La natation paralympique a connu des mutations spectaculaires ces dernières années, propulsée par des athlètes dont la détermination défie les limites physiologiques. Parmi eux, les nageurs dépourvus de membres supérieurs occupent une place à part. Leurs performances ne sont pas seulement des exploits sportifs ; elles constituent une redéfinition totale de l'hydrodynamisme et de la propulsion humaine. À travers les trajectoires de figures emblématiques comme Jincheng Guo et Tao Zheng, le monde a découvert une nouvelle manière de concevoir le mouvement dans l'eau, où l'absence de bras est compensée par une maîtrise technique et une force physique hors du commun.
La technique de la torpille : L'avènement de Jincheng Guo
Le Chinois Jincheng Guo a décroché la médaille d’or du 50 m nage libre (S5), ce jeudi 5 septembre, aux Jeux paralympiques de Paris. Sans bras, ni lunettes, l’athlète a réalisé une course très impressionnante améliorant, au passage, son record du monde. Le Chinois Jincheng Guo est devenu champion paralympique sur le 50 m nage libre au terme d’une course époustouflante. 29’’33. Le nageur chinois, sans bras, ni lunettes a donné l’impression de nager comme une torpille qui fend l’eau. Le tout en apnée de bout en bout. Seulement grâce à la force de ses jambes, le Chinois de 23 ans, a donc établi un nouveau record du monde lors de ses premiers Jeux Paralympiques (29’’33), battant son propre record établi aux Championnats du monde en 2023 (29’’78).
La torpille chinoise Jincheng Guo a définitivement marqué les esprits vendredi sur ces Jeux paralympiques de Paris. Le nageur chinois de 23 ans a époustouflé la piscine de Paris La Défense Arena à deux reprises depuis jeudi. Il y a d’abord eu ce triomphe en finale du 50 m nage libre de la catégorie S5 (coordination modérément limitée, mouvement du milieu du tronc et des jambes très limité ou absence de membres). Au terme d’une course dingue au cours de laquelle il n’a sorti qu’à une seule reprise la tête de l’eau, Jincheng Guo a battu son propre record du monde pour filer vers l’or en 29,33 secondes.
Le public français découvrait alors le style invraisemblable d’un nageur au crâne rasé, sans bras (et sans lunettes), à la coulée… de 13 secondes, soit bien plus que tous ses adversaires, fendant l’eau en ondulant de manière prodigieuse. Avec une seule respiration sur l’intégralité de son 50 m, le jeune Chinois est devenu le phénomène des épreuves de para natation de ces Jeux. Il touche le bord du bassin avec son crâne. Et la tendance s’est confirmée vendredi, lorsqu’il a à nouveau terrassé la concurrence sur 50 m papillon pour remporter sa sixième médaille à Paris, dont quatre titres, avec ces deux ultimes courses ainsi que les relais 4x50 m nage libre mixte et 4x50 m 4 nages 20 points mixte. On a donc eu droit à un nouveau récital en papillon, avec un temps canon de 30,28 s constituant là aussi un record du monde. Grâce à une force exceptionnelle dégagée par ses jambes, le roi de l’apnée s’est encore contenté d’une seule respiration sur le 50 m pap, avant de toucher le bord du bassin avec son crâne pour valider son nouvel exploit.
L'héritage de Tao Zheng : Pionnier et source d'inspiration
Tao Zheng a porté la natation handisport dans une toute autre sphère à Londres, et ce aux yeux du monde entier. L'image de ce jeune Chinois dépourvu de bras et recordman du monde avait subjugué sur tous les écrans. Le 30 août 2012, la performance de Tao Zheng marque les esprits à Londres. Sans bras, le Chinois de 21 ans bat en finale du 100 m dos le record du monde de la spécialité, détenu depuis 2004 par le Russe Igor Plotnikov. Lors de ces Jeux britanniques, il décroche aussi deux autres médailles de bronze, sur le 50 m nage libre et le 200 m 4 nages.
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"Je n'oublierai jamais cette course. C'est surréaliste, je ne savais pas que plus de six millions de personnes l'avaient regardée. J'espère avoir fait une bonne première impression." Car, pour rappel, il s'agissait bien des premiers Jeux de Tao Zheng… Les deuxièmes ne seront pas mal non plus : il récidive ainsi quatre ans plus tard à Rio, dans un contexte plus compliqué. Loin du formidable effet de surprise de 2012, il souffre d'une blessure dans le bas du dos pour aborder sa spécialité du 100 m dos. Malgré tout, il bat à nouveau son propre record du monde de deux secondes (1'10"84), alors qu'il avait déjà amélioré cette référence l'année précédente. Inébranlable, il glane encore une ultime médaille d'argent sur le 50 m papillon en dépit d'une grippe intestinale.
"Je haïssais l'entraînement (…) Je ne veux plus nager pour gagner". "Gagner malgré ma blessure au dos était le meilleur sentiment, mais ne pas gagner à cause de mon estomac était probablement mon pire regret", résume-t-il en 2017, évoquant aussi sa rivalité avec son ami Qing Xu. Ayant perdu ses bras lors d'un choc électrique étant enfant, il a logiquement grandi avec Michael Phelps en tant qu'idole absolue. Entre Londres 2012 et Rio 2016, impossible pour lui de s'astreindre à une charge trop importante d'entraînement : "Pendant deux ans, je ne me suis pas réellement entraîné. Je pouvais nager un jour et prendre une semaine off." Tao Zheng le dit clairement : "Je haïssais l'entraînement." Sauf qu'une telle approche, loin de ses 30 heures hebdomadaires, lui a permis de conserver une certaine fraîcheur… "Et abaisser ainsi mes attentes, ça n'a fait que rendre la victoire plus belle."
L'impact culturel et le rôle des modèles
Le parcours de ces athlètes ne se limite pas aux bassins ; il influence durablement la société. Le nageur en inspire plus d’un, comme Michel Arkhangelsky, un adolescent russe de 17 ans scolarisé à don bosco, notre lycée, et champion de natation lui aussi. « Pas de bras, pas de jambe, il a traversé des fleuves et des pays. » explique Michel, « il nous pousse aux défis, à nous surpasser. Au départ, notre jeune nageur avait peur de l’eau, mais il a vu Philippe Croizon traverser la manche sans ses quatre membres. Regardez, j’ai plus mes mains ni mes pieds, mais je suis capable de faire du sport de haut niveau, d’avoir le permis, d’aller en cours. J’ai envie de montrer aux gens que je suis humain, on doit être traité comme des humains et être récompensé comme n’importe qui. »
C'est aussi lui, Tao Zheng, qui a inspiré la romancière française Valentine Goby pour écrire son roman Murène il y a deux ans. Sa nage fabuleuse, en véritable poisson (murène, ai-je tout de suite pensé), son visage triomphant à l'annonce de son classement, m'ont éblouie, explique-t-elle sur le site Ecrire le Sport. Mais j'ai eu envie d'incarner cette idée de métamorphose dans un personnage de pure fiction. L'écrivaine précise, pour conclure, n'avoir "conservé que l'image de Tao Zheng, la silhouette à la perte définitive, qui commandait une révolution intérieure, et du mouvement".
Stratégie nationale et domination du para-sport chinois
La Chine est une nation dominante dans le handisport. Les succès de Jincheng Guo et Jiang Yuyan s'inscrivent dans la domination de la Chine dans le handisport mondial. Le pays a investi massivement dans la formation et le développement des athlètes handicapés, et cela se traduit par des résultats exceptionnels aux Jeux paralympiques. Lors des cinq dernières éditions, la Chine a dominé le classement des médailles. Cette domination est le fruit d'une stratégie à long terme, qui comprend la construction de centres d'entraînement ultramodernes et le recrutement d'entraîneurs étrangers de renom. Le régime chinois considère le handisport comme un moyen de promouvoir une image positive du pays et de démontrer sa capacité à intégrer les personnes handicapées dans la société.
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Parallèlement à l'émergence de Jincheng Guo, une autre athlète chinoise, Jiang Yuyan, a brillé dans les bassins de Paris. À seulement 19 ans, elle a remporté sept médailles d'or dans différentes épreuves de nage libre, de papillon et de relais. Amputée de son bras et de sa jambe droite après un accident de voiture à l'âge de 4 ans, Jiang Yuyan a surmonté son handicap pour devenir une championne paralympique. Son parcours inspirant et ses performances exceptionnelles font d'elle un modèle pour de nombreux athlètes handicapés.
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