Elles ont assurément une allure plus sportive que bien d’autres types de montres, mais elles ne sont plus réservées aux seuls professionnels de la mer : les montres de plongée occupent une place à part dans le monde de l’horlogerie de luxe, et sont de plus en plus plébiscitées par les amateurs de garde-temps sport chic. La « plongeuse » sort donc des eaux profondes pour laquelle elle a été imaginée. Une montre étanche, c’est bien l’ambition qui a animé les horlogers dès le XVIIe siècle lorsque les navigateurs venaient leur demander un garde-temps résistant à l’eau - et pour cause ! Mais durant des décennies, ils durent en réalité se contenter de modèle uniques, réalisées sur mesure. La production en série n’a débuté qu’à l’aube du XXe siècle, et encore ! Les montres de plongée étaient alors réservées à un public averti, militaires, marins, explorateurs et autres plongeurs professionnels.
La genèse de l’étanchéité horlogère
La première montre étanche a été brevetée en 1884. Elle est le fruit de l’ingéniosité de la Maison horlogère suisse Alcide Droz & Fils, qui la baptisa fort justement L’Imperméable. Cette montre de poche avait reçu un joint d’étanchéité dans la couronne de son remontoir, elle-même vissée sur le pendant. L’Imperméable est aujourd’hui exposée au Musée international de l’horlogerie. Dans la course à l’étanchéité, c’est la société Alcide Droz & Fils qui joua les premières notes en 1883 avec une montre de poche étanche. Ce n’est qu’en 1919 que Charles Depollier ouvrit réellement le bal avec la Waltham Depollier "Thermo" Waterproof Watch.
En 1926, Rolex a breveté le boîtier Oyster avec une couronne et un fond de boîte vissés, garantissant un environnement scellé. Bien qu’elle n’ait pas été spécialement conçue pour la plongée, l’Oyster Perpetual est devenue la première montre-bracelet étanche lors de sa sortie en 1926. En 1927, Rolex lui emboite le pas en présentant son premier boîtier de montre étanche, l’Oyster, qui équipera la nageuse britannique Mercedes Gleitze pour sa traversée de la Manche. La nageuse a traversé la Manche avec la montre à son poignet et l’Oyster Perpetual de Gleitze est sortie indemne de ces eaux glaciales, prouvant ainsi sa capacité à rester étanche.
L’éveil de la plongée moderne et les pionniers
Si le premier scaphandre étanche fonctionnel date de 1882, c’est bel et bien l’invention du détendeur automatique en 1926 par Maurice Fernez et Yves Le Pieur, perfectionné en 1943 par Emile Gagnan et Jacques-Yves Cousteau qui donna naissance à la plongée sous-marine telle qu’on la connait aujourd’hui. En 1932, Omega lance l’Omega Marine, testée à 73 mètres au fond du lac Léman. Après une série d'essais conduits par le Laboratoire d'Horlogerie de Neuchâtel en mai 1937, la montre fut certifiée capable de supporter une pression 13,5 atmosphères, soit 135 mètres, sans aucune prise d'eau.
Le véritable tournant survient en 1953, lorsque Blancpain présente son modèle emblématique, la « Fifty Fathoms » soit littéralement « cinquante brasses ». Créée à la demande de Bob Maloubier, un agent français des services secrets britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale qui devint par la suite membre d’une unité de nageurs de combat de l’armée française, la Fifty Fathoms est considérée comme la première montre de plongée moderne. Elle innovait par son design intégrant une lunette tournante, des index et aiguilles luminescents, et un mouvement automatique.
Lire aussi: Choisir sa montre de plongée
La normalisation et les défis techniques
La norme ISO 6425 a été publiée pour la première fois en 1982, réactualisée depuis. Elle définit les caractéristiques d’un tel garde-temps : résistance à la pression isostatique (10 bars, soit 100 mètres de profondeur), aux chocs, à la corrosion par l’eau de mer et aux variations de températures. La lunette unidirectionnelle répond à l’impératif de mesure de la durée de plongée. Une montre de plongée doit être visible à 25 centimètres de distance dans l’obscurité totale et l’utilisateur doit pouvoir s’apercevoir que sa montre est arrêtée.
L’un des défis majeurs fut la gestion de l’hélium. La Sea-Dweller a été lancée par Rolex en 1967 pour remédier au problème de l’éclatement du verre des Submariner standard en plongée profonde. Le problème était dû à la pénétration de molécules d’hélium dans la lentille en plexiglas lorsque les plongeurs revenaient à la pression atmosphérique plus rapidement que l’hélium ne pouvait s’échapper de la montre. Cette innovation, la valve à hélium, est devenue un standard pour les plongeuses extrêmes.
Les icônes de l’horlogerie sous-marine
Rolex détient le record de profondeur avec sa Rolex Deepsea Challenge, garantie étanche jusqu’à 12 000 mètres. Elle a été conçue pour accompagner James Cameron dans une plongée dans les profondeurs de la fosse des Mariannes en 2012, où elle est descendue à 10 898 mètres. La montre s’inspire de la montre expérimentale qui était fixée sur le submersible piloté par James Cameron.
Chez Omega, la collection Seamaster est particulièrement vaste. Avec la Seamaster 1000, en 1971 et toujours pour l’équipe du commandant Cousteau, la Maison Omega signe une montre iconique. Garde-temps monumental, la Ploprof est une montre aussi résistante qu’elle en a l’air, lancée dans les années 1970.
Le géant japonais Seiko s’est distingué dès les années 1960-1970 avec ses modèles tels que la Professionnal 300 ou la 6159. Seiko a introduit le titane dans les montres de plongée et les premiers bracelets en caoutchouc à soufflet. En 1975, avec la Professional Diver’s 600M, Seiko dévoile la toute première montre de plongée en titane au monde, dotée d’une protection en céramique, lui donnant son surnom de « boîte de thon ».
Lire aussi: Analyse complète de la Garmin Instinct Solar Surf
Diversité des approches et innovations
Doxa est une marque culte grâce à ses plongeuses aux cadrans colorés. Lancée en 1966, la SUB 300T a été la première à présenter un cadran orange pour faciliter la visibilité en eaux troubles. La lunette tournante comporte une échelle de décompression au lieu de l’échelle habituelle de 60 minutes.
Des marques comme Jaeger-LeCoultre ont marqué l'histoire avec la Memovox Deep Sea de 1959, une rareté dotée d'une alarme, idéale pour prévenir de l'heure du dîner après une session de pêche. De son côté, Ulysse Nardin a innové en proposant une plongeuse dotée d’un quantième perpétuel. IWC, avec son chronographe Aquatimer Split-Minute de 2004, a introduit une bascule en saillie pour actionner une deuxième aiguille des minutes, permettant de chronométrer les paliers de décompression.
La marque allemande Sinn produit des montres robustes en acier pour sous-marins, capables de fonctionner à des températures allant de -45 °C à +80 °C. Oris, avec son Aquis Depth Gauge, a proposé une innovation unique : un canal fraisé dans le verre permettant à l’eau d’y pénétrer, formant un filigrane qui indique la profondeur sur une jauge jaune.
#
Lire aussi: Tout savoir sur les montres Festina pour hommes