Les épaves fascinent toujours les plongeurs, des plus aguerris aux débutants. On s’imagine souvent qu’elles reposent dans les profondeurs et qu’elles ne sont accessibles qu’aux experts. Ce n’est pas du tout le cas ! Si certains bateaux resteront inexplorés, d’autres ont coulé tout près des côtes et sont parfaitement accessibles aux plongeurs débutants ou de niveau 1. Certaines carcasses se trouvent en effet à des profondeurs tout à fait accessibles aux plongeurs et constituent de remarquables sites sous-marins à explorer. Chaque année, aux quatre coins du monde, des épaves refont surface pour raconter leur histoire vieille de plusieurs décennies voire siècles. Certaines sont recherchées depuis longtemps, d’autres complètement oubliées. Mais toutes rappellent que les océans regorgent aussi de trésors historiques qui offrent de précieuses fenêtres sur notre passé.
L'environnement et les risques liés aux épaves
Les épaves sont très souvent situées dans des zones à fort courant ou exposées au vent avec parfois des roches à proximité. Ces particularités environnementales peuvent expliquer leur naufrage ou des facteurs qui l’ont favorisé. Il est donc nécessaire de bien s’informer des particularités de la zone de plongée : courant, houle, vagues, visibilité. Par exemple, pour plonger sur l’épave du paquebot français « Antilles » située à proximité de l’île Moustique dans l’archipel des Grenadines et à une profondeur entre 10 et 15 mètres, il est impératif de choisir l’heure de plongée en fonction de la marée car le courant peut y être très violent.
Plonger sur une épave amène très souvent à réaliser une plongée avec un profil dit « carré » c’est à dire que vous descendez assez verticalement sur l’épave pour y rester une durée plus ou moins importante en fonction de votre autonomie en air pour ensuite remonter à nouveau verticalement. Le profil n’est donc pas celui d’une remontée lente qui permet de dé-saturer lentement en azote. Le stock d’air est primordial lorsque l’accès vertical n’est pas à tout moment possible.
Une épave a par définition subi les épreuves du temps. Cela peut en affaiblir les structures. Attention donc à tout effondrement qui pourrait survenir après le passage d’un plongeur, d’un coup de palmes ou de bloc, voire simplement d’une accumulation de bulles d’air. Se retrouver coincé sous un morceau de tôle n’a rien d’amusant. On y trouve des objets qui peuvent être coupants ou pointus, qu’il s’agisse de tôles rouillées et tranchantes, d’échardes de bois acérées ou de concrétions calcaires abrasives. Chaque mouvement constitue un danger potentiel et doit être fait avec circonspection afin de toucher le moins de choses possibles. Une paire de gants épais est un outil fort utile pour l’explorateur qui ne sait pas « toucher avec les yeux ». Etre vacciné contre le tétanos s’avère également une sage précaution.
La pénétration d'épave : une pratique spécialisée
L’intérieur d’une épave est par dessus tout le royaume du mystère et le véritable coeur d’une épave. Rien d’étonnant donc à ce que la moindre ouverture attire immanquablement les plongeurs en manque d’aventure. Mais entrer dans une épave requiert une certaine expérience et des techniques particulières qui s’apparentent à celles de la spéléo. A l’intérieur d’une épave, on peut se perdre, en particulier à l’intérieur d’un grand navire dont certaines issues peuvent être obstruées. On se trouve dans un contexte de plongée sous plafond, sans pouvoir remonter directement en surface en cas de problème ou de panne d’air.
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Le dévidoir sert à retrouver son chemin. La pose d’un fil d’Ariane évite de se perdre dans les dédales d’une épave, fût-elle petite, en cas de soulèvement de la vase et baisse de la visibilité. Mais la technique du dévidoir est de celles qui ne s’improvisent pas. Le fil ne doit pas rompre, être coupé par une surface tranchante, tout en étant suffisamment tendu pour ne pas s’emmêler. On ne doit pas se déhaler dessus mais garder malgré tout un contact léger avec. La lumière, outre qu’elle rassure, permet aussi de localiser les objets tranchants et de retrouver son chemin. Encore faut-il que l’autonomie soit suffisante pour toute la durée de l’exploration. Il faut impérativement s’arrêter si l’on s’aperçoit que les bulles font tomber des sédiments accumulés en haut et que la visibilité diminue sérieusement. La règle est de garder une bonne flottabilité à tout moment et de palmer bien horizontalement, avec éventuellement les palmes légèrement plus hautes que la tête. La configuration du scaphandre doit réduire au maximum les risques d’accrochage des tuyaux ou de perte d’air suite à un choc sur un détendeur.
Réglementation et préservation du patrimoine
Les épaves sont soumises à une réglementation qui interdit d’en remonter tout objet de valeur historique. On le sait pour les amphores et d’autres objets antiques du même registre, mais c’est également vrai pour d’autres objets qui semblent à première vue plus récents. Pour le DRASSM, toute épave présentant un caractère artistique, historique ou archéologique entre de plein droit dans les biens culturels maritimes et est par conséquent protégée. C’est généralement le cas de tout navire, en bois et à voile, et pour tout engin datant de l’apparition des navires métalliques et de la propulsion à vapeur. Pour les épaves métalliques, généralement plus récentes, les choses sont plus confuses. Celles coulées pendant la guerre appartiennent au pays dont elles battaient pavillon et peuvent être considérées comme cimetière ou épave historique. Pour les navires civils, le propriétaire privé est le plus souvent une compagnie d’assurance. Cela relève alors du cadre de la propriété privée, ce qui empêche tout prélèvement sans autorisation. On ne peut donc pas impunément remonter n’importe quoi d’une épave. D’abord parce que cela diminue l’intérêt de l’épave pour les plongeurs qui l’exploreront ensuite.
Les épaves accessibles aux débutants en Méditerranée
Pour vous aider à réaliser vos rêves de plongées sur épaves, on a fait un petit recensement de celles qui sont facilement accessibles en France.
Le Cimentier à Porquerolles
On ne sait toujours pas pourquoi le Cimentier a coulé au large de Porquerolles lors de la seconde guerre mondiale et cela rend sa présence un peu plus mystérieuse encore. Son épave repose désormais près de la Jaume Garde, à une profondeur comprise entre 3 et 15 mètres ce qui le rend accessible aux niveaux 1. Son épave en béton se dessine dans de très bonnes conditions avec une visibilité dégagée et peu de houle. Il est également possible de visiter sa cale éventrée, où l’on peut observer une faune typique de girelles et de castagnoles qui y ont élu domicile à l’année.
Le Spahis au Lavandou
L’histoire du Spahis est celle d’un naufrage digne d'un scénario de film. Pris dans un orage en 1887, il entre en collision avec les bas-fonds de l’île de la Fourmigue. Pendant que l’avant s’enfonce, la poupe se redresse. Un Titanic version miniature qui causera la mort d’une vingtaine de passagers pendant que les autres arriveront à rejoindre l’île à la nage. Ils seront secourus seulement le lendemain par les pêcheurs du Lavandou. Le Spahis est désormais posé entre 12 et 25 mètres de fond et il est possible d’en visiter l’intérieur car le bois du pont a disparu. Si l’épave est abîmée, la proue est encore assez bien conservée.
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Le Chaouen au Frioul
Certains se rappellent peut-être du naufrage du Chaouen puisqu’il a coulé en 1970, fonçant à pleine vitesse sur un haut-fond à l’ouest de l’île du Planier au large de Marseille. Ce cargo de 90 mètres de long transportait des oranges et agrumes qui se sont déversés dans l’eau, créant une 'mer d’oranges'. Un événement dont les locaux se souviennent bien, d’autant plus que le bateau est resté visible pendant une quinzaine d’années avant de rejoindre le fond marin. Aujourd’hui, il reste accessible aux débutants puisque la plongée commence à 6 mètres le long du pont. La poupe et l’hélice, quant à elles, sont réservées au niveau 3 car située à 35 mètres de profondeur.
Le Ramon Membru à Cavalaire
On ne sait pas trop comment le Ramon Membru a coulé en 1921. Certains disent qu’il s’agit d’une explosion, d’autres pensent qu’il s’agit d’une simple avarie. Le bateau a emporté avec lui ce secret ! Seuls les plongeurs de niveau 1 ou plus peuvent accéder à l’épave qui repose entre 17 et 22 mètres de fond. Assez abîmé, le flanc babord est encore visible mais il faut être spécialiste pour reconnaître l’étrave ou encore la salle des machines.
