Introduction
Capbreton, ville côtière du sud des Landes, est intimement liée à la mer. Son histoire est marquée par l'activité de son port, autrefois situé à l'embouchure de l'Adour. Cet article explore l'histoire riche et complexe des voiles de Capbreton, des légendes locales aux expéditions lointaines, en passant par les traditions maritimes et les figures emblématiques qui ont façonné son identité.
La Légende de la Torrèle : Un Acte de Résistance Ancestral
Une tradition locale singulière, la Torrèle, perpétue le souvenir d'un acte de résistance face aux envahisseurs normands. Deux hypothèses existent quant à l'origine du nom "Torrèle". La première, la plus plausible, l'associe à une petite tour, une tourelle, en raison de son architecture. La seconde suggère une dérivation du verbe gascon "torrar" (geler), en référence à une nuit de Noël glaciale où des voiles ennemies furent aperçues au large.
Selon la légende, les villageois, refusant de céder à la panique, décidèrent de résister. Ils rassemblèrent du bois et allumèrent un grand bûcher face à l'océan, illuminant les dunes environnantes. Les villageois défilèrent ensuite toute la nuit entre le feu et les assaillants, créant une illusion de résistance farouche qui impressionna l'ennemi et le dissuada d'attaquer.
La Torrèle est aujourd'hui organisée par les services municipaux, qui se chargent de la construction du bûcher, autrefois l'affaire des bouviers et de leurs bœufs chamarrés. Depuis quelques années, l'embrasement du bûcher est confié à une personnalité locale honorée par la municipalité. Cette pratique, attestée par des sources écrites locales postérieures à la Révolution, s'inscrit dans la tradition gasconne des feux solsticiaux, tout en s'appuyant sur une légende locale qui commémore un acte de résistance face aux Normands.
L'Adour et le Port d'Albret : Une Évolution Maritime Complexe
L'histoire maritime de Capbreton est intimement liée à l'Adour, un fleuve autrefois capricieux qui se jetait dans l'océan à cet endroit. Bayonne, prospère grâce à son trafic fluvial en amont de l'Adour, voyait son activité décliner faute d'un accès direct à l'océan. Les travaux de détournement de l'Adour, titanesques pour l'époque, s'étendirent de 1572 à 1578 sous le règne d'Henri III.
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Après le détournement de l'Adour, le Pleicq devint le Vieux-Boucau de l'Adour. Cependant, le Havre du Boucau et l'ouverture sur l'océan permirent le développement d'une activité maritime, amenant les Ducs d'Albret à parler de « leur Port d'Albret ». Les pinasses, bateaux emblématiques de la région, s'illustrèrent alors dans le commerce et les activités militaires.
Vieux-Boucau continua son développement jusqu'en 1630, sous Louis XIII, conservant une activité maritime grâce à l'embouchure du Port d'Albret, devenu avant-port de Bayonne. Un événement marquant de cette époque est l'armement de 15 pinasses par le Gouverneur de Bayonne, à la demande de Richelieu, pour ravitailler Saint-Martin assiégée par la flotte anglaise en 1627. Le capitaine Vallin, à la tête de 12 pinasses armées par les habitants du « havre de Vieux-Boucau », força le blocus anglais, permettant ainsi de ravitailler la ville assiégée.
Malgré ces succès, l'activité maritime de Vieux-Boucau déclina progressivement en raison de l'ensablement de son port.
L'Âge d'Or de la Pêche à la Baleine : Courage et Audace des Marins Capbretonnais
Dès les premiers temps, les habitants de Capbreton étaient des marins aguerris, bravant les dangers de l'océan pour rapporter du poisson. Cependant, la pêche à la baleine représentait un défi encore plus grand. Les baleines, considérées comme des créatures marines impressionnantes, étaient craintes et respectées.
Au fil du temps, les Capbretonnais améliorèrent leurs techniques de navigation et de construction navale, leur permettant de chasser la baleine en mer. Les premières mentions de cette chasse dans le Golfe de Gascogne remontent autour de l'an mille. L'influence des Vikings, arrivés à Capbreton à cette époque, joua un rôle important dans le développement de ces techniques.
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Les Vikings, maîtres des mers, transmirent leur savoir-faire en matière de navigation et de construction navale aux Capbretonnais. Les bateaux devinrent plus grands et plus solides, permettant aux marins d'affronter l'océan pour traquer la baleine. Les Capbretonnais et les Basques acquirent une réputation d'explorateurs des mers, portés par le rêve de dominer ces créatures marines et d'assurer leur fortune.
La chasse à la baleine devint une activité économique importante, d'autant plus que l'Église considérait les cétacés comme des poissons, autorisant leur consommation pendant les jours maigres. Chaque départ en mer était porteur d'espoir et de rêves de fortune. Malgré les dangers, la lutte contre les éléments et les monstres marins devint presque un sport, stimulant l'audace et la bravoure des marins.
Les efforts déployés par les rameurs pour approcher les baleines étaient considérables, et les harponneurs étaient choisis parmi les plus hardis et expérimentés. Cependant, les créatures marines, blessées par les harpons, pouvaient se montrer dangereuses et entraîner les embarcations dans leur course.
Grâce à l'observation et à l'expérience, les marins devinrent des experts dans la chasse à la baleine. Cependant, cette activité intensive entraîna la raréfaction des baleines vers la fin du XIVe siècle, les obligeant à s'éloigner de leurs chasseurs.
La Route de Terre-Neuve : Une Épopée Maritime Héroïque
La raréfaction des baleines poussa les marins de Capbreton à explorer des horizons inconnus. Ils suivirent les baleines dans leurs migrations, s'aventurant vers le nord. Après des escales en Norvège, en Islande et au Groenland, ils découvrirent une île au large de Terre-Neuve qu'ils baptisèrent Capbreton, en souvenir de leur port d'attache.
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La tradition rapporte que cette découverte eut lieu cent ans avant que Christophe Colomb ne découvre officiellement l'Amérique. Les pêcheurs gardèrent le secret de ces routes, conscientes de la valeur de leur découverte.
À leur retour, les marins racontèrent des histoires fantastiques, évoquant des milliers de baleines et des chasses aux grands cachalots blancs. Ils décrivirent une baleine blanche gigantesque, dont le crâne pouvait contenir jusqu'à 5 tonnes de « blanc de baleine », une substance utilisée pour fabriquer des chandelles.
Le voyage vers Terre-Neuve était long et périlleux, et de nombreux Capbretonnais ne revinrent jamais de ces expéditions. Malgré les désastres, le rêve de fortune persistait, et le rythme de la vie se calqua sur celui des campagnes de pêche.
Les marins rapportèrent également de Terre-Neuve un poisson inconnu jusqu'alors : la morue. Ils apprirent des Indiens Micmacs à la conserver salée, ce qui permit de la transporter lors de longs voyages.
Chaque année, de plus en plus de pêcheurs de morue et de baleine partaient de Capbreton et de Bayonne vers Terre-Neuve ou l'Islande. Dès les premières décennies du XVe siècle, la pêche à la morue devint prépondérante.
Les armateurs recrutaient des équipages, souvent composés de jeunes garçons ruraux âgés de douze ou treize ans. Des rafles étaient parfois organisées dans les villages environnants pour recruter ces jeunes marins.
Les conditions de vie à bord étaient extrêmement difficiles, et les marins étaient confrontés à de nombreux dangers, tels que les icebergs, les tempêtes et les pirates. La discipline était sévère, et la nourriture monotone.
Malgré ces difficultés, les marins rêvaient de fortune et persévéraient dans leur travail. À leur retour, ils vendaient leur cargaison de morue séchée dans les ports du sud de la France ou en Espagne.
Capbreton : « Ville aux Cents Capitaines »
Grâce à la pêche à la morue, Capbreton connut une période de prospérité et fut surnommée « ville aux cents capitaines ». Cette prospérité était également due aux producteurs de vins de sable, aux produits de la forêt environnante et aux négociants qui profitaient du commerce de la morue séchée.
Cependant, le détournement de l'Adour en faveur de Bayonne en 1578 marqua un tournant dans l'histoire de Capbreton. Malgré ce changement, la ville conserva son identité maritime et continua à se tourner vers l'océan.
Capbreton et l'Île du Cap-Breton : Un Lien Historique Transatlantique
L'histoire de Capbreton est également liée à l'île du Cap-Breton, située au Canada. Selon la tradition, des pêcheurs capbretonnais, suivant les courants océaniques et poursuivant la baleine, découvrirent cette île vers 1392 et la baptisèrent du nom de leur port d'attache.
En 1992, à l'occasion du 500ème anniversaire de la découverte de l'Amérique, la ville de Capbreton organisa un voyage commémoratif vers l'île du Cap-Breton, renforçant ainsi les liens historiques entre les deux villes.
Aujourd'hui, un projet vise à organiser une course de bateaux entre Capbreton et l'île du Cap-Breton, afin de commémorer l'histoire des chasseurs de baleines et de susciter l'intérêt des jeunes générations pour l'histoire maritime de la ville.
Le Port de Capbreton Aujourd'hui : Entre Tradition et Modernité
Aujourd'hui, le port de Capbreton continue de jouer un rôle important dans la vie de la ville. Le port de pêche d'origine s'est doublé d'un port de plaisance, attirant de nombreux plaisanciers et touristes.
19 bateaux de pêche capbretonnais perpétuent une tradition vieille de plus de 7 siècles. La pêche professionnelle emploie une cinquantaine de personnes.
La ville de Capbreton s'efforce de préserver son patrimoine maritime tout en se tournant vers l'avenir, en développant des activités liées au tourisme et aux loisirs nautiques.