La Route du Rhum : Une Saga Historique des Meilleurs Skippers et de Leurs Palmarès Légendaires

La Route du Rhum est une compétition emblématique, incontournable pour tous les amateurs de course en solitaire. Comptant parmi les courses transatlantiques les plus renommées, elle relie tous les quatre ans la ville de Saint-Malo, en Bretagne, à la ville de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Cette course à la voile transatlantique en solitaire, courue entre fin octobre et début novembre, est devenue au fil des décennies une référence majeure du monde de la voile, tant pour les monocoques que pour les multicoques. Elle met en lumière les meilleurs marins et leurs incroyables exploits, forgeant des légendes maritimes à chaque édition.

Genèse d'une Idée Visionnaire : La Naissance d'une Course Transatlantique

L'idée de cette course transatlantique légendaire prend racine au printemps 1975, dans un contexte de promotion de la filière du rhum antillais. Bernard Hass, alors secrétaire général du Syndicat des producteurs de sucre du rhum des Antilles, déjeune avec Florent de Kersauson, frère cadet d'Olivier de Kersauson, rue Arsène Houssaye à Paris. Les deux hommes, qui s'étaient connus à l'université de Cornell aux États-Unis, échangent sur la manière de dynamiser l'image du rhum. Bernard Hass cherche une idée pour relancer la filière du rhum, et Florent de Kersauson lui répond avec une proposition audacieuse : « Mais il faut faire une course à la voile, bien sûr, qui va vers les Antilles, à l’automne. » Cette intuition fut le point de départ d'une aventure qui allait marquer l'histoire de la voile.

Naturellement, Bernard Hass et Florent de Kersauson se tournent vers des figures emblématiques du yachting français, Éric Tabarly et Gérard Petipas, qui préside alors la société Pen Duick. L'idée d'une course en solo plaît immédiatement à Éric, même si Gérard, alors occupé par les préparatifs de La Transat en double, se montre initialement plus réservé. La persévérance des initiateurs les mène ensuite à Michel Etevenon, un organisateur d'événements majeur, connu pour son travail à l'Olympia et sa gestion du budget Kriter, à l'époque sponsor d'Olivier de Kersauson. Ce dernier voit le potentiel d'un tel événement.

Le projet prend rapidement de l'ampleur grâce à l'enthousiasme des acteurs antillais. Pierre-Louis de la Rochefoucauld, président de la branche guadeloupéenne du syndicat, se montre particulièrement enthousiaste. Louis Claverie Castetnau, ancien directeur général de l’usine sucrière Darboussier à Pointe-à-Pitre, rallie à la cause la majorité des producteurs de Guadeloupe dès 1976. Pour motiver les coureurs à prendre part à cette aventure inédite, les Guadeloupéens se montrent particulièrement généreux, offrant la somme énorme de 500 000 francs de l'époque pour récompenser les six premiers de la course.

Cependant, les débuts du projet ne sont pas exempts de défis. Le choix du lieu de départ fait notamment débat. Comme l'écrit le journaliste et photographe de voile Christian Février : « Les rhumiers penchent pour Bordeaux, port emblématique de l'importation du sucre et du rhum. Florent se bat pour Saint-Malo. » Finalement, la cité corsaire bretonne s'impose, offrant un cadre spectaculaire et une tradition maritime forte pour le grand départ. Un événement extérieur vient par ailleurs renforcer l'audace de la proposition française : en décembre 1976, les Anglais décident de limiter la taille des bateaux à 17,06 mètres pour leurs courses. Cette décision fait suite à des participations remarquées, comme celle d'Alain Colas sur le Club Méditerranée, un quatre-mâts de 72 mètres de long, lors de la Transat anglaise. En réponse à la limitation de l'accès des bateaux de 56 pieds aux courses transatlantiques organisées par les Anglais, Michel Etevenon, adoubé par Jacques Goddet, annonce dans L'Équipe du 14 décembre 1976, son intention de créer une grande course française sans limitation de taille. C'est ainsi que, après avoir cherché un sponsor pendant tout l'hiver et constatant le potentiel du projet initial de Bernard Hass et Florent de Kersauson, Promovoile est constituée le 14 mars 1978 par Michel Etevenon et six autres associés, exploitants de sucreries et de distilleries, afin d'organiser cette course transatlantique en solitaire prévue tous les quatre ans et baptisée la Route du Rhum.

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Un Parcours Mythique et des Règles Évolutives

Le tracé de la Route du Rhum est emblématique, reliant Saint-Malo, dans le nord-est de la Bretagne, à Pointe-à-Pitre, sous-préfecture et port de la côte est de la Guadeloupe. La ligne de départ est stratégiquement située légèrement à l'ouest de la Pointe du Grouin, sur la commune de Cancale. Pour permettre aux spectateurs de profiter pleinement du début de la course et d'admirer le spectacle des voiliers, une marque de parcours devant le cap Fréhel est à laisser à tribord. De même, pour des raisons de visibilité et d'accessibilité du public à l'arrivée, l'île de la Guadeloupe doit être laissée à bâbord, ce qui signifie que les coureurs doivent en faire le tour par le nord puis l'ouest, en passant par le canal des Saintes, avant de franchir la ligne d'arrivée devant Pointe-à-Pitre. La navigation moderne est également encadrée par des Zones de Séparation de Trafic (DST), matérialisées sur les cartes, comme à Ouessant ou au cap Finisterre, des zones interdites à la navigation pour des raisons de sécurité liées au trafic maritime.

Depuis sa première édition en 1978, les règles de la Route du Rhum ont évolué, notamment en ce qui concerne la classification des bateaux. Lors de la 1ère édition en 1978, la course ne faisait pas de distinction par taille ou type de bateaux, tous concourant ensemble dans une grande mêlée. Cette liberté totale était une marque distinctive de la "folie" des débuts. Cependant, pour les 2e et 3e éditions, six classes par longueurs de bateaux apparaissent, introduisant une première segmentation pour équilibrer les chances et structurer la compétition.

Au fil du temps, la catégorisation s'est affinée pour s'adapter aux évolutions technologiques et à la diversité des voiliers. Aujourd'hui, plusieurs classes distinctes s'affrontent, chacune avec ses spécificités. Parmi elles, les IMOCA sont des monocoques de 18 mètres qui participent également au célèbre Vendée Globe, et qui sont reconnus pour leur puissance et leur technicité, souvent équipés de foils. La classe Rhum, quant à elle, demeure une catégorie "open" où s'affrontent des bateaux de toutes tailles et de toutes conceptions, qu'ils soient monocoques (Rhum Mono) ou multicoques (Rhum Multi), offrant une grande diversité visuelle et technique. Les trimarans de la Classe Ultim 32/23 représentent l'apogée de la vitesse et de la technologie, avec leurs dimensions gigantesques et leurs performances inégalées. S'y ajoutent d'autres catégories comme les Class40, des monocoques de 40 pieds, et les Multi50, des trimarans de 50 pieds, toutes contribuant à la richesse et à l'intensité de cette course emblématique.

Les Éditions Historiques et Leurs Pionniers : Forger la Légende

La Route du Rhum existe depuis 1978, marquant ainsi ses 40 ans lors de l'édition 2018. Cette première édition fut une véritable épopée. Elle fut ouverte à tous les bateaux : les monocoques étaient mêlés aux multicoques sans spécification de catégorie ou restriction de taille, créant un plateau de départ hétéroclite et spectaculaire. C'est dans ce contexte que Mike Birch, à bord de son petit trimaran jaune Olympus Photo, s'impose comme le premier vainqueur, terminant sa course en 23 jours, 6 heures, 59 minutes et 35 secondes. Ce temps, bien loin des records actuels, souligne l'évolution fulgurante des performances.

La deuxième édition voit 53 bateaux prendre le départ, témoignant de l'engouement grandissant pour cette transatlantique en solitaire. Marc Pajot, malgré une avarie majeure sur Elf Aquitaine, avec une poutre centrale fendue, l'emporte avec brio, devançant de dix heures Bruno Peyron sur Jaz, tandis que Mike Birch termine troisième, prouvant sa constance et son talent.

