Camil Ould Doua : Un Rêve Olympique de Talence à Paris via la Mauritanie

À 22 ans, Camil Ould Doua, un nageur originaire de Gironde, s’apprête à vivre une aventure exceptionnelle : représenter le pays de son père aux Jeux Olympiques de Paris sur les épreuves de 50 et 100 mètres nage libre. Son parcours, digne d’un conte de fées, est marqué par des espoirs, des défis, des rebondissements et, finalement, un dénouement heureux.

Un Rêve d'Enfant Devenu Réalité

L'histoire commence à Talence, où un jeune Camil, lors d’un entraînement, griffonne sur un post-it son rêve le plus cher : participer un jour aux Jeux Olympiques. Son entraîneur de l’époque garde précieusement cette note en mémoire. Quelques années plus tard, à l’automne, ce même garçon, devenu adulte, revient vers lui, lui demandant de le coacher pour les JO de Paris.

Un détail amusant de sa biographie : Camil n'est pas né en Gironde, mais à Valenciennes. Sa mère, originaire du Nord, tenait à ce que tous ses fils naissent dans sa région natale, un aller-retour pour l'accouchement étant une nécessité. On pourrait croire que dès ses premiers instants, la vie de Camil, le troisième d'une fratrie de quatre, était destinée à prendre une tournure extraordinaire.

Représenter la Mauritanie : Un Hommage aux Racines

L'histoire de Camil est d'autant plus touchante qu'il représentera la Mauritanie, le pays de son père, aux Jeux. Son père a quitté la Mauritanie pour poursuivre ses études en France. C'est un geste fort pour ce petit État d'Afrique du Nord-Ouest, où la natation est loin d'être une priorité nationale. "En Mauritanie, il n'y a que le football. La natation ? Il n'existe pas d'infrastructures, les seules piscines existantes sont celles des hôtels", explique Camil, soulignant les défis considérables pour développer ce sport dans son pays d'origine.

Le Cauchemar de 2020 et la Renaissance

C’est un concours de circonstances assez incroyable qui lui a ouvert la porte des Jeux. Camil a commencé la natation "à 4, 5 ans, suivant ses grands frères. J'aimais bien l'ambiance, et puis on habitait à côté de la piscine, c'était pratique".

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Il avait déjà tenté de participer aux Jeux de Tokyo en 2020, mais son rêve s'était transformé en cauchemar. "Comme j'ai la double nationalité française et mauritanienne, je pensais pouvoir représenter la Mauritanie, mais à l'époque il me fallait renoncer à la française, ce qui n'était pas envisageable."

À cette déception se sont ajoutés deux événements imprévisibles : la disparition du club du Cercle des Nageurs de Talence et l'épidémie de Covid-19. "J'ai tout arrêté. La natation. La fac de sciences. C'était dur. Et puis un jour, j'ai décidé de reprendre ma vie en main. Je me suis inscrit au Creps, j'ai recommencé à nager tout seul, en payant mes tickets d'entrée à la piscine. J'ai alors appris que la loi mauritanienne concernant les binationaux avait changé."

Camil n'hésite pas et saute dans un avion direction le siège du Comité Olympique mauritanien. Sensible à son histoire et à sa détermination, le président Abderrahmane Ethmane lui accorde sa confiance, conscient qu'il n'avait "rien à perdre". En moins de deux mois, les papiers sont finalisés : le rêve parisien est devenu réalité.

Un Modèle pour la Jeunesse Mauritanienne

Pour Camil, sa participation aux Jeux Olympiques va bien au-delà d'une simple compétition. Il voit cet événement comme une opportunité unique de mettre en lumière son pays et de promouvoir le développement de la natation en Mauritanie. "Je donne des records à battre, je peux être une figure, un modèle pour les jeunes. La natation, c'est un sport résilient, qui pousse à se dépasser. C'est aussi un sport de sensations, dans un milieu qui n'est pas naturel : il faut être complètement dans sa bulle, dans le moment présent : on ne pense qu'à ce qu'on est en train de faire. Elle aide à devenir une meilleure personne car elle apprend l'humilité."

