Origine et Évolution du Voile Intégral : Une Perspective Historique et Socio-Culturelle

Introduction

Le voile intégral, souvent perçu comme un symbole religieux fort, suscite des débats passionnés et des controverses dans le monde entier. Bien que certains l'associent directement à l'islam, l'origine et l'évolution de cette pratique vestimentaire sont complexes et multifacettes, ancrées dans des contextes historiques, culturels et sociaux variés. Cet article se propose d'explorer les origines du voile intégral, son évolution à travers les siècles et les différentes significations qu'il revêt aujourd'hui.

Voile dans les Sociétés Anciennes

L'usage du voile ne date pas d'hier. Des civilisations anciennes, bien avant l'avènement de l'islam, pratiquaient déjà le port du voile. Dans le monde gréco-romain, chez les Celtibériens, les Mèdes, les Perses, et les peuples de l’Asie Mineure, le voile était un signe distinctif. En Grèce, il servait à distinguer les femmes mariées des célibataires et des prostituées, et était associé à la pudeur et à la modestie. À Rome, il était lié religieusement aux Vestales. Il est probable que Paul de Tarse ait en tête leur exemple lorsqu’il rédige sa Première lettre aux Corinthiens, dont les prescriptions vestimentaires servent de base aux réflexions chrétiennes.

Dans la Bible, il est mentionné que Rebecca « prit son voile et se couvrit ». De même, une loi de Téglath-Phalasar Ier, roi d'Assyrie, réglementait le port du voile, distinguant les femmes mariées, les filles d’hommes libres, les concubines et les prostituées, ces dernières n'ayant pas le droit de se voiler.

Maria Giuseppina Muzzarelli, historienne médiéviste, souligne que « quel que soit les époques les régions ou les cultures, les femmes ont constamment porté sur la tête […] un voile ». Elle explique que le voile est devenu un instrument de contrôle et la traduction vestimentaire de la soumission naturelle et obligée de la femme à l’homme et à Dieu.

Le Voile dans l'Islam : Interprétations et Contextes

Les spécialistes de l'islam s'accordent à dire que le Coran ne préconise pas explicitement de dissimuler le visage des femmes. Tous les représentants du culte musulman et spécialistes de l'islam auditionnés ont rappelé qu'aucun verset du Coran ne demandait aux femmes de dissimuler leur visage, mais juste de «ne montrer que le dehors de leur parure, de rabattre leurs voiles sur leur gorge». Les passages coraniques relatifs au port du voile ont été diversement interprétés selon les écoles juridiques, les époques et les régions.

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Certains versets coraniques encouragent les croyantes à baisser leurs regards, à garder leur chasteté et à ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît, et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. D'autres versets enjoignent aux femmes de ramener sur elles leurs grands voiles afin d'être reconnues et d'éviter d'être offensées.

La diversité des interprétations a conduit à l'émergence de différents types de voiles, tels que le hijab, le niqab, la burqa et le tchador, chacun ayant ses propres caractéristiques et significations. «Tout le corps de la femme est awra (à cacher) excepté ses mains et son visage» est invoqué par la majorité des théologiens sunnites, chiites et ibadites, pour justifier l'obligation de voilement.

