Nageur Olympique vs Nageur Comparatif: Analyse des Morphologies et Techniques

Ce soir, les regards se tournent vers Florent Manaudou lors de la finale du 50m nage libre. Paradoxalement, bien que nommée "nage libre", cette épreuve verra tous les compétiteurs adopter le crawl. Cette prédominance du crawl soulève une question fondamentale : pourquoi le crawl et la nage libre sont-ils devenus quasiment synonymes dans le monde de la natation de compétition ?

La Domination du Crawl: Efficacité et Réglementation

L'efficacité est la raison principale de la popularité du crawl. Il s'agit du style de nage le plus rapide. Sur une distance de 50 mètres, le crawl surpasse le dos de 3 secondes et la brasse, la nage la plus lente, de 5 à 6 secondes. César Cielo avait établi un record de 20"91 en crawl sur 50m, tandis que les records pour le dos et la brasse sont respectivement de 23"55 et 25"95. Ces écarts significatifs se retrouvent sur toutes les distances et dans les records féminins.

Selon l'article 5 du règlement de la Fédération Internationale de natation, la "nage libre signifie que le nageur peut nager n'importe quel style de nage". En théorie, les athlètes sont libres de choisir leur style. Cependant, la brasse, le dos et le papillon ont leurs propres catégories, laissant la catégorie "nage libre" comme la seule option pour ceux qui souhaitent concourir en crawl.

Il existe une nuance importante dans le règlement : lors d'une épreuve de 4 nages individuelles ou de relais 4 nages, la "nage libre signifie tout style de nage autre que le dos, la brasse ou le papillon". Par conséquent, les nageurs n'ont pas toujours un choix libre lors des épreuves dites "libres".

En résumé, même si la catégorie est nommée "nage libre", le choix est limité par la réglementation et les performances, qui favorisent le crawl comme la nage de prédilection.

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Évolution des Morphologies des Nageurs Olympiques

Depuis le début des Jeux Olympiques, l'attention s'est portée sur la morphologie des nageurs. La question de la masse musculaire est devenue centrale dans le monde de la natation professionnelle. À l'instar de Florent Manaudou, certains évoquent même leur poids dans la presse. Avec son 1,99m pour 100kg, Manaudou incarne le physique typique du nageur : grand, avec une masse musculaire développée et de larges épaules, un physique de pur sprinteur.

Cependant, une évolution s'est amorcée depuis les JO de Tokyo en 2021. Les records du monde du 100m ont été battus par David Popovici et Pan Zhanle, tous deux nés en 2004. Avec leur 80kg, ces deux athlètes détonnent par rapport à leurs prédécesseurs, comme Caeleb Dressel (88kg) ou Alain Bernard (95kg). En France, Léon Marchand, quintuple champion du monde, affiche seulement 77kg, tandis que Michael Phelps pesait 90kg à son apogée (pour 7cm de plus).

Selon Robin Pla, "Sur le 100m et le 200m, les deux morphologies se croisent. Normalement, plus on raccourcit les distances, plus la force est une donnée prédominante. À Tokyo déjà, les nageurs moins développés tiennent les plus musclés. Aujourd'hui, les nageurs, principalement nés dans les années 2000, ne basent plus forcément leurs performances sur la dimension physique."

Léon Marchand est un excellent exemple de ce nouveau style. Il se distingue par la justesse de sa nage, au point d'impressionner Michael Phelps lui-même. Phelps s'est exclamé : "Sa nage est si parfaite. Je suis impressionné. Quelle course !" lorsque le Français a battu son record du monde du 400m 4 nages au championnat du monde de Fukuoka.

Ces jeunes athlètes mettent davantage l'accent sur la technique. Robin Pla explique : "On travaille beaucoup plus la technique aux entraînements. Que ce soit pour Léon Marchand, les dossistes filles ou encore les papillonneuses de l'équipe de France, leurs progrès sont principalement dus à l'amélioration technique des coulées."

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La souplesse est une autre caractéristique qui a fait son apparition dans la natation professionnelle, avec Michael Phelps comme précurseur. "On les voit tous maintenant aux échauffements à faire des exercices de mobilité", sourit le scientifique. "Les athlètes sont plus souples qu'avant, ce qui leur permet aussi d'être précis dans leur nage. Le problème c'est que la masse musculaire limite cette souplesse."

Une question demeure : ces jeunes athlètes vont-ils se muscler avec l'âge ? Il est important de se rappeler que les champions actuels, nés entre 2002 et 2005, n'ont pas encore atteint leur maturité physique, estimée entre 23 et 25 ans. Maxime Grousset, qui participe au 50m, 100m nage libre et 100m papillon, vient d'atteindre cette barre et pèse désormais 85kg.