Objectif : 24 Secondes

Avec des temps de 25''09 sur 50 mètres et de 57''30 sur 100 mètres nage libre, réalisés lors des derniers championnats du monde, Camil est conscient qu'il ne sera pas champion olympique. Cependant, il progresse constamment : "À ma première compétition, j'ai nagé le 50 mètres en 27''10. À chaque sortie, j'améliore les records mauritaniens." Son objectif à Paris est d'atteindre les 24 secondes. Il espère également croiser Léon Marchand, l'un des meilleurs espoirs de médaille français, qu'il a connu lors de compétitions dans leur jeunesse.

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Camil a mis ses études pour devenir éducateur sportif entre parenthèses pour se consacrer pleinement à sa préparation. Dès qu'il a reçu le feu vert du Comité Olympique mauritanien, il a sollicité Grégory Mallet, double médaillé d'argent en relais aux Jeux Olympiques, pour devenir son entraîneur. "Il était obligé ! Quand il m'a repris, mon corps était éteint. L'objectif, c'était moins d'un an pour performer. J'étais dans le rouge, je vomissais à chaque séance."

Camil s'entraîne chaque matin à la piscine de Thouars, à Talence, et de nouveau le soir, avec des séances de musculation. "L'entraînement fait disparaître la pression parce que quand tu ne fais pas semblant, tu te sens bien et ça transcende." Il apprécie particulièrement l'approche de Grégory Mallet : "Greg est un super entraîneur car il ne me pousse pas dans mes retranchements : il prévoit toujours une heure très intensive, puis une séance plus ludique. Cela peut être de l'escalade, du trampoline… Il m'aide aussi beaucoup sur les à-côtés. C'est mon mentor."

Porte-Drapeau de la Mauritanie

Un honneur supplémentaire attend Camil Ould Doua : il a été choisi pour être le porte-drapeau de la délégation mauritanienne lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris.

Thomas Sammut : L'Entraîneur Discret Derrière le Succès

L'histoire de Camil croise également celle de Thomas Sammut, un entraîneur qui préfère l'ombre à la lumière. Après avoir quitté Marseille et le Cercle des nageurs, où il a côtoyé des figures telles que Camille Lacourt, Frédérick Bousquet et Fabien Gilot, Sammut a trouvé la quiétude à Guidel, dans le Morbihan.

Son parcours atypique explique en partie sa modestie. Plus jeune, Thomas Sammut n'était pas un élève modèle. "Cancre dans les étoiles", comme le titre de son premier livre, il a trouvé dans le sport, et notamment la natation, un moyen de se canaliser.

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Après avoir obtenu ses diplômes d'entraîneur, il a travaillé à Lorient puis à Nantes, où il a entraîné le groupe élite pendant cinq ans. Ses compétences et sa manière d'amener la performance auprès des athlètes ont été remarquées par des organismes de formation, qui lui ont proposé de devenir formateur en entreprise. Pendant neuf ans, il a formé des cadres, avant de revenir à la natation, sollicité par Romain Barnier, le directeur du Cercle des nageurs de Marseille.

Leçons Tirées des Erreurs Passées

L'expérience de Frédérick Bousquet aux Championnats du Monde de Shanghai illustre l'importance de la gestion des efforts en compétition. Bousquet, éliminé dès les séries du 50 mètres, a reconnu avoir mal géré sa course, une erreur qu'il a payée cher. Cette mésaventure souligne la nécessité d'une préparation mentale et physique rigoureuse pour performer au plus haut niveau.

Un Projet pour l'Avenir de la Natation Mauritanienne

Au-delà de sa participation aux Jeux Olympiques, Camil nourrit un projet ambitieux pour l'avenir de la natation en Mauritanie. Il souhaite construire la première piscine du pays afin d'enseigner la natation et de réduire les noyades, qui sont fréquentes le long de la côte à Nouakchott. Son rêve olympique est donc porteur d'un message d'espoir et de développement pour son pays d'origine.

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