Différents types de voiles portés par les musulmanes

  • Le hijab : Il s'agit d'un foulard qui cache les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant voir que l'ovale du visage. Le hidjab est appelé kichali aux Comores, Tudung (en Malaisie) et Ibadou (au Sénégal). Promu par la confrérie islamiste des Frères musulmans, il est souvent complété par une tunique ou un imperméable.
  • Le niqab : Voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux. Il s'est répandu sous l'influence de l'islam wahhabite, qui prédomine en Arabie saoudite. Généralement noir, le Niqab se compose de deux voiles. Un premier qui recouvre les cheveux et un second qui cache l’ensemble du visage à l’exception des yeux. On le retrouve souvent chez les pratiquants d’un islam rigoriste comme les salafistes pour protéger la femme du regard des étrangers.
  • La burqa : À l'origine, vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Ce long voile, bleu ou marron, couvre complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux. Cette tenue est devenue aux yeux du monde le symbole du régime des talibans en Afghanistan, de 1996 à 2001. La burqa contemporaine désigne un voile intégral qui couvre le corps et le visage. Ce vêtement de couleur généralement bleu laisse simplement transparaître les yeux derrière une grille. Il fut un temps où la burqa s’apparentait au tchadri, un vêtement traditionnel des femmes afghanes. Ce modèle intégral est assez récent. Il a été imposé dans les années 1990 par les talibans afghans fanatiques islamistes suscitant de nombreux désaccords entre les spécialistes de l’Islam. En effet, le Coran ne semble imposer aucune tenue vestimentaire, mais préconise plutôt le port d’une tenue modeste sans artifice. Aussi, ce voile ne vise pas la protection de la femme, comme dans les fondements coraniques, mais servirait plutôt à éviter la tentation et la corruption des hommes. Le port de la burqa ne dépasse que très rarement les frontières de l’Afghanistan.
  • Le tchador : En Iran, ce vêtement traditionnel est une grande pièce de tissu posée sur la tête, laissant apparaître l'ovale du visage, tenue fermée à l'aide des mains. Mot persan, souvent bleu, il couvre entièrement la tête et le corps, cependant, il ne couvre pas le bas du pantalon et est adapté pour que les femmes puissent sortir leurs bras pour faire le marché, par exemple ; les mains sont visibles ; certains types de tchadri sont même ouverts par devant, légèrement en dessous de la taille, laissant paraître robe et pantalon ; en Iran, en Inde ; il est porté en Afghanistan depuis plus de 1.000 ans.
  • Le sitar : Parfois ajouté, le sitar (« rideau », en arabe), d'un tissu plus fin, recouvre même les yeux.

Le voile intégral en France : Un phénomène complexe

En France, le port du voile intégral, notamment du niqab, est un phénomène relativement récent et minoritaire. Quelques milliers de femmes vivent entièrement dissimulées sous de longs voiles sombres. Un enfermement souvent volontaire qui n'en finit pas de dérouter. La mission a tenté de comprendre comment ce niqab, imposé en Orient, avait conquis des têtes supposées libres chez nous.

Selon une mission parlementaire, le niqab «est une véritable pathologie religieuse». Et pourtant, c'est bien au nom de l'islam que ces femmes disent la porter. Car il existe une voix minoritaire qui l'impose, celle du mouvement salafiste qui entend retrouver la splendeur de l'islam par un retour aux sources, à la vie du prophète. Ultrarigoriste, apolitique, mais sectaire, ce courant s'est développé en France ces quinze dernières années. Des femmes à la recherche d'absolu ont été séduites par cette surenchère religieuse.

Ces femmes expriment aussi leur dégoût de la société environnante. «L'environnement occidental est considéré comme littéralement impie et appelle une réaction d'autoprotection et d'autodéfense, dont le voile est un moyen. Au-delà des craintes fantasmées, cette tenue marque une réaction à des pressions sexistes réelles. L'affichage religieux permet d'échapper aux tensions, d'acquérir un statut. «En portant le niqab, d'adolescentes elles deviennent des adultes respectées notamment dans les quartiers populaires», note encore la mission. Dans ce contexte, les salafistes ont un «pouvoir d'attraction sur des populations pauvres, toutes prêtes à recevoir des prescriptions pour guider leur comportement». D'ailleurs, «dans les quartiers populaires, lorsqu'on décide de se convertir à l'islam ou de se réislamiser, on le fait bien souvent au contact du salafisme, car c'est la seule offre religieuse qui y reste et qui apparaît comme la plus légitime et la plus authentique, a détaillé Samir Amghar. L'influence croissante de cette doctrine favorise un retour à la superstition et impose des normes à l'ensemble des femmes d'un quartier». Or, assure le rapport, il suffirait d'un imam salafiste pour radicaliser une pratique localement.

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Le voile comme expression d'identité et de piété

Pour certaines femmes, le voile est un symbole de dévotion, de piété et d'identité religieuse. Elles considèrent le port du voile comme un choix personnel et une expression de leur foi. Elles affirment une «recherche de pureté dans la pratique d'un culte plus austère».

En écoutant «sur Internet des imams prêcher (?), les jeunes femmes qui s'islamisent en viennent à désirer ou à s'imposer de porter le niqab (?) comme le signe d'une appartenance à une élite, à une avant-garde religieuse appelée à guider la communauté musulmane égarée», selon Samir Amghar, chercheur à l'École des hautes études en sciences sociales.

Le hijab est le symbole de grâce, d’obéissance, de dignité et de modestie éternelles, il est bien plus que cela. Souvent au cœur des polémiques, le hijab a toujours été un sujet sensible et l’objet de toutes les attentions en raison des législations européennes interdisant son port dans les institutions éducatives et gouvernementales.

Le voile face aux enjeux sociaux et politiques

Le port du voile est souvent au cœur de débats sociaux et politiques, notamment en Occident. Les détracteurs de la tradition musulmane du port du voile font valoir que les femmes ne portent pas le voile par choix et qu’elles sont souvent contraintes de se couvrir la tête et le corps. Les défenseurs du droit des femmes à porter le voile mettent en avant la liberté religieuse et le droit à l'expression personnelle.

Dans certains pays, le port du voile intégral a été interdit dans les lieux publics, au nom de la sécurité et des valeurs républicaines. En France, la loi du 11 octobre 2010 interdit la dissimulation du visage dans l'espace public, ce qui concerne de facto le port du niqab et de la burqa.

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Le voile et la laïcité

La question du voile est étroitement liée au principe de laïcité, qui garantit la liberté de conscience et de religion, tout en assurant la neutralité de l'État et des services publics.

En France, le Conseil d’État a rappelé que, si le port par les élèves de signes par lesquels ils manifestent leur appartenance à une religion n’est pas incompatible avec le principe de la laïcité, cette liberté ne permet pas aux élèves d’arborer des insignes d’appartenance religieuse qui constitueraient un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande.

Évolution du voile à travers l'histoire

Le voile a connu des évolutions significatives à travers l'histoire, influencées par des facteurs religieux, sociaux, politiques et culturels.

En 1516, l'empereur ottoman, Selim Ier, impose le port du voile aux femmes de Syrie : noir et blanc pour les musulmanes, jaune pour les juives et rouge pour les chrétiennes.

Au début du XXe siècle, des mouvements féministes ont milité pour l'abolition du voile, considéré comme un symbole d'oppression et d'inégalité. En 1923, au Caire, Huda Sharawi, présidente de l'Union féministe, et ses amies, qui reviennent du Congrès féministe mondial tenu en Italie, retirent leur voile et sont acclamées par le peuple.

Dans les années 1970 et 1980, on assiste à une résurgence du port du voile dans certains pays musulmans, souvent associé à des mouvements islamistes et à une volonté de retour aux valeurs traditionnelles.

Interdictions et restrictions du port du voile à travers le monde

Au fil du temps, différents pays ont adopté des législations concernant le port du voile, allant de l'interdiction totale à des restrictions partielles.

  • En 1934, le droit de vote est accordé aux femmes mais le port du voile est prohibé dans les administrations et les écoles publiques ; il est déconseillé fortement dans tous les lieux publics.
  • Par décret royal du 21 mars 1935, Reza, Shah d’Iran, interdit le port du voile en public.
  • En Tunisie, le 10 janvier 1957, Habib Bourguiba interdit le port du hijab dans les écoles.
  • En Syrie, le 18 juillet 2010, le ministre de l'Education supérieure publie le décret interdisant aux étudiantes des universités de porter la burqa ou le niqab.
  • Le 17 juin 2015, le Premier ministre du Tchad, Kalzeube Pahimi Deubet, annonce que "le port de la burqa, ou tout autre système de port de turban où on ne voit que les yeux (…) est désormais interdit dans les lieux publics par mesure de sécurité, afin d'éviter la dissimulation d'explosifs".
  • Le 9 janvier 2017, les autorités marocaines ont interdit lundi la commercialisation et la confection de la burqa dans tout le pays.

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