Le Havre, ville portuaire emblématique, entretient une relation profonde et durable avec la voile. Des majestueux voiliers d'antan aux régates modernes, l'histoire de la ville est intimement liée à ces embarcations qui ont façonné son identité et son développement. À l'occasion d'événements comme la Tall Ships Race 2025, qui se prépare activement dans les bassins Paul Vatine, de l’Eure et Bellot, l'engouement du public pour ces flottes majestueuses est ravivé. Les 400 000 visiteurs rassemblés en 2017, dans le cadre d’une précédente édition des « Grandes Voiles Du Havre », témoignent de cet attachement.
Un Patrimoine Maritime Mis en Lumière
Indépendamment des dimensions sportives, éducatives et festives de l’événement, ces vieux gréements questionnent, incitent au rêve et sollicitent l’imaginaire. Incarnation symbolique d’un univers maritime aux dimensions multiples, l’image du voilier fascine. Au Havre, elle perdure, comme un trait d’union avec le passé maritime de la Cité portuaire. Les écoles de voiles, les zones de plaisance, les Régates et leur Société font partie intégrante de l’Esprit des lieux. Dans ce contexte, les Musées d’Art et d’Histoire présentent une centaine d’œuvres, issues de leurs collections, au Musée de l’hôtel Dubocage de Bléville. Ces « petites » voiles, déployées au rez-de-chaussée et dans deux salles du premier étage, célèbrent les grandes heures de la marine à voile et de la ville du Havre du 16e au milieu du 19e siècle. Construction navale, typologies et portraits de navires, activités maritimes : pêche, univers militaire, négociant, sportif et artistique y sont évoquées à travers une sélection d’œuvres graphiques, de peintures, maquettes et d’objets d’art ou de curiosité. Acquisitions inédites, dessins récemment restaurés, collections patrimoniales anciennes interrogent l’image du voilier à travers ses dimensions plurielles : fonctionnelle, esthétique, artistique, poétique ou symbolique.
Les Origines : François Ier et la Naissance d'un Port
L'histoire du Havre et de la voile commence en 1517, lorsque le roi François Ier décide de fonder un port, puis une ville, « au lieu de Grasse ». À cette époque, il n’existe que deux façons efficaces pour propulser un navire : la rame et la voile. Les plus anciennes preuves de l’existence de cette dernière remontent à environ 5 000 ans avant notre ère, et proviennent de l’Égypte ancienne. Autant dire qu’à l’aube de ce XVIe siècle, on commence à avoir une sérieuse expérience maritime. Après des lustres de cabotage, on n’hésite plus à prendre la haute mer pour mettre le cap vers l’inconnu. C’est le temps des grandes explorations, comme le tour du monde - fatal pour lui - de Magellan (1519-1522) ou l’expédition de Verrazzano en Amérique du Nord (1524), au cours de laquelle il explore le site de la ville actuelle de New York.
L'Ère des Grandes Découvertes et des Navires Pionniers
Cet exploit, il l’accomplit à bord de la Dauphine, une caraque armée au Havre. La caraque est un type de navire qui se caractérise par la présence de deux châteaux (ougaillards), c’est-à-dire des parties surélevées disposées à la proue (avant) et à la poupe (arrière) et elle peut avoir deux ou trois mâts. Ses dimensions réduites rendent les conditions de vie à bord rudes : promiscuité, maladie, colères de l’océan… La Nao Victoria par exemple, réplique espagnole de l’un des vaisseaux de Magellan, ne dépasse pas les 30 mètres de long, pour 85 tonneaux et une soixantaine d’hommes d’équipage !
Mais lorsque l’on veut construire plus grand, ce n’est pas toujours une franche réussite : ainsi la Grande Françoise, monstre de près de 100 m de long, avec à son bord - excusez du peu - un moulin et même un jeu de paume (l’ancêtre du tennis), assemblée au Havre à partir de 1520, que l’on n’arrivera jamais à faire gagner la mer !
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Évolution Technologique et Types de Navires
Le galion remplace progressivement la caraque pour tous les usages (guerre, commerce) à partir du milieu du XVIe siècle, et il est assurément le navire emblématique du temps du Roi Soleil. Mieux profilé, disposant d’une voilure importante, il est plus rapide et plus maniable. Il disparaît à son tour au XVIIIe siècle, rendu obsolète par les bricks, frégates et autres vaisseaux de ligne, toujours plus performants. La voile sert au Havre pour tous les types d’embarcations : baleiniers, pêche côtière, Grande Pêche (pêche à la morue au large de Terre-Neuve), pilotes, commerce au long cours…
Le Commerce Triangulaire et ses Ombres
Le Siècle des lumières est malheureusement aussi celui de l’enrichissement de certains armateurs havrais (Jacques-François Bégouen, Martin-Pierre Foäche…) se livrant au triste commerce triangulaire : les voiliers quittent le port chargés de marchandises manufacturées, échangées en Afrique contre des esclaves emportés vers les Antilles, pour revenir en Europe les cales pleines de canne à sucre ou de tabac. Escale au Havre de la caraque Nao Victoria, réplique de l’un des navires de Magellan.
L'Avènement de la Vapeur et le Déclin Progressif de la Voile
Après la chute de Napoléon Ier, en 1815, le trafic reprend doucement, mais un bouleversement considérable se prépare : l’apparition des machines à vapeur, que l’on adapte bientôt sur des bateaux, de faible tonnage d’abord, de plus en plus imposants ensuite. Les bassins havrais se sont multiplés et accueillent toujours plus de navires. Une vue ballon datant des environs de 1850 montre des infrastructures débordantes d’activité. Les passagers, petits paquebots assurant les liaisons avec l’autre côté de l’eau », Honfleur et Trouville entre autres, mais aussi les remorqueurs, fonctionnent exclusivement avec une machine à vapeur entraînant des roues à aubes. Les vaisseaux au long cours en revanche, dédiés au commerce international, restent à la voile, à l’image des clippers, longs, effilés et racés.
En 1864, la Compagnie Générale Transatlantique met en service le Washington, son premier paquebot devant assurer la liaison régulière entre Le Havre et New York. Long de 105 mètres, il bénéficie certes d’une machine de 850 chevaux entraînant de grosses roues à aubes, mais l’on a encore une confiance limitée en la technologie et le capitaine, en cas d’avarie, peut naviguer à la voile.
Dans les années 1880-1890, tous les paquebots de la Compagnie fonctionnent exclusivement à la vapeur. Il reste bien une mâture sur le bassin du Commerce, sorte de portique capable de poser des mâts, mais la compétition est perdue et les derniers trois-mâts disparaissent les uns après les autres à la charnière des XIXe et XXe siècles. Le vent reste encore quelque temps le principal moyen de propulsion pour les pêcheurs ou les pilotes. En témoigne le cotre pilote Marie Fernand, lancé en 1894, aujourd’hui soigné comme le vénérable aïeul qu’il est, par l’association l’Hirondelle de la Manche.
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La Voile comme Loisir : Naissance des Régates et Plaisir Nautique
Alors que la vapeur entame son irrésistible ascension, la voile devient un loisir nautique prisé, au point que se crée en 1838 la Société des Régates du Havre (SRH). Maupassant lui-même adore naviguer sur son yacht baptisé Bel Ami, du nom de l’un de ses romans, et Claude Monet peint ses célèbres Régates à Sainte-Adresse en 1867. Le groupement qui devait devenir, quatre ans plus tard, la Société des Régates du Havre fut constitué en 1838, en liaison avec la création de l'Hôtel et des Bains Frascati. Son but fut d'abord d'attirer des baigneurs, essentiellement des parisiens que le chemin de fer allait pouvoir transporter au Havre en six heures.
Dès 1839, à l'instigation d'un des membres du Conseil, M. Le Baudy qui avait séjourné en Angleterre, l'idée d'organiser des régates à l'image de celles qui se déroulaient Outre-Manche fut retenue. Une souscription en Bourse permit de recueillir rapidement les sommes nécessaires à l'organisation et à la dotation en prix de telles manifestations. La première régate eut donc lieu avec grand succès le 18 Août 1839 devant les Bains Frascati, sous la présidence du Commissaire Général de la Marine Denois. Ce fut une régate à l'aviron mais dès le 29 Juillet 1840 furent organisées des régates de bateaux de plaisance à voile avec des départs par catégories groupant les bateaux selon leurs caractéristiques et leurs pénalités. Ce fut la première régate française à voile.
