L'expression « Ni Dieu ni maître » est une devise révolutionnaire qui exprime la volonté de l’individu de ne se soumettre à aucune autorité politique ou divine. Elle réfute toute soumission à un maître, qu’il appartienne à l’appareil politique de l’État, au patronat ou à la hiérarchie religieuse.
Origines de l'Expression
Même si aujourd’hui la devise « Ni dieu ni maître » est inséparable de l’anarchisme, son origine n’est pas à rechercher du côté du mouvement libertaire. En effet, l’expression trouve son origine dans le journal éponyme (du même nom) fondé en 1880 par Auguste Blanqui. Selon le chercheur du socialisme Maurice Dommanget, cette devise aurait été inspirée à Blanqui par une brochure du docteur Étienne Susini (1839-1908, militant socialiste parisien) intitulée Plus de Dieu, plus de maître, qui avait été publiée en 1870. Toutefois il semblerait que cette brochure n’ait pas vraiment existé.
Auguste Blanqui et le Blanquisme
Blanqui était surnommé « l’Enfermé » car il avait passé la majeure partie de son existence emprisonné du fait de ses nombreuses tentatives insurrectionnelles infructueuses. Le blanquisme (conception politique de Blanqui et de ses partisans) est un avant-gardisme. Pour eux, les révolutionnaires, groupés dans une société secrète, doivent s’organiser de façon militaire pour déclencher une insurrection armée qui les porteraient au pouvoir, et leur permettrait ainsi d’instaurer un nouveau système révolutionnaire.
Le journal « Ni dieu Ni maitre », créé par Blanqui en 1880, ne survécut pas longtemps après la mort de son créateur en 1881 à l’âge de 75 ans. Eudes, qui avait été condamné du temps de l’Empire de Napoléon III pour insulte à la religion et qui sous la Commune déclara « si Dieu existait, il faudrait le fusiller », essaya de le faire reparaitre sous le titre « l’Homme libre, ni Dieu ni maître », mais lui-aussi mourut rapidement peu après. Il n’en fallait pas moins pour que les réactionnaires et les catholiques y voient là le signe de la Providence, une malédiction et une vengeance divine.
Adoption par les Anarchistes et la Libre Pensée
Depuis, cette fière devise claquant comme un coup de fouet a été adoptée par les anarchistes du monde entier, qui apprécient son caractère blasphématoire sans compromis. On peut la rapprocher de la célèbre chanson « le père Duchesne ». Dès les premières décennies de la Troisième République en France, l’inscription « Ni Dieu ni maître » est utilisée par les libres-penseurs et les révolutionnaires sur leur tombe. L’expression a été aussi reprise dans de nombreuses publications, affiches et chansons, notamment par Léo Ferré, mais aussi par le mouvement punk.
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Signification et Portée
L'expression "Ni Dieu ni maître" incarne une vision du monde où l'individu se libère de toute forme de tutelle, qu'elle soit religieuse, politique ou sociale. Elle prône l'autonomie de la pensée, la liberté d'action et la responsabilité individuelle. Elle s'oppose à toute forme d'oppression et d'aliénation, et revendique le droit de chacun à déterminer son propre destin.
Rejet de l'Autorité Divine
La partie "Ni Dieu" de l'expression rejette l'autorité divine et les dogmes religieux. Elle affirme la primauté de la raison et de la science, et encourage l'individu à se forger ses propres convictions sans se soumettre à une foi aveugle. Cela ne signifie pas nécessairement un rejet de toute spiritualité, mais plutôt une invitation à une recherche personnelle de sens, en dehors des institutions religieuses.
Refus de la Domination
La partie "Ni maître" dénonce toute forme de domination et d'exploitation. Elle s'oppose à l'autoritarisme politique, à l'injustice sociale et à toutes les formes de hiérarchie qui entravent la liberté et l'épanouissement de l'individu. Elle prône l'égalité, la solidarité et l'autonomie, et encourage l'organisation collective pour construire une société plus juste et plus libre.
L'Anarchisme et "Ni Dieu Ni Maître"
Dans le contexte de l'anarchisme, "Ni Dieu ni maître" devient un cri de ralliement pour ceux qui aspirent à une société sans État, sans classes et sans domination. Elle exprime la conviction que l'individu est capable de s'autogérer et de coopérer avec ses semblables, sans avoir besoin d'un pouvoir extérieur pour le guider ou le contraindre.
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