, bien qu'elle puisse comporter certains risques pour les patients. Après l'opération, il est normal de ressentir une petite gêne au niveau du conduit auditif, car l'oreille a besoin de se réhabituer progressivement aux bruits environnants. Il est généralement conseillé de compter en moyenne une dizaine de jours d'éviction des lieux bruyants pour éviter de saturer les oreilles d’informations trop brusques. En outre, il est crucial d'éviter au maximum tout effort physique et tout voyage pendant le mois suivant l'opération pour favoriser une bonne récupération.

Enfin, une troisième solution consiste à appareiller le patient, comme alternative à la chirurgie. Les appareils auditifs sont d'une grande importance dans ce type de maladie, car leur puissance doit être suffisamment élevée pour s’adapter à la nature évolutive de la surdité causée par l'otospongiose.

L'otospongiose n'est pas une maladie irréversible, à condition qu'elle soit traitée correctement. Tout dépend du niveau d’avancement de la maladie et du moment où intervient le diagnostic. Sans traitement adéquat, la perte auditive consécutive à cette maladie peut devenir sévère et irréversible. Elle peut évoluer vers une surdité neurosensorielle et conductive, impactant significativement le niveau de qualité de vie de la personne qui en est atteinte. Les risques de complications graves sont rares si l'on fait appel à un professionnel de l'audition compétent.

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