La question de l'inclusion des athlètes transgenres dans le sport compétitif, et plus particulièrement dans la natation, est devenue un sujet brûlant, cristallisant des débats complexes autour de l'équité sportive, des droits individuels et de la définition biologique du sexe. Au cœur de cette discussion se trouve le parcours de Lia Thomas, une nageuse dont les succès en compétition féminine ont non seulement fait la une des journaux, mais ont également conduit à une réévaluation profonde des règles régissant la participation des athlètes transgenres par les instances sportives internationales. Cette situation, loin d'être un cas isolé, met en lumière la difficulté de notre époque à articuler la conception traditionnellement binaire et biologique du sexe avec la transidentité, mais aussi l'intersexuation, soulevant des enjeux à la fois sportifs, scientifiques, éthiques et juridiques.
La Victoire de Lia Thomas et l'Éclat de la Controverse
À Atlanta (Géorgie), Lia Thomas, concourant sous les couleurs de l'université de Pennsylvanie, a marqué l'histoire en remportant la finale du 500 yards nage libre féminine (environ 457 mètres). Cet événement, survenu un jeudi soir, a propulsé Lia Thomas au rang de première nageuse transgenre à décrocher un titre universitaire. Elle a bouclé la finale en un temps de 4'33"24, devançant de plus d'une seconde et demie Emma Weyant, classée deuxième avec un temps de 4'34"99. Erica Sullivan, médaillée d'argent sur 1.500 mètres aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021, a quant à elle terminé troisième en 4'35"92.
Cette victoire, bien que sportivement remarquable, a immédiatement secoué l'opinion publique aux États-Unis. Lia Thomas, qui avait dans le passé concouru en tant qu'homme, est devenue une figure clivante. Chez ses détracteurs, l'estimation prévalente est qu'elle bénéficie d'un avantage physiologique injuste. À l'opposé, ses soutiens avancent qu'elle devrait être autorisée à concourir librement en tant que femme, arguant que son identité de genre doit être respectée.
La dimension visuelle de la controverse s'est matérialisée par une photo du podium qui est rapidement devenue éloquente et a secoué les réseaux sociaux jusqu'en Europe. Sur ce cliché, Lia Thomas, souriante et tenant son trophée, se tenait discrètement mais fièrement sur la première marche du podium. À quelques mètres d'elle, la seconde Emma Weyant, la troisième Erica Sullivan et la quatrième Brooke Forde, visiblement unies, étaient serrées côte à côte et tout sourire sur la troisième marche, un geste interprété par beaucoup comme un signe de protestation silencieuse. L'atmosphère au bord des bassins du McAuley Aquatic Center d'Atlanta était également révélatrice : le contraste était saisissant entre les applaudissements tout juste polis pour Thomas et la foule en délire pour ses trois poursuivantes.
Face à cette polarisation, Lia Thomas a réagi en déclarant : "J'essaie de l'ignorer autant que possible", assurant être "juste contente d'être ici en essayant de donner le meilleur [d'elle-même] dans la compétition". Elle avait d'ailleurs signé le meilleur temps des séries avec un chrono de 4'33"82 et était considérée comme une des favorites du 200 yards. L'étudiante de 22 ans avait déjà remporté, le 18 février, le 500 yards nage libre féminine de l'Ivy League, une compétition regroupant huit des plus prestigieuses universités américaines, telles que Harvard, Yale et Cornell.
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Le Débat sur l'Avantage Physiologique et l'Équité Sportive
La polémique a débuté fin 2021, suite aux très bons résultats de Lia Thomas, qui a rejoint les compétitions féminines après avoir concouru chez les hommes. Cette situation a relancé la question de la place des sportifs transgenres, cherchant un équilibre délicat entre le souci d'inclusion et la protection de l'équité sportive. L'explication de ses performances pour ses détracteurs, qui ont occupé pendant plusieurs semaines les plateaux de télévision aux États-Unis, réside dans le fait qu'elle est transgenre, née dans un corps d'homme. Pour eux, accepter Lia Thomas dans l'équipe féminine de l'université de Pennsylvanie revient tout simplement à mettre le sport féminin en danger, un message qu'ils ont largement relayé sur les réseaux sociaux via le hashtag "savewomensport", c'est-à-dire "sauver le sport féminin". Des parents de ses concurrentes et même certaines de ses coéquipières ont appelé au boycott des courses, avant de renoncer, souvent par crainte d'être accusés de transphobie.
