Depuis le début des années 80, des tentatives de plongées profondes au Trimix ont marqué l'histoire, avec des succès et des échecs. Cependant, un certain silence a suivi ces exploits. Qu'est-il arrivé ces dernières années ? Pourquoi, depuis l'exploit de Pascal Barnabé en 2005, non reconnu par le Guinness Book, aucun autre plongeur n'a tenté de briser ce record ? Qui, dans le monde restreint de la plongée extrême, allait oser défier ces limites ? Pourquoi cette profondeur de 330 mètres semblait-elle si inaccessible ? Les records établis par Nuno Gomes et Pascal Barnabé resteraient-ils inatteignables ? Cet article explore les complexités et les défis liés à la plongée à des profondeurs extrêmes, en mettant en lumière les facteurs clés qui permettent ou empêchent de tels exploits.
Les défis de la plongée profonde
La plongée à des profondeurs extrêmes est une entreprise complexe qui nécessite une planification méticuleuse et une maîtrise de nombreux facteurs. Parmi ces facteurs, on peut citer :
- Les calculs de gaz : La composition du mélange respiratoire doit être soigneusement calculée pour éviter la toxicité de l'oxygène et la narcose à l'azote.
- La physiologie : Le corps humain est soumis à des pressions énormes en profondeur, et il est essentiel de comprendre et de gérer les effets de ces pressions sur l'organisme.
- La température : L'eau froide peut entraîner une hypothermie, il est donc important de se protéger adéquatement.
- Le matériel et les équipements : Le matériel doit être fiable et adapté aux conditions extrêmes de la plongée profonde.
- La météo : Les conditions météorologiques peuvent avoir un impact important sur la sécurité de la plongée.
- Les équipes de soutien : Une équipe de soutien compétente est essentielle pour assurer la sécurité du plongeur.
- Les paramètres de décompression : La décompression doit être effectuée lentement et en respectant les paliers nécessaires pour éviter les accidents de décompression.
- La formation physique et mentale : Le plongeur doit être en excellente condition physique et mentale pour affronter les défis de la plongée profonde.
- Le financement et le parrainage : La plongée profonde est une activité coûteuse, il est donc important de trouver des sources de financement et de parrainage.
- La couverture médiatique : La couverture médiatique peut contribuer à sensibiliser le public aux défis et aux risques de la plongée profonde.
- Les nerfs d'acier : Le plongeur doit avoir des nerfs d'acier pour affronter les dangers et les imprévus de la plongée profonde.
Ahmed Gabr : un nouveau record du monde
La communauté internationale de la plongée sous-marine a vu émerger de grands noms tels que Sheck Exley, Jim Bowden, John Bennett et Nuno Gomes. Cependant, peu de gens avaient entendu parler d'Ahmed Gabr jusqu'à sa tentative de record du monde de plongée trimix.
Ce record a été rendu possible grâce à une équipe importante, avec le soutien clé de H20 Divers à Dahab, ainsi qu'une équipe internationale de plus de 30 personnes dirigée par Sam Helmy et Jaimie Browne. La durée totale de la plongée de Gabr a été de 13 heures et 50 minutes, avec une descente de seulement 14 minutes. Le plongeur de sécurité le plus profond, Jim Browne, était posté à 110 mètres pour assurer la sécurité de Gabr lors de sa remontée.
Comme pour d'autres projets, les dernières plongées profondes d'entraînement d'Ahmed étaient situées aux environs de 200 mètres, atteignant même 220 mètres quelques semaines avant le grand jour. Lors de l'entraînement de Gabr, la plupart des 20 plongées profondes d'entraînement au trimix étaient situées aux environs de 140 mètres. Quelques plongées à l'air profondes ont également été mises en œuvre pour tester la tolérance narcotique, sachant que des plongées équivalentes à l'air ont également été tentées mais de manière plus poussées, au cours des plans d'entraînement des personnes ayant tenté leurs records plongées dans les années précédentes.
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Le Trimix a bien sûr pour objectif de réduire les effets de la toxicité de l'oxygène et de narcose, en réduisant la teneur en oxygène et en azote du mélange. Pour une plongée à 300 mètres, cependant, le pourcentage d'oxygène doit être inférieur à 4 % et le taux d'azote inférieur à 14 %. Tout l'enjeu d'un record consiste bien évidemment à réduire les effets de ce Syndrome Nerveux des Hautes Pressions (SNHP). L'autre solution consisterait à diminuer la quantité d'hélium (He) dans le mélange respiré, mais cela peut conduire à une plus grande narcose en profondeur. Les symptômes du SNHP diffèrent d'une personne à l'autre, mais les effets de ce syndrome ne sont pas encore totalement compris, les impacts produits sur l'organisme étant en grande partie situés au niveau du système neurologique et nerveux.
Modifier un paramètre d'une plongée extrême, c'est changer indéniablement le plan de plongée au complet, et la chose n'est pas simple ! Un peu comme essayer de conduire une Ferrari à 250 km/h sans avoir de notions de conduite ! La profondeur cible était de 350 mètres, mais les effets du SNHP commençant à s'intensifier bien avant, Gabr a pris la décision de revenir en arrière après avoir atteint 335 mètres.
Secret et planification des plongées extrêmes
Peu de plongeurs ont souhaité publier leur planification de décompression pour ces plongées extrêmes. Les plans de plongées des deux derniers records sont restés secrets. Mais qui pourrait blâmer une telle attitude ? Un peu comme si on demandait à Coca-Cola de dévoiler la formule de sa célèbre boisson.
"De nombreux mois de planification méticuleuse ont été investis dans ce programme de plongée et une grande partie de ce programme a été personnellement adaptée pour la physiologie d'Ahmed", rappelle Helmy. "Nous avons également tenu compte dans nos calculs des problèmes d'évitement de contre-diffusion isobarique. Il n'y avait pas de switch-gaz en dessous de 200 mètres, et nous avons utilisé différents programmes pour calculer notre plan final de plongée."