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La troisième édition de la Route du Rhum est marquée par une évolution technologique significative et un événement tragique. 33 bateaux sont au départ, et parmi ceux-ci, treize mesurent plus de 23 mètres, dont treize catamarans et neuf trimarans. Certains de ces derniers sont déjà équipés de foils, préfigurant les avancées futures. Cette édition est malheureusement marquée par la disparition de Loïc Caradec le 14 novembre 1986 lors du chavirement de son catamaran Royale, un drame qui rappelle les dangers inhérents à la course au large en solitaire. Malgré cette tragédie, la course continue, et Philippe Poupon est le premier à rejoindre Pointe-à-Pitre, en 14 jours, 15 heures et 57 minutes, à bord de Fleury Michon VIII, un trimaran à foils de 22,80 mètres, devant Bruno Peyron sur Ericsson et Lionel Péan sur Hitachi. Sa victoire marque le début d'une longue carrière jalonnée de succès.

L'Ère des Records et des Multicoques Géants : L'Excellence Technologique et Humaine

Au fil des éditions, la Route du Rhum est devenue le théâtre d'une course effrénée à la vitesse et à l'innovation. Entre 1978 et 2014, l'amélioration du temps réalisé par le vainqueur est considérable : il a été divisé par trois, illustrant les progrès fulgurants de la conception des bateaux et des stratégies de course. Un acteur majeur de cette révolution est le cabinet d'architectes VPLP design, dont l'influence est indéniable : de 1990 à 2018, tous les bateaux vainqueurs ont été conçus par ce bureau de design. Le maxi-trimaran Groupama 3, sous différents noms et skippers, est notamment triple vainqueur successif des Route du Rhum 2010, 2014 et 2018, illustrant la pertinence de ses innovations.

L'édition 2010 est mémorable avec la victoire de Franck Cammas à bord du trimaran Groupama 3, qui est le premier à arriver en fin d'après-midi le 9 novembre 2010 après 9 jours, 3 heures, 14 minutes et 47 secondes de course, avec une moyenne impressionnante de 16,14 nœuds. Dans la catégorie IMOCA, Roland Jourdain à bord de Véolia remporte l'épreuve, signant ainsi sa deuxième victoire consécutive dans cette classe, après son succès en 2006, un exploit témoignant de sa maîtrise et de sa régularité.

L'édition 2014 voit un nouveau record spectaculaire établi par Loïck Peyron, un skipper chevronné dont c'était la septième participation à cette course. Ayant remplacé Armel Le Cléac'h, blessé à la main fin août, Peyron remporte la course dans le temps record de 7 jours, 15 heures, 8 minutes et 32 secondes, à bord du maxi trimaran Banque populaire VII. Il devance d'un peu plus de 14 heures Yann Guichard sur Maxi Spindrift 2 et de presque 24 heures Sébastien Josse sur Gitana XV, s'inscrivant ainsi comme le nouveau détenteur du record de la traversée en solitaire. Dans les autres catégories, Erwan Le Roux sur Fenêtrea s'impose en Multi50, tandis que François Gabart sur Macif, pour sa dernière course en IMOCA, établit un nouveau record de la catégorie en 12 jours, 4 heures, 38 minutes et 55 secondes. Ces performances soulignent l'excellence des skippers et l'optimisation continue des machines.

Les Héros des Années Récentes et l'Édition 2022 : Une Affluence Record et de Nouveaux Explois

L'édition 2018 marque les 40 ans de la Route du Rhum et enregistre un record de participation avec 123 concurrents, répartis en six catégories. C'est, après l'édition 1976 de la Transat anglaise (126 concurrents), le plus grand nombre de concurrents pour une compétition océanique, soulignant la popularité et le prestige inégalé de la course. Cette édition est marquée par des rebondissements, comme l'abandon d'Armel Le Cléac'h le 6 novembre, après avoir chaviré au large des Açores. Dans la catégorie Ultime, la course se transforme en un duel palpitant entre François Gabart et Francis Joyon. Ce dernier l'emporte à l'issue d'un final d'une rare intensité ; seulement 7 minutes et 8 secondes séparent les deux concurrents à l'arrivée, un écart infime après des milliers de milles de course.

