La Sécurité en Mer pour Voiliers : Analyse Approfondie des Systèmes Mer-Veille et AIS

La navigation en mer, qu'elle soit côtière ou au long cours, expose les marins à des défis constants, parmi lesquels la prévention des collisions figure en bonne place. Face à la densité croissante du trafic maritime et aux conditions de visibilité parfois réduites, les aides électroniques sont devenues des alliées indispensables pour assurer une veille efficace. Deux systèmes majeurs s'affrontent et se complètent dans cette quête de sécurité : le détecteur de radar Mer-Veille et le Système d'Identification Automatique (AIS).

Le Détecteur de Radar Mer-Veille : Un Héritage pour la Sécurité Maritime

Le détecteur de radar Mer-Veille est un équipement d'électronique embarquée qui a marqué l'histoire de la plaisance. Son concepteur, Jean-Jacques Vigneron, a fait ses armes d'électronicien en développant un détecteur de radar - l'ancêtre du Mer-Veille - pour Alain Colas dans la transat de 1976 sur Club Méditerranée. Ce détecteur devint obligatoire pour tous les concurrents dès la Route du Rhum 1978, attestant de son importance précoce pour la sécurité en course.

Ce célèbre détecteur de radar, fabriqué par CIEL & MARINE, est souvent présenté comme un équipement de sécurité indispensable à bord des bateaux de plaisance. Son principe de fonctionnement est simple et direct : il détecte l'émission radar d'un navire en approche. Un Mer-Veille détecte les radars et donnent leurs directions, permettant ainsi au navigateur de prendre conscience de la présence d'autres navires qui utilisent un radar actif dans leur environnement proche. Plus de 4000 boîtiers Mer-Veille naviguent de par le monde sans aucun souci, ce qui témoigne de sa robustesse et de sa fiabilité éprouvée au fil des années.

Contrairement à l'AIS, le radar, dont le Mer-Veille détecte les émissions, envoie un signal et en analyse l'écho, un peu comme un sondeur. La cible n'a pas besoin d'être équipée de quoi que ce soit pour être détectée par un radar émetteur. Cela peut être un iceberg, un conteneur flottant ou tout autre obstacle non équipé d'un système de transmission. C'est là une distinction fondamentale avec l'AIS qui ne détecte que les navires également équipés et transmettant.

Fonctionnement et Caractéristiques Techniques du Mer-Veille

Le Mer-Veille est un petit appareil qui émet une alarme quand il est "illuminé" par un écho radar. L'utilisation est très simple : il suffit d'allumer l'appareil et d'attendre qu'il vous alarme. Dès qu'un bateau muni d'un radar en émission est capté, l'appareil le signale par une alarme sonore et allume un ou plusieurs voyants de localisation qui indiquent la direction du radar. Quatre LEDs sur la façade montrent le secteur dans lequel se trouve le faisceau, offrant une indication visuelle du gisement de la menace potentielle.

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Le système se compose d'une antenne omnidirectionnelle à 4 secteurs, spécialement conçue pour les radars maritimes (bandes X et S), d'un boîtier répétiteur à placer à l'intérieur du bateau, et d'un câble de raccordement de 15 mètres. Un processeur interne traite et qualifie les signaux reçus, permettant d'éliminer les signaux non conformes, comme ceux des balises ARGOS par exemple.

Plusieurs fonctionnalités sont intégrées pour affiner la veille. Une touche d'acquittement (ACK) permet d'éliminer les radars détectés de l'alarme sonore. Cependant, certains utilisateurs notent que l'acquittement de l'alarme, qui devrait la supprimer si le bateau n'est pas une menace, ne fonctionne pas toujours bien. Le Mer-Veille intègre également un interrupteur à trois positions. En position "0", l'appareil est hors tension. Les positions "1/2" et "1" correspondent à des modes de veille. En position "1/2", le voyant vert clignote rapidement, et le passage d'un faisceau radar déclenche un top sonore court. En position "1", le voyant vert clignote lentement, et le passage d'un faisceau radar déclenche un top sonore long. L'écoute des tops sonores permet l'analyse du rapprochement ou de l'éloignement d'un radar, car en position "1/2", la durée des tops augmente avec le rapprochement du radar et inversement.

Les voyants de localisation sont des LEDs rouges : un voyant allumé indique un radar dans le secteur indiqué, deux voyants allumés signifient que le radar se trouve entre les deux secteurs, et trois ou quatre voyants allumés suggèrent un radar très proche. Ces indicateurs visuels, combinés à l'alarme sonore, fournissent des informations précieuses pour la détection et la localisation d'un navire muni de radars en fonction, constituant un véritable élément de sécurité pour éviter des collisions en mer. Le système a bénéficié de nombreuses améliorations, comme l'intégration d'un micro-processeur qui offre différentes fonctionnalités, dont l'acquittement, le radar local, le réveil/timer, et une sortie NMEA pour connexion à un PC.

Expériences et Limites du Mer-Veille en Navigation

Les retours d'expérience sur le Mer-Veille sont variés et souvent nuancés, reflétant les différentes conditions de navigation et les attentes des utilisateurs. J'ai navigué sur un voilier équipé de cet appareil, que j'ai trouvé efficace et portant bien son nom "mer veille". Bien sûr, on ne parle que de radar en cas de brouillard et la nuit il sert de saint-bernard. En tant que navigateur seul toute l'année et depuis des années, l'idée d'un tel système m'intéressait particulièrement. J'ai lu que ce système serait génial, si tous les cargos avaient leurs radars allumés en permanence.

Le système est efficace, disons qu'il détecte environ 95% des "gros" bateaux. La distance de détection est évidemment variable en fonction de la puissance du radar émetteur. Toutefois, il présente des limites importantes. Il n'est pas sélectif, ce qui signifie qu'il alarme pour toutes les émissions radar sans distinguer la menace réelle. De plus, la localisation de l'écho est très approximative.

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Une des critiques récurrentes concerne l'alarme. Le niveau sonore de l'alarme n'est souvent pas réglable, et cette alarme sonne à la mise en route de l'appareil. Résultat : on l'éteint (trop) souvent. "Trop d'alarme tue l'alarme", comme dit le (nouveau) proverbe. Sur une traversée Sicile-Golfe du Lion, l'alarme sonnait 4 à 5 fois par heure pour environ 20% de bateaux "à risque", ce qui rend l'appareil moins utile en zones de trafic dense. À bord, les équipiers, face à ce désagrément, coupent l'appareil et assurent une veille "à l'ancienne".

Le Mer-Veille est bien adapté pour une transat où le trafic est moins dense, les routes relativement connues, et en équipage réduit, cela aide bien. Cependant, dès que le trafic augmente, le Mer-Veille sature. Cette saturation rend difficile la distinction entre une menace réelle et un simple écho radar lointain, diminuant l'efficacité perçue du système dans des zones congestionnées. Malgré cela, le Mer-Veille reste un équipement capable d'apporter un complément de sécurité intéressant, surtout lorsque d'autres facteurs comme l'état de la mer peuvent affecter l'efficacité d'un radar classique.

L'Alternative : Le Système d'Identification Automatique (AIS)

À l'heure de l'AIS, on pourrait se demander l'intérêt d'un détecteur de radar comme le Mer-Veille. En effet, la question peut se poser, mais on se rend rapidement compte que AIS et Mer-Veille sont complémentaires. Toutefois, le Système d'Identification Automatique (AIS) est apparu comme une alternative puissante, transformant radicalement la manière dont les navires se détectent mutuellement.

L'AIS transmet et/ou reçoit, sur un canal VHF réservé, des informations concernant la route du navire et sa position GPS. Celles-ci sont codées numériquement au moyen d'un MODEM. Pour qu'un navire puisse en voir un autre via l'AIS, les deux doivent être équipés d'un transpondeur AIS, ou au moins le navire récepteur doit disposer d'un récepteur AIS.

