Nageur Qui Se Noie: Causes, Prévention et Premiers Secours

La noyade est un accident grave et potentiellement mortel qui peut survenir dans divers environnements aquatiques. Chaque année, elle est responsable d'un nombre significatif de décès, notamment chez les jeunes enfants et les personnes âgées. En France, lors de l’été 2021, 1 480 noyades accidentelles suivies d’une prise en charge hospitalière ou d’un décès ont été recensées (22 % avaient moins de 5 ans, 25 % avaient plus de 65 ans). Comprendre les causes de la noyade, adopter des mesures de prévention adéquates et connaître les gestes de premiers secours sont essentiels pour réduire les risques et sauver des vies.

Causes de la Noyade

La noyade peut être causée par divers facteurs, qui varient selon l'âge et les circonstances :

  • Méconnaissance de la nage : C'est une cause fréquente de noyade, en particulier chez les enfants. Un manque de compétences en natation peut rendre difficile, voire impossible, de rester à flot et de se déplacer en toute sécurité dans l'eau.
  • Manque de surveillance : Un défaut de surveillance est particulièrement dangereux pour les jeunes enfants. Même lorsque des dispositifs de sécurité sont présents autour des piscines, une surveillance constante et rapprochée par un adulte responsable est essentielle. Un quart des noyades l’été concernent les enfants de moins de 6 ans, par défaut de vigilance.
  • Problèmes de santé : Chez les adultes, des problèmes de santé tels que des malaises, des crises cardiaques ou des convulsions peuvent entraîner une perte de conscience dans l'eau, augmentant ainsi le risque de noyade.
  • Consommation d'alcool ou de drogues : La consommation de substances psychoactives avant ou pendant la baignade peut altérer le jugement, réduire la coordination et augmenter les risques de noyade. Certaines personnes se noient également après des repas très arrosés, ou après avoir consommé des stupéfiants.
  • Conditions météorologiques défavorables : Les hautes vagues, les courants forts et les vents violents peuvent rendre la baignade dangereuse, même pour les nageurs expérimentés.
  • Traumatismes : Un choc traumatique causé par une chute de grande hauteur, au niveau épigastrique, rachidien … provoque soit une perte de connaissance, soit une syncope réflexe, soit une inhibition émotive panique précédant l’inondation des voies aériennes.
  • Facteurs liés au travail : Travailler à proximité de l’eau expose au risque majeur de noyade, et cela concerne de très nombreux travailleurs : marins et pécheurs, ouvriers du BTP ou de l’assainissement, professionnels du nautisme.

Prévention de la Noyade

La prévention de la noyade repose sur une combinaison de mesures visant à réduire les risques et à sensibiliser le public :

  • Sécurisation des accès aux points d'eau : L’accès aux points d’eau (et notamment aux piscines) doit être sécurisé. En France, les dispositifs de sécurité sont obligatoires autour des piscines (abri, barrière de sécurité conforme aux normes, alarme, volet roulant ou bâche à barres).
  • Surveillance constante des enfants : Un enfant ne doit jamais être laissé seul au bord de l’eau (baignoire, spa, piscine, lac, mer ou océan). Pour éviter toute tentation, retirer tous les jouets flottants dans l’eau.
  • Apprentissage de la natation : Apprendre à l’enfant à nager assez tôt permet également de prévenir les noyades accidentelles. Néanmoins, même lorsque l’enfant sait nager, il doit rester sous la surveillance d’un adulte.
  • Précautions pour les adultes : Il est recommandé de ne consommer ni médicaments, ni drogues, ni alcool avant et après la baignade. Ces mêmes précautions doivent être appliquées en cas de sortie bateau ou lorsque l’adulte est chargé de surveiller un ou plusieurs enfants autour d’un point d’eau. Il est enfin conseillé de ne pas nager seul, et de rester dans les zones de baignade surveillées en mer.
  • Respect des consignes de sécurité : Il est essentiel de respecter les interdictions de baignade et de tenir compte des conditions météorologiques.
  • Formation aux premiers secours : Le grand public pourrait apprendre la réanimation cardio-pulmonaire pour pouvoir intervenir avant l’arrivée des secours. La Croix-Rouge française vous propose plusieurs types de formations aux premiers secours.
  • Prévention des risques professionnels : Prévenir la noyade est un impératif qui passe d’abord par les mesures techniques évitant une chute dans l’eau, puis par des équipements individuels de flottaison, la disponibilité d’équipements de sauvetage, la prohibition du travail isolé et la formation au sauvetage et aux premiers secours.