Une étude scientifique, mentionnée en appui d'une décision ultérieure du TAS, assure que Thomas, du fait de son identité initiale, conserve des avantages physiques significatifs en termes d'endurance, de puissance, de vitesse, de force et de capacité pulmonaire. Ceci est attribué au fait qu'elle a entamé une puberté masculine, quand bien même elle a, par la suite, abaissé ses niveaux de testostérone chimiquement en vue de sa transition. Le débat sur le sort à réserver à la jeune nageuse est omniprésent depuis le début de ses performances remarquables.
Les partenaires de Lia Thomas, tout comme ses concurrentes, ont estimé qu'elle ne devrait pas pouvoir participer à cette compétition, car elle bénéficierait d'un avantage biologique sur elles. Les sphères médiatiques et politiques se sont ensuite saisies de cette affaire et n'ont pas hésité à fortement condamner sa victoire. L'histoire de Lia Thomas n'est cependant pas unique ; elle n'est qu'une parmi tant d'autres qui soulignent la difficulté de concilier les cadres sportifs traditionnels avec les réalités de la transidentité.
La bicatégorisation sexuée des épreuves sportives, qui est censée répondre à un impératif d'équité sportive, repose sur l'idée que les différences de performances athlétiques entre femmes et hommes impliquent inéluctablement une division sexuée des épreuves. Il s'agit de préserver les compétitions féminines, puisque, en l'absence d'une telle bicatégorisation, les écarts de performances se concrétiseraient par des compétitions où seuls les hommes participeraient, les femmes n'arrivant pas, sauf exception, à se qualifier. Cette discrimination, insufflée au nom de l'équité sportive, revêt donc un caractère objectif et une justification a priori raisonnable. Pourtant, plusieurs voix s'élèvent, à raison parmi les experts, sur le choix d'une catégorisation des athlètes en fonction de leur sexe biologique, et plus précisément des caractéristiques sexuées. Malgré ces critiques sur le critère assurant l'objectif d'équité sportive, les autorités sportives maintiennent encore et toujours les caractéristiques sexuées dans la catégorisation des compétitions sportives. Généralement, les fédérations souhaitent préserver la viabilité de la catégorie féminine en la réservant aux athlètes ayant un sexe biologiquement féminin, le plus souvent défini à partir du taux de testostérone.
Les Voix pour l'Inclusion : Soutiens et Témoignages
Dans le camp opposé aux détracteurs de Lia Thomas, un soutien significatif s'est manifesté. Trois cents nageurs et nageuses, tant en activité qu'à la retraite, ont pris position en faveur de Lia Thomas, dont Erica Sullivan, la médaillée olympique arrivée troisième. Cette mobilisation souligne une volonté d'inclusion et de reconnaissance de l'identité de genre des athlètes.
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Lia Thomas a jusqu'à présent très peu pris la parole pour se défendre, préférant se concentrer sur la compétition. Cependant, elle est revenue sur la situation une fois, début décembre 2021, dans un podcast consacré à la natation. Elle y a longuement et avec nombre de détails décrit son parcours. Elle a expliqué que c'est à l'été 2018 qu'elle a "vraiment réalisé [qu'elle] étai[t] trans". Confrontée au conservatisme ambiant, elle a décidé de ne rien dire et de continuer à nager dans l'équipe masculine, mais cette situation a provoqué "une grande détresse" en elle, la faisant se sentir "prisonnière de [son] corps". C'est après un an qu'elle a décidé de faire son coming-out et d'entamer sa transition.
Elle a également raconté le traitement médical qu'elle a subi pour sa transformation et l'arrêt de la compétition durant plus d'un an, comme l'exige le règlement. Quant à ceux qui critiquent sa présence aujourd'hui dans l'équipe féminine, sa réponse est très claire : "Je pense qu'on a des guides très bien faits dans chaque sport qui donnent les critères d'inclusion à remplir pour préserver l'intégrité des compétitions. Chacun devrait pouvoir concourir dans la catégorie qui lui convient le mieux, dans laquelle il se sent à l'aise, sauf s'il est prouvé que cela lui donne un avantage injuste." Elle continue de nager avec l'appui de son université, qui y voit une manière de promouvoir l'inclusion par le sport.
