Le monde de la course au large est un théâtre où la technologie repousse sans cesse les limites de l'impossible. Au cœur de cette quête de vitesse, François Gabart s'est imposé comme une figure emblématique. Depuis ses débuts météoriques jusqu'à la conception de machines futuristes, le skipper français a su conjuguer talent brut et rigueur technique. Ce parcours, jalonné de records impressionnants, s'articule autour de navires exceptionnels dont la genèse et l'évolution illustrent la quête permanente de l'optimisation maritime.
La trajectoire d'un surdoué de la voile
Le parcours de François Gabart est celui d'un marin qui a très tôt démontré une capacité hors norme à comprendre et dompter les forces de la nature. Après avoir fait ses armes sur le circuit Figaro en 2008, il remporte à l’âge de 29 ans le Vendée Globe 2012-2013, devenant le plus jeune vainqueur de cette épreuve légendaire. Dès sa première participation à la course en 2012-2013, il est le plus jeune à remporter le Vendée Globe. "Il progressait très vite", se remémore son premier entraîneur.
Cette précocité a été le socle d'une série de victoires éclatantes. Il confirme son talent sur la Route du Rhum l’année suivante en 2014, avant de s'imposer en 2015 lors de la Transat Jacques-Vabre en double, puis en 2016 sur la Transat anglaise et en juillet dernier lors de The Bridge. Cette accumulation de succès n'est pas le fruit du hasard, mais celui d'une préparation méthodique et d'une passion dévorante. En 2017, il pulvérise le record du monde en solitaire (Trophée Saint Exupéry) en 42 jours, 16 heures, 40 minutes et 35 secondes. En coupant la ligne dans la nuit de samedi à dimanche, François Gabart a pulvérisé de 6 jours et 10 heures le précédent record du tour du monde en solitaire, établi par Thomas Coville l'an dernier. Après avoir coupé la ligne d'arrivée virtuelle au large d'Ouessant, le "petit Mozart de la voile" est arrivé au port de Brest en fin de matinée.
L'héritage technique des trimarans géants
Pour comprendre l'aboutissement du projet actuel, il est nécessaire de se pencher sur l'histoire des grands multicoques. Anciennement connu sous les noms Groupama 3 puis Banque Populaire VII, le bateau est aujourd’hui appelé le maxi-trimaran IDEC SPORT. Il possède un palmarès exceptionnel : détenteur du Trophée Jules Verne en 2010, 2012 et 2017, le bateau a également remporté les trois dernières éditions de la Route du Rhum, parmi de nombreuses autres performances. Douze ans après sa mise à l’eau, ce multicoque polyvalent continue de démontrer sa fiabilité et ses performances, alliées à l’expertise de Francis Joyon.
C’est en décembre 2004 que Groupama annonce la construction d’un trimaran géant destiné à battre les plus grands records océaniques avec pour objectif ultime le mythique Trophée Jules Verne. À une époque où la course à l’armement maritime bat son plein, Groupama décide de concevoir un bateau de taille raisonnable, le « plus petit » trimaran capable de rivaliser avec Orange II. Franck Cammas et son équipe optent pour une longueur de 31,50 mètres (105 pieds), conçu par les architectes Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot-Prévost du cabinet VPLP. La construction débute en 2005 au chantier Multiplast à Vannes. Après près de 130 000 heures de travail, le bateau est mis à l’eau le 7 juin 2006.
Lire aussi: Découvrez l'histoire musicale des Aqua Velvets
Groupama 3 innove par son concept, plus proche des trimarans Orma de 60 pieds que des géants précédents, plus lourds et conçus pour affronter le Grand Sud. Si Orange II (36,80 mètres) excelle dans les mers formées mais peine dans les vents légers, Groupama 3 se révèle beaucoup plus polyvalent, performant aussi bien dans le gros temps que par conditions modérées. Franck Cammas souligne alors : « Nous avons décidé de concevoir un trimaran de puissance moyenne. Groupama 3 est léger mais suffisamment long pour assurer la sécurité dans les mers du Sud. Sa puissance provient de sa largeur, tandis que sa légèreté résulte de l’optimisation de la structure, de la rationalisation de l’équipement et de la qualité de construction. »
La naissance de SVR-LAZARTIGUE : un défi technologique
À partir de 2015, François Gabart change de dimension et se consacre à la classe Ultim, des trimarans géants de 32 mètres. Il décroche alors de nombreuses victoires à la barre du Trimaran MACIF. Cependant, 2020 marque un tournant pour le skipper. Le groupe Macif met fin au programme Ultim mais le sponsor maintient la construction d’un nouveau bateau. Le futur bateau était donc à vendre (entre 10 à 12 millions d'euros selon les estimations). L’assemblage de ce trimaran géant est réalisé à Concarneau, par MerConcept, entreprise fondée par François Gabart en 2006.
Pesant 15 tonnes, le trimaran a nécessité deux ans et demi de conception et de construction, 150.000 heures de travail. La construction de ce maxi-multicoque de la classe Ultim, soit 32m de long pour 23m de large avec un mât culminant à 35m et équipés de foils (appendices latéraux permettant au voilier de s'élever au-dessus de la surface de l'eau), a été initiée en mars 2018. Pour ce nouveau bateau couleur bleu capri, les efforts ont porté sur l'amélioration de l'aérodynamisme, la forme des appendices, a expliqué François Gabart, soulignant aussi "des choix différents en termes d'ergonomie". Le cockpit est ainsi intégré à la coque centrale.
Le groupe français Kresk, présidé par Didier Tabary et propriétaire des marques de cosmétiques SVR, Lazartigue et Fillmed, annonce l’acquisition du nouvel Ultim. Ce multicoque aux lignes épurées et au design futuriste est capable de naviguer en vol haute vitesse autour de la planète. Il portera les couleurs des trois marques du groupe et sera baptisé SVR-LAZARTIGUE. "Ça s'est passé très rapidement. Les premiers échanges avec les équipes du partenaire ont eu lieu fin mars 2021. J'ai rencontré Didier Tabary, l'homme qui détient les marques SVR, Lazatigue et Fillmed et principal décideur pour lancer un projet comme celui-ci, avec l'adhésion de ses équipes, il y a tout juste 6 semaines. C'est un entrepreneur passionné par les sujets mer, océan et voile. Lui-même navigue beaucoup et suit la course depuis de nombreuses années", confie le skipper.
Lire aussi: Paradis du surf au Nouveau-Brunswick
Lire aussi: Informations sur le stade nautique