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L'édition 2022, La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, s'apprête ainsi à entrer définitivement dans l’histoire en battant le record du nombre de concurrents jamais réunis sur une épreuve en solitaire. Le 6 avril dernier, OC Sport Pen Duick, organisateur de l'événement, avait révélé la liste des 120 premiers marins retenus. Ce contingent est complété par l’attribution des « wild cards », qui permettent à 18 marins supplémentaires de rejoindre les rangs d’une épreuve qui, en 44 années d’existence, n’avait jamais été aussi courtisée. Au total, le dimanche 6 novembre, 138 marins sont prêts à prendre le départ de la plus célèbre des courses transatlantiques en solitaire, un chiffre historique. Le départ de la course, initialement prévu le 6 novembre 2022, est d'ailleurs décalé de trois jours en raison des conditions météorologiques exceptionnellement difficiles, démontrant la prudence des organisateurs face à la puissance des éléments.

La décision d'ajouter des wild cards est une réponse à l'affluence massive, notamment du côté de la Classe Imoca et des Rhum Multi et Mono, avec 149 dossiers reçus par l'organisateur. Pour essayer de contenter un maximum de marins, tout en garantissant le respect des contraintes logistiques et de sécurité, les équipes ont alors cherché à pousser au plus juste le curseur de la jauge de l’épreuve. Cette réflexion permet d'ajouter 18 noms aux 120 annoncés.

Les IMOCA sont en force : elle était la famille de solitaires qui comptait la plus longue liste d’attente, elle est donc logiquement celle qui voit le plus grossir ses rangs. OC Sport Pen Duick attribue 10 wild cards à la Classe Imoca, permettant ainsi notamment à Yannick Bestaven, Damien Seguin, Rodolphe Sepho ou encore Alan Roura de faire officiellement partie des inscrits à La Route du Rhum - Destination Guadeloupe. De 27 concurrents, la flotte des monocoques 60 pieds passe ainsi à 37 et monte définitivement en puissance en termes de représentation, juste derrière les 55 Class40 qui restent les plus nombreux dans leur classe.

Les Rhum Multi accueillent également de nouveaux concurrents, avec 4 wild cards attribuées à des marins emblématiques de l’histoire de la course. Philippe Poupon fait ainsi son grand retour sur La Route du Rhum - Destination Guadeloupe. 36 ans après sa victoire sur la deuxième édition de l’épreuve, il s’aligne à la barre du Pierre 1er de Florence Arthaud, un bateau qui à lui seul a marqué l’histoire de la course au-delà de l’édition 1990. Roland Jourdain, lui aussi double vainqueur du Rhum en Imoca en 2006 et en 2010, retrouve la ferveur malouine à bord d’un catamaran en fibre de lin. Autre retour notable, celui de Marc Guillemot, deuxième de l’édition 2002 (en trimaran Orma), qui reprend une rasade de Rhum à la barre d’un catamaran qu’il a lui-même construit. La famille Escoffier, intimement liée à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire avec la course grâce à la participation de Loïc qui décroche la dernière wild card en Rhum Multi. Du côté des Rhum Mono, 2 nouveaux concurrents - Julien Reemers et Jean-Sébastien Biard - font leur entrée, portant à 14 le nombre d’inscrits dans cette catégorie.

Enfin, c’est aux trimarans de la Classe Ultim 32/23 que vont les deux derniers sésames avec l’entrée en lice de Romain Pilliard et Arthur Le Vaillant. Ils sont donc 8 géants des mers à Saint-Malo, une première et un véritable tour de force pour une édition qui mérite bien tous les superlatifs. Amarrés dans les bassins de la cité corsaire, ces machines volantes sont l’objet des regards admiratifs du public. L’envol de ces formidables machines donne le LA d’une édition historique de La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, incarnée par une formidable photo de famille de 138 marins. L'édition 2022 est couronnée par un nouveau record de la traversée en solitaire, établi par Charles Caudrelier. Il a accompli cet exploit avec un temps de 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes à bord de son maxi-trimaran volant « Edmond de Rothschild », marquant une nouvelle étape dans la quête de vitesse.

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