Reka Gyorgy, nageuse hongroise de l'université de Virginia Tech, bien que critique envers les règles de la NCAA, a également exprimé son respect pour Lia Thomas. Privée de qualification pour la phase finale de la compétition (elle a terminé 17e, pour seize places), en raison, selon elle, de la présence de Lia Thomas, Reka Gyorgy a déploré les règles de la NCAA qui "lui permettent de rivaliser avec nous, qui sommes biologiquement des femmes". Elle a ajouté : "Je pense que c’est irrespectueux envers les nageuses biologiquement féminines", tout en soulignant avec soin qu'elle "respecte Lia Thomas". Elle s'est dite convaincue que Thomas "n’est pas différente de moi ou de tout autre nageur de haut niveau qui s’est réveillé à 5 heures du matin toute sa vie pour l’entraînement du matin… Elle fait ce qui la passionne et mérite ce droit." Cette nuance dans ses propos illustre la complexité du débat, où le respect de l'individu peut coexister avec des préoccupations concernant l'équité compétitive.
Le Labyrinthe Réglementaire : Instances Sportives et Politiques
Le cadre réglementaire entourant la participation des athlètes transgenres est un véritable labyrinthe, caractérisé par un morcellement des règles et une évolution constante. Lia Thomas avait obtenu un feu vert des instances sportives universitaires, la NCAA, non sans polémique dans ce milieu très compétitif aux États-Unis. En février, l'instance dirigeante de la natation aux États-Unis, USA Swimming, avait dévoilé de nouvelles directives prévoyant un seuil plus strict pour le taux de testostérone des athlètes - ce qui, de l'avis général, rendrait plus difficile la participation de Lia Thomas à des compétitions importantes. Cependant, la NCAA, qui régit le sport universitaire, avait alors déclaré qu'elle n'appliquerait pas ces règles plus dures, permettant ainsi à Thomas de concourir à Atlanta.
En début d'année, Lia Thomas avait été contestée au sein même de son club universitaire. Certaines de ses co-athlètes avaient dénoncé par lettre les avantages supposés liés à sa morphologie et demandé le renforcement des règles pour les athlètes transgenres.
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Après la première participation aux JO de Tokyo d'une sportive transgenre, en haltérophilie, le Comité International Olympique (CIO) a renvoyé la balle à chaque sport en novembre. Le CIO a souligné l'absence de "consensus scientifique sur le rôle de la testostérone dans la performance dans l'ensemble des sports", préférant une approche fédération par fédération.
La controverse a également pris une tournure politique aux États-Unis. Plusieurs États conservateurs ont récemment adopté des lois pour barrer la route des jeunes filles transgenres au sport féminin à l'école, notamment au Texas. La réglementation de l'accès aux compétitions sportives varie donc en fonction de la fédération internationale sportive en charge de la régulation, mais également selon diverses instances nationales chargées d'établir les règles à l'échelle étatique, fédérale, ou encore locale. À ce morcellement des réglementations territoriales s'ajoute une tendance contemporaine à la multiplication des réglementations spécifiques relatives à l'accessibilité des compétitions sportives aux athlètes intersexes et transgenres. Parmi d'autres facteurs, la cause principale de cette multiplication de règles éparses et divergentes réside dans le refus du Comité international olympique (CIO) d'élaborer une règle générale d'éligibilité des sportives et sportifs sortant du schéma traditionnel de la binarité des sexes.
Le Rôle de la Testostérone et l'Absence de Consensus Scientifique
La discussion autour de l'éligibilité des athlètes transgenres est intrinsèquement liée au rôle de la testostérone et à l'impact de ses niveaux sur la performance sportive. Les fédérations souhaitent préserver la viabilité de la catégorie féminine en la réservant aux athlètes ayant un sexe biologiquement féminin, le plus souvent défini à partir du taux de testostérone.
Cependant, il existe une absence notable de consensus scientifique sur le rôle exact et universel de la testostérone dans la performance athlétique à travers tous les sports. Le CIO lui-même a mis en évidence ce manque d'unanimité. Si la testostérone est reconnue pour favoriser le développement de caractéristiques physiques associées à une plus grande force et endurance, l'étendue de cet avantage et sa persistance après une transition et une suppression hormonale restent des sujets de recherche active et de débat parmi les scientifiques.
La communauté médicale exprime des doutes quant à la pertinence même de la testostérone en tant que critère fiable de démarcation unique entre les sexes féminin et masculin dans le contexte sportif. Les études médicales relatives à l'administration de bloqueurs de puberté chez les mineurs transgenres, dont la fonction est d'interrompre le développement pubertaire notamment en rendant insensibles les garçons aux androgènes et les filles aux œstrogènes, manquent cruellement de données sur les effets physiques et psychiques à long terme d'un tel traitement. Ces lacunes rendent difficile d'établir des règles claires et universellement acceptées qui équilibrent l'équité et l'inclusion.
Ce manque de consensus scientifique complexifie la tâche des instances sportives pour élaborer des réglementations qui soient à la fois justes, applicables et fondées sur des preuves solides. Chaque fédération sportive est ainsi laissée à la charge de développer ses propres politiques, menant à une mosaïque de règles parfois contradictoires et qui peuvent sembler arbitraires.
L'Évolution des Politiques de la FINA et de World Aquatics
Dans ce contexte de morcellement réglementaire et d'absence de consensus scientifique, la Fédération Internationale de Natation (FINA), devenue World Aquatics, a décidé de clarifier ses règles d'éligibilité des athlètes intersexes et transgenres. Adoptée le 19 juin 2022, cette nouvelle politique contient un ensemble de règles d'éligibilité particulièrement strictes, destinées à limiter la participation d'athlètes intersexes et transgenres - en particulier, les femmes transgenres nées avec un sexe masculin.
Cette réglementation fait suite à une polémique qui soufflait depuis plusieurs mois sur le monde de la natation et, plus généralement, le sport professionnel, notamment après la victoire de Lia Thomas. La FINA a tenté de trouver un équilibre délicat entre l'inclusion de l'identité de genre des athlètes et la protection de la catégorie féminine.
La nouvelle politique d'inclusion de genre votée par la FINA s'est traduite par une réglementation sur l'éligibilité des athlètes transgenres et intersexes à concourir aux compétitions internationales de natation. Sans le dire explicitement, elle pose en réalité une interdiction tacite aux femmes transgenres et aux personnes intersexes de participer à toutes les épreuves dans la catégorie féminine, sous les conditions établies.
Pour être éligibles aux compétitions organisées par la FINA, les sportives transgenres et intersexes doivent se conformer à une série de conditions dont la finalité est de garantir l'équité sportive par rapport à leurs concurrentes nées avec un sexe féminin. Cependant, ces conditions semblent très difficiles à satisfaire, d'autant plus que la charge de la preuve repose sur les candidates.
D'une part, concernant le régime des sportives intersexes, la FINA précise d'emblée que sa réglementation s'applique uniquement aux athlètes présentant une intersexuation de type 46 XY DSD, c'est-à-dire une forme d'intersexuation dans laquelle un garçon présente une féminisation de son sexe. Pour ces sportives ayant un caryotype de type 46 XY DSD, la réglementation pose une sous-distinction entre celles qui sont totalement insensibles aux androgènes (ICA) - et donc qui n'ont pas eu de puberté masculine - par rapport à celles qui n'ont pas éprouvé une telle insensibilité (IPA). En prenant en compte seulement les sportives ayant une ICA, la FINA exclut tacitement celles dont l'insensibilité est partielle, à moins qu'elles ne répondent aux conditions spécifiques des sportives transgenres. En cantonnant sa réglementation aux seules sportives ayant une intersexuation 46 XY avec ICA, la FINA a donc décidé d'éviter de se prononcer sur la participation des athlètes présentant une autre forme d'intersexuation. Ce silence est jugé regrettable, notamment à propos des personnes nées avec un sexe féminin mais présentant une hyperandrogénie (46 XX DSD), c'est-à-dire un excès de production de testostérone. La FINA ne peut ignorer la situation des athlètes hyperandrogènes dont l'éligibilité à la catégorie féminine a été limitée de manière significative par la World Athletics suite aux affaires Dutee Chand et Caster Semenya. Elles risquent d'être disqualifiées et/ou suspendues des compétitions féminines, sauf éventuellement à suivre un traitement médical abaissant leur production hormonale en dessous de 2,5 nmol/L.
D'autre part, au sujet des sportives transgenres, la réglementation fait montre d'une plus grande précision, ce qui n'est pas étonnant eu égard à la médiatisation de la victoire de Lia Thomas. Ainsi, les nageuses transgenres doivent désormais démontrer qu'elles ont suivi un traitement hormonal supprimant leur production de testostérone avant le début de leur puberté masculine ou avant l'âge de douze ans. Par début de puberté, la FINA se réfère directement au second stade de l'échelle de Tanner, correspondant chez les garçons à l'apparition d'une pilosité pubienne et à la croissance du volume des testicules. En imposant aux athlètes transgenres de suivre un traitement médical au plus tard au moment de ce second stade, la FINA requiert en réalité de commencer l'hormonothérapie à un âge infantile, retenant l'âge de douze ans comme équivalent du début de la puberté. Pour les (rares) athlètes transgenres qui parviendraient à démontrer avoir suivi un tel traitement, elles devront en outre prouver qu'elles ont, depuis, maintenu leur taux de testostérone sous le seuil de 2,5 nmol/L et ce, de façon permanente.
