L'histoire captivante des fanfares

Les fanfares, avec leurs cuivres éclatants et leurs rythmes entraînants, ont une histoire riche et variée qui s'étend sur plusieurs siècles. Des fanfares militaires antiques aux ensembles modernes et éclectiques, leur évolution reflète les changements sociaux, culturels et musicaux. Cet article explore les origines, le développement et les transformations de ces formations musicales uniques.

Origines anciennes et médiévales

Les premières traces de fanfares remontent à l'Antiquité, notamment dans les formations militaires des légions romaines. Des instruments tels que la trompe grecque, le salpinx et le carnyx gaulois étaient utilisés pour les signaux et les cérémonies. Au Moyen Âge, les enluminures conservées en France et au Royaume-Uni témoignent de la présence de formations de fanfares rudimentaires. La plus ancienne fanfare encore active aujourd'hui est la Società Filarmonica Guido Moretti, fondée en 1518. Dès la fin du Moyen Âge, les musiciens, ménétriers et cornemuseux offraient leurs services lors des fêtes de village et des événements privés.

Définition et composition d'une fanfare

Le terme "fanfare" a deux sens : il désigne un air de musique ou une formation instrumentale. Il peut s'agir d'ensembles de musique militaire, de chasse, de batteries-fanfares et de fanfares étudiantes. À l'origine, une fanfare était définie comme un orchestre composé uniquement d'instruments de cuivre (clairon, cor, trompette), parfois accompagné de percussions.

Les instruments naturels, sans pistons (qui sont apparus vers 1815), ont joué un rôle important dans la naissance des fanfares. La trompette de cavalerie, sans piston, est un exemple. Au début du XIXe siècle, avec l'introduction des instruments à pistons, les fanfares ont intégré des bugles, des cornets, des trombones à coulisse ou à pistons, des cors à piston, des ophicléides, des saxhorns et des percussions. Les fanfares de cavalerie pouvaient compter 16 trompettes, 6 cors, 3 trombones et une paire de timbales. Les instruments à piston, maniables d'une seule main, étaient particulièrement adaptés aux musiques de cavalerie. Le clairon, inventé en 1822 par Antoine Courtois pour l'infanterie, est un instrument sans piston ni coulisse, à son naturel, à ne pas confondre avec la trompette de cavalerie. Le cor de chasse est utilisé dès 1830.

Dans les années 1950, la fanfare se transforme en batterie-fanfare, en se dotant d’une batterie et du tambour.

Lire aussi: Vivre avec les maladies de peau

Autres formations musicales

Il est important de distinguer la fanfare d'autres formations musicales :

  • L'orchestre d'harmonie : un ensemble réunissant des instruments à bois, des cuivres et des percussions. En France, il comprend des clarinettes, des saxophones, des flûtes, des hautbois, des cors anglais, des bassons, des contrebassons et divers instruments à vent et cuivres.
  • La batterie-fanfare : une formation restreinte, proche des formations militaires de défilé, avec une prédominance de cuivres "naturels" (sans pistons ni coulisses) et de percussions.
  • Les orphéons : des chœurs d'hommes accompagnés de musiciens issus de milieux modestes, développés au XIXe siècle suite à la suppression des maîtrises à la Révolution française.
  • L'orchestre à plectre : un ensemble composé d'instruments à cordes pincées (mandolines, guitares), complété par des instruments à vent (bois) et des percussions.
  • La banda : une fanfare ambulatoire du sud-ouest de la France, animant les défilés de rue lors des ferias et accompagnant les courses de taureaux.
  • Le brass band : un ensemble de cuivres et de percussions, distinct de la fanfare par son instrumentarium (banjos, guitares, basses), son origine géographique (États-Unis) et son répertoire (jazz).
  • La batucada : un genre musical brésilien basé sur des percussions traditionnelles.

L'âge d'or de la fanfare : XVIIe et XVIIIe siècles

De grands compositeurs tels que Lully (1633-1687), avec sa "Fanfare pour un Carrousel Royal", et Haendel (1685-1759), avec sa "Fireworks Music", ont contribué au développement des fanfares. Cependant, c'est avec l'ordonnance royale de 1764 sous Louis XV que les premiers ensembles d'harmonie se sont constitués.

Pendant la dernière décennie du XVIIIe siècle, la fanfare et l'orchestre d'harmonie ont joué un rôle important dans les cérémonies nationales, répondant à la demande populaire d'unité nationale. La Marseillaise, qui a connu un grand succès et est devenue "chant national" en 1795 (définitivement adoptée comme hymne national le 14 février 1879), incarne cet esprit.

Après la Révolution française, la musique militaire a eu un fort impact sur la musique populaire, renforcée par la musique de la Garde Nationale dirigée par Gossec. Des ensembles musicaux existaient également auprès des associations de Sapeurs-Pompiers. Les sonorités exaltantes des fanfares étaient présentes lors de toutes les fêtes républicaines.

Le XIXe siècle : un tournant décisif

À partir de 1840, le développement des sociétés de musique s'est accéléré, surtout dans les régions rurales. Ces formations, créées sur le modèle des formations militaires, étaient encouragées par les municipalités. Au début du XXe siècle, presque chaque commune avait au moins une société musicale.

