Charlotte Bonnet, figure emblématique de la natation française, est une athlète dont le parcours est marqué par la détermination, la remise en question et une constante évolution. Son histoire est celle d'une jeune femme qui, après avoir été propulsée très tôt sur le devant de la scène, a dû apprendre à se connaître et à affirmer ses propres choix.
Des débuts précoces et un talent indéniable
Dès son plus jeune âge, Charlotte Bonnet a démontré une aptitude naturelle pour la natation. « Vous avez vraiment su nager à 3 ans ou c’est une sorte de légende urbaine ? Vers 3-4 ans, oui. Mes parents sont maîtres-nageurs, j’étais dans l’eau avant de savoir marcher, à 6 mois ». À six ans, elle commence la compétition à Brest, où ses parents sont mutés. « Je montais sur le plot et je m’en foutais des copines, des copains, je voulais gagner ». Son talent est tel qu'à 15 ans, elle quitte sa Bretagne natale pour rejoindre Nice et le groupe de Fabrice Pellerin, un entraîneur réputé pour son exigence. Elle trouve, dans un groupe aux talents insensés (Camille Muffat, Yannick Agnel, Clément Lefert…), tout ce qu'elle cherchait, un environnement sportif d'exception et une deuxième famille. « J'étais dans un wagon qui allait vite et je me suis accrochée », se souvient-elle.
L'ascension vers le succès
Sous la direction de Pellerin, Charlotte Bonnet va gravir les échelons et se forger un palmarès impressionnant : médaille de bronze olympique et mondiale sur 4x200m, titres européens sur 200m, 4x100m et 4x100m mixte. Le technicien va la façonner, la polir et la mener au plus haut. Elle s'adapte aux méthodes rigoureuses de son entraîneur, à cette distance qu'il maintient entre lui et ses élèves, à cette communication parfois difficile.
En 2010, quand elle débarque à Nice, la Brestoise d'adoption a 15 ans et rafle tout dans sa catégorie d'âge.
Les remises en question et la recherche de soi
Au fil des années, Charlotte Bonnet mûrit et ses exigences évoluent. Elle ressent le besoin d'une communication plus ouverte avec son entraîneur, d'un accompagnement plus personnalisé. « Ça a été un peu compliqué cette année, avouait-elle fin juin à Chartres après avoir, dans la douleur, décroché sa place à Tokyo sur 100 m et 200 m. Je ne rejette la faute sur personne, ça vient des deux côtés mais on a manqué un peu de communication et de visibilité. Je n'ai pas osé parfois faire part de mes déceptions, de mes ressentis. Et Fabrice reste toujours en retrait sur ses émotions. S'il voit un nageur pas bien ou pas à l'aise, il ne va pas aller vers lui. Moi, j'en avais besoin pour aborder cette année olympique. »
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L'été dernier, après les Championnats d'Europe à Berlin où vous êtes passée à côté (1), vous avez vraiment pensé tout laisser tomber ? Je me suis posé la question, oui. Quand je suis rentrée dans ma famille, à Paris, j'y ai beaucoup pensé. Je ne les vois jamais, et c'est beaucoup de sacrifices au final.
L'influence de Camille Muffat
La disparition tragique de Camille Muffat, une amie proche et une partenaire d'entraînement, a profondément marqué Charlotte Bonnet. Cet événement douloureux a agi comme un déclic, lui donnant une motivation supplémentaire et une nouvelle confiance en elle. Quand elle m'a annoncé qu'elle arrêtait, j'étais choquée. Je me suis dit que ça allait être dur de s'entraîner sans elle. On avait passé quatre ans ensemble tous les jours ».
Depuis le décès de Camille, ça va mieux, oui. J'essaie de trouver une motivation supplémentaire. J'ai repris un petit peu plus confiance en moi, ça va un petit peu mieux. Avant, ce n'était pas le cas. J'avais des doutes constamment. Je me disais : « Mais pourquoi je suis comme ça ? Je ne vais pas y arriver. » Je partais toujours pessimiste, alors qu'il n'y avait pas de quoi l'être.
Une nouvelle étape avec Philippe Lucas
Aux Jeux Olympiques de Tokyo, Charlotte Bonnet aborde une nouvelle étape de sa carrière en collaborant avec Philippe Lucas. Entre les deux, le courant est vite passé. Elle trouve auprès de lui une écoute et un soutien précieux. « Avec Philippe, ça se passe super bien, avoue Bonnet. Ça n'est pas mon choix d'être ici sans mon coach, donc ça n'était pas facile de toquer à la porte en disant "Vous voulez bien de moi ?". Je ne voulais pas m'intégrer dans un groupe étoffé. Le feeling passe bien avec Philippe, on ne s'était pas parlé très souvent mais le peu de fois, ça s'est très bien passé, on s'apprécie, donc ça a été naturel. Depuis le début du stage, il m'a beaucoup apporté. »
Un avenir plein de promesses
À 26 ans, Charlotte Bonnet est une athlète accomplie, mais aussi une jeune femme en constante évolution. Elle aborde l'avenir avec sérénité et détermination, consciente du chemin parcouru et des défis qui l'attendent. « Quoi qu'il se passe ici, je ne remettrai pas en cause le travail avec Fabrice. Je sais tout ce qu'il m'a apporté. »
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Elle va se lancer aujourd'hui dans ce 200 m toujours aussi royal avec l'ambition, comme à Rio (8e), de se hisser en finale. « Ça fait très longtemps que j'ai envie d'être là et quelle que soit l'issue, je ne veux avoir aucun regret. Il y aura peut-être des déceptions, je serai peut-être en larmes mais j'ai envie de finir ces deux années parce que j'ai l'impression qu'elles sont collées, en ayant la tête haute, en étant fière de ce que j'ai pu faire. »
Anecdotes
La discrète nageuse de 20 ans acceptera de raconter la petite fille surnommée Zébulon pour cause d’hyperactivité chronique, son « gros caractère » - « il faut en avoir quand on fait du sport de haut niveau » -, les sports à haute teneur en adrénaline qu’elle adore, les vacances qu’elle va prendre avec son cousin et où elle ne nagera « pas plus de trois brasses », les voyages au Japon ou en Australie qu’elle aimerait faire, le contrat de gendarme qu’elle a signé, mais aussi Dolly, partie en 2002, encrée dans sa peau par une « grand-mère » en thaï sous son coude.
Quand elle évoque le wakeboard qu’elle a pratiqué, l’anglais qu’elle parle, ou l’école qu’elle a arrêtée depuis son bac S obtenu il y a deux ans, Charlotte dit : « Je ne suis pas mauvaise » plutôt que « je suis bonne ». Ça donne : « Je n’étais pas mauvaise en français, j’ai eu 18 au bac », et ça la révèle plutôt bien. Tout en pudeur.
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