Introduction
La voile latine, avec sa forme triangulaire distinctive, représente une innovation majeure dans l'histoire de la navigation. Son apparition et son évolution ont profondément influencé le développement maritime, en particulier en Méditerranée. Cet article explore les origines, l'histoire et l'importance de la voile latine, en mettant en lumière son rôle dans le commerce, la guerre et l'exploration.
Origines et Apparition
Depuis l'invention du navire mâté en Égypte (environ 2700 avant J.-C.), la voile dite carrée, de forme rectangulaire, était principalement utilisée. Cependant, la voile latine, triangulaire, pourrait avoir pour ancêtre une petite voile de foc, représentée sur un bas-relief de l'époque d'Auguste à Perpignan, selon Augustin Jal.
Sa désignation indique des origines précises : la voile latine est méditerranéenne et semble en usage dès le VIe siècle. La mosaïque de Kelenderis (Turquie), datée du Ve siècle après J.-C., constitue un témoignage important d'un navire équipé d'une voile de la famille des voiles latines, plus précisément du type dit «voile latine orientale» (settee sail) à voile trapézoïdale. Ce document remonte de deux siècles la certitude de l’usage de la voile latine en Méditerranée.
Caractéristiques et Avantages
Enverguée sur une antenne mobile, composée de deux parties (le quart, partie basse, et la penne, partie haute), la voile latine s'incline ou pivote autour du mât. Elle peut être orientée vers la poupe ou la proue, attachée en travers ou sur le côté, et tirée à droite ou à gauche. Cette flexibilité permet de recevoir tous les vents, y compris les vents contraires, offrant ainsi la possibilité au navire de louvoyer.
Rôle Décisif dans les Explorations
Au début du XVe siècle, la voile latine joue un rôle décisif lorsque les Portugais entreprennent les premières explorations océaniques. Henri le Navigateur fait gréer la caravelle en voiles latines pour assurer le retour des bateaux que les vents pourraient compromettre. Durant leurs voyages de découverte, Diaz, Colomb, Gama et Magellan utilisent une double voilure, latine et carrée. La caravelle de Diaz, par exemple, est pourvue de deux voiles carrées et de deux voiles latines, chacune enverguée sur un mât. Ce mélange des deux types de voiles constituera désormais le gréement classique.
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Diffusion et Utilisation
La voile latine est la voile méditerranéenne par excellence. C'est la voile des Italiens, des Espagnols, des Provençaux, des Portugais et des Maghrébins. Elle est utilisée sur les galères, les tartanes, les felouques et les chebecs. Elle est également la voile arrière des vaisseaux de tout l'occident depuis l'invention des bateaux à trois mâts à la Renaissance. Les peuples latins l'ont emmenée partout où ils ont navigué, notamment en Amérique Latine et en Europe du Nord.
Le gréement latin est composé d’un mât vertical, ou légèrement incliné vers l’arrière dont la voile triangulaire est enverguée sur une antenne. Une antenne composée de deux espars : le car et la pena. Le car est un espar fort qui est placé en bas, la pena est espar souple qui est vers le haut. Le gréement latin naît en méditerranée durant l’antiquité et se généralise à la fin du Moyen âge. L’on dit souvent que cette voile est apportée du golfe arabique au VIIe siècle. Ne nous y méprenons pas, le gréement « à la morisque » devenu le « gréement latin » nous entraine sur une mauvaise piste. Brésil, Tunisie, Cap Vert, la voile latine y demeure un outil de travail, conservée de Valence au Roussillon. On retrouve une voile ronde en Catalogne et une voile pointue en Provence. Le gréement catalan place toute sa force dans la grand voile, la « mestre ».
Variantes Régionales et Types de Bateaux
Plusieurs types de bateaux traditionnels de la Méditerranée utilisent la voile latine, notamment les pointus. Les pointus sont une famille de barques de pêche traditionnelles de la mer Méditerranée. Le nom de pointu est utilisé dans le Var et les Alpes-Maritimes, tandis qu'à Marseille, on préfère le nom de barquette ou de bette. La poupe (arrière) est pointue, tandis que la proue (avant) se termine par une extrémité d'étrave caractéristique, le «capian». La famille des pointus et autres bateaux à voile latine comprend le gourse de Toulon, la gourse de Nice, la sétoise, la bette, la tartane, la barque catalane, les barques d'Afrique du Nord, de Malte, de Grèce, les felouques génoises et les barques du lac Léman.
Le bateau Toulonnais. genre catalan j mesure de 4 m. 50 à 6 m. 50 de longueur. Il est relativement court. Sa largeur varie entre 0,37 et 0,42 de sa longueur et le creux est de 0,35 à 0,40 de la largeur. Ces bateaux portent des fargues. L’étrave et l’étambot sont recourbés en dedans et le capion se prolonge d’environ 0 m. 50 à 0 m. 60 au-dessus du plat bord
La Voile Latine à Travers les Âges
Les sources archéologiques et iconographiques confirment son utilisation précoce. La voile latine est apparue dans l’Antiquité, avec des mentions vers la fin de l’Empire romain (Ve-VIe siècles après J.-C.). Elle est reconnaissable par sa forme triangulaire, elle est une innovation maritime majeure qui a révolutionné la navigation en Méditerranée tout au long du Moyen Âge. Cette voile qui permet de remonter au vent devient essentielle pour le commerce et la guerre en Méditerranée. Si son usage se perd à la Renaissance sur les navires européens au XVIIe siècle, l’utilisation de la voile latine reste en fonction sur les petites embarcations côtières et de pêche, où ses qualités de manœuvrabilité sont toujours appréciées. Barquette marseillaise, bette, nacelle, ou catalane, ces embarcations portent toutes fièrement des voiles latines.
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Déclin et Persistance
Au XVIIe siècle, l'utilisation de la voile latine décline sur les grands navires européens, supplantée par d'autres types de gréements plus adaptés aux besoins de l'époque. Cependant, elle reste en usage sur les petites embarcations côtières et de pêche, où ses qualités de manœuvrabilité sont toujours appréciées.
Renouveau et Préservation
Aujourd'hui, la voile latine connaît un renouveau grâce à des passionnés qui cherchent à préserver et à faire revivre cette tradition maritime. Des associations comme "Voile latine de Sète et du Bassin de Thau" partagent leur savoir-faire et leur passion, contribuant ainsi à la sauvegarde de ce patrimoine. Jacques Molinari semble avoir son bateau favori : « la nacelle est développable parce que c’est plat, c’est très simple. Je vais vous montrer, la nacelle est faite à partir de l’angle que fait souvent la branche d’un pin par rapport à son tronc, qui est à peu près de 110 degrés. Et c’était la barque des pêcheurs pauvres si vous voulez, des petits pêcheurs qui bricolaient sur l’étang. » Puis le vice-président de l’association de la rue des chantiers explique comment la remontée au vent d’un bateau à fond plat est possible : « la nacelle bénéficie d’une part d’un safran qui plonge très profondément et qui tient lieu de dérive et d’autre part il faut la faire giter. Si vous voulez, elle s’enfonce dans l’eau et s’appuie dessus. »
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