# Ihar Boki : L'Icône de la Paranatation et sa Quête Historique

La scène paralympique est souvent le théâtre d'exploits sportifs qui transcendent les limites perçues du corps humain, et parmi ces légendes, le nageur biélorusse Ihar Boki s'est forgé une place de choix, dominant les bassins avec une constance et une supériorité rares. Son parcours est une illustration éloquente de la persévérance, du talent et d'une détermination sans faille, le propulsant au rang des athlètes masculins les plus décorés de l'histoire des Jeux paralympiques. Reconnu comme le "Michael Phelps des Jeux paralympiques", il ne cesse d'écrire l'histoire, ajoutant des chapitres mémorables à son impressionnant palmarès.

La Moisson de Médailles : Un Record Absolu aux Jeux Paralympiques de Paris

Lors des Jeux paralympiques de Paris, le nageur biélorusse Ihar Boki a de nouveau captivé l'attention du monde, en témoignant de sa domination habituelle. Deux médailles d’or ont été décrochées jeudi et vendredi dernier dans la capitale française, marquant un tournant historique pour l'athlète. Ces deux titres lui ont permis de devenir l’athlète masculin le plus titré de la compétition, un jalon monumental dans sa carrière déjà légendaire. Mais sa quête continue, et l'histoire est en marche. Ce samedi, le nageur biélorusse Ihar Boki, qui concourt à Paris sous bannière neutre, peut écrire l’histoire en visant une 19e médaille d’or paralympique à son palmarès. Cet exploit, s'il se réalise, renforcerait encore davantage sa stature de légende vivante de la paranatation.

En seulement quatre Jeux paralympiques, depuis Londres 2012, Ihar Boki a accumulé un total de 18 médailles d’or. À Paris, après ses titres décrochés jeudi et vendredi sur 100 m papillon et 100 m dos, il peut encore viser d'autres sacres paralympiques. Le vendredi 30 août, lors de la finale du 100 m dos, il a décroché un 18e sacre en para natation, dans la catégorie d’Alex Portal (déficients visuels). Ce nouveau sacre du monstre sacré de la catégorie fait de lui l’athlète masculin le plus titré de tous les temps de l’histoire paralympique. Cet exploit est d’autant plus marquant que le Biélorusse est resté de longs mois loin du niveau international. Ihar Boki n’a retrouvé le niveau international que dans l’année 2024, lors des derniers championnats d’Europe à Funchal, ce qui souligne la résilience et la capacité de l'athlète à revenir au sommet de sa forme. Il a marqué de son empreinte la deuxième journée des Paralympiques 2024, en remportant le 100m dos dans la catégorie des déficients visuels. Cette médaille d'or, la deuxième à Paris, est la 18e de sa carrière lors des Paralympiques.

Un exemple frappant de sa domination a été observé sur le 100 mètres papillon, jeudi, où le Français Alex Portal était tout proche de faire tomber le Biélorusse de 1,90 mètres, mais l’or lui a échappé à la touche. Cela n'enlève rien à la belle performance du Français, qui nageait contre le "Michael Phelps des Jeux paralympiques", une comparaison éloquente qui illustre la dimension exceptionnelle de Boki. Ce dernier brille tant en papillon, qu'en dos ou en nage libre, en gagnant des titres paralympiques sur des distances allant de 50 à 400 mètres, démontrant une polyvalence et une maîtrise technique exceptionnelles dans diverses disciplines de la natation.

Un Palmarès Historique et une Précocité Remarquable

Depuis Londres 2012, en seulement quatre éditions des Jeux paralympiques, Ihar Boki a décroché 18 médailles d’or. Dans les bassins, le Biélorusse ne connaît presque que la victoire. Parmi toutes ses breloques, il ne compte qu’une médaille d’argent et une médaille de bronze, ce qui porte son total à 20 médailles. Sa quête des titres a commencé très jeune. Le Biélorusse s’est fait remarquer dans les bassins dès ses premiers championnats du monde aux Pays-Bas en 2010, alors qu’il n’avait que 16 ans. Lors de ces Mondiaux, il avait remporté quatre titres, annonçant déjà le potentiel d'une carrière extraordinaire.

Lire aussi: Devenir Maître-Nageur à Center Parcs

Le parcours d'Ihar Boki le place parmi les plus grands noms de l'histoire paralympique, en dépassant des figures emblématiques. Si Ihar Boki est passé devant le tireur suédois Jonas Jacobsson, qui avait accumulé 17 titres entre 1980 et 2012, ainsi que le champion polyvalent italien Roberto Arson (16 titres entre 1964 et 1976) et le nageur britannique Mike Kenny (16 titres entre 1976 et 1988) au nombre de médailles d'or, il convient de noter des nuances dans les bilans globaux. Les deux premiers, Jacobsson et Arson, comptent respectivement 27 et 26 médailles au total, un chiffre supérieur aux 20 médailles du Biélorusse jusqu'à présent. Tous sexes confondus, les vingt titres de la nageuse française Béatrice Hess sont égalables dès cet été, mais le record absolu de 32 titres (et 46 médailles) de l'Américaine Trischa Zorn, obtenus entre 1980 et 2004, reste hors de portée… pour l'instant. Cette perspective historique souligne l'ampleur des réalisations de Boki et la place qu'il est en train de se tailler dans les annales du sport paralympique.

Comprendre le Handicap : La Catégorie S13 des Déficients Visuels

L'homme aux 18 titres paralympiques évolue dans la catégorie S13, un classement crucial pour comprendre la nature de son handicap visuel et le contexte de ses performances. La catégorie S13 est réservée aux athlètes déficients visuels et concerne spécifiquement ceux qui ont une cécité légère. Cette classification est à distinguer des catégories S11 et S12, qui représentent des formes plus sévères de déficience visuelle.

Plus précisément, la catégorie S13, également désignée comme B3 dans certains systèmes de classification, regroupe les nageurs dont le handicap visuel est le moins sévère. Cependant, ce handicap est suffisant pour être reconnu et accepté par la réglementation internationale des Jeux paralympiques. Les nageurs de la catégorie S13 possèdent généralement une vision périphérique restreinte, ce qui signifie que leur champ de vision est limité, mais ils conservent une certaine acuité visuelle centrale. Pour illustrer la distinction, dans la catégorie S11, les nageurs sont non voyants ou disposent d’une acuité visuelle particulièrement restreinte, de telle façon qu’ils ne sauraient reconnaître une lettre “E” de 15cm de côté, à 25cm de leur visage. Pour garantir l'équité, les nageurs de cette catégorie doivent porter des lunettes opaques et on doit les toucher avec une perche pour leur signaler l'approche du mur, afin de compenser leur absence de repères visuels. La catégorie S12 (ou B2) se situe entre les deux ; les nageurs de cette catégorie ont une meilleure acuité visuelle que dans la catégorie S11, mais ils ne sauraient pas reconnaître cette même lettre “E”, de 15cm de côté, à une distance de 4m. La classification SM est utilisée pour les épreuves multi-nages, assurant une équité entre les athlètes ayant différents types de handicap lors des compétitions combinées. Il est important de noter que les positions de départ varient en fonction du handicap, même à l’intérieur d’une catégorie identique, et que l’usage de prothèses ou de matériel d’assistance est interdit, soulignant l'importance de l'équité sportive.

Le Statut d'« Athlète Individuel Neutre » : Un Contexte Géopolitique Complexe

À Paris, la participation d'Ihar Boki revêt une dimension particulière en raison de son statut d'« athlète individuel neutre ». Sur le podium, il ne fait pas face à son étendard national mais à un drapeau blanc avec l'inscription AIN, sigle pour « athlète individuel neutre ». C'est l'hymne paralympique qui retentit pour saluer ses succès, une procédure qui s'applique aux sportifs russes et biélorusses acceptés aux Jeux Paralympiques dans un contexte de tensions géopolitiques. Ihar Boki concourt sous bannière neutre, un arrangement qui a déjà conduit à des moments de tension et d'émotion palpable lors des cérémonies de podium.

Lors de la finale du 50 m nage libre S13, sacré pour la quatrième fois aux Jeux Paralympiques, Ihar Boki a devancé les Ukrainiens Ilya Yaremko et Oleksii Virchenko. La cérémonie de podium a été tendue, les athlètes ukrainiens ayant ignoré le Biélorusse, admis à concourir sous bannière neutre. Après ses trois titres aux dépens d'Alex Portal, Ihar Boki a réalisé la passe de quatre en arrachant la victoire dans les derniers mètres sur le 50 m nage libre S13, pour son 20e titre paralympique, égalant ainsi Béatrice Hess. Le Biélorusse (avec un temps de 23''65) a devancé trois Ukrainiens : Ilya Yaremko (23''77), Oleksii Virchenko (23''85) et Maksym Versaka (24''00). S'en est suivie une phase d'après-course tendue, d'abord dans l'eau où Boki a été ignoré par ses trois poursuivants, venus se congratuler au bord du bassin. Puis sur le podium, la situation a continué à refléter ces tensions. En tenue violette, la couleur des « athlètes paralympiques neutres » - appellation officielle des sportifs russes et biélorusses acceptés aux Jeux Paralympiques - Boki a reçu sa médaille d'or en dernier. Au moment de la traditionnelle photo sur la première marche du podium, Yaremko est passé sans un regard devant le Biélorusse pour s'installer avec Virchenko sur la place dévolue au médaillé de bronze. Victime d'une invasion lancée par la Russie en février 2022 avec le soutien actif de la Biélorussie, l'Ukraine est toujours en guerre deux ans et demi après le début des opérations militaires russes, ce qui éclaire la réticence des athlètes ukrainiens à interagir avec le nageur biélorusse. Cette situation met en lumière la complexité de concilier la compétition sportive internationale avec les réalités géopolitiques.

Lire aussi: Comment porter le débardeur avec style ?

Défis et Résilience : La Route vers l'Excellence et le Retour au Sommet

Le chemin vers l'excellence n'est jamais exempt d'obstacles, et Ihar Boki en a connu plusieurs. Impatient de participer aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020, Ihar Boki, bien qu'habitué aux compétitions internationales, s'est préparé à une ambiance inédite : l'absence de spectateurs et un programme de Para natation réduit de six épreuves. Cependant, rien ne semblait pouvoir distraire le nageur, qui restait concentré sur ses objectifs. « Mes principaux objectifs sont d'améliorer mes temps dans toutes les disciplines. Mais je préfère ne pas trop y penser », avait-il déclaré.

Pourtant, un défi inattendu est survenu : il ne s'attendait pas à contracter la Covid-19, une épreuve dont il a eu du mal à se remettre. Cela ne l’a pas arrêté pour autant, et ses efforts ont été largement récompensés. Lors des Championnats d'Europe à Madère, au Portugal, il a battu deux records du monde et a remporté plusieurs médailles d’or. Ce retour au niveau international en 2024, après des mois d'absence, témoigne de sa résilience et de sa capacité à surmonter les difficultés. Il a prouvé sa détermination, retrouvant son meilleur niveau juste à temps pour les Jeux de Paris. À la piscine de La Défense Arena, il devait se contenter de l'hymne du Comité international paralympique et de son drapeau pour fêter son record, une autre illustration de son parcours singulier en tant qu'athlète neutre.

Lire aussi: Natation : Focus sur Kristóf Milák

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *