Les Racines Précoces du Surf : Au-delà des Mythes
Contrairement aux idées reçues qui placent systématiquement Hawaï comme unique berceau, l’histoire du surf semble avoir commencé sur la côte nord du Pérou, lors de la période pré-Inca, sous la culture Mochica. Des dessins représentant des pêcheurs sur des planches de bois et des bateaux en roseaux appelés « caballitos de totora » ont été retrouvés sur des poteries de cette période. C’est ainsi que le surf est réellement né sur la côte nord du Pérou, bien avant les développements polynésiens. Cependant, l’histoire du surf, telle que la plupart des gens la connaissent, commence véritablement dans le Pacifique. Les premières traces de l’origine hawaïenne du surf remontent à 1769, et lors de son deuxième voyage en 1778, le capitaine James Cook a vu des surfeurs aux îles Sandwich (Hawaï). Il a alors commencé à écrire sur le surf dans son journal de voyage.
C’est le lieutenant James King qui, lors d’un voyage aux alentours des côtes hawaïennes, a pu observer la pratique du surf avec précision, notamment dans la baie de Kahalu’u et la baie d’Holualoa sur la Grande île d’Hawaï. Il est devenu passionné par le surf et a été surpris de voir que ce n’était pas destiné uniquement à une épreuve d’habileté, mais purement comme un amusement. Dès le XVe siècle, le surf était une pratique courante dans les îles hawaïennes. Ce sport s’est établi à Kealakekua Bay comme une façon de démontrer sa puissance et ses qualités physiques. Cette activité n’était pratiquée que par les chefs de tribus, qui y voyaient une manière de s’élever dans la communauté et d’y être reconnus. On le faisait également sous forme de duel en Polynésie française. Les pratiquants utilisaient de grandes planches en bois appelées « Papa-he-nalu », coupées dans un tronc d’arbre selon un ancien rituel, mesurant souvent plus de 5 mètres.
La Colonisation et l’Extinction d’une Tradition
La publication des journaux de voyage de Cook et de King après leur retour en Europe a eu pour effet d’attirer des explorateurs et des missionnaires sur les îles. Leur arrivée a malheureusement conduit à des maladies, en particulier la syphilis, jusqu’alors inconnue dans les îles. En conséquence, la population hawaïenne a été réduite de 10 %. Les missionnaires ont établi leur système religieux et économique dans les îles. Méfiants à l’égard de la chair humaine, ils ont imposé le port de vêtements de style occidental dans la chaleur tropicale et ont jugé le surf dépravant car les Hawaïens le pratiquaient presque nus. Le surf a par conséquent presque entièrement disparu entre le XVe et le XXe siècle, perçu comme une perte de temps frivole et une folie païenne par les calvinistes nord-américains.
La terre devint une marchandise, rendant impossible la tradition de subsistance communautaire et forçant les Kānaka Maoli à travailler comme salariés dans les nouvelles plantations de sucre appartenant aux haole (étrangers). Cependant, lorsque le roi David Kalākaua monta sur le trône dans les années 1870, il fit renaître le surf. En fin de compte, ses efforts échouèrent car les capitaux états-uniens trouvèrent des rendements impressionnants dans l’industrie sucrière. Les colons haole renversèrent la monarchie en 1893, et en 1898, les États-Unis annexèrent illégalement l’archipel.
La Renaissance par le Prisme Occidental
Le paradoxe de l’histoire du surf veut que ce soit le capital occidental qui ait relancé sa pratique. Alors que les îles devenaient un territoire des États-Unis, des entrepreneurs haole firent la promotion de la plage de Waikiki à Oahu en tant que destination touristique. Alexander Hume Ford, homme d’affaires de Caroline du Sud, s’est installé à Hawaï en 1907 et a été captivé par le surf. Bien qu’il soit un « malihini », il devint un surfeur compétent et utilisa le surf pour attirer les investisseurs. Le magnat des chemins de fer Henry Huntington, en vacances dans les îles, aperçut le jeune George Freeth en train de profiter des vagues. Il recruta ce « hapa haole » (métis hawaïen-irlandais) pour faire des démonstrations quotidiennes à la station balnéaire de Redondo Beach en Californie. C’est ainsi que Freeth fut nommé « Premier homme à surfer en Californie ».
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En 1885, trois jeunes princes hawaïens s’étaient déjà échappés de leur pensionnat pour surfer à Santa Cruz sur des planches en séquoia. Mais c’est véritablement avec Duke Kahanamoku, champion de natation et médaillé olympique en 1912, que le sport a retrouvé une aura mondiale. Ses démonstrations en Amérique mais aussi en Australie ont provoqué une frénésie. « The Duke » est souvent considéré comme le père du surf moderne. En 1914, il fut invité dans l’Est australien pour des démonstrations devant des milliers de spectateurs au Freshwater Carnival, stupéfiant le public par ses compétences.
Makaha et l’Émergence de la Culture des Grosses Vagues
Dans les années 1950, le surf moderne prend un tournant décisif. Les pionniers de l’après-guerre, Woodbridge Parker « Woody » Brown, Rabbit Kekai et John Kelly, ont été les initiateurs d’une nouvelle vague. Des personnages comme Fred van Dyke, Peter Cole et John Kelly ont commencé à surfer des vagues géantes sur les spots de Makaha, Sunset Beach et plus tard Waimea Bay, avec des surfeurs locaux comme Eddie Aikau et Buffalo Keaulana. C’est à cette période que Makaha s’inscrit comme un lieu mythique. Le surf à Makaha n’était pas seulement une pratique, mais un défi à la hauteur des vagues géantes qui déferlaient sur ce spot légendaire.
L’influence de Makaha a également marqué la culture vestimentaire. C’est d’un « tailleur » de Haleiwa, nommé Minoru Nii, et de sa femme Florence, qu’est né « l’uniforme non-officiel d’Hawaï ». Lorsque les vagues avaient raison de leurs tenues, les surfeurs de Makaha se rendaient dans la boutique M.Nii pour faire appel à leur savoir-faire. Très vite, le couple a commencé à fabriquer des shorts spécifiquement pour la pratique du surf, utilisant du coton épais, avec une taille à lacet, de gros boutons et d’imposantes coutures. La réputation des « Makaha Drowners » était déjà faite, et des vocations apparaissaient, influençant durablement le monde de la glisse.
Vers la Professionnalisation et la World Surf League
La première compétition majeure de longboard, le World Surfing Championships, a eu lieu en 1976 à Makaha, Hawaï. Cet événement a marqué un tournant dans la reconnaissance du surf en tant que discipline compétitive. Avant cela, le surf restait peu apprécié du grand public, souvent perçu à travers le prisme des hippies ou de la contre-culture. En 1976, l’International Professional Surfers (IPS), plus connue aujourd’hui sous l’acronyme de WSL (World Surf League), voit le jour. Cette association a véritablement permis d’amener le surf en compétition structurée.
Avec l’accession d’Hawaï au statut d’État en 1959, le tourisme a connu un essor sans précédent, transformant radicalement Waikiki. L’assaut du tourisme néocolonial a coïncidé avec une renaissance du nationalisme hawaïen. En 1975, un groupe de surfeurs hawaïens a fondé le Hui He’e O Nalu, un club destiné à protéger le surf hawaïen, utilisant des couleurs signifiant l’appartenance aux classes dirigeantes indigènes des ali’i. Le journaliste de surf Chas Smith a expliqué comment « Da Hui » a forcé le surf professionnel à donner une part du gâteau aux surfeurs locaux.
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L’Évolution Technologique et l’Industrie du Surf
Au milieu des années 1970, le surf s’est professionnalisé et les marques ont commencé à apposer leur logo de manière plus voyante. C’est le début d’une nouvelle ère où le surf est devenu une industrie. Le logo mythique de Quiksilver vit le jour ainsi qu’une nouvelle forme de boardshort inspirée du running. Dans les années 1980, les marques australiennes se sont internationalisées, poussant la concurrence américaine à concevoir le surf comme un sport professionnel. Billabong a introduit le Lycra sur ses modèles, formant un tissu extensible très confortable, adopté par un grand nombre de marques.
Grâce au prodige américain Kelly Slater, le surf est devenu extrêmement populaire. L’Américain est devenu champion du monde à 20 ans, signant de gros contrats et participant à des campagnes publicitaires. Cette nouvelle image du surfeur professionnel et passionné a définitivement changé la vision négative que l’on avait des pratiquants. Aujourd’hui, le surf est un sport professionnel dont les champions sont des superstars, bien que des mouvements dissidents continuent de prôner les valeurs originelles d’un mode de vie libertaire. Les planches, autrefois en bois, ont laissé place à la mousse de polyuréthane ou de polystyrène, et l’invention des combinaisons en néoprène par Jack O’Neill a permis de surfer dans des eaux glaciales, transformant la pratique matérielle.
Les Spots Mythiques : De Waikiki à Biarritz
Le surf est aujourd’hui une communauté mondiale. Waikiki, sur l’île d’Oahu, reste le lieu mythique où le surf moderne a pris son essor. Malibu, en Californie, est un spot emblématique mondialement connu pour le longboard. Jeffreys Bay, en Afrique du Sud, souvent appelé « J-Bay », est réputé pour ses longs et rapides murs de vagues. Noosa, sur la Sunshine Coast en Australie, est un autre joyau avec ses vagues lentes qui déferlent sur le point break de la baie de Laguna. En France, Biarritz est devenue une référence mondiale. Introduit dans les années 1950, le surf a attiré d’abord une élite, avant de s’imposer sur toute la côte atlantique. Le réalisateur Peter Viertel, en tournage pour « Le soleil se lève aussi », a largement contribué à cette implantation. La création de la première école française par Jo Moraiz en 1966 a définitivement ancré ce sport dans le paysage culturel local.
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