Le port du voile, ou hijab, est une question complexe et controversée, oscillant entre le choix personnel, la prescription religieuse et l'obligation légale. Cet article explore les pays arabes et l'Iran où le port du hijab est imposé par la loi, en examinant les contextes culturels, religieux et politiques qui sous-tendent ces obligations, ainsi que les résistances et les débats qu'elles suscitent.
Le Hijab : entre religion, culture et loi
Dans l'Islam, le hijab est souvent perçu comme une prescription religieuse visant à promouvoir la modestie et la pudeur. Cependant, l'interprétation et l'application de cette prescription varient considérablement d'un pays à l'autre. Alors que certains États arabes ont intégré le port du hijab dans leur législation nationale, le rendant obligatoire pour les femmes, d'autres laissent cette décision au choix individuel. Cette diversité reflète les différentes conceptions de la religion, de la liberté individuelle et du rôle de l'État dans la vie privée des citoyens.
L'Iran : une obligation contestée
Bien que ne faisant pas partie du monde arabe, l'Iran est un exemple frappant de pays où le port du hijab est obligatoire. Depuis la révolution islamique de 1979, toutes les femmes, y compris les étrangères, doivent porter le hijab en public. Les contrevenantes s'exposent à des sanctions allant de l'amende à l'emprisonnement.
Cependant, cette obligation est de plus en plus contestée par les femmes iraniennes. Depuis la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, arrêtée pour "port du voile non conforme", le pays est secoué par des manifestations massives réclamant plus de libertés et le respect des droits fondamentaux. Les autorités répriment sévèrement ces manifestations, intensifiant les méthodes oppressives pour contrôler et punir les femmes et les jeunes filles.
La répression s'intensifie
Amnesty International dénonce l'intensification de la répression contre les femmes non voilées en Iran. Les autorités utilisent des termes dégradants pour qualifier le non-port du voile, le considérant comme un "virus", une "maladie sociale" ou une "dépravation sexuelle".
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La police des mœurs, Gasht-e Ershad, patrouille dans les rues pour faire respecter le port obligatoire du voile. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des scènes de violence où les forces de sécurité agressent des femmes dans la capitale Téhéran et dans d'autres villes.
Les autorités utilisent également des technologies de surveillance de masse pour identifier les femmes qui ne portent pas le voile dans leur voiture ou dans les lieux publics. Entre avril et juin 2023, près d'un million de SMS d'avertissement ont été envoyés à des femmes photographiées sans voile dans leur voiture. Des milliers de véhicules ont été confisqués et des centaines de commerces ont été fermés pour non-respect des lois sur le port obligatoire du voile.
Un projet de loi renforçant la discrimination
Le Parlement iranien a adopté un projet de loi "visant à soutenir la culture de la chasteté et du hijab" qui renforcerait encore la discrimination à l'égard des femmes et des jeunes filles qui choisissent de ne pas porter le voile. Ce texte prévoit des sanctions sévères pour les femmes qui apparaissent sans voile dans les espaces publics et sur les réseaux sociaux, allant des amendes à la confiscation des voitures et des appareils de communication, en passant par l'interdiction de conduire et le licenciement.
Le projet de loi propose également de condamner les femmes reconnues coupables d'avoir enfreint la législation sur le port du voile "de façon systémique ou en collusion avec des services de renseignement ou de sécurité étrangers" à une peine de cinq à dix ans d'emprisonnement, ainsi qu'à une interdiction de voyager et à une assignation à résidence.
Des peines dégradantes
Les autorités iraniennes infligent également des peines dégradantes aux femmes qui ne respectent pas l'obligation du port du voile. Des chercheurs ont examiné des décisions rendues contre six femmes en juin et juillet 2023, les obligeant à assister à des séances de conseil sur le "trouble de la personnalité antisociale", à laver des corps à la morgue ou à nettoyer des bâtiments publics.
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L'Arabie Saoudite : une application stricte, mais en évolution
L'Arabie Saoudite est souvent citée comme l'exemple le plus strict en matière de code vestimentaire pour les femmes. Dans ce royaume, le port de l'abaya, une longue robe noire couvrant tout le corps, est obligatoire en public. Bien que le port du hijab (voile couvrant les cheveux) soit fortement encouragé, des réformes récentes ont légèrement assoupli cette obligation pour les femmes étrangères, leur permettant de ne pas couvrir leurs cheveux, à condition de porter des vêtements modestes. Cependant, pour les femmes saoudiennes, le hijab reste une obligation sociale et légale.
Les Émirats Arabes Unis et le Qatar : des obligations contextuelles
Aux Émirats Arabes Unis et au Qatar, le port du hijab n'est pas strictement obligatoire pour les femmes en public. Cependant, dans certains contextes spécifiques, comme lors de la visite de lieux religieux ou gouvernementaux, les femmes peuvent être tenues de porter le hijab. De plus, les normes sociales encouragent fortement le port de vêtements modestes, et le hijab est couramment porté par les femmes locales.
Les autres pays arabes : liberté et choix personnel
Dans la majorité des pays arabes, tels que l'Égypte, le Liban, la Jordanie, la Tunisie ou le Maroc, le port du hijab est une question de choix personnel et n'est pas imposé par la loi. Néanmoins, des pressions sociales ou familiales peuvent influencer la décision des femmes de porter ou non le hijab. Il est également important de noter que dans certains de ces pays, des débats publics et politiques persistent concernant le port du hijab, reflétant la diversité des opinions au sein de la société.
Le cas du Liban : entre tradition et modernité
Au Liban, pays multiconfessionnel, la question du port du voile est particulièrement sensible. Si la loi ne l'impose pas, des pressions sociales peuvent s'exercer sur les femmes, notamment dans certaines communautés. Récemment, des incidents ont mis en lumière les tensions entre les partisans d'une vision plus conservatrice de la société et ceux qui défendent la liberté individuelle.
À Saïda, des panneaux ont été installés sur la plage exigeant une tenue "décente". Une femme a été interpellée par des hommes se présentant comme des porte-parole de la communauté musulmane, lui demandant de quitter les lieux car sa tenue était jugée inappropriée. Cet incident a suscité une vague de protestations de la part de femmes libanaises, dénonçant cette atteinte à leur liberté.
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Les enjeux et les débats
La question du port obligatoire du voile soulève de nombreux enjeux et suscite des débats passionnés. Pour certains, il s'agit d'une prescription religieuse à respecter, d'un symbole d'identité culturelle et de protection de la pudeur. Pour d'autres, il s'agit d'une atteinte à la liberté individuelle, d'un symbole d'oppression et de discrimination à l'égard des femmes.
Les défenseurs du port obligatoire du voile mettent en avant le respect des traditions et des valeurs religieuses, ainsi que la nécessité de préserver la moralité publique. Ils considèrent que le voile protège les femmes du harcèlement et des regards concupiscents, et qu'il contribue à maintenir l'ordre social.
Les opposants au port obligatoire du voile dénoncent une violation des droits fondamentaux des femmes, notamment leur droit à la liberté d'expression, à la liberté de conscience et à l'égalité. Ils considèrent que le voile est un instrument de contrôle social qui enferme les femmes dans un rôle subalterne et les empêche de s'épanouir pleinement.