Pour atténuer la rigueur de sa réglementation, la FINA a mis à l'étude une proposition inédite : la création d'une nouvelle catégorie réservée aux athlètes n'entrant ni dans la catégorie féminine ni dans la catégorie masculine, une catégorie "open" pour les athlètes transgenres. Cette idée de contourner la confrontation de la bicatégorisation sexuée à l'intersexuation et la transidentité pourrait être reprise par d'autres instances sportives internationales. La FIFA et la World Athletics ont d'ailleurs annoncé quelques jours après la publication de la nouvelle politique de la FINA qu'elles allaient également réfléchir à la viabilité d'instaurer une nouvelle catégorie dans les compétitions qu'elles organisent. World Aquatics a insisté sur sa volonté d'inclusion en introduisant cette catégorie "open". Cependant, le problème est que cette catégorie peine à trouver des concurrents, comme l'ont rapporté des informations concernant les épreuves "open".
Les Conséquences des Nouvelles Réglementations : Une Exclusion Déguisée ?
Avec de telles exigences, les rêves de participation aux prochains mondiaux de natation et aux Jeux olympiques des nageuses transgenres pourraient bien s'envoler. Manifestement, la fermeté des nouvelles règles édictées par la FINA dépasse celle, déjà stricte, de la réglementation de la World Athletics, au point qu'il est possible de s'interroger sur la possibilité même qu'une femme transgenre puisse concourir à une compétition de natation dans la catégorie féminine. En effet, ces nouvelles règles d'éligibilité sont ni plus ni moins que les plus sévères parmi les réglementations internationales en vigueur relatives à la politique d'inclusion des sportifs et sportives transgenres. Plus qu'une politique d'inclusion, il s'agit en réalité d'une exclusion des athlètes transgenres des piscines olympiques.
La double exigence d'un traitement médical particulièrement précoce et le maintien d'un taux extrêmement bas de testostérone trahissent une quasi-exclusion des athlètes transgenres. Aucune des nageuses transgenres ne semble pouvoir répondre à ces nouvelles règles d'éligibilité. Hypothétiquement, une hormonothérapie - qui ne serait pas sans conséquences sur la santé - pourrait permettre aux sportives transgenres de faire baisser leur taux de testostérone sous le seuil requis.
En premier lieu, la précocité de la prise d'un traitement hormonal ne peut qu'interpeller tant sur la question de la capacité de discernement d'un mineur pour consentir à un acte médical aussi lourd qu'au regard du désaccord de la doctrine médicale quant à l'opportunité d'un traitement hormonal sur des enfants transgenres prépubères, dont l'accès est d'ailleurs restreint, voire interdit, aux mineurs par certains États. De même, les études médicales relatives à l'administration de bloqueurs de puberté chez les mineurs transgenres, dont la fonction est d'interrompre le développement pubertaire, notamment en rendant insensibles les garçons aux androgènes et les filles aux œstrogènes, manquent cruellement de données sur les effets physiques et psychiques à long terme d'un tel traitement. De ce fait, la prudence exige de ne pas encourager les mineurs transgenres d'y recourir dans l'unique objectif de concourir à des compétitions de natation. Enfin, la preuve du suivi médical d'un traitement hormonal requiert concrètement de produire un dossier médical complet contenant des données personnelles de santé de personnes mineures, soulevant des questions complexes de confidentialité et de protection des données.
En second lieu, la désignation d'un taux de testostérone inférieur à 2,5 nmol/L témoigne également de la sévérité de la politique adoptée. Par comparaison, la World Athletics retient déjà un seuil relativement faible de 5 nmol/L pour les sportives hyperandrogènes et transgenres. Or, si les possibilités médicales permettant d'abaisser le taux de testostérone s'avèrent assez limitées, la pertinence même de la testostérone en tant que critère fiable de démarcation entre les sexes féminin et masculin suscite les doutes de la communauté médicale.