Lia Thomas : Controverses autour d'une nageuse transgenre

Introduction

Lia Thomas, une nageuse transgenre américaine, est devenue le centre d'une vive controverse en raison de ses performances sportives dans les compétitions féminines. Cette controverse soulève des questions complexes concernant l'inclusion des athlètes transgenres dans le sport, l'équité sportive et les politiques régissant la participation des athlètes transgenres.

Parcours et transition de Lia Thomas

Née au Texas, Lia Thomas a commencé sa transition en mai 2019, avec un traitement hormonal visant à réduire son taux de testostérone. Elle avait réalisé qu’elle était « trans » à l’été 2018. Avant sa transition, elle a nagé avec l'équipe masculine de l'université de Pennsylvanie. Elle a expliqué que nager chez les hommes lui causait beaucoup de détresse. Après avoir suivi un traitement de suppression de la testostérone pendant au moins un an, elle a été autorisée à concourir dans les compétitions féminines de la NCAA (National Collegiate Athletic Association).

Performances et records

Depuis qu'elle a commencé à concourir dans les compétitions féminines, Lia Thomas a réalisé des performances remarquables. Début décembre, dans l’Ohio, elle réalise les meilleures performances de l’année sur 200 yards (183 mètres) libre (1 min 41 sec 93″) et sur 500 yards (457 mètres) libre (4 min 34 sec 06″). En mars 2022, elle est devenue la première nageuse transgenre à remporter un titre universitaire aux États-Unis, en remportant la finale du 500 yards nage libre féminine aux championnats NCAA.

Ces performances l'ont placée parmi les meilleures nageuses universitaires américaines, approchant voire titillant les records de véritables légendes des bassins de NCAA et de la natation mondiale. Sur le 200 yards, le record de Missy Franklin, quadruple championne olympique, est à moins de trois secondes des chronos de Lia Thomas (1'39'10). La marque établie par Katie Ledecky, septuple médaillée d’or aux JO, sur le 500 yards est à dix secondes tout pile du temps de Lia Thomas sur la distance (4'24''06).

La controverse

La participation de Lia Thomas aux compétitions féminines a suscité une vive controverse. Ses détracteurs estiment qu'elle bénéficie d'un avantage physiologique injuste en raison de son passé en tant qu'homme. Ils soulignent que sa transition a été entamée après la puberté, ce qui lui conférerait une force et une endurance supérieures à celles des femmes nées femmes.

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En février, l'instance dirigeante de la natation aux Etats-Unis, USA Swimming, avait dévoilé de nouvelles directives prévoyant un seuil plus strict pour le taux de testostérone des athlètes - ce qui, de l'avis général, rendrait plus difficile la participation de Lia Thomas à des compétitions importantes. Mais la NCAA, qui régit le sport universitaire, avait alors déclaré qu'elles n'appliquait pas ces règles plus dures, permettant alors à Thomas de concourir à Atlanta depuis le 16 mars.

Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ce qu'elles considèrent comme une injustice envers les athlètes féminines. Des anciennes athlètes et des officiels ont critiqué les règles de la NCAA, les jugeant trop permissives et insuffisamment protectrices de l'équité sportive. Nancy Hogshead, triple championne olympique de natation, a notamment déclaré que Lia Thomas bénéficie d'un avantage physiologique dans les compétitions féminines du fait de son passé en tant qu'homme. Cynthia Millen, déléguée au sein de la Fédération américaine pendant près de trente ans, a démissionné à cause de la nageuse de 22 ans.

Soutiens et défense de l'inclusion

Malgré la controverse, Lia Thomas a également reçu un large soutien de la part de nombreux athlètes, militants et organisations LGBTQ+. Ses défenseurs estiment qu'elle devrait être autorisée à concourir librement en tant que femme et que les discriminations à l'égard des personnes transgenres doivent être combattues.

Dans le camp d'en face, 300 nageurs et nageuses, en activité et en retraite, avaient au contraire pris position en faveur de Thomas, dont Sullivan arrivée troisième jeudi.

Certains soulignent que Lia Thomas respecte les règles de la NCAA, qui autorisent les femmes transgenres à concourir après un traitement de suppression de la testostérone pendant au moins un an. Ils mettent en avant le fait qu'elle s'entraîne dur et qu'elle est victime de rhétorique violente en raison de son identité transgenre.

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Erica Sullivan, médaillée d'argent sur 1.500 mètres aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021, a publiquement pris la défense de Lia Thomas, soulignant qu'elle s'entraîne rigoureusement et qu'elle a suivi toutes les règles qui lui ont été présentées. Elle a ajouté que Lia Thomas mérite d'être saluée pour ses victoires difficiles, et non d'être qualifiée de tricheuse en raison de son identité.

Implications politiques et sociétales

La controverse autour de Lia Thomas a également des implications politiques et sociétales plus larges. Elle s'inscrit dans un contexte de débat sur les droits des personnes transgenres et sur l'inclusion des personnes transgenres dans le sport et dans d'autres domaines de la vie.

Plusieurs États conservateurs aux États-Unis ont adopté des lois visant à barrer la route des jeunes filles transgenres au sport féminin à l'école. Ces lois sont dénoncées par les défenseurs des droits des personnes transgenres comme étant discriminatoires et excluant les personnes transgenres de la société.

La controverse est aussi politique aux Etats-Unis. Plusieurs Etats conservateurs ont récemment adopté des lois pour barrer la route des jeunes filles transgenres au sport féminin à l'école. Donald Trump, l’ancien président, a ainsi lancé, le 15 janvier, lors d’un meeting dans l’Arizona : "Nous interdirons aux hommes de participer à des compétitions féminines".

Réactions des instances sportives

Face à la controverse, les instances sportives ont été confrontées à un véritable casse-tête. Elles doivent trouver un équilibre entre le souci d'inclusion des athlètes transgenres et la protection de l'équité sportive.

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En novembre, le Comité International Olympique (CIO) a renvoyé la balle à chaque sport, soulignant l'absence de "consensus scientifique sur le rôle de la testostérone dans la performance dans l'ensemble des sports". La NCAA a repris jeudi cette approche différenciée, tout en évoquant l'application de seuils de testostérone.

La NCAA a décidé de faire évoluer sa réglementation. A place du traitement obligatoire imposé pour bloquer la testostérone, la NCAA devrait s’aligner sur le CIO. Faute de consensus médical clair sur le bénéfice de cette hormone, le Comité International Olympique a décidé de laisser les sports choisir au cas par cas.

Le futur de Lia Thomas

A 22 ans, Lia Thomas a enchaîné les belles performances et les records dans les bassins universitaires américains. Mais la nageuse ne pourra plus participer aux épreuves de la NCAA, à la suite d'une modification du règlement limitant la participation des athlètes transgenres aux compétitions après une grosse polémique aux Etats-Unis.

Comme la saison universitaire est terminée, Lia Thomas va s'éclipser un temps. Après sa course et sa victoire, elle ne s'est pas présentée en conférence de presse, se contentant de quelques phrases convenues au micro d'ESPN. Depuis, elle garde le silence. Reste qu'à Sports Illustrated, elle a néanmoins affirmé qu'elle aimerait participer aux sélections américaines pour les Jeux Olympiques de Paris en 2024.

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