Un de ses plus gros avantages est qu'il détecte même les cibles masquées, par une jetée, un cap, etc. Un exemple éloquent : si vous êtes en train de longer un gros cargo à l'ancre en vue de le contourner par son étrave et qu'un navire en fait autant de l'autre côté, seul l'AIS, qui fonctionne sur des ondes hautes-fréquences, le détectera, ce que même un radar ne ferait pas. Cette capacité à "voir" au-delà des obstacles physiques est une avancée majeure pour la sécurité.

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Avec un AIS, on reçoit des renseignements détaillés (position, signalement, route, etc.) soit à travers un écran PC et un logiciel de cartographie (souvent livré avec), soit sur un écran dédié à cette réception. Les récepteurs AIS vous donnent le nom, la vitesse et la destination des navires rencontrés, des informations cruciales pour anticiper leurs mouvements et intentions.

La Convention SOLAS (Safety of Life at Sea) stipule que les navires astreints sont les navires à passagers et les navires de charge de jauge supérieure ou égale à 300 UMS effectuant une navigation internationale, plus quelques volontaires non astreints. Cependant, des navigateurs équipés de ce matériel ont rapporté qu'il était fréquent de croiser de gros navires sans pour autant capter leur signal AIS, soulignant qu'entre les conventions internationales et la réalité des choses, il y a parfois un monde. Malgré cela, l'incontestabilité du système AIS rend les "détecteurs de radar" style Mer-Veille peu intéressants pour certains aspects de la veille moderne.

L'AIS en Pratique : Avantages et Nuances pour le Navigateur

L'installation d'un récepteur AIS est de plus en plus courante parmi les navigateurs. J'ai donc acheté un récepteur AIS que je vais installer, constatant que le matériel électronique est vraiment moins cher en Angleterre. Juste avant de partir pour un tour de Sardaigne, j'ai installé un AIS de chez Nasa, le type autonome "radar". Je l'ai choisi pour sa consommation et son autonomie : nul besoin d'un ordinateur et d'un logiciel de cartographie pour que ça marche ; et ça marche ! Tous les bateaux un peu importants détectés à vue ou au radar l'ont été aussi par l'AIS, alors que l'antenne était placée (provisoirement) sous la casquette. Le plus souvent, c'est l'AIS qui détecte en premier, cela dépend de l'échelle en cours.

Cependant, l'AIS présente aussi ses nuances. Un inconvénient noté est l'absence d'indication du relèvement ou du gisement de l'émetteur sur certains modèles simples, nécessitant une gymnastique mentale pour localiser visuellement le navire. De plus, il n'y a pas toujours de levée d'alarme par émetteur ; quand un émetteur entre dans le cercle, ça gueule (assez fort). Si l'on coupe la fonction alarme pour aller voir ce qui se passe sur le pont, et qu'un autre navire entre dans le cercle, il n'y aura pas d'alarme.

Les petits récepteurs comme le Nasa, autonomes et peu chers, n'ont qu'un seul défaut selon certains utilisateurs : ils ne fonctionnent que sur une fréquence à la fois. Or, les navires, selon leur type, émettent sur deux fréquences différentes. Il peut donc se produire que certains bateaux ne soient pas détectés. Cependant, d'autres sources affirment que le Nasa fonctionne sur deux fréquences. Pour ceux qui ont une cartographie sur PC, le meilleur choix semble être une "boîte noire" type Easy AIS, qui veille les deux fréquences à la fois sans être ruineuse non plus.

Un technicien de Ciel Marine a expliqué qu'ils étaient sur le point de sortir aussi un récepteur AIS et qu'il n'était pas idiot d'envisager un appareil alliant leur détecteur et un récepteur AIS, le tout sur cartographie. C'est pour cela que cette société a produit le récepteur AIS RC10, une boîte noire qui intègre une alarme. Ce système calcule le CPA (Closest Point of Approach) et le TCPA (Time to Closest Point of Approach) et déclenche une alarme selon quatre niveaux prédéterminés. Quatre LEDs situent le gisement du navire ayant déclenché l'alarme. Pas besoin alors d'avoir obligatoirement un ordinateur allumé pour savoir de quoi il s'agit, permettant de manœuvrer vite quitte ensuite à allumer son écran pour en savoir plus sur ce signal. Toujours à la recherche de nouvelles solutions simples, la société doit faire évoluer son récepteur AIS en lui ajoutant un émetteur Wifi pour lire l'identité des cibles sur une tablette.

Complémentarité ou Compétition : Mer-Veille, AIS et la Sécurité Globale

La question de savoir si le Mer-Veille et l'AIS sont en compétition ou s'ils se complètent est au cœur des débats sur la sécurité en mer. Je maintiens qu'à 220 euros l'AIS autonome, direct d'Angleterre livré en 6 jours, le Mer-Veille n'est plus dans le coup, du moins pour les situations de trafic intense où l'AIS excelle par sa capacité à identifier précisément les cibles.

Cependant, il est crucial de rappeler que l'AIS ne détecte que les navires équipés d'AIS. Ainsi, pour les obstacles sous-marins ou les navires non équipés, un détecteur de radar comme le Mer-Veille ou un radar traditionnel conserve son utilité. Les pêcheurs, par exemple, sont souvent considérés comme des cibles potentiellement dangereuses, et il me semble que le détecteur de radar reste le plus approprié pour les repérer, car ils ne sont pas toujours équipés d'AIS transpondeur.

Certains utilisateurs ont souligné que tous les navires ne sont pas équipés d'AIS, et ne le seront peut-être jamais, car "trop d'info tue…" Cette remarque souligne une limite potentielle de la dépendance exclusive à l'AIS : si trop de navires mineurs étaient obligés d'émettre, la quantité d'informations pourrait devenir contre-productive.

En fin de compte, l'AIS et le Mer-Veille adressent des aspects différents de la détection. Le Mer-Veille réagit à une émission radar, sans savoir qui ou quoi émet, mais il ne requiert aucune coopération de la cible. L'AIS, quant à lui, fournit des données riches et précises sur les cibles coopératives. Cette distinction est fondamentale. Un technicien très compétent de Ciel Marine a même expliqué qu'il n'était pas idiot d'envisager un appareil alliant leur détecteur et un récepteur AIS, le tout sur cartographie, suggérant une convergence des technologies.

Autres Outils d'Aide à la Veille : Le Radar et l'Active-Echo

Outre le Mer-Veille et l'AIS, d'autres équipements participent activement à la sécurité en mer. Le radar, par son principe d'émission/réception d'ondes, est capable de détecter tout type de cible, qu'elle soit équipée ou non d'un système de transmission. C'est un outil puissant, mais sa consommation électrique peut être un frein pour les petits voiliers. Sur mon First-25, je ne peux me permettre d'avoir un radar, parce que ça consomme beaucoup et que le budget électrique d'un petit voilier ne le permet pas.

L'Active-Echo est également intéressant. C'est comme un Mer-Veille, mais en plus ça amplifie notre écho radar. Ceux qui nous voient sur leur radar nous prennent pour un super tanker. Ce dispositif, en rendant le propre navire plus visible sur les écrans radar des autres, ajoute une couche de sécurité préventive, particulièrement utile pour les petites unités qui risquent d'être "perdues" dans le cluter radar des gros navires.

La détection d'obstacles sous-marins est une autre préoccupation majeure. Le sondeur "vers l'avant" serait-il utile pour les obstacles sous-marins ? Ceux qui sont équipés peuvent-ils dire que leur appareil détecterait un conteneur qui me paraît bien plus dangereux qu'un tronc d'arbre ? Cette question met en lumière la nécessité d'une veille complète et multi-instrumentée pour couvrir toutes les menaces potentielles.

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