Ainsi commença une tradition qui s'est poursuivie chaque année jusqu'à nos jours, seulement interrompue par les guerres. Devant le succès remporté et la portée maritime de ces manifestations, les autorités havraises et les amateurs comprirent qu'il convenait de les dissocier des intérêts de l'Hôtel Frascati. La Société des Régates fut donc réellement constituée en 1842 avec l'appui et le haut patronage de l'Amiral Prince de Joinville qui vint lui-même présider les Régates de 1843 et 1844. La révolution de 1848 n'interrompit pas l'activité de la Société et en 1853 le Prince Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon 1er, acceptait d'en assumer la présidence d'honneur. L'extension de la Société des Régates du Havre et l'ampleur des manifestations qu'elle organisait nécessitèrent bientôt une réforme de ses structures et en 1863, elle fut dotée de statuts légaux et d'une administration assez analogue à celle qu'elle a de nos jours. Ces statuts précisaient notamment qu'elle avait pour but d'encourager et de développer le goût des exercices et des courses nautiques et de développer l'émulation parmi les concurrents. Le 5 Février 1917 en Assemblée Générale, la Société des Régates du Havre se donnait de nouveaux statuts conformes à ceux des associations à but non lucratif régies par la loi de 1901. Le 4 Novembre 1917, un décret la reconnaissait comme Etablissement d'Utilité Publique.
Depuis, la Société des Régates du Havre a connu de grands moments de gloire, à l'image de l'élection à sa présidence de Félix Faure, futur Président de la République, ou encore de sa participation à l'organisation des Jeux Olympiques de 1900 et de 1924. Elle connut aussi les revers de l'histoire telle la destruction du somptueux Palais des régates de Sainte-Adresse pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais l'engagement de ses membres et bienfaiteurs lui ont permis de traverser les âges et d'offrir aujourd'hui un cadre et une ambiance proche de celle que connurent les fondateurs.
La Voile Aujourd'hui et Demain
La tradition perdure jusqu’à nos jours : il suffit de jeter un œil sur l’estuaire par un beau dimanche de printemps ou d’été, pour y compter des dizaines de petits voiliers de plaisance. C’est dire que la voile a encore de beaux jours devant elle ! D’autant qu’à l’heure du péril climatique, on commence à reparler de cargos… à voile ! The group that was to become, four years later, the Société des Régates du Havre, was established in 1838, in conjunction with the creation of l’Hôtel et des Bains Frascati - the Frascati resort hotel and baths. Its goal was primarily to attract sea-bathers, essentially Parisians, who the forthcoming railway would enable to reach Le Havre in six hours. As early as 1839, however, at the instigation of one of the board members, Monsieur Le Baudy, who had spent some time in England, the idea was adopted of organising regattas similar to those that were held across the Channel. A subscription was thus launched on the Le Havre stock-exchange, which quickly enabled the necessary funds to be raised for both the organisation and allocation of prizes for the events. The first regatta therefore took place, with huge success, on 18 August 1839 in front of the Frascati Baths, chaired by the Naval Commissioner-General Denois. Thus, in 1863, it took on the legal statutes and an administrative structure very similar to those that it has today. These statutes stated, inter alia, that the club’s purpose was to encourage and develop a passion for training and water sport and develop competition and excellence among competitors. On 5 February 1917, at the Annual General Meeting, the Société des Régates du Havre adopted new statutes, conforming to those of ‘not-for-profit’ associations governed by the 1901 Associations Act. Since then, the Société des Régates du Havre yacht club has known moments of great glory, including the election of the future President of the Republic, Felix Faure, as its commodore and, again, its participation in the organisation of the 1900 and 1924 Summer Olympic Games; but has also known the effects of the ‘down’ side of history, with the destruction of the lavish Palais des Régates clubhouse in Sainte-Adresse in 1942, during the second world war. The commitment of its members and benefactors, however, has enabled the club to cross the ages and to offer, today, a setting and ambience close to that that the club’s founders knew.
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