Introduction
Mohamed Bajrafil est une figure complexe de l'islam français. Imam, théologien, et enseignant, il a suscité à la fois l'admiration et la controverse. Cet article vise à explorer son parcours, ses positions sur des questions sensibles comme le voile islamique, et les critiques dont il a fait l'objet.
Parcours et engagement
Né aux Comores en 1978, Mohamed Bajrafil a suivi une formation coranique traditionnelle dès l'âge de 3 ans. Il arrive en France en 1999 pour y poursuivre des études universitaires en linguistique. En 2008, il devient imam à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), où il exerce pendant 14 ans.
Bajrafil se présente comme un défenseur d'un islam républicain et ouvert sur le XXIe siècle. Il plaide pour une acclimatation de l'islam à la culture française, à l'instar de Tareq Oubrou. Il a d'ailleurs régulièrement participé au grand rassemblement organisé par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), la branche française des Frères musulmans, tout en revendiquant son indépendance.
Positions sur le voile islamique
La question du voile islamique est un sujet central dans le débat public français. Mohamed Bajrafil a exprimé des positions nuancées sur cette question. Il affirme que les textes du Coran imposent le port du voile à la femme musulmane, mais il insiste sur le fait que cela doit être un choix personnel. Il se dit favorable à ce que les jeunes filles aient la liberté de porter ou non le voile, et s'oppose à toute forme de contrainte.
Dans son livre "Réveillons-nous - Lettres à un jeune Français musulman", il répond sans hésitation à la question de savoir si l'on peut être une bonne musulmane sans porter le voile : "Bien sûr ! C'est aussi une des choses qui font malheureusement débat aujourd'hui. Mais même si c'était un péché, ne pas porter le foulard ne serait pas plus grave que mentir, calomnier ou insulter." Il ajoute : "Je suis pour qu'on laisse à la femme ce qu'elle veut de son corps. Je suis religieux, mais ni à ma femme, ni à ma fille, je n'imposerais quoi que ce soit sur la manière de se vêtir. Elles font ce qu'elles veulent de leur corps, il faudra qu'on les entende. Qu'on les laisse."
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Critiques et controverses
Malgré ses positions modérées sur certains sujets, Mohamed Bajrafil a fait l'objet de critiques. Il a notamment été critiqué pour son soutien revendiqué à Tariq Ramadan, théologien controversé accusé de viols.
Par ailleurs, sa proximité avec l'UOIF a suscité des interrogations, même s'il affirme n'avoir aucun lien avec cette organisation. Certains lui reprochent également un discours parfois trop consensuel et lisse.
En 2022, après 14 ans de service dans le Val-de-Marne, Mohamed Bajrafil dénonce la pression de “l’Islam de France” et décide de quitter son poste d'imam. Il fustige l’emprise des réseaux algériens et marocains, puis turcs récemment, sur « l’islam de France ». Il déplore également la marginalisation des « Subsahariens ».
Réflexions sur l'islam en France
Mohamed Bajrafil appelle à une relecture des textes coraniques avec les yeux du XXIe siècle. Il insiste sur la nécessité de former des imams en France, afin d'éviter d'importer des modèles venus de l'étranger. Il plaide pour un islam qui s'adapte à la culture française, tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales.
Il dénonce la bigoterie et le culte des apparences, exacerbés par les réseaux sociaux. Il appelle à combattre l'idéologie et à cultiver la profondeur, la nuance et la spiritualité. Il met en garde contre la tentation de la contrainte et de la répression, et insiste sur la nécessité de convaincre plutôt que de contraindre.
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Le "burkini" et les libertés individuelles
Lors de la polémique sur le "burkini" en France, Mohamed Bajrafil a défendu le droit des femmes à porter ce vêtement. Il estime que les femmes qui choisissent de porter le "burkini" aspirent à se mélanger avec tout le monde, tout en ne montrant pas ce qu’elles considèrent comme relevant de leur nudité. Il dénonce les "scènes surréalistes de femmes que l’on verbalise, pour port de foulard ou de burkini" et affirme que "ce n’est pas en dénudant ou en couvrant la femme qu’on la libère, mais en lui reconnaissant le droit de penser et d’agir par elle-même."
Il critique également l'argument du risque de trouble à l'ordre public, mis en avant par certains maires pour interdire le "burkini". Il estime que les pouvoirs publics font preuve d'une "confusion volontaire et assumée de certains politiques qui assimilent terrorisme et islam."
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