Les épaves accessibles aux débutants en Bretagne
Le Dellec dans la baie de Brest
Réquisitionné par les allemands lors de la seconde guerre mondiale, le Dellec était une barge armée de quatre lance-torpilles montés sur une tourelle pivotante. Elle a été coulée en 1944 par la Royal Air Force. Ces quatre lance-torpilles sont très bien conservés et constituent la pièce maîtresse de la visite ! La plongée est facile et accessible aux débutants puisque l’épave se situe dans le goulet de Brest, à 15 mètres de profondeur, sur un fond de sable assez lumineux. Vous y croiserez des congres, des crevettes et quelques gorgones.
Le Neven à Brest
Toujours dans la rade de Brest, le Neven est une barge en fer qui repose à une profondeur de 15 mètres. Son épave est très poissonneuse mais il est déconseillé de pénétrer à l’intérieur. En effet, elle est exposée à de forts courants, surtout à marée haute, et est en phase de dislocation. Construite en métal, la structure est en train de s’effondrer et des bouts d’acier acéré attendent les plongeurs peu prudents !
Le Pen Hir à Brest
Pris dans une forte tempête, le Pen Hir a certainement heurté un récif qui a provoqué son naufrage en 1933. Le cargo a coulé sur un fond de sable à 20 mètres de profondeur, ce qui le rend accessible au niveau 1. La machine et les deux chaudières sont encore bien visibles. Pour le reste, les débris sont éparpillés sur une cinquantaine de mètres, certainement parce que l’épave a été démantelée à l’explosif après la seconde guerre mondiale.
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Le Cyrano ou M-4021 près de l’île de Groix
Ce remorqueur qui date de 1926 a fini sa course par 18 mètres de fond, touché par une mine en 1944 qui n’a, heureusement, pas fait de victimes. Entièrement posée sur la quille, bien droite, c’est une très belle épave. Sur un fond de sable clair, la plongée est très agréable et permet de découvrir le gouvernail, la chaudière ou encore l’hélice ainsi que des homards, des bancs de tacots ou encore des araignées de mer.
Les épaves accessibles aux débutants en Corse
Le Mario à Ajaccio
Une épave récente puisque ce petit remorqueur de 18 mètres a coulé en 1993 pour des raisons qui restent inconnues. C’est une jolie épave, posée sur sa quille et habitée par des girelles et des castagnoles. Elle repose à 9 mètres de profondeur, à seulement une centaine de mètres de la plage de Sainte Barbe près d’Ajaccio ce qui la rend accessible à tous.
Le Niagara près de Ghisonaccia
Le Niagara, c’est une histoire de contrebande qui finit mal puisque ce cargo de 115 mètres a été pris en chasse par la marine italienne en 1983 pour trafic de cigarettes. Le bateau a fini sa course à 250 mètres de la côte, échoué sur le flanc. Aujourd’hui, une partie de sa structure dépasse encore de l’eau. Cette caractéristique ainsi que les eaux claires qui l’entourent rendent le site très accessible aux plongeurs de tout niveau et même à ceux qui pratique le PMT.
Le P47 Thunderbolt à Casinca
Une autre épave très facilement accessible à tous depuis la plage de Casinca puisqu’elle repose à 16 mètres de profondeur depuis 1944. Sa particularité, c’est qu’il ne s’agit pas d’un bateau mais d’un avion ! Le P47 Thunderbolt revenait d’une mission de bombardement sur l’Italie lorsqu’il a été touché par l’aviation allemande avant de finir sa course dans l’eau. Aujourd’hui, la carcasse et les ailes de l’épave sont toujours visibles et abritent un banc de corbs ainsi que quelques murènes.
Le B17 du Ricanto ou 'Cotton Eyed Joe II' à Ajaccio
Un deuxième avion est situé à quelques mètres du bord et à 9 mètres de profondeur. Il est souvent visible depuis la surface dans l’eau claire du matin. Il s’agit du Cotton Eyed Joe II, un bombardier qui revenait d’une mission en Italie quand il a été touché. Avec un seul moteur fonctionnel, il a voulu atterrir sur la plage de Campu de l’Oru mais le décollage de deux autres appareils a forcé son amerrissage, heureusement sans faire de victimes supplémentaires.
Panorama international des épaves mythiques
Le SS Yongala est un paquebot qui a coulé le 23 mars 1911 au large des côtes de Cape Bowling Green, dans le Queensland, en Australie. L'épave du SS Yongala qui mesurait 109 mètres de long a été retrouvée en 1958 à environ 33 mètres de profondeur. C'est l'une des épaves les plus grandes et les mieux préservées d'Australie. Les plongeurs ne sont pas autorisés à pénétrer à l’intérieur mais ils peuvent explorer les environs où la faune marine est abondante.
L’USS Susan B Anthony est un paquebot américain qui a coulé le 7 juin 1944 en Normandie. Le navire a sombré après avoir rencontré une mine allemande. L'épave longue de 150 mètres repose à environ 20 mètres sous la surface. Le site est aujourd'hui fréquemment visité par les plongeurs qui peuvent observer les différentes parties bien conservées.
Le SS President Coolidge est un paquebot de luxe américain qui a coulé le 26 octobre 1942 au Vanuatu. C'est lors d'une mission à proximité de l'île d'Espiritu Santo qu'il a rencontré deux mines. La carcasse se trouve à une vingtaine de mètres sous la surface et est facilement accessible mais uniquement durant des plongées accompagnées de guides professionnels.
Le SS Thistlegorm constitue l'un des sites de plongée les plus populaires au monde. Ce cargo de la marine marchande britannique qui a sombré le 6 octobre 1941 a été bombardé par des avions allemands en mer Rouge. L'épave, située à proximité de Charm el-Cheikh, repose à environ 30 m de profondeur. Elle est très appréciée pour les trésors qu'elle recèle, dont des camions, des motos et des armes.
Scapa Flow en Écosse est un site où des dizaines d'épaves ravissent régulièrement les plongeurs. Après l’Armistice de 1918, plus de 70 navires de la marine impériale allemande ont été sabordés par leurs propres équipages. Sept d'entre eux reposent encore sur les fonds marins.
L'USAT Liberty est un cargo de l'armée américaine qui a coulé le 11 janvier 1942 à Bali. Le point le plus haut se situant à cinq mètres seulement, les vestiges sont très accessibles. De nombreux éléments dont des armes et du matériel sont encore visibles.
Le Truk Lagoon situé en Micronésie est considéré comme l'un des plus importants cimetières sous-marins au monde. Durant la Seconde Guerre mondiale, le site a été la cible d'une importante opération de la marine américaine en février 1944, entraînant la perte de plus de 50 navires japonais et au moins 250 avions. Le site est désormais devenu un lieu très fréquenté où de nombreuses épaves sont encore en bon état.
L'épopée des épaves de Coron aux Philippines
Coron abrite quelques-unes des meilleures plongées sur épave au monde. Sous ses eaux calmes et turquoises reposent les fantômes d'une flotte de ravitaillement japonaise coulée pendant la Seconde Guerre mondiale, aujourd'hui transformés en récifs artificiels. Le matin du 24 septembre 1944, des avions de la marine américaine ont frappé une flotte de ravitaillement japonaise ancrée dans la baie de Coron, coulant plus d'une douzaine de navires.
Les épaves emblématiques de Coron
- Irako : Un navire frigorifique japonais, remarquablement intact, reposant entre 34 et 43 mètres. Il offre un labyrinthe de passages et de cales à marchandises.
- Okikawa Maru : Avec ses 160 mètres de long, c'est la plus grande épave de Coron, située entre 10 et 26 mètres de profondeur.
- Akitsushima : Un hydravion japonais, seul vrai navire de guerre de la baie. Reposant entre 22 et 36 mètres, cette épave est mieux adaptée aux plongeurs expérimentés.
- Kogyo Maru : Cargo de 130 mètres situé entre 22 et 34 mètres. Des sacs de ciment et un bulldozer remplissent encore la cale, offrant un aperçu surréaliste de l'histoire.
- Olympia Maru : Navire de ravitaillement entre 22 et 30 mètres, emblématique pour ses cales largement ouvertes.
- Morazan Maru : Repose sur le flanc entre 12 et 26 mètres. C'est une épave parfaite pour les plongeurs qui veulent prendre confiance.
- Canonnière de Lusong : Idéale pour les débutants ou les snorkelers, cette épave se trouve dans 5 à 15 mètres d'eau.
La plupart des épaves célèbres se trouvent à plus de 18 mètres de profondeur. Si vous souhaitez vous aventurer à l'intérieur, renseignez-vous sur les certifications spécialisées. Le meilleur moment pour aller plonger à Coron est la saison sèche, d'octobre à mai, lorsque la mer est la plus calme. Les températures de l'eau sont chaudes toute l'année, avec une moyenne de 27-30°C.