Souvent liés à la plongée sous-marine, les accidents de décompression surviennent lorsque l'azote dissous dans le sang et les tissus forme des bulles de gaz lors de la remontée vers la surface. Il est essentiel de comprendre les causes, les symptômes et les traitements de cette condition pour assurer la sécurité des plongeurs.
Causes de la Maladie de Décompression
La maladie de décompression survient dès lors qu’une diminution rapide de la pression atmosphérique s’exerce sur le corps humain. Beaucoup d’accidents sont dus à la haute pression, en profondeur elle est générée par la hauteur d’eau s’ajoutant à la pression atmosphérique de surface. À 10 m de profondeur, l’eau de mer exerce une pression équivalente à la pression atmosphérique standard au niveau de la mer qui est de 1,03 kg/cm2, 760 mmHg, ou 1 atmosphère absolue (atm abs) et donc, la pression totale à cette profondeur est de 2 atm abs. La quantité de gaz inerte (azote, hélium …) dissout dans le sang augmente avec la pression ambiante. Quand la pression environnante diminue lors de la remontée, des bulles (principalement azote) peuvent se former.
Plongée Sous-Marine
Les accidents de décompression sont principalement connus pour être des accidents de plongée. Un plongeur respire de l'air comprimé composé de 20% d'azote et de 80% d'oxygène. L'azote se dissout dans les tissus au fur et à mesure que la pression augmente et que le temps passe. Plus on descend profondément et longtemps, plus on dissout l'azote. Lorsqu'on remonte, on s'arrête à des paliers de décompression pour permettre à l'azote de s'évacuer progressivement. Les accidents de décompression sont le plus souvent liés à la plongée sous-marine et surviennent à la sortie de l'eau voire quelques heures après.
Aviation et Aérospatiale
Dans l'aérospatial, les astronautes possèdent une petite valise contenant de l'oxygène leur permettant d'éliminer l'azote de leur organisme. Voler dans des avions sans pressurisation, comme dans l'aviation sportive où les avions n'ont pas de cabine pressurisée, ou encore voyager en avion après une session de plongée peuvent être des conditions favorisantes aux accidents de décompression. Les aéronefs des compagnies aériennes commerciales affichent systématiquement une pression de cabine équivalente à 2438 m ce qui peut accentuer les symptômes.
Apnée
En théorie, chez les apnéistes, l'azote dans le sang est faible si les plongées ne sont ni trop longues, ni trop profondes, ni trop rapprochées.
Lire aussi: Vivre avec les maladies de peau
Physiopathologie de la Maladie de Décompression
La maladie de décompression est le résultat de la formation de bulles de gaz dans l’organisme et d’une réaction inflammatoire générale déclenchée par l’interface gaz/plasma ou gaz/endothélium. Les bulles de gaz peuvent apparaître dans n’importe quel tissu et entraîner des symptômes localisés ou atteindre des organes éloignés par voie sanguine (embolie gazeuse artérielle). Les bulles entraînent les symptômes en obturant les vaisseaux par rupture ou par compression des tissus, en induisant des lésions endothéliales et une extravasation du plasma, ou en activant les cascades de l’inflammation et de la coagulation. L’azote se dissolvant facilement dans la graisse, les tissus présentant un taux élevé de lipides (p. La maladie de décompression survient dans environ 2 à 4/10 000 plongées chez les plongeurs amateurs. Comme l’azote en excès reste dissout dans les tissus pendant au moins 12 heures après chaque plongée, les plongées répétées sur 1 jour exposent à la maladie de décompression. La maladie de décompression peut également se développer si la pression diminue en-dessous de la pression atmosphérique.
Symptômes de la Maladie de Décompression
La moitié des accidents de décompression commence dans les trente minutes qui suivent la plongée et la quasi-totalité dans les six heures. Il est crucial de reconnaître les signes avant-coureurs et d'agir rapidement.
Signes Généraux et Cutanes
La difficulté est parfois de savoir reconnaître l’accident de décompression en voie de constitution quand celui-ci se manifeste seulement par une fatigue inhabituelle ou par des signes cutanés. Un examen médical initial recherchera les signes d’atteinte cutanée.
Douleurs
- Douleurs multiples, sourdes, profondes, lancinantes: Résolutives en moins de 10 minutes. L’épaule est l’articulation la plus souvent atteinte. L’évolution parfois progressive de ces douleurs articulaires est parfois faussement rassurante, la victime mettant les douleurs sur le compte d’une simple fatigabilité musculaire liée à l’effort.
- Douleurs musculaires, tendineuses ou articulaires: Connues sous le nom de "bends". Les douleurs musculaires concernent les membres supérieurs 3 fois plus souvent que les membres supérieurs.
Manifestations Neurologiques
- Dans les cas les plus graves, l'examen médical initial recherchera les signes d’atteinte médullaire ou encéphalique.
- La perte de conscience due à la maladie de décompensation ne survient que lors de la remontée ou après la sortie de l’eau.
Manifestations ORL
- Le vertige peut être alterno-barique, calorique (différence de température entre les 2 oreilles), une fistule péri-lymphatique, un barotraumatisme, une maladie de décompression de l’oreille interne ou le résultat de la toxicité de l’oxygène.
- La surdité brusque pendant ou après une plongée peut être due à une maladie de décompression mais survient également après un traumatisme sonore ou une fistule péri-lymphatique.
Diagnostic de la Maladie de Décompression
Tout accident de décompression suspecté nécessite un examen médical détaillé et horodaté. Le diagnostic est clinique. Les examens complémentaires ne doivent en rien retarder la séance d’OHB. Ils seront donc réduits au strict minimum et orientés par l’examen clinique. Un cliché pulmonaire est indispensable la recherche de signes d’épanchement gazeux pulmonaire.
Traitement de la Maladie de Décompression
Dès les premiers signes, la personne doit être placée sous oxygène puis doit être emmenée vers un centre hyperbarre (il en existe une quinzaine en France métropolitaine) par le SAMU. Au sein de ces services spécialisés, le plongeur est placé dans un caisson de décompression, où il est décomprimé lentement sous oxygène pour éliminer l'excédent d'azote. Une fois que l'accident a été traité grâce au caisson de décompression, aucun traitement n'est mis en place ensuite. Un examen est effectué pour vérifier qu'il n'y ait pas de séquelles. L’administration d’oxygène normobare sur le bateau lors de la survenue de l’accident de décompression peut améliorer la symptomatologie clinique et masquer la maladie de décompression en évolution, mais l’amélioration initiale ne dispensera pas de la séance d’oxygénothérapie hyperbare.
Lire aussi: Conséquences des naufrages
Premiers Secours et Oxygénothérapie
Dans tous les cas ou la décompression est suspectée, débuter une oxygénothérapie normobare à haut débit et quelle que soit la valeur initiale de la SpO2 en AA. La présence d’oxygène est fortement recommandée sur le bateau avec la consigne de l’administrer précocement et à fort débit (≥10l/min).
Hydratation
Hydrater per os par petites gorgées lorsque l’état de conscience le permet et présentant des manifestations bénignes. Le plongeur à la sortie de l’eau est déshydraté par l’effet de la pression via le facteur atrial natriurétique mais aussi par l’effort physique accompli au fond. La déshydratation entraîne une vasoconstriction des microcirculations qui favorise l’hypoxie tissulaire et diminue l’élimination tissulaire de l’azote. Si le plongeur est conscient et ne présente pas de contre-indication, la voie orale doit être privilégiée. Le plongeur sera autorisé à boire selon la sensation de soif cependant les boissons gazeuses sont bannies. En cas de coma, seul le remplissage par voie intraveineuse est possible. Per os comme IV, l’apport de sucre sera proscrit car l’hyperglycémie est néfaste en cas d’œdème cérébral dû à un aéro-embolisme artériel.
Oxygénothérapie Hyperbare (OHB)
L’utilisation de l’OHB dans le traitement de la maladie de décompression permet une récupération complète est d’autant plus fréquente que le traitement par l’OHB est appliqué précocement après la survenue de l’accident. Si des signes cliniques évocateurs surviennent plus de 24h après la sortie de l’eau, on peut exclure à priori la maladie de décompression. Dans certains cas d’aéro-embolisme artériel massif et brutal, la recompression précoce en air avec des pressions élevées (6 ATA) peut suffire à corriger la symptomatologie clinique.
Médicaments et Molécules
Les traitements anti-agrégants plaquettaires de type aspirine ont été largement proposés et utilisés pour bloquer l’agrégation plaquettaire déclenchée par l’interface bulle de gaz/plasma ou endothélium. Leur utilisation n’a pas été validée. Elle est tolérée en cas d’absence de contre-indication mais ne doit pas être recommandée. L’héparine anticoagulante utilisée à la seringue électrique est très controversée. De nombreuses molécules ont été utilisées dans le traitement de la maladie de décompression, comme la prostacyline, la lidocaïne et des substances antiradicaux libres de l’oxygène.
Transport Sanitaire
Le transport sanitaire en aéronef est possible. Si une évacuation par voie aérienne est nécessaire, un avion pressurisé à 1 atmosphère est préféré. Dans les avions non pressurisés, une basse altitude (< 609 m) doit idéalement être maintenus et de l’oxygène administré en continu.