L'éclairage a également été un problème lors des records précédents, mais les Tektite Trek 4s, testées à 610 mètres, ont tenu bon. Ahmed portait une combinaison étanche Bare et une Wing OMS à double vessie. Les détendeurs utilisés étaient des Apeks Tech 3.
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La plongée record a donc été menée avec des ordinateurs et un bout marqué. « Notre corde a été envoyée à l'Université du Caire afin d’être testée au niveau de sa résistance, de son retrait et de son élasticité dans l'eau et sur la terre », a déclaré Helmy. "L'agence de mesure et de qualité égyptienne a ensuite utilisé ce rapport de mesure pour marquer tous les points pertinents sur cette ligne. L'arbitre officiel Guinness World Records, Talal Omar, a par la suite réévalué cette ligne de manière indépendante. L'un des ordinateurs d'Ahmed a touché le fond à 330 mètres, mais lui-même est allé au-delà de cette profondeur pour récupérer la plaquette située à 335 mètres."
Une des raisons pour laquelle Ahmed était en si grande forme en sortant de l'eau (il est sorti de l’eau en souriant et en saluant tout le monde !) a été le changement de configuration lors de sa plongée, puisqu’il est passé d’une configuration en BI-20l à une configuration plus légère type Side Mount seulement 5 heures après avoir débuté son record. Cette option l’a beaucoup soulagé pour les 8 heures restantes qu’il a passé sous l’eau. Au niveau de la sécurité, l’équipe comprenait deux médecins à bord, y compris un spécialiste de médecine hyperbarique, une ambulance et la chambre de décompression qui était restée en alerte tout au long du record.
Ahmed Gabr a 41 ans et a commencé la plongée technique en 1997. Une grande partie de son intérêt pour cette discipline est venue du Dr Ahmed Kamal, un plongeur profond ayant à son actif des plongées à 200 mètres, également directeur de TDI Moyen-Orient.
Controverses et questions
Malgré le succès apparent de la plongée d'Ahmed Gabr, certaines questions et controverses ont émergé. Certains experts ont soulevé des doutes quant à la validité du record, en soulignant des incohérences potentielles dans les données et les procédures.
Par exemple, des questions ont été posées concernant :
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- La précision des mesures de profondeur, en tenant compte des différences entre l'eau de mer et l'eau douce.
- L'inclinaison de la corde et son impact sur la profondeur réelle atteinte.
- Les tags qui ont été "gaffés", soulevant des questions sur leur utilité et leur potentiel dissimulation de signatures.
- Les 8 minutes d'avance sur son programme à la remontée.
Ces questions soulignent l'importance de la transparence et de la rigueur scientifique dans la validation des records de plongée. Il serait intéressant que Gabr fournisse tous les détails de sa plongée pour dissiper les doutes et assurer la crédibilité de son exploit.
Xavier Méniscus : l'exploration souterraine
Xavier Méniscus a plongé là où personne n’a jamais osé s’aventurer. Ce quinquagénaire a battu le record du monde de plongée souterraine, en descendant le 30 décembre à 286 mètres de profondeur, dans le périlleux gouffre de Font Estramar, à Salses-le-Château, dans les Pyrénées-Orientales. Il a ainsi explosé le dernier record de 283 mètres, atteints par le plongeur Nuno Gomes, dans une cavité sud-africaine.
« Depuis des années, nous explorons cette cavité de Font Estramar, raconte à 20 Minutes Xavier Méniscus. En 2013, nous avons fait une première exploration, jusqu’à 248 mètres, ça descendait toujours. En 2015, on a atteint le bas du puits, à 262 mètres. Nous y sommes revenus en juin 2019, je suis arrivé dans une salle, mais je n’ai pas pu trouver la suite. Mais en examinant les images, nous avons remarqué une zone d’ombre, qui permettait de penser que la galerie pouvait peut-être continuer à descendre… »
La curiosité était bien trop forte, pour ce plongeur de l’extrême : le 30 décembre dernier, en 22 minutes, Xavier Méniscus a atteint la profondeur qu’il convoitait depuis des mois. Un record qui a, aussi, permis de faire avancer la science. « Le but, c’est d’apporter de nouvelles connaissances, d’explorer les réseaux souterrains, afin d’en connaître le cheminement, d’en savoir plus sur ces ressources en eau », confie Xavier Méniscus.
Son défi relevé, avant de sabrer le champagne, ce scaphandrier professionnel a dû cependant respecter les paliers de décompression : le plongeur a ainsi mis 10h30 pour remonter à la surface. « Un plongeur, ce n’est pas comme un coureur, explique Xavier Méniscus. Le coureur, il sait qu’il a gagné quand il franchit la ligne. La ligne, je savais que je l’avais franchie. Mais ensuite, il faut respecter les paliers de décompression. Ma joie, je l’ai extériorisée dans la cavité, mais c’était une joie contenue. Je me suis dit "On savourera quand on sera sorti". Il y a tout de même des risques d’accidents. »
Plusieurs explorateurs ont en effet laissé leur vie dans la résurgence de Font Estramar, devenue un véritable fantasme pour les spéléologues. Le dernier, le 9 juillet 2018, est mort en recherchant dans la cavité un plongeur, disparu quelques jours plus tôt.
Méniscus précise : « Absolument pas, c’est 32 ans de plongée professionnelle, j’ai les qualifications pour travailler ces profondeurs-là. Palier par palier, on a progressé. Et c’est aussi du matériel performant, qui a été testé, c’est une préparation physique, psychologique, physiologique, pour évoluer de plus en plus à l’intérieur d’une cavité. »