Les catamarans, ces embarcations à deux coques, se distinguent par des caractéristiques de conception uniques qui les différencient notablement des dériveurs monocoques. Au cœur de leur performance et de leur comportement en navigation, les dérives jouent un rôle fondamental, agissant comme de véritables "voiles sous-marines". L'efficacité de ces appendices est intrinsèquement liée à l'intégrité de leur puits, et plus particulièrement des "lèvres" qui en assurent l'étanchéité et le bon fonctionnement. Cet article explore en détail l'importance des dérives sur un catamaran, les subtilités de leur utilisation, et se penche sur les aspects techniques et pratiques des lèvres de puits de dérive, depuis leur conception et leur remplacement jusqu'à leur entretien.
Catamaran et Dériveur : Des Conceptions Navales Distinctes
Toutes les embarcations à voile exploitent le vent de la même manière pour se mouvoir, mais les dériveurs et les catamarans représentent deux philosophies de conception très différentes, chacune avec ses particularités en navigation. Comprendre ces distinctions permet d'appréhender au mieux le rôle spécifique des dérives et de leurs lèvres sur les multicoques.
Coque et Stabilité
Un dériveur est par définition un bateau monocoque, ne possédant qu'une seule coque. À l'inverse, un catamaran est caractérisé par deux coques parallèles, solidement reliées par une plateforme. Cette configuration duale confère au catamaran une stabilité intrinsèque nettement supérieure à celle d'un dériveur, grâce à sa largeur accrue et à la disposition des coques. Cette stabilité réduit considérablement le risque de chavirage. Cependant, cette même largeur et son poids conséquent compliquent la manœuvre de ressalage : il nécessite la plupart du temps la mise en place d'un bout pour le ressalage, tandis qu'un dériveur est généralement plus aisé à remettre à l'endroit après un dessalage complet en "chapeau".
Vitesse et Sensations
Malgré ses deux coques, un catamaran présente une surface mouillée inférieure à celle d'un monocoque de taille comparable, ce qui lui permet d'atteindre des vitesses supérieures pour une force de vent équivalente. Sa conception à double coque minimise la résistance à l'eau, améliore la portance et autorise une surface de voile plus importante en proportion du poids du bateau, se traduisant souvent par une accélération plus rapide qu'un dériveur. Néanmoins, la vitesse absolue reste dépendante de la taille et de la conception spécifiques de chaque embarcation.
Manœuvrabilité et Équilibre en Navigation
La petite taille, la légèreté et la coque unique des dériveurs leur confèrent une grande manœuvrabilité, en faisant une excellente école pour affiner ses compétences nautiques. Les catamarans, plus grands et plus lourds, et dotés de leurs deux coques, sont intrinsèquement moins agiles dans les espaces confinés, surtout par vent faible.
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L'équilibre en navigation diffère aussi fondamentalement. Un monocoque "gîte" lorsque le vent gonfle ses voiles, tandis qu'un multicoque ou catamaran a tendance à "lever" une de ses coques, celle au vent, réduisant ainsi sa surface de contact avec l'eau et augmentant sa vitesse. Pour accélérer, un monocoque qui gîte doit contrecarrer la force du vent par le déplacement du poids du corps, une action connue sous le nom de "rappel" sur les petits dériveurs. Cela implique d'allonger le corps le plus possible hors du bateau, les pieds calés sous les sangles de rappel, afin d'accentuer le "couple de rappel". Sur un catamaran, le même principe s'applique, mais l'utilisation de trapèzes permet d'amplifier cet effet en positionnant le corps complètement à l'extérieur de la surface du trampoline, accroché par une ceinture de trapèze. Certains dériveurs sportifs, comme le RS 700, sont également équipés de trapèzes pour maximiser la performance.
Capacité, Transportabilité et Matériaux de Construction
Les catamarans offrent généralement plus d'espace pour les passagers, étant souvent plus spacieux que les dériveurs, qui sont conçus pour une ou deux personnes. La transportabilité et le stockage sont également des points de divergence. Le catamaran est typiquement plus large qu'un dériveur en raison des poutres reliant ses deux coques. Le dériveur, plus compact, est plus facile à transporter sans démontage des poutres et à stocker. Les deux types nécessitent une remorque de transport, bien que les modèles gonflables, comme les catamarans Minicat et Grabner ou les dériveurs Tiwal, offrent un avantage indéniable en termes de transportabilité, se démontant pour tenir dans des sacs. Il est cependant important de noter que le temps de montage de certains catamarans gonflables peut s'avérer assez long.
Les matériaux de construction impactent directement le poids et la résistance aux chocs de l'embarcation. Le polyéthylène, utilisé pour des dériveurs de loisir comme le Tera et le Neo de RS Sailing, est très résistant mais lourd. La fibre de verre, employée pour les dériveurs ILCA et les catamarans Hobie Cat 16, est plus légère mais plus fragile. Le matériau gonflable offre un compromis intéressant, alliant légèreté et bonne résistance aux chocs, bien que présentant moins de rigidité qu'une coque dure classique.
Gréement
Le type de gréement varie aussi. Certains modèles de catamarans (comme le Hobie Wave) et de dériveurs (le Laser et le Sunfish) sont en gréement catboat, avec seulement une grand-voile. D'autres sont équipés d'un foc à l'avant, ce qui accroît la vitesse et améliore la remontée au vent ; c'est le cas du Hobie Cat 16 et des dériveurs 4.20 et 4.70. Enfin, des modèles disposent en supplément d'une voile légère à l'avant (spinnaker) pour optimiser les performances au vent arrière, comme le RS Cat 16 chez les catamarans et le Laser 4000 chez les dériveurs. Il est intéressant de noter que certains modèles de catamaran (Erplast XS) ou de dériveur (Tiwal 2, 2L et 3) sont dépourvus de bôme, limitant ainsi les risques de chocs à la tête.
Le Rôle Fondamental des Dérives sur un Catamaran
Après avoir cerné les spécificités des catamarans, il est essentiel de comprendre l'importance capitale des dérives elles-mêmes. Les dérives de catamaran sont souvent comparées à des "voiles sous-marines" ou des "foils". Tout comme une voile au-dessus de l'eau nécessite un réglage approprié, la "voile sous l'eau" que constitue la dérive demande également une attention particulière. Elles sont des éléments clés qui impactent la performance, la manœuvrabilité, et surtout la sécurité du catamaran.
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Stratégies de Réglage des Dérives en Fonction des Conditions de Navigation
Lors de la navigation au près, les dérives offrent une résistance sous l'eau et une portance qui neutralisent l'effet latéral de la poussée vélique. En termes simples, les dérives sont indispensables pour aider le catamaran à avancer vers l'avant plutôt que de dériver latéralement, assurant ainsi le maintien du cap. Par conséquent, la meilleure pratique en navigation au près est de maintenir les dérives abaissées.
À l'inverse, lors de la navigation au vent arrière, la force exercée par la voile agit presque entièrement dans la direction souhaitée pour le catamaran. Dans cette configuration, la résistance générée par les dérives n'est pas seulement inutile, elle pourrait même ralentir le catamaran. Il est donc recommandé de relever les dérives lorsque l'on navigue au vent arrière.
Une question cruciale se pose souvent quant à la dérive à utiliser : une dérive n'est efficace que lorsqu'elle est immergée. Par conséquent, pour optimiser les performances dans des conditions de mer calme, le réglage optimal consiste généralement à abaisser au moins la dérive sous le vent. Par vent très faible, la pratique courante suggère de lever complètement la dérive au vent et de ne régler que la dérive sous le vent. À mesure que le vent forcit, il peut être judicieux d'abaisser progressivement la dérive au vent pour obtenir une résistance sous-marine accrue. Si le vent continue d'augmenter, la prise d'un ris dans la grand-voile devient souvent nécessaire.
Dérives et Sécurité : Prévention du "Croche-Pied" et Protection Structurelle
Il peut sembler contre-intuitif qu'un élément aussi "minuscule" qu'une dérive puisse équilibrer la vaste surface d'une grand-voile. Cependant, il est vital de considérer les risques. L'abaissement de la dérive sous le vent augmente le risque de "trébucher" ou de "faire un croche-pied". Cette expression, parfois mal comprise, signifie que si le vent ou les vagues frappent le côté du bateau et que la coque au vent se soulève, ou si une rafale survient alors que le bateau franchit une vague, la coque sous le vent peut s'enfoncer brutalement dans la vague suivante. Le phénomène est comparable à trébucher sur un lacet alors que le corps continue d'avancer, entraînant une chute. Par conséquent, en cas de gros temps, ou face à une augmentation imminente du vent ou de la vitesse (par exemple, à l'approche d'un littoral montagneux), lorsque la coque semble se soulever dangereusement, il est en fait plus sûr de relever la dérive sous le vent et de n'utiliser que la dérive au vent.
Au-delà de la performance pure, les dérives ont un rôle sécuritaire. Un argument pertinent en faveur de l'abaissement partiel des dérives est leur capacité à protéger les zones immergées sous les coques en cas d'échouage ou de collision avec un objet sous-marin. Les abaisser partiellement permet de sauvegarder l'hélice, et les positionner au niveau du pont peut protéger le gouvernail. Un autre point à considérer est que l'absence totale de dérives transfère l'intégralité de la tâche de résistance au gouvernail. Bien que difficile à croire, le gouvernail agit lui-même comme une petite voile sous-marine. Sans dérives, la charge sur le gouvernail devient colossale, et le bateau peut donner l'impression de "naviguer sur une patinoire" en raison d'un glissement latéral excessif. Pour évaluer si le gouvernail est surchargé, il suffit d'observer l'angle de barre de l'autopilote : s'il est constamment à son maximum pour maintenir le cap, il est probable que les dérives devraient être un peu abaissées.
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L'Art de l'Équilibre : Facteurs Influant sur le Réglage des Dérives
L'utilisation optimale des dérives est un exercice d'équilibre complexe. Le poids du bateau, la répartition du poids à bord, la surface de voile déployée, la force du vent, l'état de la mer et le réglage des voiles sont autant d'éléments interdépendants qui influencent la manière d'utiliser les dérives. Il n'existe donc pas de "règle unique" universelle. L'approche la plus efficace consiste à expérimenter, à abaisser et relever les dérives, et à observer attentivement la réaction du bateau. Comme le dit un propriétaire d'Outremer, "si vous le gardez léger et bien réglé, il vous parlera et vous guidera." La différence de comportement entre un catamaran neuf et un autre chargé des effets personnels de quatre personnes est une illustration flagrante de l'impact de ces facteurs. Disposer d’un catamaran à dérives, c’est profiter d’un cap supérieur à un modèle équivalent équipé d’ailerons fixes, forcément bien plus courts. C’est également la possibilité d’optimiser la traînée, la vitesse, et même la sécurité. Il est à noter qu'une dérive qui bouge de manière incontrôlée ne sert à rien.
Certains modèles de catamarans présentent des spécificités en termes de dérives. Tous les Catana, par exemple, sont équipés de dérives très longues, structurellement maintenues dans le puits par toute la hauteur des coques. Les modèles Catana récents intègrent des dérives courbes. Les derniers Outremer, quant à eux, adoptent des puits structurels plus courts pour réduire la taille des dérives. De nombreux trimarans sont également équipés de dérives.
Les Lèvres de Puits de Dérive : Étanchéité et Fonctionnement au Quotidien
L'interface entre la dérive mobile et la coque du catamaran est assurée par les "lèvres de puits de dérive". Ces composants, bien que discrets, sont absolument essentiels pour garantir l'étanchéité du puits et minimiser la traînée, tout en permettant un mouvement fluide de la dérive. Leur remplacement, comme le problème rencontré sur un catamaran 430 où les lèvres de rechange sont plus larges que l'original, soulève des questions précises sur l'ajustement et le maintien de la performance.
L'Importance des Lèvres de Puits de Dérive
Les lèvres de puits de dérive sont des bandes flexibles conçues pour fermer la fente du puits de dérive. Leur rôle est d'assurer l'étanchéité du puits pour éviter les entrées d'eau dans la coque, tout en permettant le passage de la dérive et en limitant les turbulences autour d'elle et des autres appendices mobiles, comme les safrans. L'utilisation du mylar toilé pour la réalisation de ces lèvres souples sur les catamarans, les dériveurs ou les voiliers est considérée comme quasi obligatoire pour obtenir un résultat efficace et durable. Une lèvre de dérive est vraiment durable et ne se déchire pas dans une utilisation normale si elle est correctement installée.
Matériaux et Conception des Lèvres de Dérive
Plusieurs matériaux peuvent être utilisés pour les lèvres de dérive, chacun avec ses caractéristiques propres. Le caoutchouc est un choix courant, souvent conçu en biseau pour être plus fin et souple dans la partie en contact avec la dérive, et plus épais et rigide du côté des fixations. D'autres alternatives incluent le Kevlar ou la bâche de camion, parfois maintenus avec des réglettes rigides. Cependant, certaines réserves sont émises concernant la pose de baguettes vissées. Des "raclettes bimatière", combinant une partie en plastique et une partie en caoutchouc s'affinant vers l'extrémité, sont également disponibles. Le mylar toilé se décline en différentes largeurs (150mm, 46mm, 32mm, 75mm, 50mm, 36mm) et est souvent vendu au mètre linéaire, en pack avec la colle ou au rouleau. Le Dacron est une autre option, généralement utilisée avec des baguettes en aluminium.
L'Espacement Idéal et l'Élasticité des Lèvres
Contrairement à une idée répandue, les lèvres de dérive n'ont pas nécessairement besoin d'être jointives, c'est-à-dire de se toucher parfaitement. Sur un catamaran 420, un espace d'environ 8 mm entre les lèvres est jugé acceptable. L'écartement optimal dépend de la rigidité des lèvres et de l'épaisseur de la dérive elle-même. Un problème fréquent lors du remplacement est que les nouvelles lèvres peuvent être trop larges et se chevaucher, parfois jusqu'à 1 cm, nécessitant alors une recoupe. Assurer un espace approprié est crucial pour minimiser la friction et permettre un mouvement aisé de la dérive tout en maintenant une étanchéité satisfaisante.
Procédures de Remplacement et d'Entretien des Lèvres de Dérive
Le remplacement des lèvres de dérive est une opération qui demande précision et attention aux détails, mais qui est tout à fait réalisable avec les bonnes méthodes. Le peu d'informations disponibles sur le sujet pour certains bateaux, comme le 430, rend les "tutos" et les retours d'expérience particulièrement précieux.
Préparation et Dépose des Anciennes Lèvres
La première étape consiste à retirer les lèvres existantes. Pour décoller les lèvres "sans problèmes et tout en douceur", l'utilisation d'un décapeur thermique réglé sur la première vitesse de chauffe est recommandée, en évitant d'insister sur les lèvres pour ne pas endommager le gelcoat. À l'aide d'une petite spatule, les lèvres devraient se décoller facilement sans causer de dégâts. Une fois les lèvres retirées, il peut être nécessaire de réparer de petits éclats de gelcoat, une tâche "rattrapable au mastic époxy pour les puristes".
Découpe et Ajustement des Nouvelles Lèvres
Si les nouvelles lèvres sont trop larges, une recoupe est inévitable. Pour une "coupe nette en peu de passes", il est conseillé de "prévoir une règle métallique de longueur suffisante" et de "stabiliser la lèvre avec du scotch sur le support de découpe". Une fois posée, la lèvre sera ensuite coupée "sur la longueur du puits de dérive" avec un cutter. Il est important de planifier cette étape avec soin pour éviter les erreurs.
Application de la Colle et Pose des Lèvres
La fixation conseillée des lèvres est par collage. Les meilleurs résultats sont généralement obtenus avec une colle contact de type néoprène. La "colle idéale" mentionnée est la Dunlop Thixofix, qui convient spécifiquement aux coques en polyester et aux bois peints (Polyuréthane bicomposants). Le processus de collage implique de "recouvrir de colle les deux parties (coque et lèvre)". Une fois que la colle "devient sèche au touché", les deux parties encollées peuvent être assemblées.
Pour l'application de mastic colle, comme le Sika (par exemple le 11 FC), il est recommandé d'appliquer une épaisseur d'environ 1.5 à 2 mm. Il faut impérativement "penser que si y'en a trop, ça dégueulera aussi de l'autre côté, dans le puits, et là c'est la grosse merde pour nettoyer". Un élément clé est le "scotchage de l'intérieur du puits en dépassant légèrement" pour protéger les surfaces. La couche de Sika doit être "répartie de manière homogène pour que les lèvres soient planes". L'utilisation d'un "lisseur à mastic" est essentielle pour "l'égalisation du Sika sur toute la surface de collage afin d'éviter les surépaisseurs" et pour "l'évacuation des surplus de Sika en lissant en limite lèvres/Carène jusqu’à affleurement et élimination des vagues".
Le séchage du mastic colle requiert du temps. Pour le Sika 11 FC, il est conseillé de ne pas utiliser le bateau avant la prise complète, qui peut prendre "une semaine après à 15/20 °".
Entretien et Petites Astuces
Pour maintenir la souplesse des lèvres de dérive et optimiser leur glissement, certains moniteurs de voile suggèrent d'appliquer de la bougie ou des produits siliconés, tels que Plizz. Ces substances aideraient les lèvres à retrouver leur souplesse en navigation. Cette pratique, bien que non testée personnellement par tous, est une astuce à considérer pour l'entretien.
Approvisionnement et Spécificités Techniques
Pour ceux qui cherchent à remplacer leurs lèvres de dérive, plusieurs options de matériaux et de fournisseurs existent, bien que certains puissent être difficiles à trouver.
Où Trouver des Lèvres de Dérive de Qualité
La recherche de lèvres de dérive peut mener à des défis, comme l'exemple de la société "Team Tregor" qui "ne répond plus" pour les propriétaires de Croconuts. Cependant, des fabricants tels que Hawk proposent des lèvres de dérive spécifiques, comme la référence HS75-2/T, adaptées à divers catamarans (Tornado, 4.20, 4.70…). Ces produits sont souvent vendus en kits de 2 mètres de lèvres en 75mm de large avec la colle, ou au mètre linéaire. L'achat de ces articles peut parfois générer des points de fidélité, convertibles en bons de réduction.
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