Lire aussi: À propos de "Les Pingouins Plongeurs"
Conduite à Tenir des Lieux de l’Accident jusqu’à l’Unité d’OHB
La prise en charge du plongeur en difficultés débute dès la sortie de l’eau par la réalisation correcte et simultanée de 2 types de procédures à savoir la réanimation précoce et l’évacuation de l’accidenté dans les meilleurs conditions. Les secours doivent venir chercher le plongeur le plus rapidement possible, pour l’orienter vers le centre d’OHB le plus proche. Le recours aux moyens d’évacuation aéroportés doit être privilégié. L’hélicoptère à l’avantage d’une grande vitesse de déplacement et permet d’éviter les secousses du transport routier qui favorisent le dégazage. Le vol doit s’effectuer à basse altitude, au mieux à moins de 100m et en tout cas à moins de 300m. La réanimation précoce du plongeur est entreprise dès la sortie de l’eau par la personne la plus compétente et la plus expérimentée. Le recueil des informations concernant la plongée est primordial.
Prévention
Plusieurs mesures peuvent être prises pour minimiser les risques de maladie de décompression, notamment le respect des paliers de décompression, une vitesse de remontée lente, éviter les plongées répétées et rester bien hydraté.
Barotraumatisme : une autre affection liée à la pression
Le barotraumatisme est un accident dû aux changements de pression. Ces derniers induisent des variations de volume des gaz contenus dans l'organisme. Des activités exposent au risque de barotraumatisme comme la plongée sous-marine ou un voyage en avion.
Causes et Facteurs de Risque
Un barotraumatisme est causé par une variation de pression ambiante lors d'une activité de plongée sous-marine, un voyage en avion ou un séjour en altitude. Certains facteurs peuvent précipiter la survenue d'un tel accident lors de ces circonstances comme :
- une inflammation ORL ou respiratoire (otite, rhinite, sinusite, bronchite..).
- des dents mal soignées, présentant des fissures ou des caries.
- un manque d'entrainement ou un non respect des consignes de sécurité en cas de plongée sous-marine.
- le port d'un masque mal adapté à la morphologie de visage ou le port de bouchon d'oreille/cagoule en cas de plongée sous-marine.
Les barotraumatismes touchent particulièrement les personnes soumises à des fortes variations de pression dans leur environnement de travail ou lors de leurs loisirs, c'est notamment le cas des plongeurs et des aviateurs.
Types de Barotraumatismes
- Barotraumatisme pulmonaire: Peut provoquer une rupture alvéolaire, un pneumothorax ou un emphysème cutané ou du médiastin.
- Barotraumatisme de l'oreille: Un défaut de perméabilité de la trompe d'Eustache peut déséquilibrer la pression entre le conduit auditif et l'oreille moyenne.
- Barotraumatisme sinusal: Les sinus sont des cavités remplies d’air qui communiquent avec les fosses nasales.
Symptômes des Barotraumatismes
- Barotraumatisme de l'oreille: Sensation d’oreille bouchée, douleur auriculaire, déséquilibre, saignements du conduit auditif, vertiges, bourdonnements et surdité.
- Barotraumatisme des sinus: Sensation de pression dans le sinus touché, douleur dans la face et parfois au niveau des dents, sensibilité de la face, congestion nasale et saignements de nez.
- Barotraumatisme pulmonaire: Douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, hémorragie pulmonaire, pneumothorax, pneumomédiastin et embolie gazeuse.
Prévention des Barotraumatismes
Ces mesures de prévention sont principalement destinées aux sujets à risque (plongeurs et aviateurs). Ils doivent d’ailleurs se rendre régulièrement à une consultation médicale d’aptitude.
- Pour prévenir un barotraumatisme de l’oreille, expirer ou avaler en pinçant les narines lors de la plongée pour équilibrer les pressions dans l’oreille.
- Afin de prévenir le barotraumatisme pulmonaire, il convient d'insister sur les mesures de sécurité notamment lors de la plongée sous marine.
- Pour prévenir un barotraumatisme des sinus, évitez de plonger si vous avez un rhume ou une sinusite.
Diagnostic et Traitement des Barotraumatismes
Le médecin pose le diagnostic en fonction de la nature des symptômes et du fait qu’ils apparaissent après une plongée ou au décours d'un vol en avion. Le traitement d’un barotraumatisme de l’oreille ou des sinus est majoritairement symptomatique. Autrement dit, elle repose sur l’administration d’un décongestionnant nasal associé à un antalgique, et dans certains cas, de corticoïdes ou antibiotiques.