Mesures de prévention pour les professionnels travaillant près de l'eau

  • Analyse des risques : Les travaux à proximité aquatique doivent faire l’objet d’une analyse poussée des risques pour permettre la rédaction du Document Unique de Sécurité en appréciant à la fois l’environnement matériel et technique et l’efficacité des moyens de protection existants et de leur utilisation selon les postes de travail.
  • Organisation du travail et installations techniques : La prévention la plus efficace est la prévention primaire avec la mise en place d’une organisation du travail et d’installations techniques de sécurité évitant toute chute dans l’eau.
  • Équipements individuels de flottaison : Le port de vêtements individuels de flottaison peut s'avérer indispensable dans certains cas ainsi que la présence systématique de matériel de sauvetage et de premier secours et de personnel formé.
  • Matériel de sauvetage : Une barque au moins, conduite par des mariniers sachant nager et plonger, est placée en permanence auprès des postes de travail les plus dangereux. Cette barque est équipée de gaffes, de cordages et de bouées de sauvetage.
  • Appareil de respiration artificielle : Lorsqu’un chantier fixe occupant plus de vingt travailleurs pendant plus de quinze jours est éloigné de tout poste de secours, un appareil de respiration artificielle ou tout autre dispositif ou moyen d’une efficacité au moins équivalente est placé en permanence sur le chantier.
  • Plan de prévention : Etablir à l’avance un plan de prévention lié aux risques aquatiques permet de prévoir la mise en place de solutions organisationnelles : un plan de transport et un plan de sauvetage lors de travaux à proximité de l’eau est un impératif.
  • Réduction des opérations au-dessus de l'eau : Sur les chantiers du BTP, il convient de réduire au maximum le nombre d’opérations de préparation et d’intervention au-dessus de l’eau en les réalisant sur une zone déportée.
  • Dispositifs de sécurité sur les navires : Les navires doivent être dotés de tous les dispositifs de sécurité réglementaires et avoir été régulièrement contrôlés : zones de circulation avec revêtement antidérapant, mains courantes, filière de sécurité, canot de sauvetage, brassières, trajet des câbles et les cordages guidés et séparés des zones de circulation, appareils de levage conformes aux normes…
  • Chaussures appropriées : La prévention individuelle des chutes commence par la sélection de chaussures appropriées (conformes à la norme générale EN 345 S2).
  • Formation : Une formation théorique et pratique doit initier au port de l’équipement de flottaison et sensibiliser aux gestes élémentaires de sécurité à adopter lorsqu’on tombe à l’eau ou qu’un de ses compagnons doit être sauvé.

Gestes de Premiers Secours en Cas de Noyade

La rapidité d'intervention est cruciale en cas de noyade. Voici les gestes de premiers secours à adopter :

  1. Alerter les secours : Si vous assistez à une noyade (dans une piscine, un plan d'eau, dans la mer…), ne prenez aucun risque, alertez immédiatement la personne en charge de la surveillance du plan d’eau (un surveillant de baignade, ou un MNS - Maître Nageur Sauveteur). La noyade a lieu dans un espace non surveillé ? Si vous n'avez pas été formé à sortir une personne de l’eau, ne prenez aucun risque, envoyez-lui si possible un objet flottant et demandez de l’aide.

    Lire aussi: Prévention des noyades : les mesures clés

  2. Sortir la victime de l'eau : Le secouriste doit atteindre la victime le plus rapidement possible. Si il y a suspicion d’un traumatisme (plongeon), la victimes est extraite de l’eau en position horizontale, en respectant l’axe tête-cou-tronc et en stabilisant la tête en position neutre.

  3. Évaluer l'état de conscience et la respiration : Une fois la victime sortie de l’eau, commencez par vérifier si elle réagit en lui parlant et en lui posant des questions. Vous pourrez ainsi facilement contrôler et évaluer son niveau de conscience.

    • Victime consciente et respirant : Si la victime est consciente et respire, demandez-lui de se calmer. Allongez-la confortablement, couvrez-la et appelez les secours. La victime devra de toute façon être examinée (notamment pour vérifier l'absence de complications pulmonaires).
    • Victime inconsciente mais respirant : La victime ne parle pas et ne réagit pas. Pour vérifier qu'elle respire, vous devez commencer par libérer ses voies aériennes. Pour cela, placez d’abord l’une de vos mains sur le front de la victime et basculez doucement sa tête en arrière. À l'aide de votre autre main, dégagez ensuite ses voies respiratoires : pour cela, positionnez l’extrémité de vos doigts sous son menton, et ouvrez-lui la bouche (pour décoller la langue du fond de la gorge, et ainsi dégager les voies aériennes). Ensuite, vérifiez si la victime respire normalement ou non. Penchez-vous et écoutez les bruits de sa respiration. En même temps, vérifiez que sa poitrine se soulève et s’abaisse de manière régulière. Vous devez observer, sentir et écouter une respiration régulière pendant au moins 10 secondes d’affilée. Après vous être assuré de l’état de la victime, appelez les secours (vous pourrez alors leur transmettre des informations précises et utiles). En attendant leur arrivée et si la victime respire normalement, vous devez mettre la victime en PLS (Position Latérale de Sécurité). Attrapez le bras de la victime le plus proche de vous, et placez-le dans une position à angle droit de son corps. Veillez à ce que la paume de sa main reste tournée vers le haut. Saisissez ensuite son autre bras, et placez le dos de sa main contre son oreille, de votre côté. Avec votre autre main, attrapez la jambe qui se trouve le plus loin de vous, et relevez-la (le pied de la victime doit rester au sol). Faites rouler la victime en tirant sur sa jambe, jusqu’à ce que son genou touche le sol. Dégagez ensuite votre main. En PLS, la hanche, le genou et le pied de la victime doivent former un angle droit. Enfin, pour permettre à l’eau de s’écouler vers l’extérieur, ouvrez la bouche de la victime d'une main, sans faire bouger sa tête. Vérifiez régulièrement sa respiration, jusqu'à l'arrivée des secours.
    • Victime ne respirant pas normalement : Si la victime est inconsciente et ne respire plus (ou anormalement), demandez immédiatement à quelqu’un d'appeler les secours, et commencez une réanimation cardio-pulmonaire. Si un défibrillateur automatisé externe est disponible, utilisez-le en priorité.
  4. Réanimation cardio-pulmonaire (RCP) : Si la victime ne respire pas ou ne respire pas normalement, commencez immédiatement la RCP.

    • Compressions thoraciques : Placez la victime sur le sol ou une autre surface dure. Après l'avoir dévêtue (au niveau de la poitrine), mettez-vous à côté d’elle à genoux, et commencez par poser le talon de l’une de vos mains au milieu de sa poitrine. Placez ensuite le talon de votre autre main sur la première, et solidarisez vos deux mains. Veillez à ce que vos mains ne soient positionnées ni sur les côtes de la victime, ni sur la partie inférieure de son sternum. Pour réaliser les compressions, vos épaules doivent se situer juste au-dessus de la poitrine de la victime. Gardez vos bras tendus, et comprimez le sternum verticalement, en l’enfonçant de 5 à 6 cm. Après chaque compression, laissez sa poitrine reprendre sa position naturelle, en laissant vos mains en position sur le sternum : cela permet au sang de revenir vers le cœur. Le temps de compression doit être le même que celui du relâchement de la pression. Après avoir effectué les 30 compressions (environ 2 par seconde), vous devez pratiquer 2 insufflations dans la bouche de la victime.
    • Bouche-à-bouche : Pour réaliser le bouche-à-bouche (ou les insufflations), basculez doucement la tête de la victime en arrière et soulevez légèrement son menton. Placez l'une de vos mains sur son front et pincez ses narines entre votre pouce et votre index. Avec votre autre main, faites en sorte que sa bouche reste ouverte (maintenez doucement son menton). Prenez une inspiration normale, rapprochez-vous du visage de la victime et recouvrez entièrement sa bouche avec la vôtre. Soufflez l'air de vos poumons dans la bouche de la victime, lentement et régulièrement. Pendant l’insufflation, vérifiez que sa poitrine se soulève bien. Après chaque insufflation, redressez-vous rapidement pour vérifier que la poitrine de la victime s'abaisse à nouveau (son menton doit toujours être relevé et sa tête basculée en arrière). Inspirez à nouveau normalement, et pratiquez la seconde insufflation. Chacune des 2 insufflations doit durer 1 seconde environ (elle ne doit être ni trop longue, ni trop courte).
    • Alterner compressions et insufflations : Une fois les 2 insufflations réalisées, replacez vos mains dans la bonne position et pratiquez à nouveau 30 compressions thoraciques. Continuez la réanimation (toujours en alternant 30 compressions et 2 insufflations), jusqu’à ce que la victime respire à nouveau normalement, ou jusqu’à l’arrivée des secours d'urgence. Si vous n’avez pas été formé aux premiers secours ou si vous ne vous sentez pas capable d’effectuer le bouche à bouche, vous pouvez n’effectuer que des compressions thoraciques (à un rythme de 2 compressions par secondes - 120 par minute) dans l’attente des secours.
  5. Surveillance continue : Une fois la réanimation commencée, continuez jusqu'à l'arrivée des secours ou jusqu'à ce que la victime montre des signes de vie. Dès que le massage cardiaque n’est plus nécessaire, les patients inconscients sont mis en P.L.S.. Lors d’un vomissement, la tête est latéralisée. La bouche est nettoyée avec les doigts, une aspiration pouvant alors être utile. Par ailleurs, les vêtements mouillés sont retirés et une couverture de survie est mise en place.

Manœuvres à éviter

  • Aspiration de l'eau des poumons : Il n’est pas nécessaire, voire potentiellement dangereux d’aspirer l’eau des poumons . L’aspiration ne permet de retirer qu’une quantité minime de liquide et risque de provoquer une contraction abdominale à l’origine de la régurgitation du contenu gastrique.
  • Manœuvre de Heimlich systématique : La manœuvre de Heimlich ne doit pas être réalisée systématiquement. Elle retarde la mise en œuvre d’une réanimation respiratoire efficace. Elle est indiquée en absence de preuve évidente de noyade, si les secouristes suspectent un corps étranger obstruant les voies aériennes. Des compressions thoraciques sont préférables à la pratique de l’authentique manœuvre de Heimlich.
  • Manœuvres pour provoquer la toux ou les vomissements : Il ne faut jamais tenter de manœuvre destinée à provoquer la toux ou les vomissements.

Types de Noyade

Il existe plusieurs types de noyade, définis par les mécanismes physiologiques en jeu :

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  • Noyade par inhalation : Caractérisée par la présence d'une grande quantité d'eau dans l'estomac avec inhalation et parfois un nombre élevé d'alvéoles lésées.
  • Noyade sèche : Quelquefois, le spasme laryngé persiste et l’inondation des voies aériennes ne se produit pas (noyade à poumons secs).
  • Noyade secondaire : Elle fait référence à des complications pulmonaires qui surviennent après un incident de submersion, même si la victime a été initialement réanimée avec succès.

Importance de la Formation aux Premiers Secours

La formation aux premiers secours est essentielle pour savoir comment réagir efficacement en cas de noyade. La Croix-Rouge française, par exemple, propose différentes formations, dont la formation GQS (« Gestes qui Sauvent ») qui permet de s’initier facilement aux gestes de premiers secours, à pratiquer face à des accidents de la vie quotidienne ou dans des situations exceptionnelles. Acquérir les bons réflexes permet d’empêcher l’aggravation de l’état de la victime, et de préserver son intégrité physique en attendant l’arrivée des secours.

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