Gabriel dos Santos Araujo : Un géant de la natation paralympique brésilienne

Les Jeux Paralympiques de Paris 2024 ont mis en lumière des athlètes exceptionnels, dont le nageur brésilien Gabriel dos Santos Araujo. À 22 ans, ce dernier s'est imposé comme une figure emblématique de la para-natation, en remportant plusieurs médailles d'or et en captivant le public par sa technique unique et sa personnalité attachante.

Une étoile montante de la natation paralympique

Gabriel dos Santos Araujo, surnommé affectueusement « Gabrielzinho » (le petit Gabriel) en raison de sa petite taille (1,21 m), a marqué les esprits lors des Jeux Paralympiques de Paris 2024. Le 29 août, il a décroché la médaille d'or du 100 m dos (catégorie S2) avec un temps de 1 min 53 sec 67, devançant largement ses concurrents. Par la suite, il a remporté l'or sur 200 m nage libre en catégorie S2, son troisième titre depuis le début des Jeux. Déjà meilleur temps des séries, l’athlète de 22 ans a bouclé la distance en 3 min 58 sec 92/100, terminant avec plus 15 secondes d’avance sur le Russe Vladimir Danilenko, concourant sous bannière neutre. Il a pris les devants dès son entrée dans l’eau et n’a cessé de creuser son avance tout au long de la course, sous les encouragements du public de La Défense Arena.

Porte-drapeau du Brésil lors de la cérémonie d'ouverture, Gabrielzinho avait déjà remporté une première médaille d'or jeudi sur 100 m dos, ouvrant le compteur de son pays, et une deuxième samedi en finale du 50 m dos.

Un parcours atypique façonné par la détermination

Atteint de phocomélie, une malformation congénitale due à l'arrêt du développement d'un ou de plusieurs membres durant la grossesse, Gabriel est né sans bras et avec des jambes atrophiées. Bien qu'il soit capable de marcher sur ses deux pieds, il présente des moignons au niveau des épaules.

Dès son plus jeune âge, ses parents l'ont encouragé à mener une vie normale. « Comme on voulait qu’il ait une enfance normale, on l’amenait dans un club où il y avait une piscine. À quatre ou cinq ans, il savait déjà nager, même s’il n’avait pas de bras », a récemment indiqué à l’AFP sa mère Ineida Magda dos Santos.

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Gabriel découvre la compétition en 2015, lorsqu'un enseignant l'inscrit à un tournoi scolaire sans le consulter. Il y remporte cinq médailles, révélant ainsi son talent pour la natation. « Un enseignant l'a inscrit sans me consulter et il a gagné cinq médailles.

La technique du dauphin : une adaptation ingénieuse

Pour compenser l'absence de bras, Gabrielzinho a développé une technique de nage unique, qu'on pourrait appeler la nage du dauphin. Il ondule dans l'eau avec des mouvements de bassin amples et puissants. « Pour nager, Gabrielzinho ondule dans l'eau comme un dauphin, avec des mouvements de bassin. Cette technique, perfectionnée avec son entraîneur Fabio Pereira Antunes, lui permet de se propulser efficacement dans l'eau.

Il a perfectionné cette technique avec son entraîneur, Fabio Pereira Antunes. Le para-sportif s’entraîne six fois par semaine, dans la piscine à Juiz de Fora, ville de l’État du Minas Gerais, au sud-est du Brésil. Il exécute également des entraînements hors de l’eau, notamment des exercices de musculation, au niveau des lombaires, des abdominaux et du plancher pelvien.

Gabrielzinho possède un cou aussi large que son visage. Cette imposante musculature autour des cervicales est une nécessité pour son quotidien mais aussi un atout, une fois dans l'eau. Cela lui permet de relever plus facilement la tête pour respirer en nage libre, mais surtout de mieux accompagner ses ondulations. Car si Marchand et les valides utilisent principalement leurs jambes pour ce mouvement et bougent le haut du corps le moins possible, Araujo, quasiment privé de membres inférieurs, fait vibrer tout son corps, de la tête aux pieds en passant par le cou.

Des pieds qui amplifient le battement Gabriel Dos Santos Araujo parvient à se tenir debout, son handicap touche cependant aussi ses pieds : le droit n'est pas dans l'axe du reste de la jambe et il lui manque des orteils. Ils sont néanmoins grands et souples, deux éléments dont le nageur se sert formidablement.En dos, à chaque ondulation et malgré la résistance de l'eau, il les descend au niveau de ses fesses et est capable de les remonter jusqu'à la surface, et même un peu au-dessus puisqu'on voit ses orteils sortir. La vitesse donnée au mouvement de ses pieds, l'amplitude, et la fréquence des battements sont impressionnantes à regarder. Et c'est très efficace car le tout amplifie l'ondulation, et donc l'effet de propulsion.

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Du cou donc, mais aussi des abdos, des lombaires et du plancher pelvien, zones qu'Araujo travaille assidûment en enchaînant les longueurs à l'entraînement mais aussi en salle de musculation. Résultat, il est aussi puissant qu'endurant. Capable d'aller vite sur 50 m dos (50''93 en finale), comme de tenir un 200 m nage libre, un effort quatre fois plus long (3'58''92).

Un symbole de persévérance et d'inspiration

Au-delà de ses performances sportives, Gabriel dos Santos Araujo est une source d'inspiration pour de nombreuses personnes. Son handicap ne l'a pas empêché de réaliser ses rêves et de devenir un athlète de haut niveau. Il incarne la persévérance, le courage et la détermination.

« À l’AFP, le nageur a dit ne plus compter «le nombre d’obstacles» qu’ il doit «surmonter chaque jour». «Mais cela me rend plus fort, et le fait est que tu peux être qui tu veux, quel que soit le domaine, quel que soit ton rêve ou ce en quoi tu crois.»

Sa mère loue son équilibre et son endurance : «Chaque fois que les gens lui ont dit non, cela lui a permis de tenir et de persévérer davantage.»

Comme l’ancien roi du sprint Usain Bolt, il célèbre ses victoires avec un geste signature, en esquissant quelques mouvements de danse sur le podium. Il avait déjà commencé ce rituel lors des Jeux paralympiques de Tokyo et a dévoilé une nouvelle petite chorégraphie jeudi lors de sa première victoire à Paris.

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Il a été désigné porte-drapeau du Brésil pour les Jeux paralympiques de Paris. « La cérémonie d’ouverture est un moment unique dans la vie d’un athlète », a commenté Gabriel dos Santos Araujo lors d’une conférence de presse. « J’ai donc été très honoré de pouvoir, pour mes deuxièmes Jeux paralympiques, à un si jeune âge, réaliser ce grand exploit, que plusieurs athlètes, de grands athlètes brésiliens, ont eu le privilège d’accomplir ».

Durant l’entretien, il y a eu ce moment d’hésitation. Comment traduire et garder l’essence du mot « Carinho » ? C’est ce terme qu’utilise à dessein et plusieurs fois Gabriel Geraldo dos Santos Araujo, dit Gabrielzinho, le « Petit Gabriel ». Giovanna, l’attachée de presse du comité brésilien, grimace. La chaleur ? Pas vraiment. L’affection ? Oui, mais… L’amour ? Parce que c’est de ça qu’il s’agit. Une histoire d’amour. Au bassin de Paris La Défense Arena, théâtre de la folie Léon Marchand pendant les Jeux olympiques, Gabrielzinho est l’athlète étranger le plus adoré dans ce « match retour de Paris 2024 » que sont les paralympiques. Il le rend bien : sourires XXL, tours d’honneur qui s’étirent, langue tirée et danses improvisées. Déjà abonné ?

Sur la plage de Copacabana, il a déjà quelques fans parmi les nageurs matinaux. « Il nous rend très fiers. Il incarne le dépassement de soi-même, il nous prouve que rien n’est impossible pour l’être humain. Son envie de vaincre, sa technique malgré les limites qu’il a… c’est exceptionnel », raconte Gabriel.

Renata Guerra pratique la nage en eaux libre depuis 2010… Elle est d’autant plus touchée par la performance de Gabriel car elle est elle-même handicapée. « Il utilise ce qu’on appelle le « core » : les muscles de l’abdomen et de la poitrine. Et il est incroyable, c’est vraiment un exemple. Parce que chaque athlète doit se dépasser, mais lui a le handicap à dépasser en plus, et c’est très difficile d’être un athlète au Brésil. C’est une icône du sport ».

La professeur qui encadre Renata nage à Rio depuis plus de 30 ans. Andrea Orlandi a déjà eu l’occasion de participer à des formations avec des athlètes paralympiques qui l’ont énormément marquée. « Il y a des personnes qui n’ont pas de handicap et qui pensent qu’elles ne savent pas nager ou n’arriveront jamais à apprendre. Il donne un exemple d’inclusion sociale par le sport », dit-elle.

Elle regrette que la pratique de Handi sports soit si peu démocratisée au Brésil. « Tout est plus difficile. Avoir des professionnels formés, des sponsors, la diffusion en elle-même des sports paralympiques… tout est plus compliqué… sans compter la natation en soi ». Gabrielzinho est originaire de l’état du Minas Gérais, tout comme Larissa Oliveira, ancienne nageuse olympique. « La compétition paralympique est encore plus dure… Et je sais combien il faut lutter pour être un athlète de haut niveau, un athlète professionnel au Brésil. Je suis super fan de lui, je suis sûre qu’il nous ramènera trois médailles d’or, je vais bien le supporter », indique-t-elle.

Dans le documentaire A corps perdus réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai, autour de six para-athlètes en lice à Paris (disponible sur France.tv jusqu’au 26 février), Gabriel dos Santos Araujo stupéfie par tout ce qu’il fait, seul : manger, conduire, jouer à la PlayStation, scroller sur son portable avec ses orteils… Une autonomie initiée et façonnée par sa mère, qui a immédiatement décidé que son fils serait comme les autres, et aurait une enfance normale.

Une popularité grandissante sur les réseaux sociaux

Quand il n’enchaîne pas les longueurs, Gabriel dos Santos Araujo soigne sa popularité sur le réseau social Instagram, où il compte près de 150.000 abonnés. Sur son compte, il partage essentiellement son quotidien de sportif.C’est avec ses orteils qu’il navigue sur l’écran de son téléphone.

La médiatisation croissante des Jeux paralympiques devrait internationaliser cette popularité, faire exploser son compte Instagram qui carbure pour l’heure à 54 000 abonnés. Il s’y montre souriant, dansant, tirant la langue, et parfois sérieux pour parler de handicap.

Comparaison avec Léon Marchand

« On se ressemble un peu, je pense », dit Gabriel Dos Santos Araujo en évoquant Léon Marchand. La phrase paraîtra étrange au quidam qui se retrouvera face à une photo des « deux Champions des champions Monde » de L'Équipe : 1,87 m et tous ses membres pour l'un, 1,21 m et aucun membre complet pour l'autre. Elle souligne pourtant une réalité qui saute aux yeux dès qu'on les voit nager : Araujo et Marchand sont des experts de l'ondulation, ce mouvement en forme de vague qui permet de mieux se propulser. Ils ne l'utilisent cependant pas de la même manière. Chez Marchand, les ondulations sont un appui, qui ne servent « que » pour les coulées (une centaine de mètres sur un 400 m 4 nages) ; chez Araujo, elles sont son unique moyen d'avancer tout au long de chaque course.

Les défis du sport paralympique au Brésil

Cette professeure d’éducation physique regrette que la pratique de Handi sports soit si peu démocratisée au Brésil. « Tout est plus difficile. Avoir des professionnels formés, des sponsors, la diffusion en elle-même des sports paralympiques… tout est plus compliqué… sans compter la natation en soi ».

Gabrielzinho est originaire de l’état du Minas Gérais, tout comme Larissa Oliveira, ancienne nageuse olympique. « La compétition paralympique est encore plus dure… Et je sais combien il faut lutter pour être un athlète de haut niveau, un athlète professionnel au Brésil. Je suis super fan de lui, je suis sûre qu’il nous ramènera trois médailles d’or, je vais bien le supporter », indique-t-elle.

Récompenses et distinctions

Après avoir récupéré son trophée de « meilleur athlète paralympique de l'année » décerné par le comité olympique brésilien, Gabriel dos Santos Araujo (22 ans) a rejoint son fief de Juiz de Fora, au Brésil. Et malgré un voyage de plus de trois heures depuis Rio de Janeiro, le chouchou des Brésiliens a le sourire en nous recevant dans son appartement sur les hauteurs de cette ville de près de 550 000 habitants. Impatient de découvrir le trophée made in France, celui de Champion des champions Monde, en para-sport, décerné pour la première fois par L'Équipe, il l'a pris en photo sous toutes les coutures avec son smartphone coincé sur l'épaule avant de se confier pendant plus de quarante-cinq minutes. À la fois détendu, ému et fier de lui, le nageur de poche (1,21 m), né sans bras et jambes à cause d'une malformation congénitale (la phocomélie), n'a rien perdu de sa bonne humeur visible l'été dernier dans le bassin de Paris La Défense Arena. C'est là que sa « vie a changé » grâce à trois médailles d'or (200 m, 50 m dos et 100 m dos S2), fêtées par des pas de samba et une énergie contagieuse.

Aspirations futures

J'aimerais disputer encore trois olympiades. Ça en ferait cinq au total, soit vingt ans de haut niveau. Ça laisse le temps de battre des records et de laisser un héritage. Je veux que les gens se souviennent de "Gabrielzinho". Je veux démontrer que le haut niveau n'est pas réservé aux valides. Même si j'ai une déficience sévère, je peux faire de la compétition car je me suis entraîné dur, j'ai travaillé, je mérite d'être là. C'est valable pour tous les athlètes, dans tous les sports. Je veux aussi marquer l'histoire de mon sport. Je veux toucher le coeur des gens et semer ma joie de vivre là où je passe. Et quand j'aurai 50 ou 60 ans, mes enfants entendront dire que "Gabrielzinho" était un nageur sensationnel.

Il paraît que vous voulez devenir journaliste sportif…Oui, j'étudie pour cela. Le foot est ma passion alors j'aimerais bien écrire dessus, commenter des matches… Moi, je suis fan de Cruzeiro (D1 brésilienne) grâce à mon père. J'ai connu Ronaldo "Fenomeno" (l'attaquant brésilien) au Mineirao. J'ai reçu un message de Rodrygo et un autre de Neymar dont je suis super fan. Je rêve de le connaître. S'il signait au Cruzeiro, j'irai habiter au centre d'entraînement juste pour le voir jouer tous les jours (rires).

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