Jérémy Florès : L’odyssée du plus grand surfeur français

Origines et ascension fulgurante d’un prodige

Jérémy Florès est considéré comme le plus grand surfeur français de tous les temps. Né à La Réunion, il monte sur une planche dès l’âge de 3 ans aux côtés de son père, avant de grandir entre l’océan Indien et Madagascar. Né à la Réunion, non loin des plages, Jérémy Florès a commencé à surfer avant même de savoir nager. Repéré très jeune, il s’installe ensuite en Australie, où il forge son style, fréquente l’élite mondiale et devient l’un des premiers juniors à surfer sur des planches adaptées à sa morphologie.

Sponsorisé par Quicksilver dès l’âge de 9 ans, il se fixe très tôt un objectif immuable : « À l’époque, je voulais être surfeur professionnel, même à 10 ans (…) Moi, j’avais pas de plan B, il fallait que je réussisse dans le surf ». Champion de France et d’Europe, il remporte le circuit WQS à seulement 17 ans et se qualifie pour le Championship Tour en 2007. Il n’était pas censé se qualifier aussi tôt. « 2006 était ma première année complète sur le circuit de qualifications et je gagne le QS ! Je n’y croyais pas. Je ne savais même pas si j’étais prêt pour le CT ».

La conquête de l’élite mondiale

L’entrée sur le Championship Tour marque le début d’une pression intense. « Les gens ont dit pas mal de choses sur moi avant cette première année sur le CT : « J’étais trop jeune, je n’avais pas de puissance, je n’étais bon que dans les petites vagues ». Pour faire mentir tous ces gens, j’ai voulu prouver que j’avais ma place sur le tour, prouver que le surf français pouvait rivaliser avec les meilleures nations du monde. Prouver que j’étais bon dans les grosses vagues. Ça a été une motivation énorme ».

En 2009, il décroche le titre mondial ISA par équipes avec la France. Sa carrière bascule en 2010 lorsqu’il remporte le Pipeline Masters à Hawaii, l’épreuve la plus prestigieuse du surf mondial. « En termes de prestige, Pipeline est au-dessus. Quoi qu’il arrive, mon nom restera à jamais gravé dans l’histoire du Pipe Masters. C’est comme pour un tennisman qui voit son nom à jamais gravé sur le trophée de Wimbledon. En plus à deux reprises ! ». Il confirme son statut en 2015 avec une victoire à Teahupo’o et une 8e place mondiale, son meilleur classement. Cette victoire tahitienne revêt un caractère particulier : « Ma femme est Tahitienne, ma fille est Tahitienne. C’est mon endroit préféré au monde. Gagner là-bas était à la limite du spirituel ».

L’apogée à Hossegor et l’histoire du surf français

En 2019, il marque encore l’histoire en devenant le premier Français à s’imposer à Hossegor, signant sa quatrième victoire sur le CT. « C’est la consécration de toute ma carrière. J’ai eu tellement de pression et tant de déceptions sur cette épreuve, qui m’a échappée pendant si longtemps, que la gagner est ma plus grande réussite sportive. En plus sur une de mes dernières années, devant ma famille, le public français, les gens qui m’ont toujours soutenu, c’était le rêve ».

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Sa longévité au plus haut niveau est marquée par une résilience exceptionnelle. De retour en équipe de France en 2017, il est capitaine lors des Mondiaux ISA de Biarritz et conduit les Bleus au titre de champions du monde des nations. La même année, il réalise un exploit retentissant en remportant pour la seconde fois le Pipeline Masters, après avoir battu Gabriel Medina puis John John Florence. Qualifié pour les Jeux Olympiques de Tokyo, il termine la saison à la 10e place mondiale, intégrant pour la sixième fois le Top 10.

La gestion du stress et la transformation psychologique

Le sport de haut niveau exige des sacrifices immenses. « J’ai été très jeune sur le tour mondial, j’ai dépensé beaucoup d’énergie. Le stress, la pression, les résultats, les points, etc… Tout ça m’a pesé pendant longtemps ». Cette pression a parfois mené à des moments de vulnérabilité. « Il y a eu des moments où je n’avais plus le moral. J’avais même des côtés sombres… J’étais dépressif, j’avais des crises d’anxiété. Il y avait trop de monde focalisé sur moi, j’avais tous les projecteurs sur moi, les médias ne parlaient que de moi. Tout ça me pesait et je ne le supportais plus ».

La naissance de sa fille en 2018 a été un tournant majeur. « Ça a mis un boost incroyable à ma vie. C’est comme si je renaissais ». Cette nouvelle perspective a redéfini ses priorités. « Ma priorité est que ma fille et ma compagne aillent bien. Du coup, je ne suis plus assez focus sur la compétition. Au plus haut niveau, tu ne dois t’occuper que de toi. Si tu penses davantage à ta famille qu’au surf, tu ne gagnes plus ».

Le rôle déterminant de l’encadrement paternel

La relation avec son père, ancien coach des équipes de France, a été le socle de sa réussite. « Je le dis clairement : sans lui, je n’aurais pas eu cette carrière. Si j’ai eu cette réussite, si on me respecte depuis des années, c’est parce que j’ai ce caractère, transmis par mon père, qui est de ne jamais rien lâcher ». Cette relation a évolué avec le temps, passant d’un cadre strict à un soutien indéfectible. « Il m’a donné des valeurs. Des sportifs et des surfeurs talentueux, il y a des dizaines de milliers. Mais il faut autre chose que le talent pour y arriver ».

Lors de ses derniers Jeux Olympiques, cette complicité a repris toute sa place. « Aux Jeux, j’ai vécu un truc de dingue. Mon père était au bord et me coachait comme quand j’étais gamin. J’étais dans ma compet’ mais j’en ai eu des frissons… Il ne l’avait pas fait depuis mes 15 ans ».

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