Selon le responsable de la performance, les Jeux olympiques actuels pourraient donner des indications sur la voie à suivre pour les entraînements des prochaines années. "Si les Américains raflent toutes les médailles, eux qui restent dans le style de puissance, alors on se posera peut-être des questions", souffle-t-il.

Léon Marchand a remporté son premier titre olympique lors de la finale du 400m 4 nages, illustrant le succès de cette nouvelle approche.

Morphologie et Performance: Une Étude Approfondie

Le physique des nageurs est un sujet de conversation courant, souvent associé à des expressions comme "taillés en V" ou "larges épaules". Une étude récente menée par l'IRMES (Institut de Recherche bio-Médicale et d'Epidémiologie du Sport) au sein de l'INSEP a analysé l'impact de la morphologie sur les nageurs de haut niveau.

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Traditionnellement, la recherche en natation se concentre sur les aspects énergétiques et techniques. Cependant, cette étude a exploré le lien entre la morphologie et la performance, confirmant l'idée que les nageurs les plus grands sont souvent les plus rapides.

Les chercheurs ont collecté des données de taille, de poids et d'IMC pour les nageurs du Top 100 mondial en nage libre entre 2000 et 2014, pour les deux sexes, constituant une base de données de plus de 8000 observations.

Les résultats ont révélé que les caractéristiques morphologiques peuvent améliorer la vitesse de 0,7 à 3% chez les hommes et de 1 à 6% chez les femmes, selon la distance de l'épreuve.

Chez les hommes, il est préférable d'être grand et lourd pour le 50m NL, avec un avantage pour ceux mesurant plus de 1m95 et pesant plus de 90 kg. La taille reste un facteur important pour toutes les distances, mais le poids devient limitant à partir du 100m, surtout sur les longues distances.

Chez les femmes, le poids n'a pas d'impact sur les épreuves de 50 au 200m NL. La taille est le facteur déterminant pour améliorer la vitesse.

Cette étude confirme que les nageurs les plus grands ont une plus grande probabilité d'être plus rapides, probablement en raison d'une réduction du coefficient de vague et d'une meilleure propulsion grâce à une plus grande envergure de bras.

La masse peut être un avantage pour les sprinters hommes, grâce à une masse musculaire supérieure et une puissance accrue. Cependant, cet avantage diminue dès le 100m, où le rendement énergétique devient plus important et une masse excessive peut entraîner un coût énergétique trop élevé.

L'IMC n'est pas un facteur prépondérant de la performance en natation, probablement en raison de la poussée d'Archimède.

Une différence notable entre hommes et femmes a été observée : la masse corporelle n'est pas un facteur déterminant pour la performance chez les femmes. Chez les hommes, l'effet "poids" peut être observé en raison d'une masse musculaire plus importante chez les sprinters. De plus, les combinaisons autorisées pour les femmes, qui couvrent une plus grande partie du corps, peuvent leur permettre de maintenir un effort avec une masse musculaire plus importante jusqu'au 200m.

En conclusion, la morphologie a un impact important chez les nageurs de haut niveau. Les nageurs les plus grands ont une plus grande probabilité d'être plus rapides. Des études complémentaires pourraient explorer l'impact de l'envergure des bras, de la taille des mains et des jambes pour déterminer le profil morphologique idéal du nageur. De plus, il serait intéressant d'étudier les autres nages, notamment la brasse, où les nageurs sont souvent plus petits.

Léon Marchand: Un Successeur de Michael Phelps?

Léon Marchand, à 22 ans, est souvent comparé à Michael Phelps, qui avait remporté de nombreuses médailles à son âge. Entraîné par Bob Bowman, l'ancien entraîneur de Phelps, Marchand est considéré comme son successeur.

Phelps lui-même a salué les ambitions du jeune Français, affirmant que "Dans mon cas, personne ne croyait que j’étais capable de faire ce que j’essayais de faire. Mais au fond de moi, j’y croyais. C’est la même chose pour lui."

Lors des JO de Paris 2024, Marchand vise potentiellement cinq médailles d'or, dont quatre en courses individuelles. Il a déjà triomphé sur le 400 mètres quatre nages, établissant un record olympique.

Cependant, Phelps reste une figure emblématique avec 59 médailles, dont 47 en or et 28 lors de compétitions olympiques.

Marchand a participé à ses premiers JO à Tokyo en 2021, terminant 6e sur le 400 mètres. En 2022, il a remporté deux médailles d'or et une en argent. En 2023, il a remporté des médailles d'or sur 200 mètres papillon, 200 mètres 4 nages et 400 mètres 4 nages.

Malgré son potentiel, Marchand est encore loin du record de Phelps. Cependant, Bob Bowman croit en son potentiel, affirmant qu'il s'agit d' « un très grand challenge, probablement plus grand que n’importe quel défi que Michael Phelps a dû affronter ».

Si Marchand est moins médaillé que Phelps, il est peut-être plus ambitieux.

Bien que désigné comme le successeur de Phelps, Marchand est différent de l'Américain. Il a été surnommé le "Michael Phelps français" après avoir battu les records universitaires américains depuis 2022, mais cette comparaison semble prématurée compte tenu de la carrière de Phelps.

Phelps lui-même apprécie les exploits du Français et l'a encouragé lors de sa tentative de doublé sur le 200m papillon et 200m brasse.

Bowman souligne les différences entre les deux nageurs, notamment le physique : "Michael est plus grand et plus fort". Il note également que Marchand est plus décontracté, tandis que Phelps a besoin de tension et d'intensité.

Marchand est considéré comme plus "aquatique" avec un "ressenti unique qui le fait plus ressembler à un poisson", tandis que Phelps est "plus puissant" et "plus humain" dans l'eau.

La coulée est une spécialité de Marchand, Bowman affirmant n'avoir "jamais vu personne au monde faire des ondulations comme Léon". La distance de la dernière coulée de Marchand à Fukuoka en 2023 était de 14,77m, contre 7,5 mètres pour Phelps.

Leurs points forts sont également différents, le dos étant le point fort de Phelps et la brasse celui de Marchand.

Phelps aurait dit à Marchand : "Je pense que tu peux aller plus vite" après son record sur le 400 4 nages à Fukuoka.

Cependant, Marchand ne semble pas vouloir être le successeur de Phelps. Chase Kalisz, ancien partenaire d'entraînement de Phelps, note que "Léon ne se considère pas comme quelqu’un qui doit être à la hauteur du standard établi par Michael (…) Je n’ai jamais vraiment l’impression qu’il essaie de prendre la place de Michael à quelque égard que ce soit".

Marchand a une personnalité et une approche de la natation différentes de celles de Phelps, mais il obtient les mêmes résultats. Il tentera de se qualifier pour une 4e médaille individuelle lors des JO de Paris 2024, mais il lui reste encore du chemin à parcourir pour atteindre le record de 8 médailles en une seule édition établi par Phelps en 2008.

La Natation: Un Art du Rythme et de la Conquête

Gilles Deleuze différencie ceux qui barbotent de ceux qui nagent avec vitesse et excellence, à l'instar de Léon Marchand.

Deleuze affirmait que "La nage est une conquête de l’existence". Cette conquête est menée à un niveau olympique par Léon Marchand, qualifié sur quatre épreuves aux JO de Paris 2024.

La force d'un nageur de haut niveau réside dans sa connaissance du rythme aquatique. Respirer correctement est essentiel, et la connaissance précise du bon rythme distingue un grand nageur d'un "barboteur".

Le nageur apprend à composer avec l'eau, à faire en sorte qu'elle ne soit plus un obstacle, mais une alliée. Le nageur de compétition donne l'impression de nager dans une descente, de se propulser plutôt que de flotter.

Le plongeon, première étape d'une compétition, est une propulsion vers l'eau, visant à pratiquer la "coulée", un mouvement d'ondulation du bassin qui entretient la vitesse.

La nage libre permet au nageur de choisir la nage qu'il souhaite, mais le crawl est privilégié pour sa vitesse et son efficacité. Paul Morand décrit le crawl comme la nage où le corps humain atteint la plus grande beauté, une beauté reptilienne.

Chez le nageur expérimenté, le crawl s'associe à un plaisir du geste juste et maîtrisé. Le crawl est une esquisse mille fois recommencée, où le muscle se réjouit autant que le cerveau.

Le dos crawlé est un crawl sur le dos, avec l'avantage d'être soutenu sans fatigue, car la bouche n'est pas immergée.

La brasse coulée, ou nage de la grenouille, est intuitive et souvent la première que l'on apprend. Elle évoque l'amplitude et la majesté du geste.

Le papillon est la nage la plus technique et la plus difficile à apprendre, caractérisée par des mouvements de bassin et une traction des bras. Les Italiens et les Allemands l'appellent la nage "dauphin", une métaphore plus appropriée.

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