Lire aussi: Fonctionnement et applications de la sourdine Silent Brass

Après la révolution de 1848, la musique s'est démocratisée, et de nombreuses sociétés musicales ont été créées dans les communes françaises. Ces associations ont rencontré un franc succès auprès des classes ouvrières, car les instruments joués étaient essentiellement des cuivres et des bois.

Avec le développement industriel, les patrons ont souhaité proposer des loisirs aux ouvriers. La création d'une fanfare améliorait les relations et apaisait les rapports sociaux. La pratique musicale était bénéfique pour les familles, car elle permettait aux ouvriers de ne pas fréquenter les bars et les syndicats. Ce phénomène était particulièrement sensible dans les bassins miniers, où les fanfares étaient omniprésentes. Chaque compagnie minière avait même plusieurs sociétés musicales. Les musiciens talentueux étaient privilégiés et pouvaient se voir offrir de meilleurs postes. Plusieurs responsables des mines du Nord ont même embauché des musiciens de la Garde Républicaine.

Pour soutenir les chœurs, il était nécessaire que la fanfare ou l'orchestre d'harmonie soient composés d'un nombre important de musiciens, ce qui a développé le nombre de pratiquants. Les orchestres d'harmonie tels que nous les connaissons maintenant se sont structurés au début du XIXe siècle, principalement dans les musiques militaires.

La pratique musicale s’est organisée autour du prix d’achat des instruments et de la facture instrumentale. Les instruments comme la clarinette, le saxophone, le cornet, la trompette, le cor, le trombone et l’ensemble des instruments - surtout des cuivres- que l’on retrouve dans les orchestres d’harmonie ont historiquement appartenu à la petite et moyenne bourgeoisie et parfois à la classe ouvrière. La flûte traversière et le hautbois sont plus chers à l’achat du fait d’une fabrication limitée qui s’explique en grande partie par leur absence dans les musiques militaires (sauf la petite flûte). Cette situation laisse à considérer que ces instruments s’adressent à une classe sociale plus aisée. L’évolution de la facture instrumentale participe du bouleversement de la vie des instrumentistes et des ensembles musicaux et contribue à l’évolution de la classe sociale. Les instruments de la famille des cordes ont une lutherie travaillée dite achevée. Ainsi le violon est très prisé et recherché par la bourgeoisie. Le piano, après la révolution française, a poussé les fabricants à trouver des solutions pour faire rentrer cet instrument reconnu comme encombrant dans les demeures bourgeoises. Ainsi, le piano droit est né.

Aujourd’hui encore, pour s’adapter aux besoins des classes moyennes, les facteurs d’instruments ont recours à l’électronique via des claviers numériques qui sont moins coûteux et plus facile à transporter.

Lire aussi: Passion, mine et lumière à Douai

Durant cette période, la fanfare va progressivement supplanter l'harmonie, si bien qu'avant la première guerre mondiale les fanfares représentent les ¾ des effectifs des sociétés de musique. Dans le même temps, ces sociétés musicales se regroupent autour de fédérations dès la fin du XIXe siècle.

Répertoires musicaux du XIXe siècle

Au XIXe siècle, de nombreux compositeurs ont écrit des pièces en lien avec des faits marquants. Par exemple, la "Symphonie funèbre et triomphale" d'Hector Berlioz en 1840 commémore le soulèvement de juillet 1830. Pendant la guerre Franco-prussienne (1870-1871), Camille Saint-Saëns s'engage dans la Garde Nationale et compose "la Marche Héroïque" et "Occident et Orient". Charles Gounod compose plusieurs marches, dont "Marche-Fanfare" en 1876.

Le patrimoine musical comprend le grand répertoire de la musique militaire et beaucoup de transcriptions de grandes œuvres symphoniques.

Rôle social et éducatif de la fanfare

La fanfare est avant tout un lieu de socialisation, renforçant les liens entre les membres d'un village, d'une usine ou d'une mine. La musique participe pleinement à la vie locale, animant les fêtes et les commémorations. La fanfare est une pratique musicale collective, jouée par des musiciens amateurs, le plus souvent en plein air. Elle déambule et défile pour animer la cité.

Jusque dans les années 1950, la fanfare est une formation éducative importante, permettant à de nombreuses personnes d'apprendre gratuitement la musique et de jouer d'un instrument. Pour beaucoup de musiciens, les sorties de la fanfare représentent les seules occasions de sortir de leur village ou de leur quartier et de découvrir d'autres lieux. Elle a contribué à jouer un rôle important pour la démocratisation de la musique.

Structuration des sociétés musicales

Les fanfares et les batteries-fanfares se sont regroupées au sein de fédérations nationales :

  • CMF : La confédération musicale de France (fondée en 1833)
  • FSCF : Fédération sportive et culturelle en France (fondée en 1898)
  • UFF : Union des fanfares de France (fondée en 1906)
  • CFBF : La Confédération Française des Batteries et Fanfares (fondée en 1980)

Toutes ces fédérations font la promotion de la pratique musicale en amateur en favorisant l’enseignement musical et la pratique collective.

Évolution des répertoires musicaux après 1950

A partir des années 1950, de nombreux compositeurs développent des pièces pour batterie fanfare comme « La Douzanie » de Robert Goute ou « la marche des Bouffons » de Jacques Devogel. Dans les années 1960, «la Mazurka» et «Pépita» de Jacques Devogel, ou encore «Bugle Riff » de Guy Luypaerts.

Dans les années 70, « Mirage » de Roger Fayeulle apporte aux orchestres un répertoire riche pour tous les niveaux de musiciens. Ce répertoire touche tous les styles musicaux - traditionnel, jazz, variété, musique de film, musique contemporaine, emprunt ou transcription de pièces classiques… Pour exemple, dans les années 1980 avec l’arrivée de Pierre Saaorborg, musicien de jazz, qui compose des pièces comme « Décors » et « Caroline et Virginie » ou avec Guy Coutanson et son morceau « Swing March ».

De la fin des années 1990 à aujourd'hui des compositeurs comme Marc Steckar, Jean-Pierre Pommier, Jérôme Naulais, Andy Emler, Alex Grillo, Désiré Dondeyne, Ida Gotkovsky, Serge Lancen, Roger Boutry ont enrichi le répertoire avec des créations pour orchestres d'harmonie ou fanfares.

Le déclin annoncé et le renouveau

Dans la seconde moitié du XXe siècle, l'attrait de la fanfare diminue à la faveur d’autres musiques comme la mode « yéyé ». La fanfare véhicule une image ringarde, démodée par l’uniforme et le répertoire proposé. Simultanément les conservatoires et écoles de musique se multiplient et offrent de nouvelles possibilités d’apprentissage.

À partir des années 1970, le déclin des sociétés musicales s’amorce par le développement d’autres loisirs (la radio, le disque, la télévision, les discothèques). Malgré tout, la partie nord de la France a su garder une culture de la fanfare à travers une tradition sociale (classe ouvrière). En revanche dans le sud de la France, depuis le XIXe siècle, on peut constater une diminution des orchestres et fanfares plus ou moins accentuée selon les régions.

Les sociétés musicales essaient de rajeunir leur image en adoptant des musiques plus modernes, en acceptant des femmes et en modernisant la tenue mais cela n’est pas suffisant. Selon une enquête du ministère de la Culture de 1995, elle rassemble 8 % des musiciens amateurs. En plus de 200 ans, la fanfare a connu de grandes évolutions, beaucoup de ses orchestres ont disparu, d’autres ont fusionné et quelques-uns sont nés avec la volonté de rendre les nouvelles fanfares plus attractives.

Le renouvellement du répertoire garantit la survie des fanfares d’autant que la France est l’un des pays le mieux doté en patrimoine musical pour les orchestres d’harmonie et fanfares et que la création des batteries-fanfares est une spécificité française inscrite dans notre patrimoine.

L’arrivée avec succès des fanfares au sein des grandes écoles ou des universités a contribué à renouveler le public pratiquant et les répertoires. Au sein de l’École nationale des Beaux-Arts et des Écoles Nationales Supérieures d'Architecture, la première fanfare constituée est la fanfare de l’atelier libre d’architecture Madelain en 1948, suit en 1955 « la fanfare Léon Malaquais » qui a donné lieu depuis à de nombreuses autres fanfares. Ces fanfares sont toujours très actives.

Aujourd’hui il existe également la fanfare de l’École normale supérieure de Paris l’Ernestphone, ou Fanfarovis à l’École normale de Lyon, la fanfare. Les MaKaBés de la faculté de médecine du Kremlin Bicêtre.

La musique militaire et la fanfare

La fanfare s’est développée grâce à la vie militaire tant par son répertoire que sa fonction sociale. Les fanfares, puis les batteries-fanfares, sont présentes aux cérémonies officielles et aux défilés. La fanfare est identifiée comme une musique « d’extérieur » proposant un répertoire de musique militaire notamment de marches.

Les Fanflures Brass Band : Un exemple contemporain

Les Fanflures Brass Band, originaires de Toulouse, illustrent le dynamisme et la modernité des fanfares actuelles. Ils proposent une musique très actuelle mêlant l’énergie du Hip Hop, du Groove et du Funk à la richesse du répertoire Jazz. Leur musique, qui sort tout droit de la rue, est un concentré d'énergie positive et communicative apprécié par le public. Composé de 8 musiciens professionnels de jazz, cet orchestre est spécialisé dans l'animation jazz pour des événements. Ils puisent leur inspiration dans le jazz-funk New Orleans, mêlant énergie et groove explosif.

Le Hot 8 Brass Band, une formation cuivrée de La Nouvelle-Orléans, est une autre figure de proue des marching bands louisianais, mêlant hip-hop, jazz et funk avec une vitalité peu commune. Leur histoire est liée à celle de la ville dévastée par l'ouragan « Katrina » en 2005, où ils ont participé à la renaissance culturelle de Nola.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *