Loïc Cros : un parcours d’exception entre Stand Up Paddle et Ski de Fond

L’univers du sport de haut niveau exige une discipline rigoureuse, une capacité d’adaptation constante et une volonté sans faille. Pour Loïc Cros, athlète savoyard, cette exigence se double d’un engagement profond dans le sport adapté, où il s'est distingué comme une figure de proue internationale. Son parcours, ancré dans une passion pour la glisse et une détermination à surmonter les barrières de la communication, illustre la trajectoire d'un sportif polyvalent, évoluant avec succès entre les eaux calmes des lacs et les sommets enneigés de la Chartreuse.

Les fondements d’une vocation sportive

Le cheminement de Loïc Cros ne s'est pas construit en un jour, mais à travers une maturation progressive. Après quatre années marquantes à l'INJS de Chambéry, il découvre le ski de fond durant ses cours d’EPS en classe de 5ème, une discipline qu’il n’apprécie que modérément à l'époque. Ce n’est qu’en 2012, en s'installant au cœur de la Chartreuse après une période compliquée, qu’il renoue avec une pratique physique régulière, centrée sur les sports d’hiver comme le ski alpin et le snowboard. Cependant, l’été, le sentiment de vide sportif persiste.

En 2013, la découverte du Stand Up Paddle (SUP) sur le lac d’Aiguebelette agit comme un révélateur. Ce fut un véritable coup de cœur. Loïc commence alors à explorer le monde de la compétition, développant un goût prononcé pour l’effort, l’endurance et l’adaptation constante aux conditions environnementales. Il investit énormément de ressources personnelles pour progresser, transformant le SUP en son premier sport de haut niveau à l’âge adulte.

La conquête des sommets en SUP Race

La carrière de Loïc Cros est marquée par une ascension constante. Dès 2016, il se distingue en remportant le titre de champion de France de Stand-Up Paddle dans la catégorie des déficients auditifs sur les eaux d'Hossegor. Cette réussite ne marque que le début d'une quête plus large. Il devient par la suite double champion de France Handi SUP Race en 12’6, confirmant son statut au sein de l'élite nationale.

L’année 2016 constitue un tournant technique dans sa carrière. Après une blessure à l’épaule qui nécessite une rééducation rigoureuse, Loïc ressent le besoin de professionnaliser ses entraînements. Il sollicite alors l'expertise de Mathieu Bonnand, avec qui il entame une collaboration stratégique dès août 2016. L’accent est mis sur le renforcement musculaire préventif et le travail cardio-vasculaire. Cette approche scientifique de l'entraînement lui permet de varier les séances spécifiques - incluant le fartlek, les séries intermittentes et les sorties longues - et d'améliorer sa technique de rame.

Lire aussi: Chantier Naval Caudard Vannes : que pensent les clients ?

La préparation physique spécifique, orientée vers le gain d'explosivité, lui offre un avantage compétitif crucial. En course, cette capacité lui permet de jongler avec des coups de pagaie plus rapides pour distancer ses poursuivants. La lecture des mouvements d’eau, essentielle lors des courses océaniques où le vent perturbe le terrain de jeu, devient l'une de ses compétences majeures, lui permettant de s'adapter avec agilité aux différentes conditions.

L’engagement dans le ski de fond compétitif

Parallèlement au SUP, Loïc Cros a redécouvert le ski de fond au début de l’année 2016. Cette fois, l'expérience est radicalement différente : il ressent une incompréhension totale face au temps perdu avant de s'y consacrer. Plus il progresse, plus l'envie de se dépasser en compétition grandit. En mars 2018, il participe à sa première course officielle, La Savoyarde 10km. Cette expérience concluante l'incite à investir davantage et à mener de front deux carrières sportives exigeantes en compétition : le Stand Up Paddle et le ski de fond.

Pour lui, le sport ne se limite pas à la performance physique, mais représente un vecteur d'inclusion et d'épanouissement personnel. Son implication dans les Jeux d’Hiver sourds, notamment en ski de fond, demeure une aventure inoubliable. Ces moments de partage, marqués par des échanges en langue des signes avec des athlètes venus du monde entier - Ukraine, Kazakhstan, Corée du Sud, Chine, Pologne, Brésil - soulignent la richesse culturelle de cet engagement international.

Le sacre mondial : les World Deaf Triple S Games

L’apogée de la carrière de Loïc Cros se cristallise lors des premiers championnats du monde de SUP Race pour athlètes sourds, intégrés aux World Deaf Triple S Games en novembre 2024 à Shirako, au Japon. Soutenu par la Fédération Française de Surf et l'Association Nationale Handi Surf, le Savoyard y réalise une performance historique en décrochant deux titres de champion du monde.

Ces championnats, qui réunissaient les meilleurs surfeurs, supeurs et skateurs sourds du monde, représentent un moment charnière dans l'histoire de la discipline. Pour Loïc, qui a longtemps évolué seul au sein du circuit national valide, cette victoire possède une saveur particulière. Il exprime une fierté immense d'avoir pu représenter la France à l'international et d'être devenu le premier de l'histoire à conquérir ces titres mondiaux dans cette catégorie.

Lire aussi: cette légende de la course au large

La compétition, intense, a vu le Français faire face à une concurrence internationale, notamment canadienne et japonaise. Sa stratégie - attaquer fort dès le début pour ne jamais être rattrapé - a porté ses fruits sur des formats courts et très exigeants. Cet événement constitue pour lui un levier pour promouvoir l'intégration du SUP Race aux Jeux Deaflympics, l'équivalent des Jeux Olympiques pour les sportifs sourds, dont l'histoire remonte à 1924 grâce à Eugène Rubens-Alcais.

Les défis de la surdité dans le sport de haut niveau

Être un athlète sourd dans le milieu du sport de haut niveau comporte des spécificités méconnues du grand public. Si le handicap n'est pas un obstacle en soi à la performance physique, les enjeux se situent principalement dans la communication et l'accès à l'information. Dans le milieu du SUP Race, le départ est le point le plus critique : ne pas entendre les signaux sonores oblige Loïc à négocier systématiquement des départs visuels avec les organisateurs, un dispositif qui reste parfois complexe à mettre en place sur les plans d'eau.

Loïc Cros souligne également que le handicap auditif est le fruit d'une hérédité du côté de son père, et qu'il a dû apprendre à parler à l'âge de 6 ans, en passant par de nombreuses rééducations orthophoniques. Bien qu'équipé d'un implant Cochlear, la communication reste son principal défi, sa langue maternelle étant la langue des signes. L'accès à l'information, notamment via les médias, est souvent entravé par le manque de sous-titrages ou d'accessibilité numérique.

Cette réalité se transpose également dans la gestion des carrières. Les sportifs sourds, malgré leur niveau, restent souvent parmi les moins soutenus par les instances nationales, les Deaflympics n'étant pas toujours reconnus avec la même ferveur que les Jeux Olympiques et Paralympiques en France. Ce combat pour la reconnaissance et le financement est un défi quotidien, nécessitant des initiatives personnelles comme le recours au crowdfunding pour permettre la participation à des événements internationaux majeurs.

#

Lire aussi: Ambition nationale et performances locales en water-polo

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *