Les voiles rouges et carrées : histoire et signification

Au fil des siècles, la voile a été bien plus qu'un simple moyen de propulsion maritime. Elle a incarné l'ingéniosité humaine, la maîtrise des éléments et une riche symbolique culturelle. Parmi les différentes formes et couleurs de voiles, les voiles rouges et carrées occupent une place particulière dans l'histoire maritime et les traditions populaires. Cet article explore l'histoire et la signification de ces voiles emblématiques.

L'évolution des voiles : des caraques arabes aux caravelles portugaises

Au XVe siècle, les navires de mer étaient principalement dérivés des caraques arabes. Parmi ces embarcations, les caravelles se distinguaient comme de petits voiliers de 40 à 60 tonneaux, avec un équipage d'une vingtaine d'hommes dormant sur l'unique pont supérieur. Leur nom, issu du bas latin carabus, est apparu dans les sources vers 1440.

Ces caravelles étaient issues d'un navire de charge de la côte de l'Algarve, au sud du Portugal, capable de remonter au vent grâce à ses trois voiles triangulaires, dites « latines ». Dès le XIIe siècle, les Portugais ont amélioré ce navire en lui ajoutant des voiles carrées sur le mât de misaine (à l'avant) et le grand mât, ainsi qu'une voile d'artimon triangulaire. Ces modifications ont permis d'améliorer la capacité du navire à remonter au vent, le rendant plus adapté à la navigation hauturière.

La caravelle, sous sa forme définitive, a été mise au point par l'infant Henri le Navigateur. Celui-ci, membre de l'Ordre militaro-religieux du Christ, a fait orner les voiles de la célèbre croix rouge, emblème de son ordre. Les premiers navires de ce type ont été utilisés pour la reconnaissance des côtes africaines.

Après le contournement du cap de Bonne-Espérance par Bartolomeu Dias en 1488, les caravelles ont progressivement perdu leur rôle central dans les explorations. Elles ont été remplacées par des nefs ou naos de plus gros tonnage, plus rondes, avec deux ou trois ponts, et équipées de voiles rectangulaires.

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Le mystère de la Santa Maria : entre mythe et réalité

Le navire de Christophe Colomb, la Santa Maria, est à la fois le plus célèbre et le plus méconnu des voiliers. Le mythe s'est emparé de l'histoire, sans pour autant modifier les manuels scolaires. Le Journal de bord de Christophe Colomb, connu grâce au chroniqueur Bartolomeo de Las Casas, ne cite jamais le nom de son bâtiment.

L'historien Oviedo décrit ainsi le départ des navires : « Sortant donc du port de Palos par la rivière de Saltes, il entra en la mer Océane avec trois navires, armés et bien munis, donnant commencement au premier voyage et découvrement de ces Indes, le vendredi troisième d'Août 1492, et il commença à mettre en effet cette chose si mémorable et inspirée de Dieu, de laquelle il voulait faire cet homme arbitre et ministre. Or de ces trois navires, la Galléga était le maître, en lequel était Colomb. Et l'un des deux autres s'appelait la Pinta, de laquelle Martin Alphonse Pinzon était capitaine, et l'autre se nommait la Niña, de laquelle était le capitaine François Martin Pinzon, avec lequel était Vincent Yanez Pinzon.

L'histoire officielle, depuis le XVIe siècle, a retenu la version du fils de Christophe Colomb, Fernando. Né en 1488, Fernando a participé au dernier voyage de Colomb en 1502 et a rédigé une biographie de son père en 1538, dont seule une traduction italienne a été retrouvée. L'historien Harisse émet des réserves sur la fiabilité de ces informations.

La tradition génoise aurait pu inciter Colomb à appeler son bateau amiral Santa Maria. Dans les années 1460-1470, toutes les nefs génoises se plaçaient sous l'invocation du christianisme et se présentaient comme des vaisseaux de la foi. Le préfacier de l'édition française du Journal de Christophe Colomb évoque la gaillardise des marins, suggérant que les trois bateaux de Colomb portaient des noms de femmes de petite vertu : la « Pinta » se serait appelée la « Peinte », la « Niña » se serait appelée la « Petite », et le vaisseau amiral aurait été la « Marie Galante ».

Il est à noter que les bateaux du premier voyage ont failli être construits dans un port appelé Santa Maria. Colomb s'était adressé à don Luis de la Cerda, duc de Medina-Celi, pour financer son entreprise. Medina-Celi a mis trois mille ducats à la disposition de Colomb et la construction de trois caravelles a commencé, mais Las Casas écrit : « La Divine Providence avait arrêté dans ses décrets que ces terres fertiles seraient découvertes par la bonne fortune de nos excellents rois et non par la faveur et l'aide de leurs sujets.

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En définitive, la caraque de l'Amiral fut construite en Galice, la province atlantique espagnole située au nord du Portugal. Son propriétaire l'appela la Gallega (la Galicienne). Apolinar Tejera écrit : « La conversion de la Gallega en la Santa Maria est improbable. La Gallega n'est pas la Santa Maria. »

On est mieux informé sur la Niña. C'était une caravelle redonda construite à Moguer, qui avait pris le nom de la patronne de cette cité : Santa Clara. Quand elle appartint à Juan Niño, armateur de Moguer, les marins l'appelèrent Niña. Elle faisait 23 mètres de long et 55 tonneaux. Quant à la Pinta, il est possible qu'elle ait eu un autre nom (Certains ont avancé Santana).

Les Sinagots : des pêcheurs de Séné aux voiles rouges

Séné, un village gallo-romain qui portait autrefois le nom de Sénac, conserve des traces de son passé maritime. Au Moyen-Âge, des seigneuries vassales du Comte de Vannes s'y établissent. L'église paroissiale de Séné, placée sous le vocable de Saint Patern, témoigne de l'importance de la religion dans la vie locale.

La paroisse de Séné fut annexée au Chapitre de la Cathédrale de Vannes par une bulle du pape Nicolas V en 1451. Les recteurs, devenus vicaires perpétuels, percevaient un tiers des dîmes, ainsi que les "novales" sur les sels. Les salines et la pêche constituaient les principales ressources de la paroisse.

Au XVIIIe siècle, les fameux "sinagots", de solides bateaux noirs à deux voiles carrées rouges, étaient utilisés par les pêcheurs de Séné. Certains affirment qu'ils étaient du type de ceux utilisés par les Vénètes contre César, mais il n'existe aucune certitude à ce sujet. Les Sinagots ne semblaient pas sortir d'une relative aisance, malgré la construction ou l'entretien de leurs nombreuses chapelles.

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La Guerre de Sept Ans (1756-1763) a durement touché la marine française, et en particulier la marine bretonne, où de nombreux Sinagots ont péri. Les marins (pêcheurs) de Séné ont été fortement éprouvés par cette guerre et par des tempêtes de mer. En 1772, ils se sont associés aux marins de l'île d'Arz pour adresser une supplique à l'évêque de Vannes, expliquant leurs pertes et demandant sa protection.

Les marins de Séné souhaitaient l'établissement d'une association pour s'assurer les suffrages de l'Église. Ils expliquaient que leurs pertes avaient été trop considérables et qu'ils ne pouvaient se rétablir seuls. Ils demandaient à l'évêque d'ériger, en l'église paroissiale de Séné, l'association du Divin Enfant Jésus.

L'évêque de Vannes a donné sa permission, confirmée par une bulle du pape Clément XIV. En 1893, un exemplaire imprimé de la demande faite par les Sinagots et les marins de l'Ile d'Arz a été retrouvé, contenant l'approbation de l'évêque et la bulle du pape.

Les voiles dans l'art et la culture : un symbole puissant

Les voiles ont toujours été une source d'inspiration pour les artistes et les écrivains. Voltaire, dans Zadig ou la destinée (1747), écrivait : « Les passions sont les vents qui enflent les voiles de navires. Elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer. »

La voile est l'un des moyens les plus anciens et les plus élégants de se déplacer sur l'eau. Depuis des siècles, des navigateurs du monde entier naviguent grâce à la puissance du vent. La voile nautique est un art qui a évolué au fil des siècles, avec des innovations dans le design, la conception et la technologie qui ont permis aux marins de naviguer plus efficacement et plus sûrement.

La plupart des voiliers sont gréés en sloop, ce qui signifie qu’ils sont composés de deux voiles triangulaires, la grand-voile, à l'arrière du mât, et la voile d’avant. La grand-voile, située à l'arrière du mât, est la voile principale d'un voilier à mât unique. Elle mesure généralement 21 mètres carrés et a une forme triangulaire. Elle est essentielle à la navigation et permet de diriger le bateau et de contrôler sa vitesse.

Il existe différents types de voiles d'avant, tels que le génois, le foc, le solent et le tourmentin, chacun adapté à des conditions de navigation spécifiques. Les voiliers peuvent également comporter un spinnaker, une voile légère en forme de parachute, utilisée pour naviguer à des allures importantes, en recevant le vent à l’arrière.

Le voile comme symbole de pudeur et de résistance

Au-delà de son aspect maritime, le voile a également revêtu une signification sociale et religieuse importante. Dans de nombreuses cultures, le voile a été utilisé comme symbole de pudeur et de modestie pour les femmes. Il a également été utilisé comme moyen de résistance et d'affirmation identitaire.

Dans la Corée de la dynastie Joseon, le changot, un vêtement emblématique, était porté par les femmes pour dissimuler leur visage en public, reflétant ainsi les valeurs de pudeur et de discrétion imposées par la société. Le changot, à l'origine un manteau masculin, a évolué pour devenir un voile distinctif, permettant aux femmes de se conformer aux normes sociales strictes de l'époque.

En France, pendant la Révolution, la disparition du crêpe monastique et funéraire a marqué une transformation des esprits et de la culture des apparences. Les religieuses, contraintes d'abandonner leur habit et leur voile, ont dû faire des choix vestimentaires difficiles pour éviter la suspicion. Le voile, symbole de soumission à Dieu, est devenu un enjeu de résistance et d'affirmation de soi.

Dans d'autres contextes, le voile a été utilisé comme symbole de protestation contre l'oppression et l'injustice. Les femmes afghanes et persanes, par exemple, ont lutté pour le droit de se promener tête nue, défiant les normes sociales et religieuses qui leur imposaient le port du voile.

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